DES RIVES DE L'OGOOUE AU POTOMAC RECIT

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A travers le récit de ses voyages et de ses péripéties, l'auteur qui a fait toute sa carrière dans le monde du bois en Afrique centrale, des années cinquante à aujourd'hui, confronte sa propre vision du continent africain à celle, inexacte et trompeuse, des media occidentaux.

Publié le : jeudi 1 septembre 2011
Lecture(s) : 140
EAN13 : 9782296467644
Nombre de pages : 166
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Des rives de l’Ogooué au Potomac
récitAlain Tuillier
Des rives de l’Ogooué au Potomac
récit
L’Harmattan© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
difusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56075-8
EAN : 9782296560758Gabarit : A1, L'Harmattan, 135x215 mm, AdobeGaramond, 12/14.4 pkt, 100 mm, 34 lignes (Facture n° : 50683)
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PRÉFACE
L’impression de vie éternelle que m’ont laissé les trois tomes
écrits précédemment, me pousse à essayer d’écrire encore
quelques paragraphes supplémentaires afin de prolonger cette
impression de vie au-delà de la mort. De plus, il me semble ne
pas avoir tout raconté sur mon passé mélangé à des anecdotes
actuelles qui sont surtout des voyages, des déplacements dans
quelques pays d’Afrique. Il me semble dans mon imaginaire
prolonger cette merveilleuse Afrique d’aventures, d’amitiés et
de rencontres.
Je ne sais pas si cela va vous plaire. Mais c’était un besoin
pour moi de prolonger cette folie d’écriture.Gabarit : A1, L'Harmattan, 135x215 mm, AdobeGaramond, 12/14.4 pkt, 100 mm, 34 lignes (Facture n° : 50683)
Généré par Type-it AS, Trondheim - Lundi 6. Juin 2011 - 16:05Gabarit : A1, L'Harmattan, 135x215 mm, AdobeGaramond, 12/14.4 pkt, 100 mm, 34 lignes (Facture n° : 50683)
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CHAPITRE I
Comme j’appartiens à la race humaine, l’envie d’écrire me
reprend. Voilà un an que j’ai péniblement terminé mes mé-
moires et irrésistiblement, ma plume se remet en mouvement.
L’être humain est ainsi fait. Je n’ai aucune aptitude à écrire,
pas de style, pas de vocabulaire, mais je me sens l’âme d’un
écrivain. C’est idiot, mais c’est ainsi !
D’ailleurs dans ma profession, j’ai pu assister à des scènes
professionnelles cocasses. Un forestier à qui l’on demande
trop de rapports se prend systématiquement pour un admi-
nistrateur ; mais, comme il est incompétent, il prend dix fois
plus de temps pour le même travail effectué par un profes-
sionnel. Il oublie qu’un forestier doit travailler en forêt et
non dans un bureau ; l’ordinateur aussi à qui j’accorde toute
l’utilité et la facilité dans notre monde moderne bien sûr
! Mais quelle destruction celui-ci provoque chez nos jeunes
gens !
Je suis très triste lorsque je constate que dans notre mé-
tier d’exploitation et de transformation de la matière première
qu’est le bois où, rien ne peut remplacer le contact, le toucher,
la vision, et qui est considéré comme étant un job exigeant,
physique, nombreux sont ceux qui pensent pouvoir gérer par-
faitement des entreprises forestières grâce aux ordinateurs. Au
risque de passer pour un rétrograde, je trouve lamentable que
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des instances mondiales par l’intermédiaire de jeunes techni-
ciens bourrés de diplômes croient tout savoir sans pour autant
connaître aucune des réalités du terrain. Engoncés dans leurs
prétentieuses certitudes, ils prennent des décisions théoriques
totalement ingérables et irréalisables sur le terrain ce qui péna-
lise les sociétés forestières sans toutefois résoudre les problèmes
d’environnement.
La gestion des massifs forestiers, l’implantation des indus-
tries sont supervisés par les gouvernements qui, quoi qu’on en
dise, sont les véritables décideurs dans leur pays et malgré la
pression des grandes organisations écologiques mondiales qui
se veulent les gendarmes du monde et qui en réalité se décul-
pabilisent en convoquant plusieurs colloques chaque année et
à chaque fois dans un pays différent (tourisme, cocktails, dî-
ners, grands discours) à fort pourcentage démagogique. Ah ! la
défense de la nature a « bon dos » pour bon nombre de profi-
teurs, rien ne vaut des écologistes silencieux qui travaillent en
forêt en ne prélevant qu’un arbre à l’hectare et en évitant, le
plus possible de détruire la nature, en particulier la faune, ne
pas tuer par plaisir et de se sentir fort au milieu de cette im-
mense jungle. Ce sont eux les « vrais » exploitants forestiers,
écologistes dans l’âme, conscients du besoin de préservation
de la nature et de leur travail. Malheureusement pour certains
(une minorité) à caractère faible, un coup de fusil de chasse
leur permet de croire qu’ils surmontent leur faiblesse devant
cette nature sauvage, impressionnante.
Nous pourrions aider la nature à se gérer tout en profitant
d’elle. Malheureusement, l’homme, ce prédateur imbécile, dé-
truit au nom du fric ! Du profit et surtout de l’hypocrisie
de ces fameuses organisations mondiales de la défense de la
nature qui nous submergent de discours sauvegardistes profes-
soraux. En fait, ces gendarmes pour la défense du monde sont
composés d’êtres humains (suivez mon regard) ne l’oublions
pas !!
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Malgré ma tristesse de ce constat, je vais essayer le plus pos-
sible de me souvenir de toutes les anecdotes que j’ai vécues, je
vais essayer de vous les relater.
Le premier souvenir qui me vient à l’esprit date de 1953
lorsque nous étions en forêt à « Makok » ; chacun des agents
expatriés possédait une grande concession composée d’arbres
fruitiers, de fleurs, d’arbres ornementaux etc. A cette époque,
chaque blanc était servi par plusieurs serviteurs : cuisiniers,
aides-cuisiniers, jardiniers, chasseurs, marmitons. Notre jar-
dinier Georges était un colosse qui adorait les enfants et ne
pensait qu’à nous faire plaisir, il savait que ma sœur et moi
adorions les papayes Solos[1] et il nous trouvait régulièrement
des papayes pour notre grand régal et nous le remercions en
grimpant sur ses genoux son plus grand plaisir. Malheureuse-
ment, un soir, le voisin de mes parents, un mauvais coucheur,
un mauvais blanc comme l’on dit en Afrique, vient demander
des explications à mon père.
– Dites donc, Monsieur Thuillier, qu’est-ce que ça veut dire
ça ?
Mon père tombe des nues.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Votre jardinier me chipe régulièrement des papayes ; c’est
un voleur !
– Ok, je vais voir cela !
Mon père à qui le manque de méchanceté a toujours em-
pêché malgré une intelligence hors de la moyenne d’avoir une
carrière ambitieuse, se retourne vers ma mère.
– Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
Sans doute énervé par une journée contraignante, mon père
convoqua Georges et intima l’ordre à ma mère et à nous de
sortir de la maison. Georges avait deux fois la taille de mon
père pourtant, ce dernier lui donna deux gifles. Mon père
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regretta son geste toute sa vie. Quant à moi, cela m’avait telle-
ment touché qu’aujourd’hui j’y pense encore avec un certain
malaise ; heureusement que dans cette période de coloni-
sation, il n’y avait pas que des mauvaises histoires comme
celles-ci et souvent employés et employeurs tissaient des liens
plutôt familiaux.
De nombreux récits baignent le souvenir de mon enfance,
il faut dire que les personnes qui habitaient l’Afrique (les co-
loniaux), étaient des personnalités hors du commun. Il fallait
du caractère, du physique, en un mot « des couilles » pour les
hommes, du cran pour les femmes. Bien sûr chez les humains,
il y a toujours des imbéciles. Mais la majeure partie de ces
personnes était pétrie de bon sens, et j’étais émerveillé par les
aventures que ces gens nous contaient.
Je me souviens de Monsieur Colin, très proche de mes
parents et de Monsieur Tricoit un colosse atteint d’éléphan-
tiasis[2]. Monsieur Colin était très amusant, marié à « MA »
une gabonaise originaire de la région côtière. C’est elle qui
commandait à la maison et malgré sa petite voix, Colin lui
obéissait au doigt et à l’œil. Elle menait la barque tout en fai-
sant semblant d’être soumise, c’était une femme d’une grande
malice toute féminine.
Ils avaient une petite fille, une jolie petite métisse. Mon-
sieur Colin nous décrivait la vie en Afrique, il narrait les
récits de ses épopées, aventures et autres découvertes. Je restais
bouche bée lorsqu’il nous parlait des petites localités perdues
au fin fond des terres africaines. Certaines sous-préfectures
n’étaient atteignables que par voie maritime et il fallait mê-
me des moustiquaires pour déjeuner tellement il y avait de
moustiques et beaucoup d’autres insectes.
Il nous décrivait avec une verve inégalable la vie de ces
microcosmes humains implantés au milieu des plantations
de café et de cacao. Les villages étaient reliés les uns aux
autres par des pistes de moto. Tous les coloniaux se dé-
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plaçaient à deux roues à cette époque. Il est certainement
difficile d’imaginer la vie sur cette terre coloniale. Mais à
huit ans comme je les avais à l’époque, l’atmosphère de cette
Afrique Centrale dans les années 1950 m’émerveillait. Les ves-
tiges des bâtiments administratifs existent encore aujourd’hui
prouvant que l’administration française était bien présente.
Le plus étonnant, c’était le nombre de fonctionnaires vivant
dans les conditions sanitaires des plus sommaires, bien sûr
un petit commissaire de police ou un secrétaire de mairie
en métropole devenait un grand chef. L’ambition, la jouis-
sance d’être servi grisèrent un certain nombre d’européens qui
attrapèrent la grosse tête mais ont été rattrapés par les ma-
ladies tropicales à savoir : paludisme, maladie du sommeil,
fièvre jaune et toutes sortes de maladies de la peau dues à
l’humidité ambiante et aux conditions d’hygiènes déplorables
etc.
Le colonial classique était vêtu d’un casque blanc, d’une
chemisette blanche, d’un long short blanc, de grandes chaus-
settes montant jusqu’aux genoux. Ils vivaient chacun d’eux
dans des cases en dur plus ou moins vastes selon l’impor-
tance de ces messieurs. Les africains quant à eux habitaient
des cases aux toits en paille et ils étaient au service de tous
les grands chefs blancs. Les deux communautés vivaient des
ressources du pays (gibiers et autres fruits, légumes, féculents
cultivés dans de petits jardins ou chacun mettait sa touche
personnelle.
De plus, tous les postes administratifs n’étaient reliables
les uns aux autres que par voie maritime ou par pistes mo-
to. Certains blancs se faisaient même transporter en tipoye[3]
pratiqué par exemple pour le passage des rivières où seuls les
porteurs se mouillaient.
Dans cette communauté de haute administration, les
femmes qui accompagnaient leur mari étaient méritantes et
courageuses. Elles réussissaient à recréer des soirées équiva-
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lentes à celles de la haute société métropolitaine. Les soi-
rées étaient conviviales et servaient à resserrer les liens entre
compatriotes. Les expatriés du secteur privé (forestiers, plan-
teurs, chercheurs d’or) étaient aussi invités aux petites fêtes.
L’éclairage dans ces lointaines contrées se faisait au moyen de
lampe-tempête ou de Pétromax, seuls les centres principaux
bénéficiaient d’un groupe électrogène.
Monsieur Colin racontait à longueur de journée avec fer-
veur ses épopées, il transpirait, jubilait, s’enthousiasmait, il
s’agissait d’anecdotes dues à des rencontres avec les éléphants,
des buffles, gorilles ou autres animaux. Mais aussi d’autres
anecdotes qui concernaient des aventures humaines. Je fré-
missais de plaisir lorsque Monsieur Colin contait comment
les hommes et les femmes se déplaçaient en pinasse[4] pour
rejoindre leurs postes, les récits devenaient tristes lorsqu’il dé-
crivait l’agonie de certains individus. Certains autochtones
jouissaient de la confiance de leur patron et occupaient chez
ces derniers les postes de contremaître. Ceux-ci bénéficiaient
de nombreux avantages, entre autres ; belle case, nourriture,
paie supplémentaire, mais ils étaient mal vus et considérés
comme des traîtres par leurs frères. Même si nous étions loin
de l’esclavage, une soumission comme celle-ci incite toujours
quelques individus à la révolte.
Monsieur Colin n’était plus rentré en métropole depuis
plus de vingt ans, avec la transformation de la société métro-
politaine dans les années soixante, inutile de dire qu’il était
complètement déconnecté de son pays d’origine, c’était un
gabonais d’adoption comme l’on disait là-bas dans les années
d’indépendance. Lorsque j’écoutais ces récits dans la case de
la famille Colin composée d’un plafond en paille, tout en
planches, où seul le courant d’air provoqué par de grandes
ouvertures séchait la transpiration permanente due à l’humi-
dité de cette immense forêt qui est de 90 à 100 %. Pour un
gosse de mon âge, c’était magique, de vrais contes Des Mille et
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Une Nuits. Mystérieux, tout comme la vie de Monsieur Colin.
Pourquoi avait-il choisi de quitter la métropole pour les terres
lointaines et hostiles, mystère !!
Monsieur Tricoit était différent. Sa venue au Gabon était
professionnelle, il était spécialiste dans la pose des rails de che-
mins de fer, un expert-géomètre. A cette époque, les distances
que les forestiers devaient faire parcourir aux grumes avant que
celles-ci ne soient jetées dans l’eau et formées en radeaux, se
faisaient par voie ferrée. Et il racontait ces travaux pendant de
longs moments.
J’avais mille ouvriers pour faire les terrassements des col-
lines et construire les ponts à travers l’épaisse forêt. La gestion
d’un millier d’humains était sans doute le plus coriace car
le recrutement se faisait dans les villages et beaucoup ne
supportaient pas le déracinement. Chaque nuit, une dizaine
de types se sauvaient et manquaient à l’appel le matin. De
nombreuses disputes ethniques endeuillaient le campement.
Quant aux problèmes d’adultères, ils se succédaient au jour
le jour, les femmes étaient considérées comme des marchan-
dises, une friandise… Un cauchemar ! Dans tous les cas, elles
n’étaient pas considérées comme des êtres humains. Il était dé-
licat d’émettre un jugement, une pensée qui n’aurait pas été
comprise par les mâles de la communauté.
Ce petit recueil de mémoire sera un zigzag de mon esprit
au jour le jour, parfois les pages de ce bloc-notes me font
l’effet d’un rejet. Heureusement, ce rejet se transforme en
envie, je me souviens donc une fois encore de Monsieur Tri-
coit impressionnant par sa stature qui racontait que lorsque
la guerre de 1945 commençait à s’étendre sur le sol gabonais,
c’est peut-être incroyable mais les affrontements avaient lieu
dans les coins les plus reculés, les morts par paludisme, gan-
grène, maladie du sommeil, choléra devaient être nombreux
parmi les jeunes soldats, toujours est-il que même isolés dans
la brousse, nous avions la trouille d’être tués ; nous avions mis
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sur pied avec plusieurs coloniaux une fuite à pied en direction
de l’Afrique du Sud, nous disait-il.
Je stoppe là ! Car ce récit pouvait durer toute une nuit
tellement cette retraite à pied a été fabuleuse, entre les pays
en guerre ethnique, les tribus hostiles, les grands fleuves,
les forêts inexplorées enfin, entre auto-stop, marche à pied,
travail temporaire, il avait passé quatre ans à Johannesburg
comme magasinier avant de revenir aussitôt que possible au
Gabon car il se considérait lui aussi comme étant un ga-
bonais d’adoption ! « Tout à coup à la fin de son récit
autobiographique, il s’en allait de son allure claudicante due
à son éléphantiasis qui lui rongeait le corps. Il se disait qu’il
avait un fils « métis » qui résidait à Libreville soit, à trois
jours de bateau mais il n’en parlait que rarement. L’évolu-
tion dans ses années d’indépendance se fit très rapidement
grâce à l’aviation. Les terrains d’atterrissage étaient en laté-
rite[5]. Tous les chantiers forestiers créant de petits terrains
d’aviation, dès lors l’avion a fait partie inhérente de la vie des
forestiers qui du fait de la mécanisation et de l’éloignement
des points d’exploitation par rapport à la capitale, cela devint
indispensable.
A l’origine de la création de cette société d’aviation, il y
avait Monsieur BROUILLET père. Le fils pérennisa la socié-
té ; il s’entoura de nombreux pilotes de chasse qui avaient un
énorme courage « car voler pendant des heures au-dessus de
cet énorme manteau forestier, en pilotage à vue avec de vieux
coucous relevait d’un véritablement exploit … Durant toute
la période où cette génération de pilote resta en activité il n’y
eut aucun accident, de véritables « as ». Dans les années 70,
une crise dans l’aviation mondiale survint, les anciens par-
tirent en retraite, de nombreux nouveaux pilotes furent tentés
par l’Afrique ; les pays forestiers étaient les plus redoutables
sans aucun repaire et certains d’entre eux faisaient ce job
par obligation. D’ailleurs, plusieurs accidents mortels eurent
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lieu pendant cette période qui s’écoula, le GPS n’existant pas
encore.
Dans les pays tropicaux, la couche nuageuse est pratiquement
permanente ce qui donne lieu à des problèmes quasi récur-
rents lors des atterrissages, il fallait percer la couche nuageuse,
la distance se faisait au chrono et si la vitesse était ralentie par
des vents contraires, le lieu de la descente ne correspondait pas
toujours à ce que le pilote prévoyait. Le Gabon sans pour au-
tant être très montagneux est parsemé de hautes collines. La
particularité d’une forêt dense est que lorsqu’un avion se cra-
she, il est impossible de déterminer le lieu de l’accident car les
arbres se referment au-dessus. Il est rare de pouvoir détecter à
l’œil nu et voir par le ciel la zone où l’accident a eu lieu. C’est
à pied qu’il faut retrouver le lieu de l’accident. J’ai en mémoire
des anecdotes à ce sujet plutôt dramatiques avec le souvenir
bien précis des personnes décédées ou rescapées.
Je pense à mon père tellement souvent, qu’il me prend l’en-
vie d’écrire encore quelques lignes de souvenir à son sujet ;
c’était quelqu’un d’espiègle, oscillant entre le sérieux et le plai-
sir. Il n’omettait jamais de taquiner une personne parfois de
manière fine mais aussi souvent de la façon la plus collégiale.
Nous étions invités chez les BECHU lors de l’apéritif, mon
père parlait souvent à l’oreille du gamin de quatre ans ; lequel
se réfugiait en courant vers sa mère en larmes !
– Qu’est-ce qui t’arrive Hervé ?
– Ce n’est pas possible ! Tu redeviens sale ou quoi ?
S’écria la maman en tapotant le gamin. Mon père s’esclaffa,
ce qui eu le don de mettre Madame Bechu en colère.
– Vous exagérez Paul
Ma mère jeta un regard mitrailleur à mon père.
– Qu’est ce que tu as encore fait ?
– Vous n’allez pas faire un drame pour une futilité pareille
! J’ai simplement dit à Hervé, que s’il faisait caca dans sa cu-
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lotte, je lui donnerai un paquet de bonbons, le seul problème
c’est que je n’ai pas ce paquet de bonbons.
Il était tellement persuasif que le gosse s’exécuta, heureux de
faire une bonne blague. Il était heureux, joyeux ! Cet homme
là c’était mon père !
J’ai aujourd’hui 58 ans, mais lorsque je pense à lui et à tous
les moments que nous avions vécus, j’ai encore aujourd’hui un
creux à l’estomac. Combien tu me manques encore !
A table, il me prenait comme complice pour taquiner Li-
liane ma sœur et ce par le biais de multiples gestes que nous
faisions à l’insu de ma mère et comme ma sœur marchait à
chaque fois, elle criait : « Maman, papa m’embête ! » Et cela
décuplait son envie de la taquiner.
La réputation du forestier était celle d’un gros bosseur, cou-
rageux mais grand bringeur à Libreville, capitale du Gabon et
il existait un point de ralliement de tous les expatriés qui vi-
vaient en brousse, l’Hôtel – Restaurant « Le central » était leur
repère. Ils s’y retrouvaient un ou deux week-ends tous les mois
en compagnie de leurs amis et ils faisaient une bringue d’en-
fer entre eux et il était interdit aux non-forestiers d’approcher
de ce restaurant. Les inconscients qui essayaient de se mélan-
ger à la troupe, essuyaient des coups de fusil, seules quelques
filles avaient le droit d’approcher. Whisky et Ricard coulaient
à flot, Les hommes des bois étaient dans de tels états qu’ils
dormaient sur place et ne ressortaient de ce bunker que le lun-
di. La réputation des forestiers était telle que tout le monde
les craignait. Bringueurs, coureurs, mauvais caractères, bagar-
reurs, tels étaient les points qui définissaient ces « broussards ».
La seule qualité qu’on leur donnait était le courage de travailler
et de vivre en pleine jungle.
Avec l’industrialisation et la disparition de ces vieux co-
loniaux pour de nouvelles générations et la facilité d’accès
au campement des sociétés d’exploitations forestières ont fait
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