Des mangroves en terre haute

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296230293
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DES MANGROVES EN TERRE HAUTE

DU MÊME AUTEUR
OUVRAGES SCIENTIFIQUES

Analyse sémantique de la métaphore poétique,

«

Centre de linguistique

théorique et appliquée» (CELTA), con. « Etudes et recherches », 1977. La littérature africaine écrite, Issy-les-Moulineaux, éd. Saint-Paul, 1979. Littératures africaines (anthologie critique, 1930-1982), Paris, Silex, 1984 (2' édition, revue et augmentée, Paris, Silex, 1991). La littérature zaïroise (en conaboration), «Notre Librairie », n° 63, 1982. Kourouma et le mythe. Une lecture de « Les soleils des indépendances », Paris, Silex, 1985. L'Afrique noire en poésie (en conaboration), Paris, Gallimard, con. « Folio », 1985. Eglises nouvelles et mouvements religieux, Paris, L'Harmattan, 1990. Ecritures et discours littéraires (études du roman africain), Paris, L'Harmattan, 1989. La poésie du Zaïre, Paris, Silex (sous presse). Les années littéraires en Afrique, Paris, l'Harmattan (sous presse). OUVRAGES LITTERAIRES Poésie Crépuscule équinoxial, Lubumbashi, éd. Folange, 1977. Khédidja, dans La malédiction, Paris, Silex, 1983. Les noces du Poète (avec les peintures d'Ali Silem), (sous presse). Yimène, Paris, Silex, 1991. Romans et récits

La malédiction, Paris, Silex, 1983. Le fils de la tribu, suivi de La mulâtresse Anna, Dakar, N.E.A., 1983. Le pacte de sang, Paris, L'Harmattan, 1984. La mort faite homme, Paris, L'Harmattan, 1986. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne quatre-vingt-onze, Paris, L'Harmattan, 1987. Les étoiles écrasées, Paris, Publisud, 1988. Pour les siècles des siècles, Paris-Malakoff, N.E.B., 1987. Un jour de grand saleil (sous presse). Le doyen Marri, Paris, Hatier (sous presse). Théâtre La délivrance d'Ilunga, Paris, P.J. Oswald, 1977. Bonjour Monsieur le Ministre, Paris, Silex, 1983. Au bout du silence: le cri, Paris, 1990. ISBN: 2-7384-0919-9

Pius Ngandu Nkashama

DES MANGROVES EN TERRE HAUTE
roman

Editions l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

kabala shambuyi wa ba kabisu tuanji kudidila nkayetu we balumiana weyo madilu a ba ngomba ki manji kudila bilenga yo yi we mulumba shambuyi wa ba masangu shabanza wanyi mema kabinga muadi kuetu kutuyaya kambula dima ne luhemba lua kulabila bana we nkadi mushala ndiombela bu kabemba lelu we mutela wa kendenda pa muaba we nkumba wa kayiba wa cilanda cilengela wa ba mulumba dimbafua nciakumona ne mundidi muina kabala wa kua muana kadima kabangu bamfumu aba bikala badila ba ngomba nunku mbadila mutoka nzongola nkasu muina kabangu mutoka nzongola nkasu muina kalombu kadi nganyi wadila ngandu kabungama wa ba mbiya ki mbuyi lukasu mukalenga wa ba ngoya ki lutumba filipa nkola wa kahinga ki emelia tshiebua tshiyoyi ni tshiebua bitota tshiyoyi wa nkishi ne luaba kasanda ki mulanga kalama mua ntumba wa ku nyenga ba ngoyi muana wa ku maala kua majambu wa mpinga bebele bele wa bina bana binyika mena ne mbuyamba wa tshibi wa kua dianda kazambu muina nshimba wa mua dianda kasanji wa kudibu bafinga nzubu ne malenga bitondolu mbia kubambala nabi mu katundu mua maweja nangila tshiluila wa mu nganza mua ntambua kalemba un matin fiévreux d'avril autour des dunes calcinées nous avions découvert la ferveur de l'amour-poème ni passion ni extase mais le désir de majnûn et laylâ nous avions rêvé aux plages illuminées de tipaza aux langueurs d'autres laylâ sur les montagnes de na'man aneidia immolée sous les racines des mangroves en terre haute ayoub dans les méandres d'héliopolis et des corniches tout s'est effondré avec les images des merveilles les voici pour vous une mémoire éternelle christiane et zeineb aïcha et simone dalila et zahra

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Le début du voyage

Lorsque Ayoub arriva dans le village, le soir descendait déjà dèrrière les épis de sorgho. Un crépuscule brutal, aussi trivial que celui des jours précédents. Les couleurs se dispersaient dans les nuages. Le ciel liseré de rayures ne tournoyait plus. Des étoiles prématurées n'annonçaient rien d'étrange. Les enfants qui virent les premiers sa silhouette tituber dans les fondrières de boue séchée, suspendirent leurs gesticulations. Mais c'était uniquement parce qu'ils avaient arrêté leurs jeux depuis un moment, et qu'ils étaient tous à l'attente du cri qui les ferait se précipiter autour des calebasses de bouillie épaisse, ou des carottes cuites pour le repas du soir. Ayoub apparut derrière les cabanes, comme une forme sans dimensioIl. Les toits en pisé ne brillaient plus, la paille et le chaume ne bruissaient pas. Les sabots des mules étaient lourds sur les sentiers. Peut-être.bien à cause du caquettement des poules qui s'éparpillaiént en battant des ailes. Les échoppes basses des rempailleurs ne laissaient pas encore échapper les grésillements des lampes à huile. Les hommes qui s'étaient effondrés sur les ballots de tissus dans les coins ne se sentaient pas la force de se redresser. Personne ne se crut autOrisé à parler ni à manifester le moindre sentiment de soulagement. De 9

déplaisir, ou même de tristesse. L'individu qui leur apparaissait ainsi ressemblait à tous les autres ectoplasmes. Ceux qui s'étaient égarés un matin de grandes chaleurs, et qui se profileraient insidieusement à la chute du soleil. Ceux qui partaient et ceux qui revenaient se confondaient obstinément dans la même langueur. Dans la monotone mélancolie des bêtes sans tanières. Simplement, ils avaient cessé de se poser des questions, espérant que pour les déracinés, le crépuscule seul marquait les renégats du signe de la mort. C'était Ayoub pourtant, l'enfant prodigue. Mais personne ne semblait le remarquer. Juste comme une vision fugace, entraperçue dans la pénombre des cases affalées sur leur solitude. La vision marchait, se déplaçait, sans contours réels. Les enfants se bouchaient le nez, mettaient les doigts devant les yeux, pour ne pas voir et sombrer dans les cauchemars. Les adolescentes remuaient les lèvres en une prière muette. L'ombre se mouvait dans l'irréel, sans s'imposer dans les regards. Elle glissait comme sur la ligne de perception. Les paysans n'attendaient que le moment précis où elle s'évanouirait ou se dissoudrait dans le vague de l'horizon. Même les voix habituelles des jongleurs loquaces ne purent expliquer les lignes complexes de son ascendance. Personne n'osait affronter les lacis et les fouillis généalogiques qui célébraient les grandes migrations, ou qui vilipendaient le retour triomphal de ceux qui avaient accompli des prodiges dans leurs pérégrinations. Ceux qui revenaient du voyage avec des bras surchargés de trophées héroïques. Ils se seraient exclamés: «C'est Ayoub des Ras-el-Akba, le fils du clan victorieux qui avait déferlé

sur Benaïche-Ahmed ! » Ses ancêtres sont connus
parce qu'ils étaient des guerriers farouches. Ils domptaient les lions dans les djebels de la Zouara et du Fedj-el-Abiod. A cette époque, les fauves semaient la terreur dans les chaumières des bergers. 10

Certains de ses pères avaient suivi les caravanes des chameliers qui escaladaient les montagnes du Fedjous, celles qui traversaient Fetzara jusqu'aux salines stagnantes d'Aïn-Daliah. Lorsqu'ils revenaient, chargés d'or, de myrrhe et d'étoffes étincelantes, une clameur géante secouait tous les villages. Maintenant, le voilà qui rentre à la maison, Ayoub des Tahamimine, couvert de poussière ocre et de ceintures écarlates. Aucun éloge ne s'est élevé pour saluer triomphalement Ayoub. Aucun cantique de gloire n'a célébré sa bravoure. Il était apparu dans un clignement, et il s'effacerait avec la même nonchalance que des étoiles qui n'ont jamais été dénombrées dans la multitude des astres. Un rêve mal dissipé. Les femmes le suivaient des yeux, les doigts appuyés fortement entre deux seins volumineux, comprimés dans des robes de cotonnade. Sans un murmure. L'apparition les laissait interdites mais ne leur inspirait aucune frayeur. Comme si Ayoub avait toujours existé là, et que chaque soir, à la même heure et avec la même trivialité, il avait emprunté le même sentier avec une nonchalance identique. Traînant de la manière la plus régulière ses pieds dans la poussière. Une présence qui se dessinait, avant de se prolonger dans les lueurs diaphanes d'un crépuscule quelconque. Les jeunes filles tenaient encore à la main des louches en bois. D'autres balançaient des plateaux en fer blanc, qu'elles déposaient sur des tables basses. Elles se disposaient à les étaler au milieu des patios pour la nourriture du patriarche. Les mêmes gestes lourds et pesants, les mêmes sourires contraints. La même lassitude sur le visage, qui s'achèverait par des soupirs réprimés, avant que leurs corps assommés de fatigue ne s'allongent sur des couvertures de laine remplie de fibres râpées, et ne s'assoupissent dans le recroqueville ment du sommeil. Ayoub arrivait comme dans un conte d'épouvante, 11

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