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Enfermé dans un établissement au nom aussi étrange que réaliste, Magyd fait la connaissance d'un nouveau camarade de chambrée, Loïc. A ses côtés, tout se mélange dans sa tête. Des questions qu'il ne se posait jamais auparavant, des choses qu'il n'avait remarquées… Ensemble, ils décident de s'évader. Ce qu'ils réussiront à faire sans grande peine… A l'extérieur, un nouveau monde s'ouvre aux yeux de nos compères, mais surtout à ceux de Magyd. Tant de choses ont changé depuis son enfermement, tant de choses dont il ne se rappelle plus. La technologie semble avoir fait un bond de deux milles ans en avant pour lui. Puis vint la rencontre du doc, ce qui changera totalement sa vision de ce nouveau monde.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 198
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EAN13 : 9782748166729
Nombre de pages : 137
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Benjamin Gratien
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ROMAN
























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6673-6 (fichier numérique)
ISBN 13 : 9782748166736 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6672-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748166729 (livre imprimé)







I. LOÏC


Dur réveil ce matin ! Ils étaient à l’autre bout du
couloir, mais on les entendait déjà ! Crier, frapper les
portes en métal de toutes leurs forces.
Les pas se faisaient de plus en plus pressants. On
distinguait très nettement le nombre qu’ils étaient
aujourd’hui. Un, deux, trois. Ils étaient trois. Encore un
abruti de stagiaire venu faire ses classes ici ! Combien de
temps allait-il tenir celui-ci ? Un mois, une semaine,
deux jours ? On verrait bien de toute façon…
C’était au tour de la chambre voisine. La porte claqua
un grand coup contre le mur. Des voix presque
inhumaines résonnèrent dans tout le couloir.
Maintenant, on avait tous pris l’habitude de ces
manières matinales, malheureusement…
Sept mois que j’étais là, dans cet établissement appelé
« La Ruche Prospère ». Drôle de nom quand même !
Mon camarade de chambrée était arrivé ici depuis à
peine quelques jours.
Le cauchemar, pour lui ne faisait que commencer.
L’habitude, le temps allait accomplir son œuvre, comme
pour nous tous.
Il devait avoir entre seize et dix-huit ans, il n’était pas
très musclé, voire même assez gringalet, il devait
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mesurer à quelques centimètres près, la même taille que
moi. Il avait des cheveux bruns, un peu trop long pour
les garder de cette taille ici. Les règles étaient les règles.
En fait, il était très banal, comme nous tous.
Ce fut notre tour de voir la porte s’ouvrir contre son
gré. Pourquoi ne se défendait-elle pas ? Cette question
hantait mon esprit depuis bien longtemps, elle était
assez forte pour résister, mais elle ne le ferait jamais. Il
fallait bien se faire une raison, ce n’était qu’une simple
porte.
Le premier coup la fit trembler assez violemment,
mais sous l’effet du second, elle ne put qu’abdiquer.
Ces trois corps nous regardèrent immobiles, puis
jetèrent un coup d’œil rapide mais efficace dans toute la
pièce, histoire de voir s’il n’y avait rien d’anormal.
C’était un réflexe assez récent. Avant ils ne faisaient pas
vraiment attention, mais depuis la tentative d’évasion
d’un pensionnaire, les règles de sécurité avaient été
multipliées, ce qui ne changeait pas grand chose.
Il était, comme le disaient les bruits qui couraient ici,
impossible de s’échapper, trop de caméras, trop de
gardes, trop de tout… On ne l’a jamais revu…
Puis selon le rituel, le plus grand des deux gardes
s’avança lentement, et se mit à crier avec cette voix,
cette voix inimaginable !
– Debout, vous avez dix minutes, pour vous
préparer !
Il se retourna, et partit vers la chambre voisine avec
ses deux compères. Le plus petit, le stagiaire, avait une
tête qui m’était familière, j’étais presque certain de
l’avoir vu quelque part, de le connaître !
C’était son premier jour, puisqu’il avait une ceinture
verte (les ceintures étaient des indicateurs d’ancienneté,
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cela allait du plus clair au début, au plus sombre dans les
dernières années). Peut-être à l’extérieur, mais je me
souvenais seulement de ce que j’avais vécu ici, tant
pis…
A force d’essayer de retrouver des traces de ce gars
dans ma petite mémoire, trois minutes étaient déjà
passées ! Il n’y avait plus de temps à perdre !
Je savais trop bien, ce qu’ils réservaient à tous ceux
qui dépassaient le temps, même de quelques secondes,
je le savais trop bien…
Je sautai du lit, courus vers le coin salle de bain, je
l’appelai comme cela, puisqu’on y trouvait juste les
toilettes et un vieux lavabo un peu dégueulasse
d’ailleurs. Je me lavai un brin, valait mieux le faire en
soirée, mais ça m’aidait un peu à me réveiller. Vinrent le
tour de mes dents, avec ce dentifrice qui avait goût de
mandarine, c’était le petit moment de bonheur de la
matinée.
J’enfilai mes vêtements à une vitesse qui me surprit
moi-même. Il me restait à peine une vingtaine de
secondes, j’allai attendre à l’endroit habituel, devant la
porte, dans le couloir.
J’étais debout, à la place convenue, les deux mains
dans les poches, et je lançai à l’asticot :
– C’était moins une, on a eu chaud !!
Mais aucune réponse ne vint me réconforter. Je
tournai lentement la tête. Personne à côté de moi, je
regardai les autres binômes, ils étaient tous prêts, tous
attendaient la petite visite des gardes.
Mon regard se dirigea dans la chambre, il était là,
dans son lit, pleurant comme une gonzesse !
Il n’avait pas bougé depuis le réveil habituel.
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Ses larmes coulaient sur ses joues d’une pâleur
extrême, puis s’écrasaient sur ses deux bras tremblants.
Les trois gardes arrivaient, il était trop tard pour lui, il
allait goûter, dès ses premiers jours, à la punition des
retards.
Elles étaient classées de différentes façons, dans
différentes catégories, dans de multiples sous parties,
c’était assez compliqué à vrai dire. Il y a avait les
punitions pour retard, pour mauvaise tenue, pour
impolitesse et beaucoup d’autres de ce genre. Combien
ici n’avait jamais eu le droit à ces jolies faveurs ? Aucun
à ma connaissance… Chaque interne y avait au moins
goûté une fois dans son séjour sauf Langue-noire (drôle
de surnom, me direz vous !), j’oubliai ! Alors, lui
comment avais-je fait pour l’oublier ? On le surnomma
ainsi, parce qu’il y a deux mois de cela, des gardes
l’avaient surpris en train de manger, chose évidemment
interdite, des mûres qui poussaient sur les vestiges d’une
vieille chapelle dans l’enceinte de l’établissement! Alors
pour éviter toute sanction, il avait juré fidélité et loyauté
au directeur, aux gardes… En gros, c’était devenu une
vraie balance ! Langue-noire lui allait très bien, enfin on
trouvait.
La stagiaire s’approcha de moi, et me lança (il avait
encore une voix presque humaine, mais si tout allait
bien, dans quelques semaines, elle sera devenue comme
les autres…) :
– Où est l’autre gars ?
Je ne répondis pas.
– Où est l’autre gars ? dit-il, en criant plus fort que la
première fois ?
Je restai muet comme une taupe, il avait juste à se
taire un peu pour entendre l’asticot pleurer, ou encore
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mieux, faire un petit mouvement de la tête, pour jeter
un coup d’œil dans la chambre, mais non, il s’obstinait.
C’était sûrement trop lui demander.
– Tu ne veux pas me répondre, bon dieu ! Où est ton
copain ?
Je fis un signe du bras pour lui montrer l’asticot.
Il se dirigea vers le lit, l’air un peu énervé, le regarda
sous toutes les coutures possibles et inimaginables, lui
tapa un petit peu dessus, mais l’asticot ne bougea pas.
Il était assis, recroquevillé sur lui-même, la tête posée
sur ses genoux. Il faisait peine à voir, mais j’étais passé
par-là, tous les autres internes aussi, ça durait une, voire
deux semaines au grand maximum, cela dépendait du
caractère de chacun.
Le stagiaire s’empressa d’aller prévenir les deux
gardes, qui s’étaient attardés sur le lacet, mal ficelé de
l’interne de la chambre d’à côté, puis à grands renforts
de gestes bizarres, leur expliqua la situation.
Aussitôt, ils accoururent tous les trois dans notre
direction, me poussèrent violemment, moi qui obstruais
l’entrée et s’arrêtèrent d’un coup, de part et d’autre du lit
de l’asticot.
Ils le regardèrent en silence, selon le rituel, pendant
trois minutes exactement, trois longues minutes où
personne ne bougeait, ne faisait le moindre bruit. Un
silence de mort régnait dans le dortoir. On le savait
tous, c’était le calme avant la tempête.
Soudain, un des gardes le prit par les bras, un autre
par les pieds. L’asticot ne se défendit même pas, il avait
bien raison. On se rappelait tous ce qu’il advenait de
ceux qui essayaient de résister, on le savait trop bien !
Ils nous posaient une sorte de collier, en métal assez
lourd, muni de multiples petits composants
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