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D'ocre et de cendres

De
116 pages
Alors que l'Algérie est en proie aux violences de la guerre d'indépendance, treize destins d'Oranaises évoquent la vie quotidienne de ces années de braise, avec ses alternances cruelles de gaité, d'amour, d'espoir et de drames.
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D’ocre et de cendres
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les oeuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Michèle Perret D’ocre et de cendresFemmes en Algérie (1950-1962)
Du même auteur ChezlemêmeéditeurTerre du vent, une enfance dans une ferme algérienne (1939-1945), L’Harmattan, 2009 Chezd’autreséditeursHistoires minuscules des révolutions arabes, collectif sous la dir. de Wassyla Tamzali, Chèvre feuille étoilée. e Le Bel Inconnude Renaud de Beaujeu (Texte du XIII siècle et traduction) Champion. Introduction à l’histoire de la langue française, Armand Colin. La légende de Mélusine, Flammarion (Castor poche junior). Épuisé. L’énonciation en grammaire du texte, Nathan (128) Le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu (traduction de l’ancien français), en coll. avec Isabelle Weill, Champion. Le signe et la mention : adverbes embrayeurs de lieu en moyen français(essai), Genève, Droz. e – Mélusine, roman du XIV siècle de Jean d’Arras (traduction de l’ancien français), Stock.© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96150-0 EAN : 9782296961500
Une terre ébranlée par de multiples séismes, où la véhémence de la lumière s’accorde à la véhémence des hommes. Un pays aux cieux tourmentés, orageux et turbulents, portés par le ressac d’une histoire marquée par le fracas des armes et le tumulte des mêlées, dont les échos ne cessent de résonner, de rive en rive. Terre en gésine, dont on ne sait de quelle purulente boursouflure elle tente de se délivrer.  Maïssa Bey,L’une et l’autre(L’aube, 2009)
Eux
« Je les vois du coin de l’œil. Ils pensent sans doute se cacher, mais, si je ne bouge pas la tête, je vois leurs silhouettes à mes côtés. Je les sens aussi derrière moi, leurs ombres s’approchent de mes épaules, presque à me toucher. Si je tourne la tête, bien sûr, il n’y a personne. Ce sont les promeneurs de l’indécis, du brumeux, de l’improbable. Qui sont-ils ? Bien évidemment, ce sont des morts, je ne me suis même jamais posé la question, tant c’est une certitude. Que me veulent-ils ? On dirait que rien. Depuis que je les sens autour de moi et que j’essaie de leur témoigner quelque bienveillance, aucun ne s’est manifesté pour me faire savoir ou me demander quelque chose. Ils sont simplement là, ils observent, souvent avec un peu de curiosité. Ainsi, quand nous nous sommes repliés dans cet appartement sur jardin, où l’ombre mouvante des arbres brouille les perceptions, ils venaient voir comment j’allais m’installer. Quand je dis « ils », il ne faut pas croire que c’est une foule, ils viennent un par un, j’ai simplement l’impression que ce ne sont jamais les mêmes. Dans cet appartement, aux premiers jours, il y en a même un qui s’était laissé surprendre par l’objectif, il est apparu au développement, ombre floue dans le reflet d’une vitre, il
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semble que c’était une jeune fille, en chemisier à col ouvert – ou peut-être un très jeune garçon. Un autre jour, un soir plutôt, j’en ai nettement aperçu un sur le balcon, du coin de l’œil, toujours. C’était un homme jeune, vingt-cinq ans environ, brun, pas très grand, de vêtements modestes et il me semble qu’il fumait. Il fumait ? Un mort ? Aucune incandescence de mégot, certes, mais il fumait. C’était sans doute un jeune ouvrier du bâtiment, endimanché pour l’éternité. Quand je me suis tournée vers lui, personne : le balcon était un peu sombre, éclairé par le reflet de la lumière de l’intérieur, avec la nuit sur les arbres. L’un d’eux est passé rapidement hier au bout du couloir, je n’ai aperçu qu’un bout de sa veste sombre et une jambe de son pantalon. Il semblait plus âgé. Je me suis dit que c’était mon mari qui se préparait à partir. Je l’ai appelé pour lui dire au revoir, mais il était déjà parti depuis un moment – je me suis alors souvenu avoir entendu la porte. La maison était vide. L’ombre s’est éclipsée vivement, passant sans bruit du salon à l’entrée. Que voulait-elle me dire ?
Qui sont-ils ? Ce sont souvent de jeunes gens : la mort, dans leur cas, a sûrement été un scandale. Jamais d’êtres connus, aimés. Ni mon père, qui, après avoir été emporté par son cancer, m’a envoyé pendant plus d’un an, dans chacun de mes rêves, un taxi pour venir me chercher, ni ma mère, qui, quand j’étais petite fille, m’aidait à retrouver mes jouets perdus, ni mon jeune beau frère Jacques, ni mes amis Karim, Nina, Marco, ni Jean-Paul qui n’avait pas trente ans... Non, ils me semblent inconnus. Inconnus, garçons ou filles, jeunes ou moins jeunes et morts de mort violente, comme on meurt aujourd’hui… Le jour où j’en ai parlé à demi mots à une amie d’origine espagnole, elle n’a pas eu l’air surpris, elle n’a pas eu l’air de me considérer comme une cinglée : « Ma mère m’a toujours
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