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Déchaînée

De
185 pages
ET SI LA PIRE CHOSE QUE VOUS AYEZ JAMAIS FAITE ÉTAIT IMPARDONNABLE? Le monde de Davy s’écroule lorsque l’on dépiste chez elle le Syndrome de tendances meurtrières. On la renvoie de son école, son petit ami rompt avec elle, ses amis l’abandonnent et elle est envoyée dans un camp qui transforme les porteurs du STM en soldats. Davy a peut-être réussi à s’échapper, mais le mal est fait. L’impensable est arrivé. S’il est difficile de voir les autres la considérer comme un monstre, il est désormais encore plus douloureux de se dire qu’ils ont peut-être eu raison sur toute la ligne. Parce que Davy a tué.
Recherchée par les agents du gouvernement, Davy est sauvée par Caden, le chef charismatique d’un groupe de rebelles clandestins. Bien que Caden lui assure que la Résistance est composée de porteurs comme elle, Davy n’est pas certaine de pouvoir leur faire confiance. Elle ne sait d’ailleurs même pas si elle peut compter sur elle-même… ou sur ses sentiments grandissants pour Caden. Mais si sa place n’est pas non plus parmi Caden et ses troupes, trouvera-t-elle jamais un nouveau foyer?
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Copyright © 2014 Sharie Kohler Titre original anglais : Unleashed Copyright © 2016 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette puPlication est puPliée en accord avec HarperCollins uPlishers. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous uelue forme ue ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critiue littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Karine Gaudette-rud’homme (CRL) Révision linguistiue : IsaPelle Veillette Correction d’épreuves : Nancy CoulomPe, Féminin pluriel Montage de la couverture : Matthieu Fortin Mise en pages : Catherine Bélisle Conception de la couverture : Sarah Nichole Kaufman Illustration de la couverture : Sammy Yuen ISBN livre : 978-2-89767-152-5 ISBN DF : 978-2-89767-153-2 ISBN euP : 978-2-89767-154-9 remière impression : 2014 Dépôt légal : 2016 BiPliothèue et Archives nationales du QuéPec BiPliothèue et Archives Canada Éditions AdA Inc. 1385, Poul. Lionel-Boulet Varennes (QuéPec) J3X 17, Canada Téléphone : 450 929-0296 Télécopieur : 450 929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escaluens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgiue : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
articipation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du QuéPec — rogramme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant puPlication de BiPliothèue et Archives nationales du QuéPec et BiPliothèue et Archives Canada Jordan, Sophie [Unleashed. Français] Déchaînée (Série IndésiraPle ; 2) Traduction de : Unleashed. ISBN 978-2-89767-152-5 I. Beaume, Sophie, 1968- . II. Titre. III. Titre : Unleashed. Français. S3610.O8225U54214 2016 813'.6 C2016-940057-3
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À Kari Sutherland, pour m’avoir permis d’arriver au bout de cinq livres et m’avoir tant appris en chemin. Un merci est loin d’être suffisant.
RE 1 PARTIE RÉSISTANCE Proclamation présidentielle Section 1. Financement pour les camps e étention a) Dans les 48 heures suivant l’émission e ce mémo ranum et e concert avec le ministère u Trésor et le Bureau e gestion u bug et, une somme e 1,27 milliar e ollars sera offerte à l’Agence Wainwright expressé ment pour l’aministration et l’expansion e tous les camps e étention en vue  u maintien e la paix et e la protection contre les porteurs u STM qui menacent ce pays, et ont la mutationgénétique les préispose à commettre es actes e v iolence…
CHAPITRE1 L’homme que j’ai tué ne me laissera pas tranquille. Il vient me voir la nuit. La première fois qu’il s’est introduit dans mes rêves, j’ai cru que c’était un évènement isolé. Un rêve troublant et soudain qui disparaîtrait avec la nuit, pour ne jamais revenir. Mais celui-ci revient.Ilrevient.Et je commence à comprendre qu’il ne disparaîtra jamais. Les yeux marron. Le trou de balle. Le sang rouge foncé. Il sera toujours là. Cette certitude commence à s’imprégner lentement, comme les dents d’un animal qui mord profondément et longuement dans mon muscle. Je ne peux pas m’éloigner, ni le repousser. Je suis prise. Je suis coincée entre ses mâchoires. Étrangement, je pensais que porter l’étiquette de tueuse et tout perdre (mon avenir, ma famille, mon copain, mes amis) étaient les pires choses qui pouvaient m’arriver. Mais non. Me rendre compte qu’ils avaient raison ? Découvrir qui je suisexactement ? C’est pire.
Il n’est qu’une ombre dans un coin de la chambre ce soir. Une forme sombre, immobile, dont le pourtour est semblable à une tache sur un papier. Je m’assieds dans mon lit et relève mes genoux vers ma poitrine. Sean est étendu près de moi, sa poitrine se soulevant et descendant doucement alors qu’il ne sait rien de notre visiteur nocturne. Et j’imagine qu’en réalité, il n’est quemon visiteur. Rien ne hante Sean. Pour lui, le passé n’est rien d’autre que cela. Quelque chose qu’on laisse derrière, et j’envie sa capacité d’aller de l’avant. De s’accepter. D’accepter les choses telles qu’elles sont. Mon regard glisse vers l’homme mort. Je sens ses yeux familiers se promener sur moi. Je le regarde me regarder pendant que les cigales bourdonnent une mélodie constante à l’extérieur de la caravane. En le regardant, je me souviens de tout. Cet instant où le directeur de Mount Haven m’a forcé la main et a exigé que je le tue. Oh, Harris m’a donné le choix. J’imagine. Si le laisser tuer Sean en était un. Soit je tuais un étranger, un porteur anonyme, soit Sean mourait. C’était mon seul choix. Quoi qu’il en soit, quelqu’un allait mourir. D’une façon ou d’une autre, on avait décidé de mon sort. Sean dort toujours, parfaitement inconscient, son corps comme sculpté dans du marbre, les tatouages à l’encre noire sur son bras et sur son cou contrastant nettement sur sa peau claire. J’essaie de m’accrocher à sa vue familière et réconfortante, pour me sentir mieux. Mais ça ne fonctionne pas. Incapable de le regarder, incapable de supporter le souvenir, je me retourne. Et c’est ce que Sean est devenu. Un souvenir du moment le plus horrible de ma vie. Je ne regrette pas de l’avoir sauvé, mais ça ne change rien au fait que je suis désormais une tueuse. Lorsque nous nous sommes enfuis de Mount Haven et que nous sommes arrivés ici, à la caravane située presque sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique, tout était génial. Sean. Moi.Nous étions bien. Nous nous tenions par la main, nous nous touchions, nous embrassions. Comme deux adolescents qui venaient de se découvrir. D’une certaine façon, j’imagine que c’est ce que nous étions. Nous nous serrions l’un contre l’autre chaque nuit, nos corps comme deux cuillères. Il n’y avait aucune pression au-delà des mots murmurés et des baisers langoureux. Juste son odeur, sa peau chaude et solide contre la mienne. C’était suffisant. Être avec lui me remplissait d’un sentiment d’espoir étourdissant, une conviction que tout se passerait bien. Était-ce vraiment il y a quelques jours à peine ? Les choses se sont désintégrées et réduites en poussière à une telle vitesse… Mes ongles s’enfoncent dans mes paumes, entaillant ma peau en minuscules demi-lunes.
J’accueille la souffrance, accepte le châtiment. Me retournant sur le côté, je fais comme si la forme n’était plus là dans le coin, à me regarder. Les yeux marron, le trou de balle. Le sang rouge foncé. Je fais comme si Sean n’était pas devenu quelqu’un que je ne supporte plus de voir, de toucher, d’aimer. En fermant les yeux, je me dis qu’à force de faire semblant, je parviendrais à quelque chose. Que cela deviendra réel.
Je suis la première levée. Je me sens endolorie et courbaturée. Je prends une douche très longue, inclinant la tête et laissant l’eau s’abattre sur mon cou. Ça n’aide pas que je n’aie pas réussi à me rendormir, trop effrayée par la visite répétée de Monsieur aux yeux marron en personne. Je chérissais autrefois mes huit heures de sommeil quotidiennes.
À la maison, ma mère devait me secouer deux ou trois fois pour que je me réveille chaque matin. J’adorais mon lit. L’édredon de duvet. Le surplus d’oreillers et d’animaux en peluche de mon enfance. La façon dont la lumière du soleil matinal filtrait à travers mes rideaux diaphanes rose et vert. C’est étrange comme toutes ces petites choses nous manquent. Qu’est-ce que je ne ferais pas pour étreindre l’un de mes vieux animaux en peluche ? Pour être cette fille de nouveau. Quelquefois, le samedi ou le dimanche, ma mère préparait du pain perdu ou des saucisses. L’odeur savoureuse remplissait la maison et me tirait du lit. C’est difficile d’accepter que toutes ces choses aient disparu. Même les repas à mon ancienne école privée, Everton, étaient délicieux. Non pas que je les ai appréciés à ce moment-là. Je m’ennuie du comptoir à salades et du sauté sur commande. Gil apparaît sur le divan, les cheveux ébouriffés. Il se frotte les yeux tandis que je verse des céréales dans un bol. Il n’y a pas de lait, mais je suis déjà habituée à les manger sèches. Un livre glisse sur le sol. Il a dû s’endormir en le lisant. C’est une vieille copie jaunie et un peu abîmée duHobbit.soir, il a raconté l’intrigue à Sabine. Elle était assise devant lui comme Hier une petite fille, tenant ses genoux et se balançant sur place, les yeux grands ouverts pendant qu’il brossait un portrait des hobbits, des dragons et de toutes sortes d’autres créatures fantastiques. Sean avait aussi écouté, le sourire triste alors qu’il faisait passer son regard d’eux à moi. — Désolée, grimacé-je en posant la boîte sur la table. Je ne voulais pas te réveiller. En clignant des yeux, Gil attrape ses lunettes posées sur une caisse renversée qui sert de table à café. Maintenant qu’il n’est plus aveugle, il se concentre sur moi. — Non, je devais me lever de toute façon. Je résiste à l’envie de lui demander pourquoi. Ce n’est pas comme si nous avions beaucoup à faire. Sean surveille les allées et venues à la rivière en bas. Gil le rejoint occasionnellement ou le remplace. En ce moment, nous attendons jusqu’à dimanche pour faire notre traversée. Avec l’exemplaire duHobbit, nous avons découvert un jeu d’échecs sur une étagère pleine depoussière dans un coin de la caravane. Nous jouons beaucoup, même si c’est toujours Gil qui gagne. Le défi, l’espoir que nous puissions le battre, nous motive toujours. Cela et l’ennui. Je grignote bruyamment pendant que Gil retire un bagel rassis du sac et en prend une énorme bouchée. Nos choix alimentaires sont limités. L’endroit était rempli du minimum de provisions lorsque nous sommes arrivés. Rien de frais. Surtout des articles qui ne se périmeront pas ni ne moisiront de sitôt.
— Je ne pensais pas m’ennuyer de quoi que ce soit de Mount Haven, murmure-t-il, des miettes sèches tombant de ses lèvres. Je hoche la tête pour signifier que je comprends. — La nourriture. — Je n’ai jamais aussi bien mangé. Sauf si l’on compte les barbotines géantes et les sacs de Cheetos de la station-service. Je hoche la tête comme si j’étais d’accord. Comme si, moi aussi, je ne mangeais pas bien dans mon ancienne vie. Sauf que c’était le cas. Nous mangions dans les meilleurs restaurants. Sushi. Chinois. Italien. Et ma mère était une bonne cuisinière, même si elle ne s’en donnait la peine qu’une fois, peut-être deux, par semaine. Elle préparait des lasagnes si profondes qu’on pouvait y perdre une fourchette. Mon père poussait un petit grognement en les voyant. Ma poitrine se serre, une boule inconfortable se formant en son centre. Je me demande si je les reverrai un jour. Sean et Sabine nous rejoignent. Nous circulons dans un silence de bonne compagnie, préparant nos petits-déjeuners peu appétissants. Sabine n’est pas du matin. Nous avons de la chance si nous réussissons à lui tirer quelques mots avant 10 heures. Elle déchire l’emballage en aluminium de ses Pop-Tarts et s’assied devant moi à la table. Secouant ses longs cheveux bruns de son visage, elle fait un petit sourire en mordant dans sa pâtisserie. Des miettes tombent sur la table et elle les balaie sur le plancher. Sean utilise l’une des cruches d’eau pour faire du café et bientôt, le riche arôme emplit la caravane. Il m’offre une tasse et je l’accepte. Après avoir avalé la première gorgée amère,j’attrape le sucre et en ajoute une généreuse cuillerée. Puis une seconde. Peut-être qu’un jour, j’aurai le plaisir de boire un café au lait. Peut-être qu’ils en ont là où nous allons. Peut-être. Ma vie est remplie de peut-être. Mais il y a encore plus de « n’arrivera plus jamais ». Je soupire contre le rebord en céramique, reconnaissante de la montée de caféine dans mes veines. — Il est bon ? demande Sean. — Oui, merci. Sabine nous lance un regard. Un questionnement silencieux se lit dans ses yeux. Des suppositions. Je sais qu’elle se demande ce qui se passe avec nous. En fait, avec moi. Sean ramasse sa carte usée et ses jumelles ainsi que le cahier à spirales qu’il utilise pour prendre des notes. La carte se plisse dans sa main comme il dit : — Je reviendrai plus tard. Son regard balaie la pièce, s’attardant plus longuement sur moi. — J’aimerais bien un peu de compagnie. Je hoche la tête, et le mouvement me semble saccadé, peu naturel. — Bien sûr, j’arrive dans quelques instants. Comme si quelque chose me retenait à l’intérieur de la caravane. La porte de la caravane se ferme silencieusement derrière lui. Gil se lève. — Si ça ne te dérange pas, je vais emprunter l’un des lits et retourner dormir. Ce divan est trop nul. Il se dirige vers le lit, le plancher de linoléum craquant sous ses pieds nus. Je suis ici depuis presque une semaine et je ne peux toujours pas supporter de marcher pieds nus sur le plancher dégoûtant.
— Alors qu’est-ce qui se passe entre Sean et toi ? Je lève la tête brusquement. Sabine mange sa seconde Pop-Tarts. Elle mastique bien sagement. Malgré notre régime très peu reluisant de Pop-Tarts et de céréales sèches, elle a l’air de bien se porter. Mieux que lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois à Mount Haven. Ses joues ont maintenant pris de la couleur et son regard est brillant. — Que veux-tu dire ? Elle lève les yeux au ciel. — Tu peux à peine le regarder. Est-ce si évident ? Nous nous entendons tous bien. En souriant, j’improvise une belle mise en scène. Du moins, c’est ce que j’imagine. — Ça va, tout va bien, nié-je. Parce qu’il ne peut en être autrement. Peu importe le problème, je vais le régler. Tout ira bien. Je vais bien aller. — D’accord. Le coin de sa bouche se soulève. — Lorsque nous sommes arrivés ici, vous ne pouviez arrêter de vous toucher. C’était comme être coincé avec un couple de jeunes mariés. Mon visage devient rouge. — Ce n’est rien. Je me concentre simplement sur notre traversée. Je serai plus détendue une fois que ce sera fini et que nous aurons réussi à atteindre l’autre rive. Elle hausse l’une de ses minces épaules. — Soit nous réussissons, soit nous ne réussissons pas. J’aurais pensé que tu aurais voulu passer le plus de temps possible avec Sean avant que nous partions. D’autant plus qu’il y a le risque que nous nous fassions prendre ou tuer. Carpe diem et tout ça. Elle prononce ces mots de manière si détachée. Voilà ce qu’est devenue notre vie. La question de notre disparition potentielle est devenue chose commune.Pris ou tués. À ce stade, c’est la même chose. Son sourire disparaît et elle me fixe calmement, une lueur perçante dans les yeux. Presque comme si je l’agaçais. Comment pourrais-je lui expliquer ce qui se passe dans ma tête ? Lui dire que depuis que nous nous sommes installés ici, j’ai du mal à accepter le fait que j’ai tué ce garçon. Être près de Sean est… difficile. En me levant de la table, je murmure quelque chose à propos du lit que je dois faire et me dirige vers l’arrière de la caravane. Une chose est sûre : dans un espace de 75 mètres carrés, il n’y a nulle part où se cacher. Des autres. Des fantômes.
Je me réveille en sursaut encore cette nuit. J’ouvre les yeux, m’assieds et le cherche immédiatement. L’homme que j’ai tué. Il n’est pas là. Un soupir de soulagement s’échappe de mes lèvres. — Davy ? Sean est là. Assis à côté de moi. Je cligne des yeux en direction de l’espace vide nous entourant et je me rallonge, empoignant les draps sur ma poitrine. Je fixe le plafond couvert de vinyle et me concentre sur les fissures en forme de toile d’araignée. Sean s’installe à côté de moi. Sa main s’enroule légèrement autour de mon bras. — Mauvais rêve ?