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Course en Cercles

De
16 pages

Le général Demézières aurait besoin de recruter des personnes dotées de talents pour constituer une armée chargée d'apporter la paix dans les six duchés. On lui recommande le baron Firenze, un "opportuniste de génie" dont il va mesurer les aptitudes en le confrontant à son frère Lionel dans une course à la chance.

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Course en Cercles Tesha Garisaki Première parution dans la revue Brins d’éternité n°42 L’auteur remercie Dave Côté et Guillaume Voisine pour leur fantastique travail éditorial.
Course en Cercles 16h 15 – Fiacre du général Demézières «Ce que je souhaite évaluer, c’est la portée de son talent, pas sa loyauté : on nous le met dans les jambes parce qu’il a une dette à payer. Firenze n’est pas à proprement parler un “volontaire”. On m’a fait savo ir qu’il était enthousiaste à l’idée de servir dans notre troupe, mais je n’y cro is que peu. Quoi qu’il en soit, je saurai rapidement me faire une idée à ce sujet.» Lionel n’en doutait pas : Frédéric déterminerait dè s le premier coup d’œil s’il pouvait faire confiance ou non à ce futur soldat. C ’était là le talent de son général de frère : il lisait les sentiments des autres comme dans un livre ouvert. Le général poursuivit ses explications tandis que l eur fiacre cahotait sur les pavés d’Abbevielle. «Ce que je veux, c’est savoir si son talent pourra n ous être utile. Le duc de Barazza le décrit comme un opportuniste de génie. M ais Firenze m’a envoyé un télégramme hier, où il me vante ses qualités. Il prétend que son talent va au-delà d’un simple opportunisme. A priori c’est là un tale nt qui ne m’intéresse guère, et pourtant le duc d’Abbevielle insiste pour que je le prenne avec nous.» Frédéric s’enfonça dans sa banquette. Lionel n’aura it su dire si son frère était contrarié ou songeur. Le duc d’Abbevielle comptait sur le talent de Frédé ric pour réaliser un exploit de taille : réunir les six duchés en un seul royaum e. Ce dernier avait accepté avec d’autant plus d’empressement que des rumeurs inquiétantes venaient d’au-delà des frontières. On prétendait que le roi de Co chiques exprimait des velléités d’annexion sur les six duchés. Le temps était venu de s’unir et de se préparer à recevoir l’envahisseur. Mais cela ne pouvait se fai re sans une armée exceptionnelle. Dans ce but, Frédéric avait exigé q ue celle-ci soit composée en grande partie de soldats talentueux. Or les talents ne couraient pas les rues : à peine une personne sur vingt en possédait un, et en core, beaucoup de ces aptitudes très particulières étaient absolument inu tiles. Comme le talent d’attirer les papillons, ou celui de deviner l’heure. Ce dont avait besoin Frédéric, c’était de talents dont il puisse faire un usage militaire. Li onel, par exemple, ne manquait jamais sa cible, même les yeux fermés. Il était né tireur d’élite. «Mais, j’y pense, dit-il. Pourquoi est-ce que le duc de Barazza nous envoie un talentueux? Pour sceller son alliance avec le duc d’Abbevielle.  Je deux-là peuventn’arrive toujours pas à comprendre comment ces envisager de s’allier.  Le duc de Barazza a une fille, et le duc d’Abbevie lle un fils. Si aucun des deux ne peut prétendre au titre de prince au terme de cette alliance, leurs enfants, eux, auront toute la légitimité nécessaire pour cela. Et puis, ça nous fait toujours un duché de moins à annexer, je ne vais pas m’en plaindre.» Le fiacre s’immobilisa sur ces entrefaites. Par hab itude, Lionel descendit le premier et jeta un coup d’œil circulaire à la place de la gare, où rendez-vous avait
été fixé avec le baron de Sarapia, Firenze l’opportuniste. Face à l’énorme verrière semi-circulaire qui mangeait la moitié de la façade de la gare s’étendait une vaste cour dallée, où venaient s’aligner les voitures des voyageurs et, tout autour, une douzaine de cafés offraient des terrasses en plein soleil. À cette heure-ci, en fin d’après-midi, celles-ci étaient bondées. Firenze de vait les attendre là, à la table d’un bar. Frédéric sauta du fiacre avec élégance. Il était ainsi : toujours droit comme un I, impeccablement mis. «Il est là-basst de la place», dit le général en désignant une terrasse à l’oue d’un geste discret du menton. Lionel se demanda comment son frère...