D'amour et d'océan plus fort que les vagues

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Et, longtemps après que le chanteur en cette nuit de carnaval eut cessé d'attendrir les coeurs de sa voix angélique et mielleusement entraînante, nos êtres, charmés l'un par l'autre, restèrent collés, inassouvis. J'aurais voulu que la musique s'éternise. Je l'aimais. Déjà !

Publié le : mercredi 1 septembre 2010
Lecture(s) : 226
EAN13 : 9782296702530
Nombre de pages : 196
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d’amour et d’océan
Ousmanou Magadji d’amour et d’océan
plus fort que les vagues roman
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12291-8 EAN : 9782296122918
à la vie, pour qu’elle me devienne tendre, aux hommes, pour qu’ils m’aiment tous
«Celui qui méprise le chez-soi s’en éloigne pour voir. Il a refusé de travailler pour son père, mais travaillera pour le père d’autrui pour manger.»
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Par la mélancolie du lointain et l'intimité de la nuit profonde, reposant sa ténébreuse matière sur l'océan assoupi, perçait la pâle lueur d'un néon : tristounette fresque de la civilisation naufragée entre nuit et mer. Souveraines. Glauque et surréaliste poésie évoquant un grain de lumière guerroyant contre l’immensité du Sahara par une nuit tombale, le son langoureux d’une kora s’échappant des doigts squelettiques, experts, d’un vieillard assis devant sa case un petit matin calme et moite. Une résonance mécanique, continue et nette, sabrait comme une épée l'obscur règne du déclin solaire. Un moteur. Pirogue dans la nuit dense. Vacante, impalpable hégémonie des ténèbres. Immensité marine. Absolue vulnérabilité humaine. Des formes humaines se découpaient dans la fragile phosphorescence du néon, embrumée par la multitude de fumeuses respirations, du froid marin. « Espoir », pouvait-on lire dans la pénombre sur les parois de la pirogue. Espoir des jours meilleurs, espoir d'aider sa famille, ses amis, espoir… espoir… L'embarcation de fortune avait levé l'ancre sur les côtes mauritaniennes et transportait à se rompre des dizaines de passagers clandestins, leurs espoirs et rêves, fatalement marqués en eux. De quoi mettre leur malheureuse vie en péril. Direction l'Occident, l'hostile terre promise. La peur de ne pas l'atteindre ou d’en être refoulé était plus forte que celle de mourir avant même d’y mettre pied, voracement poussé et applaudi par la Cause, la suprême, l’universelle, la légitime : la bestiale envie de réussir qui prédispose tout
matériau humain à sacrifier sa vie pour avoir au moins le minimum vital. A bord d' « Espoir », point de paroles. Toussotements, gémissements, claquements de dents. Parfois des marmonnements confus, plaintifs. Sur fond de mer déchirée et de ronflement assourdissant du moteur, qui n'en était plus un : à force d'être continuellement entendu, les tympans en avaient fait abstraction. L'hélice tournait dans l'eau et « Espoir » fendait l'Atlantique, avançait dans la nuit souveraine, presque physique, et éloignait sa cargaison illicite de la Terre Mère, qui saignait de ses fils à effusion. Pelotonnés par le froid, duquel leur imperméable ne pouvait les protéger suffisamment, ankylosés par l'immobilité de leur corps qu’imposait l'étroitesse de la barque de pêche, les marins forcés, pèlerins de la haute mer malgré eux, étaient assiégés de lourdes inquiétudes et ils s'efforçaient de ne pas penser à la mort. Ennemie et alliée de la vie, courtoise par son imprévisibilité. La vie engendre la mort, la mort engendre la vie. Ambiguë complémentarité. La mort est le prolongement de la vie, la vie le début de la mort. Le ciel s'obscurcit davantage. Devint menaçant. Le tonnerre se mit à gronder, les éclairs à zébrer les nuages noirs de pluie. La tempête se leva. Une averse torrentielle s'abattit. La mer devint enragée, se hérissa d'énormes vagues impétueuses, qui mettaient à mal « Espoir ». Panique à bord. « Ne vous affolez pas. Cherchez où vous cramponner », criait le conducteur de l’embarcation. La tempête devenait de plus en plus violente et « Espoir » était pris dans des cascades qui gagnaient en dangerosité. Ses occupants perdaient leur sang-froid et criaient dans la nuit. Redoutant d'être pris en pâture par l'océan? Non. Peur de ne pas arriver à destination : les îles Canaries, l’Espagne, l’Europe. Cependant, étrangement, dans la frayeur et l’affolement généralisés, un passager gardait son flegme, l’air plutôt
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