Des contes de Ti Jean...

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Le conte créole a été véhiculé grâce à de vieux conteurs qui ont su faire vivre, jusqu'à nos jours, l'un des héros les plus populaires : Ti Jean. Cet enfant malin grâce à la ruse, nous entraîne de conte en conte. Dans cette aventure, l'auteure nous fait découvrir les réalités de l'île de la Martinique depuis Christophe Colomb jusqu'à ce siècle, en passant par la colonisation, l'esclavage et son abolition, la départementalisation…
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 22
EAN13 : 9782296503168
Nombre de pages : 396
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DES CONTES DE TI JEAN…
Aux réalités de la Martinique
Christine COLOMBO
DES CONTES DE TI JEAN… Aux réalités de la Martinique
Préface d’Eric Navet L’Harmattan
DU MÊME AUTEUR Ti Jan é Misié Liwa « Ti Jean et Monsieur le Roi » Editions L’Harmattan© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99172-9 EAN : 9782296991729
REMERCIEMENTS À mon Directeur de thèse Éric Navet qui a bien voulu m’aider à mener ce travail à terme, par ses conseils, et a fait preuve d’une grande patience lors des relectures. À Noël-Jacques Gueunier qui m’a conseillée durant toutes ces années que j’ai passées à l’Université de Strasbourg et surtout, m’a fait découvrir les richesses de la littérature orale. Aux conteurs de la Martinique, en particulier Vincent Chevignac, André Duguet, Robert Dessart, Richard Ferraty, Élie Pennont, Théodore Pomier qui m’ont toujours accueillie avec bienveillance et se sont montrés si généreux à mon égard en me confiant leurs trésors de contes, avec toute ma reconnaissance. À mon oncle Léonard Michel Colombo pour sa précieuse collaboration. Aux amis et autres connaissances qui ont accepté de répondre à mes questions, à Marie-France pour son aide précieuse. À Demba et Mamadou, mes enfants, qui m’ont toujours encouragée À la mémoire de ma grand-mère, Mercédès, dite Koutou, qui m’a donné un si grand balan.
PRÉFACE
Le rêve le plus partagé par l’humanité semble bien celui d’un « paradis perdu » dont nous aurions été chassés, d’un « Âge d’Or » très loin, à des années-lumière, désormais hors de portée… Les traditions africaines comme les traditions amérindiennes et les traditions créoles bien sûr, de part et d’autre de l’Atlantique, s’accordent à penser que le Créateur a voulu un monde « beau, ordonné et harmonique » - la formule est empruntée aux Amérindiens -, mais que, par la faute des hommes, éternels frustrés, ce monde est devenu terre de conflits et de destructions. Dès lors que la terre cessait d’être un jardin d’Eden, il fallait, comme une impérieuse nécessité, imaginer et chercher son paradis dans un ailleurs toujours fuyant… Malheureusement, les voyages de découverte, si riches de promesses, se sont rapidement mués en entreprise conquérante. Si les missionnaires voulaient, à tout prix, « sauver les âmes païennes » conformément au devoir évangélique, armateurs et commerçants, marins et militaires, politiques, entretenaient d’autres espoirs : faute de richesse spirituelle, ils partirent en quête d’eldorados et tous les moyens furent bons pour s’emparer des terres occupées par les amérindiens pour en extraire, sous prétexte de « mise en valeur » et de « progrès », les richesses de toute nature. L’alliance du sabre et du goupillon engendra un véritable génocide physique et culturel, ce que Robert Jaulin appelle un « ethnocide ». Des milliers, des millions peut-être d’Amérindiens furent passés au fil de l’épée, dévorés par des chiens, mutilés, brûlés vifs, torturés dans leur âme et dans leur corps… Il fallait des bras pour couper la canne à sucre, pour charger les caravelles et les galions du « bois de Brésil » qui donna son nom à l’un des pays les plus étendus du monde. Une fois lâchés, les chiens de guerre se déchaînent, marquent leur territoire… On trouva donc dans laBiblela justification d’une autre abomination : l’esclavage. Les Noirs dont on questionnait, comme pour les Amérindiens, l’humanité, furent déclarés coupables, coupables de descendre de Cham lui-même accusé - et pour cela condamné - d’avoir vu son père nu alors qu’il était ivre. Ce supposé « péché originel », s’ajoutant à celui qui est commun à toute l’espèce, justifia donc la déportation violente de millions d’Africains dans des conditions épouvantables désormais connues mais tièdement reconnues. Embarqués pour ne plus revenir, les Africains allaient connaître l’enfer, tandis que leur paradis, leur pays, leurs racines, s’éloignaient dans les brumes atlantiques. Car il y a bien là un paradoxe : l’Amérique aurait pu être un
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paradis, les colons européens en firent un enfer, pour les premiers habitants, les Amérindiens d’abord, puis pour les Africains sauvagement déportés. C’est de ces gens arrachés à leurs familles, à leur villages, à leur terre natale, enchaînés, entassés dans des cales putrides et puantes, affamés, humiliés, vendus comme des marchandises, c’est de ces gens qui laissaient derrière eux un continent exangue, dont nous parle ici Christine Colombo, descendante de ceux qu’on qualifiait de « bois d’ébène ». ¤¤¤¤¤ Les Antilles françaises, Martinique, Guadeloupe, mais aussi la Guyane - pour ne parler que des terres américaines - n’échappèrent pas, en effet, à ce tragique destin : les premiers habitants furent massacrés et pour travailler et pour servir la colonisation, on importa des hommes et des femmes d’Afrique… Si la colonisation et l’esclavage avaient maté les corps, ils n’avaient pas tué l’esprit, ils n’avaient pas tué le rêve, le terreau et le ferment indéracinables - même la mort n’y peut rien - à partir desquels ils puisèrent la force de se révolter. Et le conte joue ici un rôle essentiel dans cette préservation de l’esprit de résistance ; l’objet de ce livre est de nous le prouver. L’esprit de résistance est incarné par des figures mythiques comme Toussaint Louverture, Victor Schoelcher, mais aussi, plus récemment, par les gens de plume que sont Aimé Césaire, Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant et bien d’autres. La plume a plus de force parfois que l’épée et la poudre à canon, l’encre s’efface moins vite que le sang. Et la parole, inséparable de la musique, parle directement aux cœurs… C’est alors aux conteurs dont les noms sonnent comme les glaives de la rébellion : Robert Dessart, Richard Ferraty, Vincent Chevignac, André Duguet etc., de mettre en scène, sur les places des villages puis sur les tréteaux, les protagonistes d’un théâtre d’ombre et de lumière. Quand on vit dans une case misérable, ne rêve-t-on pas d’habiter un château ? Quand on est gueux ne rêve-t-on pas d’être prince ? Quand on a les pieds nus ne rêve-t-on pas d’un carrosse ? Quand on est enchaîné, ne rêve-t-on pas de liberté ? Ti-Jean, héros sans médailles, en bravant les grands de ce monde, en gagnant le cœur des princesses, entretient ce rêve, même s’il sait bien que ce n’est pas dans le pouvoir des armes que réside la force, non pas celle qui impose ses lois, mais celles qui animent l’identité, l’amour-propre et la solidarité. ¤¤¤¤¤ Ti-Jean est un communard ! un rebelle ! Il n’accepte pas la soumission et si les moyens qu’il emploie empruntent parfois à la ruse, à la roublardise et au mensonge ça n’est qu’un juste retour des choses. Il faut savoir se servir des armes de l’adversaire !
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