Danse ! tome 12

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La vie est belle ! Une mention à un concours internationale et Mo est plus tendre que jamais... Au retour de Madrid, Nina se sent vraiment bien dans sa peau.



Hélas, elle ne profite pas longtemps de ce bonheur. Une dispute avec son père et un pépin de santé remettent tout en cause : pourra-t-elle continuer à danser ?



La réponse à sa question se trouve loin, très loin de Paris. Mais pour réaliser son rêve, Nina irait jusqu'au bout du monde !





Publié le : jeudi 30 septembre 2010
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EAN13 : 9782266209083
Nombre de pages : 70
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Anne-Marie Pol



Nina se révolte




Tu danses,
tu as dansé,
tu rêves de danser…
Rejoins vite Nina et ses amis.
Et partage avec eux
la passion de la danse…
Pour tous les lecteurs qui, depuis « Graine d’étoile », ont suivi Nina et l’ont aimée…
Résumé de DANSE ! no 11 :
Un trac du diable !
À Madrid pour le concours la Argentina, Nina a vécu des tas d’émotions contradictoires. Son séjour n’a pas été de tout repos ! Il s’en est même fallu d’un cheveu qu’elle ne rate la finale, le machiniste ayant égaré la cassette de la variation qu’elle allait danser. Heureusement, Éva Miller, sa petite mère, veillait au grain…
Malgré l’hostilité de Piotr Ivanov (qui faisait partie du jury), Nina a décroché une mention. C’est le bonheur. Sera-t-il sans nuages ? Pas sûr…
1
Un baiser pour commencer
Et voilà !
L’aventure espagnole est terminée. Aujourd’hui, dimanche 2 avril à 18 h 30, je sors tout juste de l’avion Madrid-Paris ! Les bras encombrés par mes sacs à tutus, je me précipite aux trousses d’Éva Miller. Nous gravissons à toutes jambes la passerelle couverte menant au long couloir vitré de l’aéroport. Une, deux… une, deux… ! Soudain, ma petite mère1 n’a plus rien d’une ballerine, mais tout d’un des soldats de plomb de Casse-Noisette2.
La raison ?
Parmi les gens attendant l’arrivée du vol AF 1801 massés derrière le vitrage, un grand barbu nous fait un signe joyeux.
Éric Torrès.
Elle est drôlement pressée de le retrouver ! Comme une flèche, elle franchit la porte automatique. Je me faufile de justesse sur ses talons lorsque… clac ! les battants se referment dans mon dos, happant un des sacs qui reste coincé.
Zut ! C’est celui de Kitri3, mon tutu préféré, le rouge. J’essaie de le dégager avec délicatesse. Mme Camargo me l’a prêté. Pourvu qu’il ne s’abîme pas…
— Attends, je vais t’aider, me dit quelqu’un.
Cette voix…
Grave et douce, elle me tape en plein cœur. J’en fais un bond de deux mètres.
— Mo !
Il me sourit. Non. Je n’hallucine pas… c’est lui ! Je bredouille :
— Ça alors… ! Je ne t’avais pas vu.
Et je rougis jusqu’aux oreilles. Il est venu d’Aubry-sur-Marne pour moi. Il m’a attendue. Ça signifie plein de choses… géniales !
— Nina…
Du bout des doigts, il m’effleure la joue. Sous la visière de sa casquette, ses yeux noirs brillent.
— Mo…
Je n’y crois toujours pas ! Pour être sûre qu’il est bien là, je mets les bras autour de son cou… et j’entends un petit miaulement.
— Talj… !
Le chaton blanc sort une tête étonnée par l’ouverture du blouson de Mo. Il a grandi depuis la Bretagne.
Je bêtifie.
— Bonjour, mon mimi…
À cet instant…
— Bon sang, c’est quoi ce truc ? glapit un voyageur.
En arrivant de l’autre côté, il a débloqué la porte et, maintenant, il trébuche sur le sac tombé entre ses pieds. Je le ramasse précipitamment.
Et, avec Mo (et Talj), nous rejoignons Éva en courant.


— Bravo pour ton succès, me félicite Éric Torrès en me faisant la bise.
Un peu intimidée, je balbutie :
— Oh ! un tout petit succès.
— Mais un succès quand même, dit l’étoile.
Elle sourit à Mo.
— Je te reconnais, toi.
— Oui. On s’est rencontrés à Ploumaël4.
— Mais sans chat ! rit-elle.
Et elle précise au réalisateur :
— Mo et Nina ont fait une improvisation formidable au théâtre Eldorado, je t’en avais parlé, tu te rappelles ?
— Bien sûr !
Il s’adresse à Mo.
— Tu es donc danseur de hip-hop… ?
— Oui.
— Avec l’idée de devenir professionnel ?
— Bien sûr ! dès que j’aurai seize ans, j’essaierai.
— Un beau projet, approuve Éric Torrès.
Je l’aime bien. Peut-être parce qu’il a plus ou moins l’âge de Papa. Et puis, je garde un souvenir génial du tournage du Tutu déchiré5. Je n’étais que figurante, et ce réalisateur m’a donné une chance inattendue : incarner le visage de la Danse…
Télépathie ? Il s’écrie :
— Au fait, Nina, il y a une projection privée de mon film mardi, à 10 h 30, à Télé 31, avenue Hoche… je t’invite !
— Super !
— Du reste, j’ai fait passer la nouvelle chez Camargo. Tous les figurants seront présents, j’espère.
Je demande :
— Mo peut venir aussi… ?
Il n’a pas joué dans le Tutu déchiré – d’accord – mais il a très envie de me voir à l’écran. Il séchera même le collège pour ça, je parie.
— Bonne idée, répond Éric Torrès.
Soudain, il braque sur lui et moi un regard aigu, photographique. Puis il murmure pensivement :
— Un bien joli couple…
Je me sens plutôt fière. C’est vrai qu’on est beaux, tous les deux : il faut voir la vérité en face ! Tandis qu’on descend récupérer les bagages ayant voyagé en soute, je cherche notre reflet dans les vitres…
Nina et Mo.
Le grand couple de la Danse… enfin réuni !


La voiture d’Éric Torrès file en direction de la capitale. Il a mis la musique à tue-tête, et je n’entends rien de ce qu’il murmure à Éva, assise à côté de lui.
Mo et moi, nous sommes à l’arrière, main dans la main. Il a posé Talj sur ses genoux et, dans la pénombre, je vois étinceler les prunelles bleu turquoise du petit chat. Je lui gratouille le crâne. Il me donne un coup de patte. On rigole.
Pourtant… je n’en ai pas très envie.
Bizarre d’être de retour chez moi, déjà ! Ces quelques jours passés en Espagne ressemblent maintenant à un rêve.
Je me suis réveillée trop vite !
En même temps, c’est super de retrouver Mo. Drôle de mélange ! Nous sommes toujours tiraillés entre des émotions contraires. À la joie se mêlent souvent quelques larmes et, parfois, on rit en étant très triste…
Oh ! la vie ! quelles complications… !
Et, là, j’aimerais bien embrasser Mo. Mais… nous sommes en public. C’est privé, ces trucs-là. Alors… je l’embrasse dans mon cœur… en attendant !
Est-ce qu’il s’en rend compte ? Il me serre la main. Très fort.
La voix d’Éric nous fait tressaillir :
— Au fait, garçon, tu vas… où ?
Où ? La question ! À une station de R.E.R., tiens ! Mon moral dégringole en torche. À peine entrevu, Mo réintègre sa banlieue !
Je ne l’embrasserai pas ce soir.
Mais…
— Je dîne chez Nina, répond-il.
Alors là ! Je pousse un cri de paon. Je ne m’attendais pas à ça !
— Trop-trop-trop génial…
On ne va pas se quitter tout de suite. On va rester ensemble… un petit peu. Nos yeux se rencontrent. J’en ai le souffle coupé. Mo me regarde si gentiment… non ! pas gentiment, ça fait nunuche… avec tendresse, plutôt, ou… amour (un mot intimidant à prononcer). Et je comprends que, lui aussi, a très envie qu’on s’embrasse…


Éric Torrès s’arrête à l’angle du passage, de guingois sur le trottoir. Et nous descendons tous de voiture. Je me jette au cou d’Éva :
— Encore merci… petite mère.
Elle m’embrasse.
— Ce fut un plaisir, petite fille.
Ces termes utilisés par jeu ont du vrai. Pendant les quelques jours de Madrid, Éva s’est comportée avec moi comme une maman… ou presque ! Et cette bulle de bonheur crève ici, à l’instant. Elle me laisse une larme au coin de l’œil.
— Allez, mon chou, sourit Éva, on se reverra mardi.
— Oui, c’est vrai…
— Et je vais continuer à te faire travailler. Qu’est-ce que tu crois ? Dès la semaine prochaine.
Je ris avec nervosité : j’aime mieux ça !
— Tu viens, Nina ? intervient Mo.
Il ploie sous le poids de mes bagages. Une fois Talj enfoui dans son blouson, il s’est emparé de mon sac à dos et des tutus. En claquant le hayon du coffre, Éric Torrès plaisante :
— Quel gentleman, ce garçon !
— Je trouve aussi… renchérit Éva qui se rassoit dans la voiture.
Mo a l’air tout gêné. Moi, je pense (et je l’ai toujours pensé) qu’il est bien plus qu’un gentleman : une espèce de prince. Est-ce que j’oserai le lui dire… un jour ? Je ne sais pas.
— À mardi, les enfants ! s’écrie le réalisateur.
Il démarre. Éva agite la main. Moi aussi. Et je reste plantée sur le bord du trottoir jusqu’à ce que la voiture ait disparu au bout de la rue Gît-le-Cœur…


On entre dans l’immeuble. Il y fait sombre. Je tends la main vers la minuterie.
— Attends… souffle Mo en lâchant les ballots.
Le tutu de Giselle roule à droite, celui de Kitri à gauche. Aucune importance ! Mo me tend les bras. Je m’y blottis. Il me serre à m’étouffer. C’est trop doux…
On s’embrasse.
Enfin !
Et très très longtemps. Un baiser infini, quoi. Jusqu’à ce feulement de chat furieux…
Mâââ !
Bon sang, Talj ! On l’avait oublié… et un peu écrasé, aussi. Pour le consoler, Mo lisse son pelage ébouriffé. Mais la magie s’est dissipée…
J’allume.
On n’ose plus s’embrasser. Je ramasse les sacs des tutus. Et on monte.
1-
Titre affectueux donné à la danseuse confirmée qui prend sous son aile une débutante.
2-
Casse-Noisette : ballet de Marius Petipa, créé sur une musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski le 6 décembre 1892 à Saint-Pétersbourg.
3-
Personnage du ballet Don Quichotte.
4-
Voir Avec le vent, no 9.
5-
Voir Pleins feux sur Nina, no 6.
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