DENT D'AMOUR

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Une douleur comme le bonheur me prit continuant poursuivant la poursuite à l'affût de ce quelque chose qui s'échappe du toucher des mots si refroidis et dissolus dans la vie des autres. A l'intérieur de l'œsophage un long goulot où coule le feu et se creuse éternellement la faim d'une autre matière que … que quoi justement ? C'est cela que je veux dire.
Publié le : lundi 1 novembre 1999
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EAN13 : 9782296382930
Nombre de pages : 112
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DENT D'AMOUR

Du même auteur Poésie
Clair-obscur. Ed. du Temps Parallèle, Paris, 1983. Bouyout AI-Ankabout, en arabe, (Les Toiles d'Araignée), Beyrouth, 1967. Ana Wal Hajar, en arabe, (Moi et la Pierre), Beyrouth, 1993. Théâtre AI-Bakra, en arabe, (La Bobine) Beyrouth, 1973, Pièce créée et jouée en 1973 à Beyrouth. Seuls comme l'eau. Ed. L'Harmattan, Paris, 1994. H20. Ed. l'Harmattan, Paris, 1994. La coincidence. Ed. L'Harmattan, Paris, 1994. La Nonne et le Téléphone. Ed. L'Harmattan, Paris, 1996. Masrah, en arabe, (Théâtre), Ed. Bacharia, Beyrouth, 1996. Pour un homme seul. Ed. L'Harmattan, Paris, 1997.

Récit
AI-Katiba, en arabe (L'Ecrivain), 1993. Roman Mon roman. Ed. L'Harmattan, Paris, 1995. Monographie Co-auteur: Anachar BASBOUS Michel BASBOUS. Sculpteur. En français, en arabe et en anglais, Publications de l'Université Libanaise. Beyrouth, 1986.

Thérèse

AOUAD BASBOUS

DENT D'AMOUR

L'Harmattan

En couverture:

illustr;J.tion originale d'Anachar

Basbous

@ L'Harmattan, 1999 5-7, rue de l'Ecole Polyrechnique 75005 Paris- France L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (QC)

L'Harmattan, Italia s.r.1. Vian Bava 37 10124 Torino

ISBN: 2-7384-7601-5

Il surgit tout d'un coup. Je ne sais d'où. En un clin d'œil il surplomba les lieux. Sous un ciel de Mars changeant et clément. Tel un palmier dans le désert. Soudain planté. Sa tête émergeait en mouvements légers. Avec cette teinte de gris incertain dans les yeux. Et cette bouche qui ne me disait rien. Rien à prime abord. Rien que cette stature qui balaie l'espace finement secoué par ce mouvement de tête chercheuse. Flaireuse. Ivre de grand air avec une certaine pointe d'avidité bien civilisée. Domptée. Oui. Exactement. Je me trouvais brusquement en face de lui. Comme en face d'un beau fauve relâché à l'improviste. Longtemps dompté. Des séquelles nettes d'oppression. Des signes infaillibles de soumission. Et pourtant à travers cet air qu'il secouait autour de lui. Quoique ses cheveux n'étaient nullement longs... Cet air faisait virevolter tout autour de sa tête bien axée. Verticalement... Des effluves d'autres pays. Des senteurs de nostalgie cosmopolite. Oui je veux dire une certaine odeur de certaines villes rôdait dans son regard difficile à définir. 7

De ces villes longtemps entrevues à travers les paupières à semi-closes et sitôt refermées comme une chambre noire. Le contenu est à développer. Tirer au jour. Un jour. Comme ces villes qui assaillaient tout d'un coup surgies de cette lumière. Pourtant équivoque. Qui creusait sa silhouette dans l'espace un peu sombre qu'il traversait. Je veux dire ces villes vives et voilées qui vivent en nous en sursis attendant je ne sais quoi ou je ne sais
qUI.

Soudain j'ai eu envie d'habiter toutes les villes en même temps avec lui. Arrachée de ce jardin. Là. Sous le vieil amandier. Je tourbillonnais lestement dans le firmament de ses yeux soudain vert par contagion des oliviers qui l'accostaient dans cette ascension vers un certain passé. Bien refoulé. Douillet dans le creux des souvenirs et soubresauts d'une certaine fébrilité de sa jeunesse ou de sa maturité. Toujours est-il qu'il était là. Parmi ces pierres cent fois visitées le jour aperçues la nuit différemment. Là. Je le voyais comme une montagne projetée lancée du ciel. Juste au-dessus de ma tête. Avec un fil à plomb. Comme celui de mon enfance. Avec corde raide et poids de plomb quoique léger dans la main de mon père perché sur une belle construction au soleil de plomb avec son chapeau en liège grège et colonial et que j'aimais tant. 8

Bref. Droit. Là. Sans ombre ni antécédent il s'est enfoncé dans ce jardin avec des racines subites et têtues et fourchues se ramifiant subitement sans le vouloir et promptement contre toute attente que tout mon édifice pourtant en pierre construit sur le roc semblait vaciller à l'instant. Comme un léger balancement d'un oiseau sur les branches de l'arbre qui s'élevait au-dessus de ma tête depuis trente ans. Un soupçon de vertige remit ma planète en mouvement. La cadence venait du dedans et la brise était complice dehors dans cette lumière à conquérir en hiver à chaque instant. Béni était le moment de. De quoi? Exactement. Je ne pus l'expliciter immédiatement. Plus tard. Peut-être. La suite des événements ou de l'Evénement sécrètera plus de mots signifiants. Plus odorants ou tout simplement nouveaux. A présent j'étais dans une rondelle dorée qui se déplaçait avec mes mouvements et cernait ses gestes. Ses gestes à lui. Larges. Grands. N'indiquant rien de précis sauf que cela émanait d'une certaine densité d'émotion. Densité. Surdité. Atone. Tapie comme une bête fauve en lui le Grand Fauve à baptiser. Qui attendait que cela se produise. De la manière que la vie le sécrète. Habilement. Et qui semble arbitrairement. Qui nous semble aussi à nous deux. Nous sommes déjà deux attendant sous cet amandier en fleurs qu'un mot tombe qu'un chiffre pointe. Qu'un gland à quelques mètres de distance tombe de l'églantier de ce chêne à nos pieds et nous fasse sursauter. 9

Mais ce rond blond nous suivit. Dessinant nos déplacements en circonférences interférant à notre insu comme en face ces ondes meurtrissures de l'eau du bassin d'à côté où il lança un caillou. Juste un petit galet lisse et blanc. Pour voir. Juste pour savoir un certain son ou percussion ou chevauchement d'un inconnu sur l'autre. Comme c'était prévu. Depuis le commencement de l'eau cela produisit un certain bruit puis des ronds des rides des valses des satellites insolites couvrirent la surface de l'eau. Eloignons-nous du bassin. Remontons le temps. Ou l'escalier. C'est pareil. Dans la même maison. Où tout cela s'entasse se ramasse et s'empile pile ou face jusqu'à crevaison. Un jour. Du long temps à vivre. Il a enjambé goulûment les marches de cet escalier se demandant devant quelle espèce de porte il se trouvait. Elle était ouverte. Mais le cœur semblait ailleurs et surtout le corps. Pourtant il sentit la vague odeur d'une fumée lointaine. Un feu jadis s'était déclaré. Là. Justement à cet endroit. Précis et net. Ille sentait. Il ne pouvait se tromper. Ses narines s'enflaient et s'emplissaient d'un relent qu'il aimait. Non. Pas relent. Plutôt vent. Très odorant. Comme un corps aimé et savouré. Cependant quelque part flottait une idée de blindé. Blindé. Armé. A son corps défendant. Se défendant avec ses dents acharnées. Toute l'année. 10

Même à ce début de printemps comme l'attestent ces amandiers en fleurs environnants et probants datant les saisons sans tricher ni fautes ni erreurs. Enfin qui fixe les saisons des arbres les fleurs ou les corps? Des fois c'est le firmament. Et qui sait c'est peut-être un petit nuage qui voyage ou un brin d'ombre qui s'installe ou juste juste un seul rayon de soleil et le cœur se remet à sa folle farandole sous le spot d'en-haut. Alors ces rondelles de lumière poursuivent la poursuite et quelque chose encercle enchaîne quoique feu quoique lumière. Ce quelque chose qui ne se rompt. Même si l'on veut. Si on l'assassine il prend un autre nom et va s'enfoncer quelque part dans la terre dans la chair dans le glossaire. Mais ce quelque chose justement appréhendé refuse le terme de rupture comme contre nature. Il y a des mots comme celui-là justement qui regimbent. Dans certains emplois ils sont récalcitrants. Parfaitement. Alors que tout le monde s'acharne à les placer dans des lieux impropres à eux. Tout le monde veut plus ou moins un jour ou l'autre rompre. Surtout ceux qui s'aiment. Les autres emploient d'autres termes. Il y en a tant.

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