Destinée solitaire

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...Après mon baccalauréat... On m'avait proposé un cycle court. Une école supérieure à Sola où la compétition est de règle, où la recherche, la culture de l'excellence conditionnent la survie. J'étais dans la force de l'âge. J'aspirais à plus... C'est Norbert Zongo qui disait qu'être optimiste dans certaines situations c'est être un pessimiste qui manque d'informations. Peut-être faudrait-il le présenter au lecteur pour qu'il connaisse le mérite de l'homme... Son histoire se résume à un journal, L'Indépendant, à Borry Bana !
Publié le : samedi 1 décembre 2007
Lecture(s) : 292
EAN13 : 9782296183186
Nombre de pages : 102
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DESTINÉE SOLITAIRE

Ecrire l'Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions
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montagne du Nord-Cameroun, 2007.

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Mohamed ADEN, Roblek-Kamil, un héros qfar-somali de
Tacljourah, 2006.

Aïssatou SECK, Et à l'aube tu t'en allais, 2006. Arouna DIABA TE, Les sillons d'une endurance, 2006. Prisca OLOUNA, Laforce de toutes mes douleurs, 2006 Salvator NAHIMANA, Yobi l'enfant des collines, 2006.

Serge H. BADOUN

DESTINÉE

SOLITAIRE

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.iT harmattan l@wanadoo.iT

ISBN: 978-2-296-04213-1 EAN : 9782296042131

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Depuis quelques instants déjà le car avait quitté Sola. n était en partance pour Yoda, la capitale. Moi, j'allais dans mon village. Le chauffeur, un jeune homme au regard avide tournait et retournait le volant, au gré du moment. n le faisait hâtivement mais assidûment. n allait tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite pour esquiver les multiples excavations sur la voie. Parfois, il était obligé de passer dans ces creux d'où le car rebondissait et basculait, les passagers avec lui. Nous étions sur« la nationale N°l ». A travers une des vitres du coté droit, je voyais les arbres défiler sur mon visage, méditatif mais gai tout de même. De gros yeux brillants et des lèvres quelque peu mesurées donnaient une impression à la fois de calme et d'éveil à ma mine. Je ne savais pas quel effet ça faisait de se regarder ainsi. C'est comme si tout à coup j'étais devenu transparent et que tout ce que je cachais était exposé au grand jour. Je contemplais la nature à travers mm. Je me détournai une minute. Puis, je me remis à observer ses caprices, toute la beauté créée par le mélange des arbres et arbustes aux buissons et aux herbes. L'ensemble formait une combine très agréable. Au loin, c'était une chaîne de hautes collines. Là, les contours étaient moins nets et le vert foncé de la végétation luxuriante faisait place à la couleur brune du brouillard. Au voisinage de la route, les plantes plus rares

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laissaient paraître des interstices, çà et là. On voyait des troncs coupés, d'autres noircis par les feux. C'était un relief parfois triste qui offrait un spectacle quand même admirable. Le véhicule poursuivait inlassablement son trajet; je m'étais encore immergé dans la nature. J'entendais au tout profond de mon ventre le vrombissement de cet infernal engin qui effrayait les animaux. Un lièvre venait de s'immobiliser près d'un hallier, les pattes de devant relevées et ses longues oreilles d'une sensibilité frémissante dressées comme si elles écoutaient l'hallali sonner. Plus loin, une compagnie de perdrix effrayées, prenait son envol pour se poser à l'intérieur de la brousse. Peutêtre avaient-elles soupçonné un danger. Au faîte d'un caïlcedrat, une tourterelle gavait ses petits. D'autres rôdaient tout autour, se titillant. Comme j'aurais aimé pouvoir. faire de même, battre des ailes, écouter leurs chants, leurs piaulements. Au fur et à mesure que nous roulions et que nous dérangions la quiétude de la vie sauvage qui nous fuyait, je croyais sentir sous ce tas de ferraille, les roues qui s'échauffaient sur l'asphalte et s'usaient dans les trous qui les torturaient et nous mettaient en danger. Soudain, une forte détonation attira mon attention. Au même moment des cris s'élevèrent dans le car. Je n'avais pas eu le temps de comprendre ce qui se passait que déjà mon sang avait fait deux fois le tour de mon corps et s'était figé. Mon cœur battait à tout rompre. La roue avant du côté où j'étais assis avait cédé à une énième secousse. La voiture déstabilisée, perdit son équilibre. Nous entendîmes .le bas de caisse gratter le goudron puis le sol lorsque nous quittâmes la piste.

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Je vis le chauffeur s'appuyer sur son volant et freiner à maintes reprises pour ne pas s'engouffrer dans le pont désormais à quelques mètres. Peine perdue... ! La voiture continuait sa marche inexorable. Je savais qu'elle n'avait pas pris toute seule cette allure, mais pourquoi refusait-elle de répondre aux sollicitations du conducteur ? Les yeux grandement ouverts, les lèvres mordues, les bras serrés contre ma poitrine de peur que mon cœur ne saute hors de sa cavité, je me voyais sombrer dans ce gros trou obscur. C'est juste à cet instant qu'une main providentielle, en réponse à nos cris de détresse, tira notre car par l'arrière et l'immobilisa au bord du gouffre. Les passagers, pris de panique, se ruèrent vers la portière avant, ce qui faillit précipiter le car dans le fossé. Je ne pus pas descendre tout de suite, tant je tremblais. Enfin tout rentra dans l'ordre, et nous reprîmes la route. Le mécanicien, un jeune homme très vif, s'était empressé de monter la roue de secours. Nous repartîmes alors, laissant sur place pneu et chambre à air complètement éventrés. Ce fut un ouf de soulagement pour tout le monde. Je n'avais pas crié comme certains; je ne fus pas le moins courageux. Mais de quel courage peuton se targuer face à la mort, et les plus grands guerriers n'ont-ils pas ployé sous la douleur? A présent, j'y pensais. Mes sueurs froides disparaissaient et je me retournai pour voir... « Que serait-il arrivé si les choses s'étaient passées autrement, si on n'avait pas réussi à s'arrêter!? ». C'est simple! Nous serions sous le pont, en piteux état... du sang, des moribonds! Non; je refuse d'y penser. Je commençais à comprendre: «Ah, que la peur peutêtre protectrice! Elle l'est d'ailleurs. Elle permet de ne pas chercher des limites à ce qui est possible. Elle retient I'homme et le fait réfléchir. Elle peut rendre dingue, mais elle préserve. Voilà une route qui avait suscité beaucoup

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d'espoir de la part des transporteurs. J'étais encore en classe de seconde lorsque fut annoncé à la télévision nationale en grande pompe le début des travaux de réhabilitation. J'ai moi-même applaudi ce jour-là, disant qu'on se décidait enfin à saisir le taureau par les cornes. Cela fait à peine une année que le trafic a repris sur cette voie qui a coûté une dizaine de milliards de francs CFA. Cependant elle est déjà parsemée de bosses et de creux. Le «marché» avait changé de main sans qu'on y comprenne nib de nib. Tout se passe comme si c'était une route adaptée à notre « sous-développement» qui avait été faite. Nous aurait-on encore saigné pour rien? Pauvres gens, pauvres Ignares. Qui fustiger? Nous, le peuple, qui nous taisons et regardons faire... ou alors...? Une route large et praticable. .. Que l'idée était noble! Cependant c'est avec de grandes ambitions que nous avons forgé notre sousdéveloppement actuel. Je donne raison à celui qui pense que le mauvais goût n'est que la passion d'orner pour orner. A peine une année! Le financement avait été pourtant effectif; la convention de signature nous avait aussi été exhibée à la télévision. Pourquoi les travaux ne sont donc pas convaincants? Interrogée, l'entreprise chargée de la réfection avait affirmé que sa responsabilité n'était pas engagée dans cette affaire, qu'il fallait rechercher les raisons de cette défaillance du côté du gouvernement. Aux dernières nouvelles le bailleur de fonds avait refusé de réceptionner les travaux. Une équipe d'enquêteurs viendrait élucider les choses. Mais en attendant c'est nous qui en pâtissons et toute l'économie d'ailleurs. Diable! pourquoi faut-il être surveillé à chaque fois pour exécuter correctement ce qui nous incombe? Si cela perdure, je crains qu'un jour, pour une calamité, des

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