//img.uscri.be/pth/41884759a1bd6701749384f6ef92738bcd559c60
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Dans les yeux d'Elisabeth (Vérités - 2)

De
493 pages
Elisabeth et Phébus toujours en fuite ont trouvé refuge dans une communauté de femmes centaury. Arès se console de l'absence de son épouse dans d'autres bras. Blessée dans son orgueil et dans son amour propre mais toujours intrépide, Elisabeth réalise enfin l'égoïsme et la cruauté de son mari. Elle reporte ses espoirs d'amour sur un autre et espère pouvoir enfin trouver le bonheur. La jeune femme apprendra à ses dépens, que la réalité s'accorde mal de ses rêves d'amour partagé et surtout, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre.
Voir plus Voir moins

2 Titre
Dans les yeux d’Elisabeth

3Titre
Trish Daram
Dans les yeux d’Elisabeth
Vérités - 2
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01670-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304016703 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01671-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304016710 (livre numérique)

6 8
RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE
Elisabeth et Phébus ont du fuir la planète
bleue où ils avaient trouvé refuge. Avec la reine
Mahaut, ils rejoignent un groupe de femmes
centaury ayant échappé à la folie meurtrière de
Chrisostome. La prophétie reste à réaliser.
L’heure de vérité a sonné.
9
IL Y A SOIXANTE CINQ MILLIONS D'ANNÉES,
DANS UNE GALAXIE NOMMÉE LA VOIE
LACTÉE…

11
CHAPITRE 1 : NÉBULEUSE DE BARNARD
33 DITE DE LA TÊTE DE CHEVAL
Laryssa éprouvait beaucoup d’humeur. De-
puis l’arrivée de Phébus et d’Elisabeth, son
monde avait bien changé. Ces deux perturba-
teurs s’étaient débrouillés de monter contre son
autorité plusieurs des femmes centaury. Beau-
coup continuaient à lui obéir comme dans le
passé, mais plus avec la même ferveur, ni la
même dévotion. Même son amie Agnès osait
souvent lui tenir tête. Elle ne cessait d’encenser
Phébus qu’elle trouvait fort aimable et char-
mant, adorait Mahaut qui était sa grande tante
par alliance et se laissait séduire par les idées
novatrices d’Elisabeth. Mais ce qui irritait le
plus Laryssa restait l’attitude de sa sœur Evan-
gelina. Sa cadette refusait de suivre ses com-
mandements et surtout, de se plier à ses jeux
érotiques. Elle était devenue indépendante et
s’affichait de plus en plus souvent avec Phébus.
On les avait surpris plus d’une fois, enlacés en-
train de s’embrasser. Les deux soeurs deve-
naient ennemies, leurs disputes allaient parfois
13 Dans les yeux d’Elisabeth
jusqu’aux mains. Evangelina avait fait de gros
progrès en technique de combat et Laryssa
n’avait plus le dessus. Laryssa ne trouva d’autre
solution que d’aller se plaindre à sa grand-mère.
Comme elle l’avait prévu, Tamara rentra dans
une rage folle. La désertion de sa deuxième pe-
tite fille aux règles de son peuple était intoléra-
ble. Contrairement aux craintes d’Elisabeth, elle
ne tenta rien contre Phébus. Dans son aveu-
glement, la vieille reine parvenait à discerner
chez ce centaury blond quelques qualités.
L’accouplement avec un centaury n’était pas
proscrit dans sa société idéale, pour peu que
l’acte se limite à la procréation. Garder Phébus
comme étalon était concevable, d’autant que le
centaury était bien fait, bon chasseur et d’un
tempérament effacé. Il n’avait jamais cherché à
s’imposer, ni revendiqué le moindre privilège.
Elle préféra tourner sa rancœur vers la véritable,
et à ses yeux, l’unique responsable de ce vent de
rébellion : Elisabeth.
Cependant pour éloigner Evangelina de Phé-
bus, Tamara lui ordonna de se joindre à la pro-
chaine expédition punitive. Elle espérait que la
vision des dépravations masculines suffirait à
changer les sentiments de la jeune femme et à
lui rendre la raison.
La sœur de Mahaut avait un goût prononcé
pour le sang des mâles qui lui faisait oublier
toute prudence. Elle multipliait les missions
14 Nébuleuse de Barnard 33 dite de la tête de cheval
dans un secteur très limité, sans envisager que
leur nombre risquait d’attirer l’attention des
forces de l’Empire. Les cibles des attaques
étaient toutes situées dans un périmètre trop
restreint. C’était une grossière erreur tactique.
En réalité, Tamara ne possédait aucune stra-
tégie militaire. Elle n’était pas à même de com-
mander la moindre opération militaire.
L’isolement avait favorisé le repli sur soi, l’age,
un manque évident de lucidité. A la longue, ses
décisions pouvaient se révéler préjudiciables au
groupe des survivantes.
Tamara parlait de grandes visions dans les-
quelles, elle voyait les femmes régner sur la ga-
laxie, mais il n’en était rien. A juste titre, Mahaut
soupçonnait sa sœur d’avoir perdu ses dons de
Prophétesse. Elle, elle n’avait jamais eu le cou-
rage de tenter l’initiation. Seules deux femmes
de sa famille l’avaient fait. Sa tante Athénaïs et
quelques années après, Tamara. Athénaïs avait
provoqué, volontairement ou non, la perte des
femmes centaury. Aujourd’hui, Tamara, par son
orgueil démesuré et son besoin de vengeance,
était prête à faire de même.
Les centaury avaient détruit leur propre sys-
tème solaire. Maintenant, ils anéantissaient leur
race et aucun des clans ne semblait avoir cons-
cience du désastre. Les deux sexes étaient né-
cessaires à la vie, à la survie de l’espèce. Pour-
quoi ces luttes incessantes ? Pourquoi ce sang
15 Dans les yeux d’Elisabeth
répandu inutilement alors qu’ils étaient au
sommet du pouvoir depuis des millénaires ?
Dès qu’Evangelina le mit au courant de son
départ, Phébus s’inquiéta pour sa douce fiancée.
Il ne pouvait supporter de la savoir en danger.
Sa nature masculine reprenait le dessus et
comme toujours, il déclara que c’était à lui de la
protéger. Déjà, il la considérait comme son bien
personnel. Pour affirmer son instinct de pro-
priété sur sa personne, il lui demanda de venir
emmenager dans leur maison. Evangelina ne
demandait pas mieux.
Cette promiscuité gênait Elisabeth mais elle
s’y résigna de bonne grâce. Sa solitude et la cer-
titude que son mari la trompait face aux effu-
sions d’amour de ces deux là, la mettaient au
supplice. Une seule pièce était aménagée pour le
repos. Entre les ronflements de Mahaut, les ré-
veils nocturnes d’Ariane et les preuves de ten-
dresse que Phébus prodiguait à sa bien aimée,
Elisabeth avait du mal à trouver un sommeil ré-
parateur.
Dans ces moments la, elle tournait le dos aux
amants et faisait semblant de dormir. Elle es-
sayait d’oublier le souffle bruyant et rauque,
comme celui d’une bête féroce, de Phébus et les
gémissements d’Evangelina qui a en juger par
leur intensité, avait dépassé ses tabous et ne re-
grettait pas ses anciennes compagnes.
16 Nébuleuse de Barnard 33 dite de la tête de cheval
En quelques mois, les deux femmes avaient
tissé des liens très forts. Elles s’entendaient à
merveille. Afin de rassurer Phébus et malgré sa
taille qui s’alourdissait de jour en jour, Elisabeth
demanda à accompagner Evangelina dans sa
mission. Elle ne se forçait pas car elle
s’inquiétait pour sa cousine. Evangelina lui pa-
raissait bien vulnérable pour le monde extérieur.
La jeune femme était si fleur bleue. Elle était
gaie, enjouée, fragile. Elle n’avait rien de Larys-
sa.
La nouvelle attaque devait avoir lieu sur la
planète Hatysa six dans la grande nébuleuse
d’Orion. Il fallait quatre jours pour s’y rendre et
autant pour en revenir. Des escales avaient été
organisées sur plusieurs planètes pour permet-
tre le ravitaillement des vieux chasseurs obsolè-
tes. L’escadron punitif parviendrait à destina-
tion au milieu de la nuit. La nuit n’était-elle pas
l’alliée de la femme selon Tamara ?
Elisabeth et Evangelina furent chargées de
piloter la navette que Laryssa avait volée lors de
la première expédition.
Laryssa ne se priva pas de leur faire remar-
quer qu’elles n’étaient pas dignes de participer
aux combats. Pour les humilier, elle leur confia
la tache de ramener les prisonniers.
Elisabeth se réjouit de cette décision. Elle
n’avait jamais eu l’intention de jouer les justi-
ciers et dans la navette, elle aurait plus de place.
17 Dans les yeux d’Elisabeth
Elle pourrait se dégourdir les jambes et surtout,
elle aurait à sa disposition les commodités né-
cessaires à une femme enceinte qui doit se ren-
dre aux toilettes toutes les deux heures.

18
QUELQUES JOURS APRÈS…

19
CHAPITRE 2 : DANS LE TRAPÈZE D’ORION
Dans le poste de commandement du porte
vaisseaux Frégate, le commandant Antoine De-
neb attendait l’évolution de la situation. Le frère
d’Auguste, le jeune mathématicien du porte
vaisseaux Amiral, était un centaury de haute
taille, aux cheveux noirs et à la physionomie
fine et spirituelle. Ami depuis l’enfance des frè-
res Polaris, du même âge que Phébus, sa car-
rière avait connu un essor similaire. Dès qu’il
avait été promu Maréchal, Arès avait nommé
son ami de toujours au poste de commandant
du deuxième bâtiment de guerre de l’empire sa-
chant qu’il pouvait compter sur sa loyauté et
son dévouement.
Sur les écrans radars, Antoine suivait le che-
minement d’un groupe de chasseurs accompa-
gné d’une navette qui se dirigeait vers le sys-
tème solaire d’Hatysa. Selon les ordres du Ma-
réchal, il devait attendre patiemment la suite des
événements.
21 Dans les yeux d’Elisabeth
– N’allons nous pas les attaquer, mon com-
mandant ? demanda Maximilien d’Etamin, un
des jeunes capitaines de la Garde.
– Pas encore ! Patience ! Cette stratégie a été
élaborée par le Maréchal Polaris. Nous ne sa-
vons pas s’il s’agit des rebelles ou des filles.
Antoine savait que le bon déroulement de la
mission reposait sur les épaules de la fille placée
comme prostituée dans le plus luxueux lupanar
d’Hatysa six. Il avait reçu l’ordre de ne surtout
pas intervenir. En cas d’attaque, la fille devait
poser un mouchard sur l’un des vaisseaux. An-
toine se contenterait de suivre le signal et de dé-
terminer sa destination. Encore fallait il que ce
soit le bon bordel qui soit attaqué ! Le doute
subsistait même si Auguste avait établi les pro-
babilités pour chaque établissement d’Hatysa en
fonction des anciens raids.
Antoine avait confiance en son jeune frère, il
était un génie des mathématiques mais per-
sonne n’est infaillible.
22
CHAPITRE 3 : PLANÈTE HATYSA SIX
La nuit était noire lorsque la petite troupe
emmenée par Laryssa prit position dans une
grande ville d’Hatysa Six. La rue était déserte,
seule de la lumière filtrait des volets d’un grand
bâtiment situé tout au bout. Une grande ensei-
gne lumineuse indiquait clairement le com-
merce qui s’y pratiquait. Un à un, les hommes
qui en sortaient, étaient assommés et conduits à
la navette. Evangelina les enchaînait et les bâil-
lonnait. Leur petite virée serait la dernière.
Laryssa escortée de quelques filles entra dans
le bâtiment. Contrairement aux ordres, Elisa-
beth les suivit. Les prisonniers étaient tous en-
dormis par des charmes et Evangelina se dé-
brouillait très bien toute seule. Elisabeth était
curieuse de voir à quoi ressemblait un de ses
bordels où tous les males aimaient tant se ren-
dre. Mahaut les décrivait comme des bauges ré-
pugnantes. Elisabeth resta étonnée devant le
luxe des lieux. La décoration était voyante et
pas de très bon goût. Elle n’en aurait pas voulu
chez elle mais l’endroit était loin d’être sordide.
23 Dans les yeux d’Elisabeth
Les peintures, les statues et même jusqu’aux
dossiers sculptés des fauteuils étalaient les diffé-
rentes positions susceptibles d’être prises par un
homme et une femme pour s’accoupler. Ces
messieurs étaient des pervers mais ils aimaient
leur confort.
Se rendre maître des hommes de la première
salle fut un jeu d’enfant. Qu’ils soient clients ou
hommes de mains, quelques sortilèges et rayons
d’énergie suffirent. Puis ce fut au tour des
chambres à l’étage d’être inspectées et vidées.
Tous, prostituées y compris, étaient terrorisés.
– Partez, fuyez vous êtes libres, criait Laryssa
aux filles.
– Nous ne pouvons pas. Il nous retrouvera
et nous tuera, osa répondre l’une d’entre elles
en tremblant de tous ses membres.
– Partez, vous ne risquez plus rien. On s’en
occupe. Plus personne ne vous fera du mal,
continuait Laryssa.
Les filles s’étaient agglutinées dans un coin,
collées les unes aux autres. Laryssa en attrapa
une fermement par le bras et la tira vers la
porte. La fille se mit à pousser des cris stridents
et à se débattre avec l’énergie du désespoir.
Etonnée Laryssa relâcha son étreinte. Aussi-
tôt, la fille partit se cacher derrière un grand so-
fa, totalement apeurée.
24 Planète Hatysa Six
Ces filles étaient vraiment déconcertantes.
C’était la première fois qu’elles réagissaient ain-
si.
Elisabeth en profita :
– C’est bien la peine de courir la galaxie pour
sauver ces malheureuses. Elles semblent très
attachées à leur gagne pain, se moqua-t-elle.
Sa cousine empoigna une autre fille pour la
jeter dehors sans ménagement. Peine perdue, la
même scène recommença.
Jamais les autres filles libérées lors des précé-
dentes rixes, n’avaient fait de difficulté à sortir
et à s’enfuir. Ici, il n’y avait rien à faire. Laryssa
tenta de nouveau de traîner une fille à
l’extérieur, sa malheureuse victime fondit en
larmes.
– Laisse-la, intervint Elisabeth. Tu vois bien
qu’elle ne partira pas. Elles ont peur. Tu pour-
rais les tuer sur place qu’elles ne bougeraient
pas. Qu’est ce qui vous fait si peur ?
La fille balbutia à travers ses larmes :
– Le centaury aux cheveux blancs, si nous
partons, il nous tuera. Je ne veux pas qu’il me
punisse comme la fille dans la cave.
– La cave ? Quelle cave ? Interrogea Elisa-
beth.
– La, indiqua la fille désignant du doigt, une
porte.
Laryssa se précipita vers le lieu indiqué, Eli-
sabeth sur ses talons. La porte s’ouvrait sur un
25 Dans les yeux d’Elisabeth
long couloir encombré de caisses de boissons
diverses. Leur progression fut arrêtée par une
autre porte fermée à clé. D’un léger mouvement
de baguette, Laryssa l’ouvrit.
Laryssa et Elisabeth s’engagèrent dans
l’escalier étroit qui descendait dans la pénom-
bre. Elles se servirent de leur baguette pour
éclairer la pièce. C’était un vrai fouillis, un en-
tassement d’objets hétéroclites. Bref, un débar-
ras habituel sauf cette odeur nauséabonde,
écoeurante qui leur avait sauté aux narines dès
l’ouverture de la porte.
– Ça sent le cadavre, remarqua Laryssa.
– Pour une fois, je suis d’accord avec toi, ap-
prouva Elisabeth. Il doit y avoir une charogne
en décomposition par ici. Cette odeur est une
torture pour une femme enceinte.
– Sans être enceinte, je peux te dire que c’est
infect. Probablement des rats crevés, continua
Laryssa.
– Ils devaient être nombreux et de belle
taille. C’est irrespirable !
C’est alors qu’elles aperçurent tout au fond
de la cave, ce qui ressemblait à une forme hu-
maine enchaînée au mur, gisant au milieu de ses
excréments. Ses vêtements n’étaient plus que
des haillons. Ses longs cheveux sales et hirsutes
pendaient sur son visage. Elisabeth s’approcha
d’elle, se pencha et écarta avec douceur les che-
veux broussailleux et dégoûtants. La face était
26 Planète Hatysa Six
déformée par les coups, tuméfiée d’ecchymoses.
Son regard vide fut traversé par une lueur fur-
tive de conscience lorsqu’il se fixa le temps
d’une seconde sur le visage d’Elisabeth. Les on-
gles de la malheureuse avaient été arrachés. Elle
avait du être fouettée jusqu’au sang et son dos
n’était qu’une plaie suppurante. Elle souffrait
aussi de malnutrition et de déshydratation. Visi-
blement après avoir été torturée, cette pauvre
fille avait été abandonnée dans ce trou pour y
mourir de faim.
Laryssa, d’habitude si sanguinaire, eut un
haut le coeur et restitua entre les caisses son
dernier repas. Elisabeth tenait le coup, malgré
sa grossesse, comme toujours dans les moments
difficiles. Sa compassion l’emportait sur son dé-
goût.
Avec d’infinies précautions, elle détacha la
malheureuse. Grâce à la magie, elle la transporta
en la faisant léviter jusque dans la salle et
l’étendit sur le ventre, sur le sofa.
L’espoir d’être sauvée avait eu raison des
dernières forces de la femme, elle s’était éva-
nouie. Les filles n’osaient regarder son corps
souillé et mutilé.
– Qui a fait ça ? Questionna d’un ton rogue
Elisabeth.
– Le patron, un centaury aux cheveux blancs,
Matthieu de Formalhaut. Il n’est pas là. Il est
27 Dans les yeux d’Elisabeth
parti avec son ami Ernald. Ils ont dit qu’ils ren-
treraient tard, informa une fille rousse.
– Ernald et Matthieu de Formalhaut, répéta
machinalement Elisabeth toute étonnée.
Les noms remontaient à sa mémoire comme
un vieux cauchemar oublié depuis des siècles.
– Tu les connais ? Demanda Laryssa.
– Oui, de vieilles connaissances. Deux sales
ordures de la pire espèce ! Je croyais qu’ils
croupissaient en prison. La police de l’empire
fait bien mal son travail.
– Il faut emmener cette femme dans un hô-
pital, elle a besoin de soins de toute urgence,
remarqua la jolie Agnès. Si nous ne faisons rien,
elle va crever sous nos yeux.
– Nous n’avons pas le temps de la mener
dans un hôpital et Tamara ne veut pas que l’on
se fasse remarquer, objecta Laryssa. Mène la à la
navette. Nous l’emmenons avec nous. Nous la
soignerons nous-même.
– Et le salaud qui a fait ça ? Interrogea
Agnès. On ne va pas le laisser s’en tirer comme
ça ! Il va recommencer à la première occasion.
– Je vais l’attendre et lui régler son compte,
se vanta Laryssa. Ce salopard va regretter d’être
né.
– Pas toute seule Laryssa, intervint Elisabeth.
Il est dangereux. C’est un centaury, pas un hu-
main.
28 Planète Hatysa Six
– Moi aussi, je suis centaury et bien entraînée
au combat, répondit Laryssa avec hauteur. Il ne
me fait pas peur.
Discuter était inutile. Laryssa était trop sure
de sa force. Elisabeth se décida instantanément.
– Je reste avec toi. Tu ne peux l’affronter
seule. Il y aura Ernald et peut être, d’autres
hommes.
– Alors, fais en sorte de ne pas me gêner, la
belle. Je m’occupe du centaury et toi, de ceux
qui l’accompagnent.
– S’il vous plait, emmenez-moi avec vous. Je
ne vous gênerai pas, supplia la fille rousse en se
jetant en pleurs aux pieds de Laryssa. C’est mon
amie, je veux rester près d’elle et la soigner. Je
veux partir d’ici, je…
– C’est contraire aux habitudes, coupa
Agnès. Personne ne doit connaître notre desti-
nation.
– Agnès a raison, approuva Elisabeth. La fille
blessée n’est pas en état de parler. Ce n'est pas
ton cas.
– Tais toi ! C’est moi le chef et c’est moi qui
décide, la rabroua Laryssa.
Elle détailla la fille accrochée à ses jambes qui
levait vers elle son joli visage constellé de taches
de rousseur. Mignonne, belle chevelure, beaux
yeux bleus, l’air enfantin, encore une gamine.
Qu’avait elle à craindre de cette humaine ? Elle
rampait déjà devant elle. Elle serait son jouet,
29 Dans les yeux d’Elisabeth
son esclave. Et surtout, elle lui donnait
l’occasion de contredire les deux cousines.
Agnès avait trop tendance ces temps-ci à se
rapprocher d’Elisabeth.
– Comment t’appelles-tu ? Questionna La-
ryssa.
– Mia. C’est ma meilleure amie. Je vous aide-
rai à la soigner et à panser ses plaies, répondit la
fille en désignant la femme blessée. S’il vous
plait…
– C’est d’accord, on t’emmène.
– La navette est pleine de prisonniers. Il n’y a
plus de place. On ne peut pas l’emmener, oppo-
sa Agnès avec hargne.
– Ils se serreront.
– Il n’a jamais été prévu de ramener des pu-
tains pour ton bon plaisir.
Le regard de Laryssa croisa celui furieux
d’Agnès. La jalousie de son amie l’amusa. Ainsi,
sa compagne n’appréciait pas son intérêt sou-
dain pour les rouquines. Laryssa décida de pro-
fiter de la situation, juste pour faire sentir à
Agnès que si elle lui déplaisait, elle n’était pas
irremplaçable. Elle ordonna d’une voix forte :
– La ferme Agnès ! Quand j’aurai besoin de
ton avis, je te le demanderai. Partez maintenant.
Elisabeth restera avec moi. Ne nous attendez
pas. Laissez-moi mon chasseur. Et toi Agnès,
rends toi utile. Trouve un vaisseau spacieux
30 Planète Hatysa Six
pour Elisabeth, il faut prendre soin du tour de
taille de notre cousine.
Agnès voulu répondre, mais Laryssa coupa
d’un ton sec.
– Ne discute pas ! Fais ce que je t’ai dit. Va-t-
en !
– Tu n’as pas le droit de me parler ainsi ! Se
révolta Agnès.
– J’ai tous les droits, se targua Laryssa. Je suis
l’élue.
– Tu te lasseras vite de ta putain. Dans deux
jours, tu te traîneras à mes pieds pour implorer
mon pardon.
– Nous verrons bien, admit Laryssa. File à
présent.
Agnès lui lança un regard haineux mais ob-
tempéra.
Elisabeth pensa que dans les couples homo-
sexuels ou hétérosexuels, les disputes étaient
toujours identiques. Cette discussion lui en rap-
pelait d’autres. Etre lesbienne ne changeait rien
à l’affaire.
– Et rappelle toi Agnès, il faut au moins un
Astroplane pour qu’Elisabeth puisse rentrer de-
dans, lança Laryssa goguenarde.
Agnès s’en alla en claquant la porte derrière
elle, laissant les autres filles centaury transporter
la blessée.
– Je ne suis pas si grosse que ça, s’insurgea
Elisabeth. Je peux piloter un chasseur.
31 Dans les yeux d’Elisabeth
– T’énerves pas, je plaisante. Ecoute ! Tu
l’entends rouspéter ! Elle est furieuse ! J’adore
quand elle s’énerve. Nous allons avoir d’autres
prisonniers à ramener dont un centaury male et
à moins qu’il ne leur pousse des ailes, il faudra
caser tout ce petit monde dans un vaisseau.
Maintenant, puisqu’elles ne veulent pas se bar-
rer, aide moi à téléporter ces filles le plus loin
possible. Je ne veux personne dans la maison
lorsque leur patron reviendra.

32
CHAPITRE 4 : DANS LE TRAPÈZE D’ORION
Un bip caractéristique retentit dans le poste
de commandement du Porte vaisseaux Frégate.
– Commandant, nous recevons le signal. Il
provient d’Hatysa six, informa le sous officier
chargé du radar.
Antoine Deneb regarda le point lumineux sur
l’écran. Il se détacha et s’éloigna de la planète.
Arès sera satisfait, pensa Antoine. Ainsi qui
qu’elles soient, ces bonnes femmes avaient
mordu à l’hameçon et avalé la ligne avec. Le
calcul des probabilités d’Auguste se révélait
comme toujours exact. Son frère l’étonnerait
toujours. Lui, n’y comprenait rien. Comment
pouvait on prévoir logiquement des événe-
ments totalement fortuits ? Comment détermi-
ner à l’aide d’équations, des réactions et des
comportements humains ? C’était un mystère
pour lui. A moins qu’il ne s’agisse d’intuition ?
Voila au moins une science qu’un centaury
pouvait comprendre. Son frère était peut être
prophète !
Il ordonna :
33 Dans les yeux d’Elisabeth
– Surtout ne les perdez pas de vue ! Suivez
les sur les écrans.
Un autre sous officier de la passerelle de
commandement s’écria :
– Commandant, un groupe de vaisseaux se
dirige droit vers nous.
– Combien sont-ils ?
– Nombreux, quatre croiseurs, une vingtaine
de destroyers et une bonne centaine de chas-
seurs et de bombardiers d’assaut.
– Enfin, les dissidents, soupira Antoine. A
quelle distance ?
– S’ils maintiennent leur vitesse, ils seront la
dans à peu près quarante cinq minutes.
– Avertissez le Commandant du Porte vais-
seaux Corvette sur la fréquence rouge, ordonna
Antoine, puis silence radio. Tout le monde à
son poste. Que les chasseurs se préparent à dé-
coller.
Antoine Deneb s’approcha du grand hublot
central du porte vaisseaux. Il regarda l’espace
où scintillaient les étoiles. La, à quelques années
lumière, dans l’obscurité glacée, les vaisseaux
ennemis avançaient vers eux. Ainsi, les rebelles
avaient lancé une grande offensive. Quelle stu-
pidité ! Ils allaient avoir une mauvaise surprise.
Il espéra intérieurement que Phébus ne soit
pas parmi eux. Il n’aimerait pas avoir la mort de
son ami sur la conscience. Il se rassura. Il
connaissait Phébus et Phébus connaissait Arès.
34 Dans le Trapèze d’Orion
Jamais, un centaury de sa valeur ne se laisserait
avoir par un plan aussi simple. Phébus était trop
malin.
Les sirènes se mirent à hurler dans le vais-
seau. Tous les signaux lumineux clignotaient.
On entendait les hommes d’équipage courir
dans les couloirs. L’agitation était à son comble.
Chacun regagnait son poste au pas de course.
Les pilotes se précipitaient dans leurs appareils.
Dans moins de cinq minutes, le Frégate serait
prêt au combat.
– Où en sont les chasseurs d’Hatysa six ? In-
terrogea Antoine Deneb sans quitter l’espace
des yeux.
– Ils maintiennent leur route et s’éloignent
rapidement. Ils auront quitter le système solaire
avant l’arrivée des rebelles.
– Parfait ! Quoi qu’il arrive, Lieutenant, ne
les quittez pas des yeux. Je veux connaître avec
précision la destination du mouchard.
35
CHAPITRE 5 : PLANÈTE HATYSA SIX
Elisabeth et Laryssa n’eurent pas attendre
longtemps. Matthieu et Ernald avaient arrosé
copieusement leur soirée. Ivres, ils chantaient
des chansons paillardes à tue-tête.
Par réflexe, Elisabeth se cacha près des ves-
tiaires. Elle préférait prendre la mesure de son
adversaire. Phébus, lors de l’arrestation de Mat-
thieu, l’avait considéré comme un piètre centau-
ry, mais le temps avait passé. Matthieu pouvait
avoir changé. N’était ce pas son cas à elle ? Il ne
fallait pas le sous-estimer. Le souvenir de ses
doigts sur ses seins la fit frissonner de dégoût.
Elle craignait un face à face trop violent avec
son passé. Elle gardait en mémoire trop de
mauvais souvenirs de Polaris Five.
Laryssa, sure d’elle, préféra rester au milieu
de la pièce, sa baguette à la main. Ils étaient
quatre. Elisabeth reconnut immédiatement Er-
nald à côté de Matthieu.
A la vue de cette belle fille aux yeux rouges et
or qui leur faisait face, ils s’arrêtèrent interdits.
Matthieu fut le premier à réaliser le calme de
37 Dans les yeux d’Elisabeth
l’établissement. Il n’ignorait pas que des filles
aux yeux centaury avaient malmené plusieurs
établissements comme le sien sur des planètes
voisines.
Laryssa n’eut pas le temps d’esquisser un
mouvement qu’il s’était déjà télé porté. Elle par-
tit en courant vers l’étage, en criant à l’attention
d’Elisabeth.
– Occupe-toi des autres.
Elisabeth n’avait pas attendu son ordre. Elle
avait déjà immobilisé les trois hommes par un
sortilège. Elle rajouta un charme de silence pour
les empêcher d’ameuter le quartier. Les menot-
ter et les attacher fut un jeu d’enfant.
– Alors Ernald, vous voyez, les rôles sont in-
versés aujourd’hui ? Dit-elle au majordome qui
l’envisageait comme s’il voyait un fantôme.
Il avait du mal à distinguer le rêve de la réali-
té. Les méandres de son cerveau étaient em-
brumés par les vapeurs d’alcool.
– Vous ne me reconnaissez pas. Allons, Er-
nald, un petit effort. Vous n’êtes pas assez vieux
pour être devenu sénile ! Je suis Elisabeth
d’Aldebaran, la femme d’Arès Polaris.
L’homme était complètement hébété et son
regard restait vide. Elle continua :
– Celle qui a causé la perte de votre cher
Marquis.
38 Planète Hatysa Six
Une lueur de lucidité traversa les yeux de
l’homme. Les yeux écarquillés, il se mit à trem-
bler d’effroi.
– Enfin ! Je vois que vous me reconnaissez.
Je sais ce que vous pensez. Mais non, je ne suis
pas morte. J’ai changé, c’est tout. Vous n’avez
rien à craindre de moi. Je n’ai d’autre tache que
de vous livrer à une bande de furies qui
s’occuperont de votre sort. Je vous promets
aussi de ne pas abuser de vous durant le voyage,
ironisa Elisabeth. Maintenant, soyez sage, je
vais voir où ils en sont là-haut. Vous croyez
qu’ils sont devenus amis ? Ils se ressemblent tel-
lement tous les deux, aussi méchants l’un que
l’autre. Il ne faudrait pas qu’ils nous fassent des
petits.
Elisabeth se précipita dans l’escalier aussi vite
que le lui permettait son ventre rond. Toute es-
soufflée, elle inspecta méticuleusement le pre-
mier étage et se rendit à l’évidence que Matthieu
avait choisi le second pour se cacher. Quelle
idée ! Et pourquoi fallait il que cet escalier
compte autant de marches ?
39 C
CHAPITRE 6 : DANS L’ESPACE DANS LE TRA-
PÈZE D’ORION
Arnaud d’Australis commandait l’un des
croiseurs de la flotte rebelle. Léon, son dévoué
serviteur humain, était près de lui. Comme tou-
jours, il suivait son maître comme une ombre.
Arnaud ressentait un danger. Depuis la mise
au point de ce plan d’attaque, une sensation dé-
sagréable ne l’avait pas quitté. Cette mission
était une mauvaise idée, il en avait le pressenti-
ment. Il aurait du s’y opposer de façon formelle.
Le porte vaisseaux Frégate ne réagissait pas à
leur approche, il ne semblait s’apercevoir de
rien, pourtant…
Arnaud de Corona d’Australis eut la confir-
mation de ses craintes lorsque jaillit du porte
vaisseaux Frégate le faisceau lumineux d’un tir
de canon laser. Un destroyer rebelle tout près
d’eux, explosa dans un jet d’étincelles.
« C’est du tout cuit », avait dit Guillaume Spi-
ca. Cela dépend pour qui, pensa amèrement
Arnaud d’Australis. Si les forces de l’Empire
débutaient les hostilités, c’est qu’ils étaient at-
41 Dans les yeux d’Elisabeth
tendus. Arès leur avait tendu un piège et ils se
précipitaient dedans comme des imbéciles.
Les destroyers se dispersèrent pour tenter
d’éviter le tir des batteries de canons lasers.
L’un d’entre eux ne fut pas assez rapide ou pas
assez chanceux, il connut le même sort funeste
que le premier.
D’Australis hurla dans la radio :
– Ils nous attendent. A tous les appareils,
battez en retraite. C’est un piège. L’opération
est annulée. Je répète, l’opération est annulée.
Comme pour lui donner raison, les panneaux
ventraux du porte vaisseaux Frégate s’ouvrirent
pour déverser dans l’espace des dizaines de
chasseurs. Arnaud d’Australis cria de plus belle
dans sa radio.
– Repliez vous ! Fuyez ! Ils nous attaquent.
Ils sont trop nombreux. Sauve qui peut !
– Monsieur, s’écria Léon au comble de la pa-
nique, des dizaines de vaisseaux de l’Empire
viennent d’apparaître sur le radar, derrière nous.
Il y a plusieurs croiseurs et aussi un porte vais-
seaux. Nous sommes coincés.
– Le Corvette ! S’effara Arnaud d’Australis
en reconnaissant l’immatriculation du point lu-
mineux sur l’écran de contrôle. Ils sont déjà en
position de combat. La tactique du marteau et
de l’enclume, la stratégie préférée d’Arès. Quelle
vacherie ! Ils veulent nous empêcher de fuir.
42 Dans l’espace dans le Trapèze d’Orion
– Que faisons nous Monsieur ? Interrogea
Léon.
– Nous n’avons pas le choix, mon ami. Nous
devons nous battre, constata D’Australis.
– C’est du suicide. Il faut se rendre, reprit
Léon complètement paniqué.
– Non, jamais ! La reddition est inacceptable
même lorsque le combat est à mort. Mieux vaut
mourir dans la bataille que face à un peloton
d’exécution.
L’impact d’un tir secoua le croiseur.
– Monsieur, cria Léon, nous sommes perdus.
– Sois courageux, mon ami. Donnons nous
la satisfaction de vendre chèrement notre peau.
Accroche toi, ça va secouer. Dis toi, que c’est
un beau jour pour mourir.
– J’en doute, remarqua Léon en tremblant
comme une feuille. J’aurai préféré que ce soit
ailleurs et bien plus tard.
La bataille s’engagea. Les canons lasers de
tous les vaisseaux se déclanchèrent illuminants
l’espace de lueurs rougeoyantes et d’étincelles.
Dans leur bombardier d’assaut, Philippe de
Véga et Guillaume Spica étaient au cœur de la
mêlée. Philippe pilotait et Guillaume tirait sans
répit. Ils devaient tenir le plus longtemps possi-
ble pour permettre aux autres vaisseaux de bat-
tre en retraite. La bataille faisait rage. Un mes-
sage en provenance du porte vaisseaux Frégate
passait sans relâche sur les radios.
43 Dans les yeux d’Elisabeth
– Vous êtes inférieurs en nombre, rendez
vous ou nous vous détruirons.
La situation de critique devenait désespérée.
Ils se battaient à un contre dix. A chaque mi-
nute, les pertes augmentaient de façon dramati-
que dans le camp rebelle. Les hommes se dé-
fendaient bravement, mais malgré leurs efforts,
l’avantage revenait à l’Empire tant par la supé-
riorité du nombre d’appareils que par la dextéri-
té de ses pilotes centaury. Ce n’était pas un
combat, le rapport était trop inégal, plutôt une
boucherie, une séance d’abattage au milieu de
l’espace. Les dissidents étaient encerclés, empri-
sonnés dans un corps à corps infernal.
C’était un funèbre et curieux feu d’artifice.
Les canons éclairaient l’espace sans qu’aucun
son ne parvienne aux oreilles des combattants.
Arnaud d’Australis avait l’impression d’être au
centre de la représentation d’un ballet où les
danseurs exécutaient leur chorégraphie sans
musique et où chaque faux pas était sans appel.
Grâce à leur puissance de feux, le croiseur
d’Arnaud d’Australis et celui commandé par De
Sirius réussirent à ouvrir une mince brèche dans
l’alignement de la flotte impériale. Quelques
vaisseaux profitèrent de cette aubaine pour s’y
infiltrer et de prendre la fuite.
Derrière eux, l’espace s’était changé en cime-
tière.
44
CHAPITRE 7 : PLANÈTE HATYSA SIX
Matthieu reprit forme dans sa chambre. Il ré-
cupéra sa baguette dans le tiroir de la com-
mode. Il ne l’emportait jamais avec lui. Il était le
seul centaury d’Hatysa six et ses pouvoirs men-
taux lui suffisaient pour se faire obéir de tous.
Son oncle lui disait toujours de ne pas se sépa-
rer de sa baguette, il aurait du l’écouter. Il aurait
pu se défendre tout à l’heure, mais il l’oubliait
tout le temps. Cette baguette avait appartenu à
son oncle et était en quelque sorte, son héritage.
Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux. En
la laissant dans sa chambre, au moins était-il sur
de ne pas la perdre.
Il fallait qu’il reprenne rapidement ses esprits.
Il alla dans la salle de bains et passa sa tête sous
le robinet d’eau froide. La fraîcheur de l’eau lui
fit du bien. Il se sentit mieux.
Quelques jours plus tôt, lorsque Ernald avait
vu arriver deux capitaines de la Garde Galacti-
que, son ami avait failli avoir une attaque. Il
avait cru être découvert et avait pensé qu’on
venait l’arrêter à nouveau. Lui, s’était bien gardé
45 Dans les yeux d’Elisabeth
d’intervenir. Il s’était caché en attendant la suite.
Contrairement à leurs craintes, les deux capitai-
nes n’en avaient pas après eux. Au contraire, ils
étaient la pour les protéger. A Hatysa six, Er-
nald était un homme libre. Aucune loi
n’interdisait la prostitution. Il était un commer-
çant comme un autre. Les capitaines lui avaient
remis une fille. Elle devait travailler et être trai-
tée comme les autres, les coups en moins. Il
s’agissait d’un agent de police qui devait tenter,
en cas de rixe, d’infiltrer le réseau de ces bonnes
femmes qui attaquaient les maisons closes
d’Alnilam et semblait s’intéresser à présent au
système solaire d’Hatysa. Refuser la fille aurait
paru suspect. Ernald s’était résigné à l’accueillir
dans l’établissement. Matthieu l’évitait et tout
s’était très bien passé. La fille avait de la classe,
c’était du premier choix. Elle savait y faire avec
les clients et tout compte fait, elle rapportait
plus qu’elle ne coûtait pour son entretien. Il en
venait à se demander si tous les agents de Police
avaient d’aussi bonnes dispositions pour le mé-
tier. Cela le changeait de toutes ces paysannes
vulgaires et mal décrottées qu’il devait former
avant de pouvoir les présenter dans la grande
salle.
Que s’était-il passé durant son absence ?
Tous les clients, toutes les filles avaient disparu,
même la policière rouquine.
46 Planète Hatysa Six
Cette femelle centaury allait regretter d’être
venue le défier sur son propre terrain. Il n’avait
besoin de personne pour assurer la protection
de son établissement. Sa baguette à la main, il
retourna dans la chambre bien décidé à en dé-
coudre. A cet instant, il entendit un bruit de pas
dans le couloir et le grincement caractéristique
de la porte de son bureau. Cette pièce jouxtait
sa chambre. La fille centaury venait se jeter dans
la gueule du loup. Il était inutile de la devancer.
Il suffisait d’attendre.
Tout dégoulinant d’eau, il se colla au mur
juste coté de la porte.
Avec méthode Laryssa avait inspecté chaque
pièce du premier étage sans aucun succès. Elle
était certaine que le centaury ne pouvait être
qu’au second étage. Elle se reprocha de ne pas y
avoir pensé avant. Lors de sa première inspec-
tion, elle avait remarqué que cette partie de la
maison était plus luxueuse que le reste. Il devait
s’agir des appartements du propriétaire des
lieux. Le salon, comme le bureau, étaient vides.
Il ne lui restait qu’une dizaine de pièces à véri-
fier. Le centaury était forcément la. A moins
qu’il ne se soit téléporté à l’extérieur pour pren-
dre la fuite. Dans ce cas, il ne fallait pas
s’attarder. Son escadron avait déjà filé. Per-
sonne ne pourrait l’aider. Elle devait partir
avant que le fuyard ne donne l’alerte et que l’on
ne découvre son vaisseau. Avec le plan de vol, il
47 Dans les yeux d’Elisabeth
serait facile, même à un humain, de déterminer
la planète dont il provenait.
Laryssa tourna la poignée avec lenteur pour
entrouvrir la porte. Elle jeta un coup d’œil ra-
pide à l’intérieur. La pièce semblait vide. Elle fit
un pas en avant.
Matthieu repoussa la porte avec violence. La-
ryssa la reçut en plein visage et s’écroula dans
un cri de douleur.
Satisfait, Matthieu ramassa la baguette que la
jeune femme avait lâchée. Voilà qui était beau-
coup mieux. Elle était allongée à ses pieds, à
demi inconsciente, son nez et une arcade sour-
cilière dégoulinants de sang. Il lui jeta un sorti-
lège d’immobilité, puis un autre pour
l’empêcher de se téléporter. Ensuite, il prit dans
la table de nuit, des menottes. C’était un souve-
nir du bagne de Pollux Two. Il était sentimental
à ses heures. Il les avait volé à un gardien robot
en exerçant ses dons centaury. La machine ne
s’était rendue compte de rien. A partir de ce
moment la, il avait eu l’espoir de réussir un jour
à s’évader. Il les utilisait souvent, autant pour
ses jeux sexuels que pour raisonner certaines
filles. Elles ne restaient jamais longtemps rétives
lorsqu’il s’occupait d’elles.
Il passa les bracelets de métal aux poignets de
Laryssa et avec le cordon des rideaux, il lui en-
trava les chevilles. Laryssa reprenait conscience.
48 Planète Hatysa Six
Matthieu s’assit à califourchon sur une chaise
près d’elle.
Pour la première fois de sa vie, Laryssa sentit
la peur envahir tout son être. Le centaury était
le deuxième homme de sa race qu’elle voyait.
Contrairement à Phébus, celui la avait un regard
froid et mauvais. Ce regard opposait un curieux
contraste avec son visage plutôt beau et agréa-
ble. Il souriait, les lèvres déformées par un ric-
tus haineux.
– Tu sais, ce n’est pas très poli d’entrer dans
la chambre d’un centaury sans y avoir été invi-
tée. Tu devrais commencer par te présenter,
j’aime savoir à qui j’ai à faire, interrogea Mat-
thieu.
Laryssa lui jeta mentalement un sort. Aussi-
tôt un champ magnétique de protection apparut
autour du centaury. Le sortilège le percuta et
grésilla.
– Alors tu veux t’amuser ? Moi aussi j’aime
jouer, assura Matthieu.
Il alla à la salle de bains et ouvrit le robinet
d’eau froide de la baignoire. Puis, il revint saisir
la jeune femme par les cheveux et la traîna sans
ménagement derrière lui. Il la jeta dans la bai-
gnoire qui continuait de se remplir. Il appuya
avec sa main sur sa tête pour la forcer à garder
le visage sous l’eau, l’empêchant de reprendre sa
respiration.
49