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Déchirés

De
106 pages
L'auteur nous offre une galerie de portraits déchirés, pleinement en empathie avec eux. "Nous sommes douleur, nos bagages sont trop lourds et nous ne voulons plus les porter. Nous avons la même silhouette, tête rentrée dans les épaules, épaules basses, dos courbé par trop de coups. Les autres nous ont fait mal, blessés, frappés. Ils nous ont, consciemment ou inconsciemment, ignorés."
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Catherine Chatelain
Les Déchirés
Les Déchirés
Collection « Vivre et l’écrire » dirigée par Pierre de Givenchy Voir en fin d’ouvrage la liste des titres de la collection
Catherine Chatelain
Les Déchirés
À tous les cœurs en douleur Comme un cri Dans la nuit
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00534-8 EAN : 9782343005348
Toute ressemblance est un hasard, les êtres créés pour cet écrit ne sont que les tristes réalités de notre société de solitude, d’in-différence, de rejet. La douleur de mes personnages est celle d’êtres fragiles cra-quelés par la société, par le qu’en-dira-t-on, par le paraître et non plus l’être. Les héros sont des déchirés, des morceaux de douleurs, de ces douleurs que nous avons tous en nous un jour ou l’autre dans notre vie. Certains personnages sont modelés par les échos de souffran-ces d’êtres humains (tellement humains) que je connais mais chaque héros de cet écrit n’est jamais le portrait entier, l’his-toire entière d’une connaissance. D’autres personnages ne sont que pure invention, des êtres entièrement sortis de mes songes, comme des marionnettes qui ont pris vie quelques instants pour m’envoyer un message à écrire.
- 7 -
J’ai croisé des vies de souffrances, des cris, de ces person-nes dont le cœur saigne sans que les autres qui filent dans leur vie ne les voient, ne les entendent. Lorsque certains voient à la télévision ou dans leur famille ceux que je nomme des déchirés de la vie, ils s’efforcent de vite les oublier car ils font peur, ils dérangent. C’est de ces Déchirés dans tout leur être, leur intégrité hu-maine que je veux vous parler aujourd’hui pour ne pas les oublier, ne jamais les oublier. Ils sont là au creux de mon ventre, ils sont tout près de vous, ils ont tous le même regard. De ces regards qui vous réveillent la nuit et réapparaissent toujours, même quand tout vous sourit dans la vie.
- 8 -
Je me souviens de la salle aux murs verts délavés… Dehors on entend les bruits de la ville, les voitures, klaxons, embouteillages. Je monte sur une chaise pour être à la hau-teur de la fenêtre, aucun risque de se sauver par cette fenê-tre ou de s’y jeter pour en finir, des barreaux empêcheraient le passage comme dans une prison. De là, perchée sur ma chaise, je regarde le monde qui conti-nue sans nous. Ces gens qui marchent sur le trottoir, ce sont ceux que nous appelons « les Autres ». Ils marchent vite, ils ont l’air bien préoccupés ou simplement occupés. Où courent-ils? Au travail ? Voir un ami ? En course ? Rentrent-ils chez eux ? En tout cas une chose est sûre, ils sem-blent tous aller vers un but bien précis et ils sont tous bien pressés. Ils s’activent, on dirait des fourmis. Lèvent-ils de temps en temps la tête ? Ils verraient peut-être, tout en haut du vieil hôpital, une pe-tite tête derrière des barreaux. Ils verraient peut-être les nuages et oseraient y plonger leurs rêves, en ont-ils ? Se souviennent-ils de l’enfant qu’ils ont été ? Je les regarde marcher, les uns les autres, c’est une occupa-tion qui me porte toujours à la réflexion. Moi aussi je faisais partie des autres, je marchais, j’allais à ma vie et parfois j’étais pressée aussi. Après mon passage dans ces murs tristes je ne serai plus ja-mais une fourmi inconsciente qui agit par habitude, qui ou-blie la chanson du vent, qui ne voit pas la vérité. Plus jamais je ne serai les pieds sur terre, la tête baissée à fon-cer droit devant, à ne pas oser écouter mes rêves les plus fous, à ne pas avoir confiance en mon cœur quand il me parle. Après m’être cassé la figure sur la scène de ma vie, je ne se-rai plus jamais celle que j’étais. - 9 -