Des Angles et des Monts

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Voici l’histoire d’un amour impossible entre deux créatures censées se vouer une haine éternelle. Voici l’histoire d’un Ange et d’un Démon unis malgré eux par un lien que rien, pas même eux-mêmes, ne parviendra à briser. Voici l’histoire de deux êtres aux sentiments extrêmes, qui pourtant ne sont pas si éloignés de nous, simples mortels. Lorsque le Bien et le Mal se rencontrent et que les limites entre la haine et l’amour s’étiolent, rien ne peut plus être comme avant, les repères disparaissent, l’illusion également…
Publié le : dimanche 12 septembre 2004
Lecture(s) : 215
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EAN13 : 9782748144666
Nombre de pages : 192
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Des Angles et des Monts
Karine Peris Y Saborit
Des Angles et des Monts





FANTASTIQUE










Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2004
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
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ISBN : 2-7481-4467-8 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4466-X (livre imprimé) KARINE PERIS Y SABORIT






CHAPITRE PREMIER



Tout était tranquille, comme à l'accoutumée. Les
arbres magnifiques offraient leurs fruits juteux avec
autant de générosité que d'insouciance, l'herbe
luxuriante était envahie de fleurs toutes plus belles les
unes que les autres, exhalant un parfum suave et
enivrant, les cours d'eau pure galopaient tranquillement
sur leur lit de cailloux moelleux. Tout le monde était
heureux et chantait gaiement, ou bien gazouillait
langoureusement, allongé à l'ombre de la végétation
omniprésente, ou encore voltigeait d'arbre en arbre à la
recherche d'on ne savait quoi. Du moindre petit nuage,
tous du blanc le plus pur, et de la légèreté du rêve le
plus doux qui soit, s'échappaient des rires, ainsi que des
paroles joyeuses, un peu étouffées par la distance.
Les pieds dans l'eau, j'observais mon reflet dans
la petite rivière, et je m'amusais à le troubler en remuant
de temps en temps. Les oscillations de l'eau en
mouvement m'avaient toujours fascinée et je riais de me
voir ainsi déformée. De l'autre côté de la rive, d'autres
Anges batifolaient. Ils étaient nouveaux. Ils apprenaient
à se servir de leurs petites ailes, fraîchement poussées,
en se poursuivant dans les airs. Mais pas trop haut,
cependant, car ils n'étaient pas encore sûrs d'eux. J'étais
fière de mes ailes. On m'avait dit que, malgré mon jeune
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âge, j'avais une envergure bien supérieure à la moyenne,
et que leur blancheur était parfois aveuglante lorsqu'elles
étaient exposées au soleil. Je devais bien admettre que la
plupart des ailes de mes congénères ne leur arrivaient
qu'aux genoux, tandis que les miennes touchaient mes
chevilles. J'ignorais ce que cela signifiait, mais j'en étais
contente.
Notre Maître nous avait laissés, livrés à nous-
mêmes pendant quelque temps. J'avais perdu depuis
longtemps toute notion de ce que le temps qui passait
pouvait bien représenter. Tout cela n'avait plus
d'importance désormais. Je devais vivre éternellement,
alors, à quoi bon compter ? Je me souvenais que les
humains utilisaient la notion de temps afin de savoir ce
qui leur restait à vivre. Je ne m’en rendais alors pas
compte, mais c'était sa principale fonction. Je m'étais
aperçue de cela en arrivant ici. Le temps avait disparu
avec l'idée de la mort. En fait, j'avais pris conscience de
beaucoup de choses en arrivant ici. Des choses
auxquelles je n'aurais même pas songé auparavant, et
qui pourtant concernaient mon ancienne vie. Puis,
j'avais cessé de penser à cette ancienne vie pour mieux
m'ouvrir à celle qui s'offrait à moi. En effet, je m'étais
rendu compte que j'avais cherché pendant des années
des réponses qui me venaient désormais tout
naturellement. Ceci m'avait aidée à comprendre que
j'étais devenue différente et que les questions que je me
posais auparavant, ne se posaient plus maintenant.
J'avais changé, le sens de la vie avait changé. J'avais
connaissance de toute chose en ce qui concernait les
humains, mais je n'en faisais plus partie, et, de ce fait,
cela ne me touchait plus. Ce n'était plus qu'avec une
certaine curiosité que je découvris tout cela, puis je ne
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m'y intéressai plus du tout. Désormais, d'autres
questions se posaient à moi. A un niveau supérieur,
j'avais toujours le même problème : des questions qui
m'envahissaient et auxquelles je ne pouvais pas
répondre. C'était le lot de tous les mondes
apparemment : nous vivions en nous posant des
questions qui n'avaient pas de réponse dans notre
univers. Peut-être y avait-il encore un niveau supérieur
où je trouverais les réponses que je cherchais, mais en
ce temps-là, je ne m'y intéresserais plus non plus. Je
chercherais autre chose, indéfiniment, inlassablement.
Et puis, comment pouvait-il y avoir un niveau
supérieur, alors qu'on m'avait dit que je vivrais
éternellement ainsi ? Non, il n'y avait sûrement rien
d'autre. La connaissance universelle de toute chose,
dans tout monde, quel qu'il soit, à laquelle j'aspirais, ne
pouvait pas m'appartenir. Car je serais alors Déesse. Je
me demandais souvent si le Maître avait ces réponses ou
si Lui-même cherchait sans pouvoir trouver. Peut-être
que même Lui…
Quand reviendrait-Il ? Et que faisait-Il ? Il ne
nous avait rien dit, cette fois-ci. Il était parti, c'était tout.
C'était différent sans Lui, l'ambiance changeait. C'était
un phénomène étrange, car lorsqu'Il était là, Il ne se
montrait jamais. Mais nous sentions Sa présence, Son
regard bienveillant sur nous, Il nous couvait, nous
surveillait. Sans Lui, nous étions tous un peu perdus, un
peu orphelins. Il me manquait beaucoup. Comme un
vide en moi que tous les Anges réunis ne sauraient
combler. C'était la même chose pour les autres. Nos
sentiments étaient unis, nous ressentions ce que les
autres ressentaient. Ces sensations décuplées m'avaient
donné le vertige lorsque j'étais arrivée ici. Puis, j'avais
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trouvé un équilibre et je m'y étais habituée. Mais cela
avait pris du temps. C'était comme si mes sentiments ne
m'appartenaient plus, comme si quelqu'un me surveillait
continuellement et ressentait la moindre chose que je
vivais. C'était oppressant au début. Mais je m’étais
aperçue que cela enlevait tout sentiment de solitude.
Tout le monde pouvait me comprendre, et c'était vite
devenu un grand soulagement pour moi. Le fait de tout
partager, d'être en parfaite communion avec tout ce qui
m'entourait, aussi bien sur le plan divin qu'animal,
végétal ou minéral, était un sentiment merveilleux qui
m'apportait sérénité et réconfort.
Enfin, je sentis le vide qui nous emplissait tous
se combler peu à peu. Il était de retour. Ce fut un grand
soulagement et nous poussâmes un long soupir de bien-
être commun qui alla à l'encontre de la petite brise qui
s'était levée. Celle-ci fit une pirouette, surprise, et reprit
son cours en riant. Elle aussi se sentait mieux. Puis, un
sentiment d'inquiétude fit surface en nos cœurs. Il y
avait un problème. Le Maître était troublé par quelque
chose. Le ciel s'obscurcit, en parfaite communion avec
l'inquiétude générale, comme toujours. L'explication ne
se fit pas attendre longtemps. Certains d'entre nous
devions nous rendre près du Portail, afin d'être envoyés
sur Terre. Je fus appelée après un instant d'hésitation.
Pourquoi hésitait-Il ? Ne me faisait-Il pas confiance ? Si,
Il nous faisait confiance à tous, mais Il ne devait pas
tous nous envoyer là-bas. C'était ainsi que nous
communiquions. La moindre interrogation qui prenait
forme en nous trouvait également en nous sa réponse.
Sauf pour les questions importantes, évidemment, les
questions existentielles qui faisaient de nous ce que
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nous étions. Là, les réponses se faisaient encore
attendre.
Nous étions un groupe d'une dizaine d'Anges
près du Portail. Le Maître nous expliqua que les Autres
se préparaient à nouveau à attaquer. Ils s’étaient remis
de l’échec cuisant qu’ils avaient essuyé lors de la
dernière bataille et revenaient maintenant plus forts et
plus nombreux. Ils seraient accompagnés par leur Roi.
Nous devions combattre le Mal… et le vaincre. Nous
fûmes expédiés là où Il pensait que les Autres feraient
leur apparition. Nous étions prêts, bien que trop peu
nombreux à mon goût. Ils ne furent pas longs. Ils
apparurent au loin. Une quinzaine, la bave aux lèvres, la
rage aux dents, hideux avec leur peau rouge écailleuse et
leurs ailes noires. Le regard assoiffé de sang, ils
s'arrêtèrent à une vingtaine de mètres de nous, ricanant.
Ils étaient plus nombreux. Cela n'allait pas être facile.
Leur Roi passa devant, nous observant. Son regard
s'arrêta sur moi. Je frissonnai. Bien moins laid que ses
disciples, il faisait pourtant plus peur. Ses yeux me
glaçaient. Je dus détourner le regard malgré moi. Je
n'avais jamais combattu auparavant, mais j'avais toutes
les expériences de mes amis à ma disposition, ce qui
revenait au même que d'avoir livré une centaine de
combats. Le Démon lança ses élèves contre nous. Le t était très dur et ils avaient largement l'avantage.
Des plumes noires et blanches volaient dans le ciel,
arrachées avec violence de leur propriétaire. J'avais pris
le dessus sur mon adversaire et je parvins à le maîtriser
mais quelque chose m'arrêta et me tira violemment en
arrière. Une voix puissante dans ma tête : FUYEZ.
C'était Lui. Le Maître nous rappelait. Il voulait éviter le
massacre. Je voulus m'enfuir mais je ne pouvais plus
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bouger. Les autres couraient déjà au loin. Ils s'arrêtèrent
en entendant mes cris mais ils ne pouvaient rien faire.
Les larmes aux yeux, ils virent les Démons se ruer sur
eux. Je ne pouvais toujours pas bouger. Qu'est-ce qui
me retenait ainsi ? Je baissai les yeux et vis un bras.
J'essayai de me dégager de son emprise en remuant mais
il se resserra de plus belle contre ma poitrine, me
coupant le souffle. Il me serrait contre lui, mes ailes
souillées par ce contact horrible ne seraient plus jamais
les mêmes. Que voulait-il ? Pourquoi ne me tuait-il pas ?
Une douleur atroce dans le ventre. Enfin, il se décidait à
m'abattre. Mais je me rendis compte que ce n'était pas
moi qui étais blessée. Les Démons avaient eu l'un des
nôtres. Il gisait là-bas sur le flanc. Le Roi n'était pas
parmi eux. Ce devait être lui qui me tenait. Mais
pourquoi ne bougeait-il pas ? Les autres Anges
n'arrivaient pas à se résoudre à partir. Ils ne pouvaient
pas m'abandonner ainsi, alors que j'étais encore en vie.
Encore cette douleur au ventre, insoutenable. Un
nouvel Ange venait de mourir. C'était donc cela. Il
voulait les empêcher de s'enfuir en me gardant en vie,
afin de tous les tuer, les uns après les autres. Je leur criai
de partir, de ne pas s'inquiéter pour moi, qu'ils allaient
tous mourir s'ils restaient. Cinq réussirent à franchir le
Portail. Les autres étaient encore aux prises avec
plusieurs Démons à la fois. Je criais et pleurais mais ça
ne servait à rien. Ils tombèrent les uns après les autres.
Je n'étais plus qu'une boule de douleur, physique et
mentale. Je suffoquais. Les monstres revenaient,
dégoulinant du sang de mes Anges. Ils me regardaient
avec curiosité et convoitise. Ils attendaient un signe de
leur Roi pour se jeter sur moi. Mais il n'en fit rien. Me
plaquant sous son bras, il fit demi-tour et s'en alla. Les
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autres le suivirent. Je ne me débattais plus, j'étais
épouvantée, assommée, épuisée et désespérée. Qu'allait-
il faire de moi ? Je crois que je perdis connaissance.

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CHAPITRE II


Lorsque je me réveillai, j'étais allongée sur un
canapé. C'était une salle étrange, tout en pierre.
Tellement sombre. Les meubles étaient tous noirs et de
formes effrayantes représentant des bêtes affamées de
cruauté. Je me redressai et voulus m'enfuir mais le Roi
maléfique se trouva subitement devant moi. Je stoppai
net ma course. Je voulus faire demi-tour, le contourner,
mais il m'agrippa le bras si fort que je ne pus réprimer
un cri de douleur. En quelques mouvements précis, il
mit mes vêtements en lambeaux. Ils s'éparpillèrent
autour de moi. J'étais vulnérablement nue devant lui et
j'étais pétrifiée. Il sourit. Je n'aurais jamais pu imaginer
qu'un sourire pouvait être aussi cruel. J'avais froid et
j'avais mal, mais je ne voulais pas le lui montrer. Il me
prit par les épaules et me jeta sur le canapé. Avant que
je puisse esquisser un mouvement, il était sur moi. Je
voulus crier mais il plaqua sa main sur ma bouche,
plongeant son regard noir dans le mien. Je me débattis
sous lui, de toutes mes forces, désespérément, mais je
savais que cela ne servirait à rien. Il était bien plus fort
que moi. Il éclata de rire. Il chercha son chemin pour
entrer en moi et eût tôt fait de le trouver. Je me
débattais toujours. Il était si froid. Il voulait me souiller,
il voulait violer un Ange pour se venger, pour faire
payer mon Maître. Ca faisait si mal. Alors, je décidai de
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changer de tactique. Il voulait me souiller ? Très bien,
alors je le souillerai aussi. Je cessai de me débattre et
entourai sa taille de mes cuisses. Je commençai à lui
caresser le dos, tendrement, et je m'ouvris à lui. Il
ralentit le mouvement et me regarda, étonné. Je lui
souris et lui embrassai les lèvres. Je le sentais se
réchauffer en moi. Il voulut se retirer, effrayé par tant
d'affection, mais mes cuisses faisaient office d'étau et je
restai attachée à lui. Comment allait-il réagir à cela ? Il
voulait me faire mal, il me donnait du plaisir. J'avais
inversé le processus. Si je pouvais être souillée par le
Mal, ne pouvait-il pas l'être par le Bien ? Mais il
n'eût pas le temps de réfléchir à la question car notre
plaisir se décupla soudain, jusqu'à en devenir presque
insupportable. Il n'y avait plus ni Bien ni Mal, il n'y avait
plus que nous deux. Puis, la sensation s'estompa et il
s'en alla. J'étais épuisée. J'avais du mal à garder les
paupières ouvertes. Tous mes muscles paraissaient
endormis, vidés. J'avais dû beaucoup crier car j'avais mal
à la gorge. Je me sentis attrapée par les épaules et
relevée. Où m'entraînait-il à présent ? Je réussis à ouvrir
les yeux. Nous descendions un escalier. Il ouvrit une
porte avec des barreaux d'acier et me jeta dans la cage.
Je m'écroulai et m'endormis.
Des jours passèrent, je crois, sans que je le
revoie. Quelqu'un ou quelque chose m'apportait à
manger de temps en temps, afin que mon corps
conserve un minimum de forces. Il n'y avait pas de
fenêtre et je ne voyais pratiquement rien. Je passais mon
temps à réfléchir, à tourner en rond comme un animal
captif, ce que j'étais d'ailleurs, et à faire divers exercices
de musculation pour éviter que mon corps ne se
ramollisse. J'avais toujours été patiente, aussi bien sur
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terre que dans les cieux, alors j'attendais. Je n'étais pas
pressée. On ne me faisait rien pendant ce temps.
J'essayai aussi de communiquer avec le Maître ou avec
des Anges, mais je n'y parvenais pas. Ils devaient être
trop loin.
Un jour, lorsqu'on m'apporta à manger dans ma
gamelle, j'osai demander que l'on me donnât des
vêtements car le froid était insoutenable. La chose fit
tomber la nourriture et partit en courant. Je ne compris
pas pourquoi sa réaction avait été aussi violente.
Quelques instants plus tard, son Roi apparaissait de
l'autre côté des barreaux. Il ouvrit la cage et me fit
sortir. Je remarquai qu'il n'avait pas encore dit un mot
depuis que je le connaissais, malgré tout ce qu'on avait
déjà vécu tous les deux. Je le lui fis remarquer. Il se
contenta de me regarder, mais l'obscurité m'empêcha de
distinguer son expression, ce que je regrettai. Je me
demandai si, habitué au noir comme il l'était, il voyait
aussi bien qu'en plein jour. Probablement. Le salon était
un peu plus éclairé. Il passa derrière moi et caressa mes
ailes. Je tremblais.
" Tu as froid ? "
Sa voix était rauque, mais incroyablement
envoûtante. Bien sûr, il était le Maître de la Tentation,
mais que croyait-il ? Il pensait que je me laisserais faire
sans rien dire ? Je pris conscience que c'était
certainement ce qui allait se passer, que je n'avais pas le
choix, et qu'il préférait sans doute que je ne me laisse
pas faire pour pouvoir me faire souffrir un peu plus.
" Oui."
Ma voix aussi était rauque, à force de rester
immobile dans le froid et de ne parler à personne. Peut-
être l'architecture de la pièce y était-elle aussi pour
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