Depuis le jour où elle n'eut plus la parole

De
Publié par

On était au début des golden sixties, lorsque Marie-Sophie, 49 ans, fut victime d'un AVC qui allait la laisser paralysée du côté droit et privée de l'usage de la parole... Avec son fils aîné, pendant trente-trois ans, Marie-Sophie, enfermée dans le carcan de son hémiplégie et de son aphasie, mais ayant gardé tout son sens du discernement, a porté sa réflexion sur le sens de son handicap, des handicaps, et la manière de donner sens à la vie. Ses réflexions imaginées font l'objet de cet ouvrage.
Publié le : jeudi 8 janvier 2015
Lecture(s) : 8
EAN13 : 9782806107497
Nombre de pages : 168
Prix de location à la page : 0,0090€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Depuis le jour où elle n’eut plus la parole Guy Bellefamme
On était tout au début de ce qu’on appellera plus tard les golden
sixties. Lorsque Marie-Sophie, 49 ans, fut victime d’un AVC qui allait la Depuis le jour laisser paralysée du côté droit et privée de l’usage de la parole, elle allait
être confrontée à la fois au handicap physique et à la transformation
accélérée de tous les principes moraux et sociaux qui avaient orienté où elle n’eut plus
sa vie jusque-là. Son fls aîné, alors âgé de vingt-trois ans, entretenait
avec elle des relations privilégiées, faites d’affection, de connivences la paroleet de complicités, ce qui n’excluait nullement le confit des générations.
Avec ce fls aîné, pendant trente-trois ans, Marie-Sophie, épouse et
mère de famille nombreuse, attentive à l’éducation de ses enfants
et à l’harmonie du foyer conjugal, enfermée dans le carcan de son Romanhémiplégie et de son aphasie, mais ayant gardé toute sa lucidité et son
sens du discernement, a porté toute sa réfexion sur le sens de son
handicap, de tous les handicaps et sur la manière la plus adéquate de
donner sens à la vie. Les réfexions imaginées de celle qui fut réduite
au silence font l’objet de cet ouvrage.
Originaire du pays de Herve, mais établi depuis plus de trente ans dans le
CondrozFamenne, l’auteur consacre une partie de ses loisirs à des exercices d’écriture, où,
mêlant intimement réalité et fction, il aime faire vivre et évoluer ses personnages dans
ces lieux aimés.
Illustration de couverture : Dépouillement hivernal en Famenne, de Floriane Bellefamme.
ISBN : 978-2-8061-0206-5
16,50 € 9 782806 102065
Guy Bellefamme
Depuis le jour où elle n’eut plus la parole





Depuis le jour où
elle n’eut plus la parole
Du même auteur :

Les Illusoires, poèmes, À l’enseigne du plomb qui fond, 1958.
Anabase ardennaise, roman, Actuel, 1996.
Temps variable, nouvelles, Proxess.
Carnet de bord d’un enseignant… libre, récit de vie, L’Harmattan, 2012.
L’interdit de père, roman, Memory, 2012.
















Depuis le jour où
elle n’eut plus la parole


Guy Belleflamme

ROMAN


















D/2014/4910/63 ISBN : 978-2-8061-0206-5
© Academia – L’Harmattan
Grand’Place 29
B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par
quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans
l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be REMERCIEMENTS
’ – qui ’ nourri de la lecture des ouvrages suivants
pendant la é du roman que voici – î ce ’ doit à
John Irving, auteur ’Une è pour Owen – titre original A prayer
for Owezn Meany – (France Loisirs, 1989), pour sa ç de situer
une fiction dans un contexte é – le New Hampshire –
et historique – la guerre du Vietnam et toutes ses é
politiques, à ’ é ê des É -U. – et pour sa ç
’ les moments é et é ts dans ’ du
é à Christine Ariau-Leclair, auteur ’ Une vie è ’
’ attan, 2011) pour le sujet é , à Christian de Duve,
auteur de De é à é en passant par Darwin (Odile Jacob, 2011)
pour ses é sur le sens de la vie, à Paul Auster, auteur de
Chronique ’ (Actes Sud, 2013), pour sa è de combiner à
la fois la fiction et ’ , à Marie de Hennezel, auteur
de Nous voulons tous mourir dans la é (Robert Laffont/Versilio,
Paris, 2013) et de tous ses ouvrages é , pour ses é
sur ’ , le suicide é les soins palliatifs, à Philippe
Labro, auteur du F û invisible (Gallimard, 2013), pour sa ç
de ê fiction et autobiographie, à Tahar Ben Jelloun, auteur du
Bonheur conjugal (Gallimard, 2013), pour sa ç de traiter le pro-
è de la thrombose é é et pour sa è ’ le
flash-back, à Christopher Hitchens, auteur de Vivre en mourant.
Comment la religion empoisonne tout (Flammarion, 2013), pour sa mé
ditation drolatique et agnostique sur ’é de son propre
cancer, à Philippe Toussaint, auteur du è de è (B.,
Actuelles, 1963) et à é Haquin et Pierre Stephany, auteurs des
Grands dossiers criminels de la Belgique (Racine, 2005) pour leurs
relations du è « softenon » à Olivier Nakache et É Toledano,
é du film Les intouchables (ainsi que les é de Philippe
Pozzio di Borgio et ’ Sellou), à Christine Eddie pour son
roman Je suis à (Alto, é 2014), construit à partir de ’
vraie ’ maman devenue é é e à ’â de 35 ans, et à
Michael Haneke, é du film Amour, pour des raisons é
identes. Parmi les œ plus anciennes, ’ se souvient
’ lu Les Anneaux de ê de Georges Simenon (1963) dont
le é est atteint ’ é é et ’ faite à Marie
(1912/1948) de Paul Claudel enfin pour la ç dont il traite la
notion de é é des é .Si le lecteur le souhaite, ce livre peut ê tenu
pour une œ ’ Mais il est toujours
possible ’ œ ’ nation jette quelque
lueur sur ce qui a é é rapport é comme un fait.
Ernest Hemingway
Paris est une ê (A Moveable Feast)I
’ É LE TEMPS DES É É
DES É D’ É
1960-19801
LES CHOSES ET LES MOTS
Printemps 1961. La é est douce. La fin
’ è midi est paisible. Le jeune journaliste Gustave, dit
Gusti, Lewalle, et sa è Marie-Sophie partageaient le é
rituel de ce moment é é et rare du û en grignotant
quelques tranches de pain ’é ées de sirop de
è ou de confiture maison… Gusti se prend à taquiner sa
è :
– Tu sais que, dans la province de Namur, ils appellent
« poiret » ce que nous appelons « sirop » ?
La mè et son fils bavardaient, parlant de choses et
’ passant du coq à ’â dans une conversation à bâ
tons rompus.
– Alors, sais-tu ’ ù vient cette expression « à â
rompus » demanda , impertinente, la è à son fils ?
– Mais je ’ ai pas la moindre é , lui é celui-ci,
avec un brin ’ Peut-ê que ’ est em-
é au vocabulaire technique des menuisiers… ou des
architectes ? Va …
En bavardant de la sorte, la è et le fils voulaient
inconsciemment é ’é trop directement ce qui
faisait ’ de leurs é ns du moment, la é de
Marie-Sophie. Celle-ci souffrait depuis plusieurs é ’ mal é ’ sorte de langueur qui lui tombait
dans les jambes, les rendant tellement lourdes ’ avait
peine à marcher. La pause- é de ce quatre-heures é
pour elle, providentielle.
– Le docteur aurait pu ’ en consultation à
’ ô beaucoup plus ô ?
– Mais il avait é des è é au retour
’â et me soignait en é
’ quoi le « retour ’â » ’ ce fils peu au
fait de la physiologie é ? Dans la famille, le terme
é é quasi tabou. La notion de « retour ’â »
é pour lui une sorte de retour à un â é
ù le corps é ’ vait pas encore é é é par
l’apparition, à intervalles é des è toujours consi-
é é comme polluantes.
Le é de famille, é de campagne, le docteur
Fafra, avait excellente é Pourquoi ne pas lui faire
confiance ? Il ’é ’ pas dans les habitudes de
’é ’ consulter, pour des è de é
’ mineurs, ’ é sans ’ du é
ecin traitant. Et ce dernier ’ rien é é
Par ailleurs, la é sociale de ’é e ’ pas
le remboursement des soins de é Et on ’ donc
recours au é ’ cas de é é absolue.
MarieSophie se plaisait à rappeler la mystification bien innocente à
laquelle sa propre è s’é é un jour. Adepte
farouche de jardinage, tout en semant dans son potager des
haricots, elle se plaisait à marmonner de è à peine
distincte : « Une é de é , une é de
pharmaciens, une é de notaires, une é d’ … ». À un
passant é par ces propos peu é elle
avait é u malicieusement : « Ce n’est rien, ne vous in-
é pas : je plante simplement des… … ». Va
pour le calembour qui faisait sans embarras le è des re-
é trop envahissants à ses yeux du secteur non
productif de la vie é .
14Il avait toutefois fallu se rendre à ’é Les potions
’ prescrites le docteur Fafra é inefficaces. Et
’é de Marie-Sophie ne ’ é pas. On ’ en avait pas
é le é de famille, mais on é é consulter,
sur recommandation de voisins bien é ou ’
membres de la famille, un autre é é é dont on
disait le plus grand bien, le docteur Miê qui ’ pas
pignon sur rue – sa plaque de é avait é é é de la
ç ù seules les traces des quatre boulons restaient
visibles – et qui consultait de ç tout à fait é , presque
clandestine.
– Je ne comprends pas pourquoi, reprochait Gusti à sa
è vous ê é consulter un é qui faisait ses
prescriptions sur des ordonnances à en- ê ’ è …
– Nous ne savions pas, à ce moment- à ’ avait é é ra-
é par ’ des é et ’ faisait ses consultations
au nom ’ de ses è … et avec sa é Ce
dernier, é ne risquait donc plus, lui, ’ê interdit de
pratiquer. ’ ce ’ pas pour des raisons é
’ avait é é interdit, mais pour des raisons politiques.
Pendant la guerre, de conviction rexiste, il avait « é »,
disait-on…
Il y avait quinze ans pourtant que la guerre é finie.
Pourquoi un tel interdit, è autant de temps ? À cette
question, personne ne leur avait é de é
convaincante.
– Pourquoi consulter un incivique ?
– Nous ne savions pas, é è -t-elle. De toute ç le
traitement ’ avait prescrit ’ é é é aussi inefficace que
celui du docteur …
Les é tournaient court. Mieux valait faire
diversion.
Marie-Sophie, comme les jeunes filles de bonne famille de
son é n’avait pas é é l’ é n’avait pris
aucun ô , mais son é , en plus de celle qu’on
ç en famille, elle l’avait ç au pensionnat chez les
15

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.