Debout près de la mer

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Un homme au temps compté écrit à son fils. L'imaginaire de l'océan baigne ici le dur rêve américain. Amours, passions et ambitions sont confrontées à la mort : celle d'une enfant, d'une épouse et celle proche du scripteur qui interroge Augustin, la Bible, Dickinson. Où aboutissent ces cañons de New York et ces chemins d'enfance et de mer enfin retrouvés ?
Publié le : jeudi 2 avril 2009
Lecture(s) : 253
EAN13 : 9782296206335
Nombre de pages : 294
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Daniel Cohenéditeur www.editionsorizons.com
Littératures,une collectiondirigéeparDanielCohen Littératuresest une collection ouverte,toutentière, à l’écrire,quellequ’en soit la forme :roman,récit,nou-velles, autofiction,journal ;marche éditoriale aussi vieillequel’éditionelle-même.S’ilestdifficile de blâ-mer les ténorsde celle-cidavoireu legoûtdes genres qui lui ont ralliéun largepublic,il restequeprescrip-teurs ici, concepteursdela formeromanesquelà, comp-tablesde ces prescriptionsetde cesconceptionsail-leurs,ont,jusqu’àundegré critique, asséchélevivier des talents.Lapproche deLittératures, chezOrizons, est simple— ileûtétévaindel’indiquerendautres temps —:publierdesauteurs queleurforceperson-nelle,leurattachementauxformes multiplesdu litté-raire,ontconduitsausirde fairepartager leurexpé-rienceintérieure.Du texte dépouillé àl’écrit portépar lesouffle del’aventurementale et physique,nous véné-rons, entretous lescritères supposantterminer l’œu-vrelittéraire,lestyle. Flaubertécrivant:«Jestimepar-dessus tout dabordlestyle, etensuitelevrai »,il savaitavoir rai-soncontretous lespérissements.Nousenfaisons notre credo.D.C.
ISBN978-2-296-06368-6 © Orizons, chezLHarmattan, Paris,2009
DEBOUT PRÈS DE LA MER
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Antoine de Vial
Debout près de la mer roman
2009
Du même auteur
Ricercari, Saint-Germain-des-Prés,1971 Resplendir,Chambelland,1974 Graffitis pour les murs de demain, éditionbilingue,traductionanglaise de LouisOlivier ;Le Pontdel’Épée,1976 (10ex. ornésd’une encreoriginale de JacquesBarbier) OasisNewYork, éditionbilingue,traductionenanglaisaméricainde LouisOlivier,Ed.Chambelland,1976 La fête àCaïn, éditionbilingue,traductionespagnole deA.M.Diazet F.Moreno, Le Pontdel’Épée,1978 L’Oiseau-Dieu, Le Pontdel’Épée,1981 Les fenêtres, Pont sous l’Eau,1990 (10ex. ornésd’une encreoriginale de JacquesGermain) LeCantique des créatures,traduitdel’ombrien,gouachesde Jacques Germain,Barbier/Beltz,1990 OAmerica, Intertextes/Barbier-Beltz,1991, couverture de Jean-Pierre Pincemin Les brisants du Nebraska,CG3/KennethWhite,1993et le«Temps stratégique,Genève,1994 M,in-folio, dessins originauxde JeanHucleux,Barbier-Chambelland, 1996. Versant Nord, LHarmattan,1997, eaux-fortesdeGillesAlfera LesGraffitis, LHarmattan,1999 (2001 graffitis, avecindexet illustra-tions typographiquesdeGillesAlfera) Les chambres de la lune,récitd’une enfance américaine, LHarmattan, 2001 Oasis New York, éditionbilinguetraduiteparLouisA.Olivierenan-glaisaméricain, LHarmattan,2004 NY 9/11 911,uneméditation sur leonzeseptembre à NewYork, édi-tionbilingue,traductionenanglaisaméricainde LouisA.Oli-vier, LHarmattan,2007 Prendre corps ou l’envers des mots,haïkus, LHarmattan,2007
Ce que l’on entend par probité dans le cas duro-mancier, cest la conviction qu’il vous inspirequesa fictionest lavéritéUnelumièreintérieurenous permetdejuger s’ilest, ou non,honnête.
Virginia Woolf,Une chambre à soi
Hatteras, jeudi2octobre1980
Cher Ben,
e te regardais jouer ce matin sous la table de la cuisine avec J le chien. Ce manuscrit te sera remis par Nicolas Cumberford, en main propre, le jour de tes trente ans. Je voulais prolonger avec toi – devenu adulte –nos échanges d’aujourd’hui. J’aurais donné cher pour trouver dans les archives de notre pêcherie une trace de mon père. J’avais remué des lettres d’affaires, parcouru des colonnes de chiffres et des rôles d’équipage. Rien, rien, sinon une note griffonnée sur un bordereau : « Merci au vent du nord, au vent de notre fa-mille ». Pouvais-je attendre mieux ? Sang rouge ? Les gens de mer s’exprimaient par l’action. Sang bleu ? Tu le tenais de ta mère. Devenu pêcheur de mots, je voulais te raconter l’histoire de ces hommes taciturnes dont tu descends. Comment exprimer ma gratitude au vent du nord, propice le jour aux poissons, aux étoiles, la nuit ? J’étais sorti le remercier ! Il coupait la respiration, ce vent de notre famille, ce souffle de notre bonheur à la pêche. Il avait aidé les miens à survivre et moi, sous ses auspices, je m’apprê-tais à prendre le large à bord de ce journal, ma seule chance de pouvoir te joindre, te rejoindre. J’étais le premier Shackleford à n’avoir pas été marin pê-cheur ; j’ai traîné le secret de cette trahison, ma vie durant, sans parvenir à m’éloigner de l’Atlantique, que je continuais à saluer depuis ma tour, à New York. Te souviendras-tu d’une histoire de naufrage qui avait exaspéré la logique de tes sept ans ? Nous marchions sur les du-nes de Nag’s Head. – Ben, tu es à bord d’un navire en train de couler, que vas-tu emporter dans le canot de sauvetage ?
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ANTOINE DE VIAL
Ta réponse avait fusé : – Le chien ! Puis tu avais ajouté, avec un sourire en coin : – Mais toi aussi, Daddy, avec maman ! Daisy était morte depuis trois ans. Alors, après un silence, tu m’avais renvoyé la balle : – Et toi, Daddy ? – Moi ? J’emporterais… le navire ! – C’est impossible et c’est idiot, idiot ! avais-tu hurlé. Le sable crépitait, nous foulions la crête, nous protégeant les yeux. Tu t’apprêtais à dévaler la pente et tu criais de joie. Était-ce plus inepte, pensais-je, que d’emmener une mère disparue et un père malade ? Comment aurais-je pu te faire porter le poids de mon désarroi, toi, mon « canot de sauvetage » ? J’entendais le médecin me dire : « Puisque vous insistez, voici mon estimation : il vous reste entre six mois et un an à vivre ». Un an ? Je n’y arriverai pas ! Je dégringolais la dune du Diable, suffoquant sous les rafales. Tu volais loin, à mi-pente, les bras en croix. Cet après-midi-là, entouré de mouettes, j’avais décidé de rassembler pour toi une histoire des Shackleford où je parvien-drais à insérer la mienne ; je dominais une mer blanche d’écu-me, où les miens, natifs du pays de Galles, avaient touché le fond il y avait plus de trois cents ans, quand leur navire, le San Francis, s’était brisé sur les Diamond Shoals. J’avais ressenti l’urgence de dissiper l’équivoque de ma réussite à New York et même celle de mon mariage dans une famille de l’aristocratie du Sud. N’étais-je pas resté un homme de ces parages et rien de plus ? Aujourd’hui, j’abordais moi-même cette côte en naufragé, venant t’apporter ici une sorte de vaisseau pareil à ces ex-voto suspendus dans les chapelles de ports en Nouvelle-Angleterre… Il me restait à exprimer l’essentiel de mon propos : sans vou-loir me lancer dans un plaidoyer, parviendrais-je à mûrir l’ex-pression du plus terrible des aveux ? J’avais noté la manière dont tu m’observais depuis notre retour sur les Outer Banks. Cette attention m’encourageait à tenter ce « rendez-vous » que j’avais repoussé à2003, l’année de
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