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Deorum Interfectores, tome 2.2 : Ad Vitam Aeternam

De

Jusqu’où iriez-vous pour détruire ceux qui vous nuisent ?

Haraar et ses compagnons posent le pied dans un nouvel enfer : le pays glacé de Gabel. Cherchant à récupérer un fragment de la Pierre des Glaces et par la même occasion, à convaincre l’héritier légitime du trône de Marmoria de gagner la capitale, ils ne pensaient pas se heurter à un adversaire de taille : Sadeh, le prétendant d’Anna. Ayant renversé le pouvoir et instauré sa dictature, il n’attend plus que la jeune femme pour asseoir son triomphe.

De leur côté, Dragomir et Sisyphe enquêtent sur la disparition suspecte d’un mythomancien exilé, un Passe-Muraille, un des seuls êtres capables de traverser la Frontière de Volnera. Car trahi par le dieu qu’il vénérait, Lucius compte bien en finir avec lui.

Quant à Amulius, prédisposé à la magie, il se découvre des pouvoirs insoupçonnés... et un amour impossible.


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Astrid Méan
DEORUM INTERFECTORES II – Ad Vitam Aeternam ème 2 partie
PROLOGUE
Virgile faisait les cent pas quand Kahiran s’éveilla enfin. Ils se tenaient tous dans la pièce exiguë. Roland, allongé sur l’unique lit, gémissait dans un sommeil fiévreux; Haraar, un bras en écharpe, et Anna, le carquois autour de l’épaule, échangeaient quelques mots dans un coin en jetant d e vifs regards inquiets à leur compagnon; le garçon romain, quant à lui, nerveux jusqu’aux orteils, arpentait le plancher depuis un moment déjà. Anna s’était occupée de ses plaies, mais le tracas semblait plus l’accabler que ses anciennes blessures physiques. On avait installé Kahiran sur le sol, couverte d’un drap épais, et quelqu’un avait allumé l’âtre qui ronflait et dégageait une chaleur réconfortante dans la chambre. Quand elle la surprit à se redresser et à maugréer des injures contre tous les archers du monde, Anna s’avança vers elle et la repoussa doucement en position couchée. Essaie de ne pas bouger. J’ai cicatrisé tes plaies, mais il ne serait pas plus mal d’éviter les mouvements maintenant que nous sommes en sécurité. Repose-toi. Kahiran fronça les sourcils, puis, constatant que l a cavité créée par le poignard tricéphale de l’Ombrageur avait disparu et que son bras paraissait fonctionnel, elle observa Anna comme un monstre sorti de la forêt aux côtés du yéti. C’est toi qui…? Anna acquiesça. Kahiran ne répondit pas, les lèvres pincées. Puis elle pencha la tête, soudain frappée d’une honte sans bornes. Merci. Tu auras tout le temps de me remercier quand on se sera tirés de nos nombreux problèmes, crois-moi, répondit la jeune femme avec un sourire fugace. On est tous dans un état lamentable. Je ne suis pas certaine que l’o n survive aux plaines de glace de Gabel. Mais nous n’avons pas le choix, intervint Haraar, la mine sombre, nous ne pouvons pas prendre le temps de nous rétablir, alors que Belzéroth gagne en puissance! (Il se tut, eut un coup d’œil pour Roland agonisant.) Il nous a dit de ne pas tuer ses terminaisons nerveuses. Il ne veut pas. Il va souffrir. Si nous atteignons Gabel avant qu’il ne meure, il y aura peut-être un moyen pour qu’il récupère sa jambe, expliqua Anna. Si l’on con serve le membre, des mages guérisseurs de l’École de Magie pourront sans doute réunir les deux parties. C’est un gros risque à prendre, dans le froid la gangrène ne semble pas être une option, mais si nous y parvenons à temps, il guérira. C’est sa décision, et nous la respectons. Mais il va mourir! glapit Kahiran, à nouveau redressée. C’est de la folie! Et s’ils ne peuvent rien pour lui, hein, vos prestidigitateurs, qu’est-ce que vous allez faire? Tu t’inquiètes de la santé d’un homme qui ne compte pas pour toi, Kahiran? persifla Haraar. L’esprit de communauté a-t-il grandi dans ta cervelle durant ton sommeil? Regarde ce que c’est, mon esprit de communauté, rét orqua sèchement la jeune ranger, le visage tourné vers la table. Une épaisse bourse en cuir, tachée de sang, s’affaissait sur le bois, gorgée de pièces d’or. Haraar se rembrunit, pris à son propre jeu. Avec ça, on pourra aisément se payer des manteaux, de la nourriture en suffisance et de l’équipement en territoire hostile, grommela Kahiran, soudain mue en une survivante aguerrie, et si tu n’es pas satisfait que j’ai joué ma vie pour votre putain d’expédition dans le nord, Lucaino, va te faire foutre. Je te remercie pour ton sacrifice, répondit Haraar, toutefois sincère et humble devant l’échec de ses piques peu gracieuses. Hum. Virgile attrapa la bourse et la soupesa dans sa paume, étonné de son poids. Avec ça, je vais pouvoir rentrer ab Roma! Non, Virgile, tu ne repartiras pas avec ça, soupira Haraar en lui retirant la petite
fortune pour l’accrocher à sa ceinture. Tu nous sui s, tu écoutes et tu apprends. Tu rentreras si tu satisfais. J’ai l’impression d’être avec mon magister quand je vous entends parler… Une heure plus tard, la femme de l’aubergiste leur apporta plusieurs rations du repas du soir, car il faisait déjà nuit quand Kahiran ava it émergé. Ils mangèrent avec fringale, profitant de l’hospitalité et du confort d’une chambre, ce qu’ils n’avaient plus connu depuis leur départ de chez Orelis. Pendant la nuit, Anna veilla Roland qui, trempé de sueur, s’agitait dans les couvertures, battant l’air de son moignon et de sa jambe encore complète. Plusieurs fois, elle crut qu’elle allait céder et tuer les nerfs dans sa cuisse afin d’abréger ses souffrances, tant sa situation lui comprimait le cœur, mais elle se souv int qu’elle avait promis et resta là à le regarder s’ébattre comme un animal en cage. Quand elle s’endormit d’épuisement, Haraar se leva, l’enroba délicatement dans une couverture, et déposa un baiser sur son front avant de s’asseoir sur le lit et de débuter sa veille. Frappée d’insomnie, Kahiran demeura éveillée toute la nuit, à observer l’extérieur au-delà de la fenêtre, assurée que des hommes de main d’Orelis allaient rappliquer pour finir la tâche commencée l’après-midi. Ses doigts étaient étroitement serrés autour de sa dague, et ses yeux scrutaient la nuit noire comme une créature nyctalope sur le point de se jeter sur sa proie. Sauf que cette fois, c’était elle, la proie. Puisque Haraar se tenait au chevet de Roland, elle décida de lui faire la conversation. Les autres dormaient à poings fermés, elle doutait qu’elle réveille qui que ce soit. Comment va-t-il? Il souffre. Énormément. J’espère que la fièvre finira par tomber. Ce n’est peut-être pas une bonne chose qu’il nous a ccompagne à Gabel, suggéra Kahiran dans un murmure. Haraar ricana. Dans son dos, l’âtre irradiait une lumière douce et apaisante, tandis que sa chaleur berçait les esprits ensommeillés. Roland? Rester en arrière? Jamais. Quand il s’est réveillé, pendant ta petit e escapade en ville, il nous a abreuvés d’un flot d’i njures lorsque nous lui avons dit qu’il serait plus prudent qu’il ne vienne pas avec nous. Il va mourir si vous ne l’en empêchez pas. . Il se traînerait par terre pour nousIl le sait. Mais il n’en a strictement rien à faire suivre dans la glace, et s’il crève loin de nous, on s’en voudrait pour le reste de nos vies. Kahiran posa un regard duveteux et protecteur sur Roland, qui s’était peu à peu calmé. Il respirait fort, le front humide, et ses dents claquaient avec force. Cet homme est fou. Pourquoi fait-il tout ça pour vo us? demanda la jeune ranger, emmitouflée dans ses draps. Si seulement je le savais..., répondit Haraar, le regard dans le vague, si seulement je savais pourquoi il se sacrifie pour nous depuis not re rencontre. Anna et moi nous protégeons mutuellement, parce que nous nous aimons, mais que gagne Roland? Je ne le saurai sans doute jamais. Le silence s’installa, entrecoupé par le ronflement du feu et le crépitement des bûches rongées par les flammes. Haraar rinça le tissu imbibé d’eau fraîche et le plaça à nouveau sur le visage de Roland qui poussa un gémissement dans son sommeil. Qu’est-ce qui m’est arrivé, Haraar? demanda Kahiran. Le jeune homme se redressa et darda sur elle des yeux étincelants. Anna t’a suivie. Il faut la comprendre, elle ne te fait pas vraiment confiance... Elle a tué les archers qui t’ont criblée de flèches et t’a ramenée ici pour soigner tes blessures avant qu’il ne soit trop tard. C’est plutôt à moi de te retourner la question. Prise au piège, Kahiran émit un petit ricanement, davantage pour se rassurer que pour intimider son adversaire. Si je savais pourquoi ces chiens galeux m’ont attaquée, je te répondrais volontiers! Tu ne devrais pas déjà être rentrée à Flora? Tu as accompli ta mission, n’est-ce
pas? argua Haraar. Tu ris? Ces gars ont essayé de me tuer! Et tu crois que je vais me jeter dans la gueule du loup? Voilà un bon prétexte pour ne pas le laisser penser qu’elle le suivait par purs sentiments amoureux comme un animal de compagnie rampant aux talons de son maître. Elle n’aurait pas supporté de l’avouer. Surtout que, maintenant, il avait trouvé Anna. Elle grimaça inconsciemment. Tu ne sais pas dans quoi tu t’engages, souffla Haraar. Probablement que non. Mais si c’est avec toi, je n’en vois pas l’inconvénient. Merde! Mais qu’est-ce que je fous? Elle tendit la paume. Pardon, pardon. Je n’ai pas voulu dire ça, répliqua immédiatement Kahiran, mais sa panique lui confirmait ce qu’il pensait depuis qu’ils s’étaient revu. Tu n’as donc toujours pas compris... Tout ça, c’est du passé. Si tu espères quoi que ce soit de moi, c’est non. Que ce soit clair. Elle sentit son cœur fondre. Mais elle le savait, n ’est-ce pas? Elle le savait, et elle s’était accrochée quand même. Ses mains se crispèrent sur la couverture. Ce n’est pas ce que tu crois, articula-t-elle, mais le mal était fait. tabilisé, maintenant. Anna... (IlBien sûr que si. J’ai changé, Kahiran. Je me suis s chercha ses mots afin de ne pas la blesser plus qu’il n’était déjà en train de le faire.) Anna compte plus que tout au monde à mes yeux. Ma vie, c’est avec elle. Je comprends. Excuse-moi. Il esquissa un demi-sourire qui la blessa au plus p rofond d’elle-même. Elle reflua ses larmes qui prouvaient sa faiblesse. C’est moi qui te demande de m’excuser. Et s’il te plaît, ne jette pas ta colère sur elle, la supplia Haraar. Une vague de haine la submergea soudain, une vague déferlante et blanche d’écume, de rage foudroyante, d’aveuglante réalité, nommée jalousie. La mer l’engloutit, l’étouffa, écrasa ses poumons, comprima sa poitrine; ballottée dans un poing gargantuesque, elle se cognait aux bords, la tête lui tournait, des réflexions floues baignaient son esprit d’un brouillard terne et obscur. Et quand elle émergea enfin, trempée de désillusions, les yeux injectés de déception, frissonnant de désappointement, la seule terre qu’elle vit à l’horizon fut simplement la vengeance. Elle inspira longuement, comme si elle reprenait son souffle. Bien. Il faut que je dorme, maintenant, fut tout ce qu’elle parvint à ajouter avant que sa gorge la trahisse. Elle lui tourna le dos et s’endormit immédiatement, exténuée par les émotions qui venaient de la lacérer comme le filet d’un rétiaire. Quand sa respiration se fit plus espacée et profonde, signe qu’elle venait de sombrer dans l ’assoupissement, Haraar poussa un soupir qui contenait tout le malaise du monde. Il s’en voulait de l’avoir écorchée à ce point, il aurait dû s’en rendre compte, il aurait dû le savoir. Elle le malmenait depuis le début pour se protéger de ses émotions. Elle l’aimait toujours . Elle l’avait toujours aimé, même lorsqu’ils s’étaient séparés, qu’elle avait quitté Galaon pour ne plus voir son visage, qu’elle s’était prostituée dans l’unique but d’oublier... Il était responsable de tous ces drames, de toutes ces rancœurs, de toutes ces espérances brisées... Il posa sa tête entre ses mains. Il prenait seulement conscience de la vie qu’il ava it détruite, parce qu’il avait voulu un métier stable. Égoïste! Il se tourna vers Roland et tâta son front pour se changer les idées. La fièvre sembler baisser doucement, son compagnon respirait enfin ca lmement. Haraar se rassura. Il se laissa glisser sur le lit, et finit par piquer du n ez. Virgile, en bonne âme bienveillante, se tenait aux aguets et remplaça Haraar. Dehors, une louve poussa un hurlement qui vivifia la forêt endormie.
Partie ïïï La révolte
I
Haraar releva la tête, un panache glacé s’échappant de sa bouche. Il planta le bâton dans la neige dense, son bras brisé ramené contre lui, dissimulé sous l’épais manteau de fourrure. Au loin, rien, sinon les gerbes blanches qui ondulaient dans le ciel comme des filaments de brume opaque, comme des spectres de lumière ricanant en s’évaporant. Les cimeterres magiques, dont les fourreaux avaient été enveloppés dans des bandes de cuir pour éviter qu’ils n’emprisonnent les lames dans leurs étuis, dormaient depuis un moment déjà, las de ne pas pouvoir montrer leur talent. Kahiran demeurait en retrait, fermant la marche derrière les trois montures, dont une, Farro, avançait clopin-clopant sous la charge des p rovisions, et les deux autres, celle d’Anna, et Wa, portaient sur leurs dos un Virgile frigorifié et un Roland avachi sur la selle. Ils avaient dû l’attacher au pommeau, car exempt d’une jambe, il risquait de glisser et de s’écraser dans la neige. Anna, une main posée sur le mollet de Roland, avait compris qu’il ne valait mieux pas le laisser sans la moindre surveillance, même attaché. Un sourire aux lèvres, il ricanait dans sa barbe hirsute qui couvrait une importante partie de son visage, tandis que ses cheveux s’occupaient de l’autre moitié. Peinée, la jeune femme lui parlait parfois dans le tumulte de la tempête qui ne tarderait pas à se lever, mais elle doutait qu’il comprenne quoi que ce soit. ran, dont les tremblementsArrête de claquer des miches, le marmot, lança Kahi incessants de Virgile tapaient sur le système. Je te jure que je vais te crever un œil, si tu continues. Virgile serra fermement les pans de son manteau autour de sa gorge en se demandant une millième fois pourquoi ces gens l’avaient emmené avec eux. À part sous la pression d’Anna, il ne voyait pas d’autre possibilité, car tous sauf elle le méprisaient. Il avait grandi à la campagne romaine, à étudier sagement, à deveni r un intellectuel, et voilà qu’il se retrouvait avec ces barbares, qui se battaient plus qu’ils ne réfléchissaient. Mais peut-être les dieux l’avaient-ils justement poussé à sortir d e son cocon pour découvrir une vie différente, à la belle étoile, sur les routes, rego rgeant de dangers qu’il ne pouvait pas vaincre seulement par l’esprit mais surtout par la force de son épée. Son épée... Il l’avait retirée de l’œil du yéti avant qu’il ne disparaisse subitement. Quand Roland s’était enfin réveillé à Florebois, il lui avait demandé de la garder, même si elle était trop volumineuse et lourde pour un gringalet comme lui. Il forgerait ses muscles pour la brandir. Ce présent avait profondément touché Virgile, et il avait choyé l’arme de tout son être depuis lors. Un sourire étira ses lèvres gercées. Sans doute ces ge ns ne le détestaient-ils pas, au contraire, et voulaient faire de lui un homme fort et vaillant, prêt à affronter la vie. Il n’oublierait pas de leur rendre hommage dans l’épopée qu’il écrirait. Ils avaient quitté Florebois le lendemain de la més aventure de Kahiran et il leur avait fallu une journée supplémentaire pour rejoindre la frontière. Là, en fin de soirée, des gardes les avaient appréhendés, vérifiant les manda ts octroyés par Balioc quand ils avaient quitté la citadelle de Marmoria. L’un d’entre eux les avait avertis : depuis quelque temps, les plaines de glace étaient balayées par des blizzards récurrents qui rendaient les seuls sentiers précaires du royaume totalement impraticables. De plus, le peuple nomade qui y vivait ne paraissait plus aussi pacifique qu’ avant, décimant des patrouilles de la capitale dès qu’il en avait l’occasion. « Des sauva ges sans la moindre pitié... Peut-être cannibales » avait affirmé le soldat, pour peu qu’i l en sache quelque chose sans avoir jamais posé un pied dans la région juxtaposée même s’il était posté à sa frontière. Il avait fallu qu’Anna le rassure en lui expliquant qu’elle était native de Gabel, et connaissait donc le territoire mieux que quiconque, pour qu’il accepte néanmoins de leur ouvrir le passage. Il leur avait dit « adieu » au lieu de l’« au revoir » traditionnel, et ce mot avait suffi à saper le moral du groupe. Quatre jours qu’ils erraient dans un enfer blanc... Roland se redressa soudain sur sa selle, comme agité d’un violent hoquet. Il fit craquer