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Destinés 1-Un nouveau départ

De
470 pages

Lénia vit dans un monde où toute mélodie est interdite – pire même, puisqu’elle y est considérée comme nocive ! La population vit donc depuis plus d’un siècle réfugiée sous des dômes insonorisés. Cependant, contrairement à ses semblables que cela n’a jamais empêchés de continuer à vivre normalement, la jeune adolescente se sent enfermée, prisonnière de cette vie tout autant que des dômes. Sa rencontre avec Tristan apporte enfin toute la lumière sur le mystère de ce mal-être, et Lénia découvre qui elle est vraiment.

Mais qui est cette ombre mystérieuse et sombre qui semble la suivre jusque dans ses cauchemars ? Et quel terrible secret cache-t-elle sous sa cape au revers de sang ?


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Lucie Barnasson Destinés 1-Un nouveau départ Éditions Mots en Flots
Éditeur : Éditions Mots en Flots www.editions-mots-en-flots.com Couverture : Leïla Bouslama _ Chez CLM Correction : Sabine Escaré _ MA Porte-Plume Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement d e l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux term es des articles L.335-2 et suivants du code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 979-10-96228-06-5
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12 Chapitre 13 Chapitre 14 Chapitre 15 Chapitre 16 Chapitre 17 Chapitre 18 Chapitre 19 Chapitre 20 Chapitre 21 Chapitre 22 Chapitre 23 Chapitre 24 Chapitre 25 Chapitre 26 Chapitre 27 Chapitre 28 Chapitre 29 Chapitre 30 Chapitre 31 Chapitre 32 Chapitre 33 Chapitre 34 Chapitre 35 Chapitre 36 Chapitre 37 Chapitre 38 Chapitre 39
Table des matières
Chapitre 40 Chapitre 41 Chapitre 42 Chapitre 43 Chapitre 44
Chapitre 1
J’ouvre lentement les paupières, la lumière qui a e nvahi ma chambre est très intense ce matin. Nous allons avoir une belle journée ensoleillée ; je n’aurais pu rêver mieux pour mon dernier jour à la maison. Je me lève et fais le tour de mon antre en tentant de garder en mémoire un maximum de détails : la grande baie vitrée qui donne sur mo n balcon – duquel on a une vue époustouflante sur la vallée –, la porte de mon dre ssing qui lui fait face, juste à côté de celle de ma salle de bains, la couleur crème des mu rs, la fresque derrière mon lit, représentant un paysage dont j’ai rêvé il y a des années de cela. Ma mère a failli avoir une attaque le jour où je l’ai peinte mais j’avais eu le sentiment, à l’époque, que je devais absolument garder cette image avec moi, ne pas l’oublier. J’avais alors environ dix ou onze ans. Elle ne symbolise pl us désormais que le souvenir d’une journée de punition et la dispute entre mes parents pour décider si on la gardait ou si elle devait être recouverte de blanc. Étonnamment, car c e n’est presque jamais le cas, mon père avait eu gain de cause et elle est restée là. Avec le temps, j’ai fini par ne plus la regarder. Néanmoins, en cet instant, la contempler me fait du bien même si elle renvoie une vision très sombre : une rue de nuit, des immeubles en flamme et cette grande silhouette encapuchonnée de noir. Flippant ! Après quelques minutes, je prends conscience que l’ heure tourne. Plus je rêvasse, moins j’aurai le temps de courir ; je dois être ren trée pour le petit-déjeuner en famille à neuf heures tapantes. Je saute dans mon short, enfile à la va-vite un tee -shirt et mes baskets puis, mes lunettes de soleil rivées sur le nez, dévale le gra nd escalier qui mène dans le hall de la maison. Je sors sans avoir croisé âme qui vive. La gouvernante et la femme de ménage ne travaillent pas le dimanche, et à cette heure, m es parents sont encore couchés. Personne dehors non plus, sauf de rares voisins matinaux qui vont chercher le pain et les croissants pour leur famille. Je croise le père d’une de mes anciennes camarades de classe. Je le salue et il me répond d’un sourire crispé. Les parents de mes « am is » ne m’ont jamais trop appréciée, et c’est pire encore depuis que j’ai été renvoyée d u lycée ! Je n’ai plus eu de nouvelles d’eux depuis, mais ça ne me dérange pas. Le terme « amis » n’est qu’un mot pour moi et n’a jamais signifié un attachement quelconque comme le perçoivent la plupart des gens. Je n’aime pas me lier aux autres – ni les contacts physiques, d’ailleurs – et les évite au maximum. Quelques rues plus loin, je me rends compte qu’une famille vient de faire installer une gigantesque fontaine devant sa maison, ce qui reflète à la perfection la façon de vivre et de penser des habitants à cet étage de la ville : tout pour impressionner le voisin ! C’est du reste le cas de toute la partie haute de la cité. Celle-ci est érigée en terrasses sur une des plus h autes collines de la région. Dans notre société, votre situation géographique est directement liée à votre rang social. De par les métiers respectifs de mes parents, nous vivons à l’avant-dernier étage ; l’ultime étant réservé, s’ils le souhaitent, à nos dirigeants ainsi qu’aux différents bâtiments officiels. Les niveaux les plus bas et le côté nord de la vallée accueillent les quartiers pauvres. Au sud se trouve un immense parc, et en périphérie, les lo tissements populaires et zones industrielles. Tout cela est englobé sous un immens e dôme qui, bien qu’invisible à l’œil nu, me fait penser depuis toujours que je vis dans la plus grande et belle prison jamais construite.
Je commence à ressentir la douleur familière dans m es muscles. C’est cet instant que je préfère : dominer son propre corps, avancer quand même ! Certains me prennent pour une folle quand j’explique ce que je ressens, donc je n’en parle que rarement. Le sport n’est pas tout à fait le centre d’intérêt le plus répandu dans notre civilisation ; en général, les gens préfèrent la culture, la poésie, la lecture, la peinture. Bref, toutes ces choses qui me passent bien au-dessus de la tête. Courir me permet d’évacuer le trop-plein d’énergie qui m’envahit dès le réveil, et de me sentir moins triste. Dans le dernier kilomètre de mon parcours, mon regard divague au loin, dans la vallée, et se pose sur un des trente-sept générateurs qui a limentent le dôme. Toutes nos villes sont protégées par ces bulles ; cependant, celle d’ Amalica est la plus grande. Elles empêchent sons et matières de nous atteindre. Vous ne verrez jamais un oiseau, insecte ou autre dans nos cités. Par peur des infections, m e direz-vous ? Non ! Par peur de la mélodie… La musique est mauvaise, et toute personne normalem ent constituée ne supporte pas de l’entendre. Il y a longtemps de cela, elle a été utilisée par une population mal intentionnée pour déstabiliser et anéantir le pouvo ir en place. S’est ensuivie une guerre nucléaire qui a failli anéantir toute vie sur Terre sans pour autant accorder la victoire aux anarchistes. La riposte du premier Master et de son nouveau gouvernement a été immédiate : tout ce qui touchait de près ou de loin à un son mélodieux a été interdit. Une rafle a alors été organisée parmi les musiciens, ch anteurs ou compositeurs soupçonnés – à tort ou à raison – d’être impliqués dans le pro jet antigouvernemental. Les dômes ont été conçus et mis en place quelques années plus tar d, après la reconstruction mais surtout dès le lancement de la campagne de vaccination : la propagande sur les méfaits de la musique avait eu un tel impact que personne ne s’est alors opposé à l’idée d’intégrer dans l’ADN de chacun un gène « amusique » à caractère héréditaire : le gène Z. À cause de ce dernier, toute suite de notes harmonieuse, vo lontaire ou non, procure de telles douleurs que même le chant des oiseaux est devenu i nsupportable. La fonction du bouclier est donc de protéger les citadins de ces nuisances sonores. Les chimistes ont ensuite mis au point des molécules capables de reproduire les effets des insectes et des animaux sur la végétation, afin de les bannir des cités sans pour autant risquer la destruction des espaces verts. Toute sortie du dôme nécessite le port d’appareils antibruit – des stop-sons – permettant de supporter le vacarme extérieur. Ceux- ci ont été conçus pour ne laisser passer que les décibels de la voix humaine. Les der niers modèles, ultra-perfectionnés, sont sortis directement des usines de mon cher papa. Les survivants du cataclysme nucléaire et des purge s gouvernementales se sont transmis le gène Z de génération en génération. On raconte cependant que chez certaines personnes déclarées génétiquement déficientes, son caractère « amusical » n’a aucun des effets escomptés. Ces individus sont donc recherchés avec ardeur afin d’être « soignés ». C’est du moins la version officielle… car ce qui se murmure concernant les « soins » n’évoque en rien un séjour en thalasso ! Je pense être une de ces personnes… Me voilà de retour à la maison. Je me rends compte à l’instant de passer la porte que je ne sais pas quand j’aurai à nouveau l’occasion de c ourir dans ces rues. Ce soir, c’est le départ vers Solcadina, un pensionnat aménagé en bor dure d’Azuria – la ville la plus proche, à une centaine de kilomètres d’ici. Mes parents m’envoient là-bas avec l’espoir qu’ainsi je ne manquerai plus les cours et ne fuguerai pas. Le lycée et ses environs possèdent leur propre bouclier… Il n’y a donc aucun moyen de s’en échapper. Je dois avouer que je l’ai bien cherché : deux lycées, deux fois renvoyée ! Mais je m’en fiche, j’ai dix-sept ans. Dans un an, je serai majeure. Je
ferai alors ce que je voudrai. Un peu moins de douze mois d’attente, voilà ce que signifie pour moi cet exode ; rien de plus. Après une bonne douche, je m’appuie sur le lavabo e t observe mon reflet dans le miroir. Je ne me trouve pas jolie ; je suis quelconque. Tant de choses me différencient de la majorité de mes pairs, selon moi. En sus de mes cheveux d’un roux flamboyant et du fait que, où que j’aille, je suis souvent la plus p etite, la couleur de mes yeux, d’un bleu presque transparent, est une réelle singularité. Je ne les aime pas. Heureusement pour moi, depuis plus d’une centaine d’années, la mode est aux lentilles de couleur. Certaines se gardent à la journée, d’autres se changent mensuellement. Il en existe de toutes teintes et de toutes formes. Tout le monde en porte, à tel point qu’il arrive qu’un époux et sa femme ne connaissent jamais la véritable couleur de leurs iris respectifs. Il y a même des personnes qui se les colorent directement, comme les cheveux. De nos jours, on assortit ses yeux à ses vêtements ou à son humeur. Pour ma part, je porte systématiquement des lentilles noires. Ainsi elles correspondent aux deux… à chaque fois ! — Lénia ! Ah, elle est réveillée… et je dois être en retard pour le petit-déjeuner. Je jette un coup d’œil à l’horloge : huit heures cinquante-huit.Tu es en avance de deux minutes, Maman ! Dans la cuisine, ma mère – une belle femme brune, a ssez grande et déjà habillée comme si elle allait à un gala de charité – essaie en vain de faire fonctionner la nouvelle cafetière expresso, alors que mon père – un homme bien bâti, épaules larges, un sourire permanent vissé sur le visage – semble s’amuser de la voir peiner ainsi, caché derrière son journal. Je retiens un rire et indique à ma mèr e le bouton qu’elle a oublié d’enclencher. Elle me remercie et nous nous installons chacune à un bout de la table. — Tes affaires sont prêtes, mon ange ? me questionne Papa, qui a replié son journal et s’obstine à mélanger son café qu’il ne sucre jamais. — Presque. Je terminerai à mon retour, en fin d’après-midi. — Tu sors aujourd’hui ? intervient brutalement ma mère. — Oui, je vais dire au revoir à quelques amis, acquiescé-je, lui mentant sans le moindre scrupule. — Ne traîne pas trop, nous partons à seize heures ! Je ne tiens pas à être en retard à Solcadina… ni au dîner. — Ne t’inquiète pas, Chérie, je suis sûr qu’elle sera là à temps. De toute façon, nous ne sommes qu’à une demi-heure d’Azuria en train, nous serons rentrés bien avant le lancement de la soirée. Mes parents ont été conviés à un gala organisé par le Master en personne. C’est le plus haut dirigeant du pays et je dois reconnaître que j’aurais aimé y participer, ne serait-ce que pour le voir au moins une fois en chair et e n os. Cela aurait été une bonne occasion de faire saliver de jalousie nombre de mes connaissances. Mais quelle importance ? À l’heure où mes parents l e salueront, je serai dans une chambre du pensionnat à tenter de me faire accepter par des adolescents dont je me fiche complètement. Là, tout de suite, la seule chose dont j’ai envie, c’est de respirer l’air pur et d’écouter le vrai chant de la nature, hors de la cité. Mon café à peine ingurgité, je quitte la table pour aller préparer mon escapade. Cette sortie est loin d’être une première, mes gestes n’e n sont que plus mécaniques. Elle ne nécessite que peu de matériel, juste beaucoup d’habilité pour ne pas me faire repérer par les innombrables caméras de surveillance de la ville. Il y en a partout « pour notre propre sécurité ». Ce slogan est placardé à chaque coin de rue ! Néanmoins je sais depuis longtemps comment les déjouer : et aujourd’hui, de grosses lunettes de soleil feront l’affaire. Parfois, un maquillage noir très marqué est tout aussi efficace mais vu le temps
magnifique, l’option une sera la plus adaptée. J’av oue être passée maître dans l’art du camouflage, aidée des dossiers sur la sécurité de l a ville que Papa laisse traîner régulièrement à la maison. Tout le monde est parti quand je ressors. Même si le soleil brille déjà haut dans le ciel, la fin de la saison chaude se rappelle à moi sous la forme d’une légère brise, dernier pied de nez de la nature au bouclier. En effet, malgré le fait que le dôme atténue beaucoup le son du vent, les experts qui ont analysé ses effets sur la population déconseillent depuis toujours de nous en priver totalement. Ce serait, selon eux, mauvais pour l’organisme. Pour rejoindre les frontières de la ville, je dois tout d’abord atteindre le pied de la colline. L’accès le plus rapide reste l’ascenseur intérieur, creusé dans la roche et pouvant contenir des centaines de personnes. Il est cependant très s urveillé, surtout à cet étage. N’ayant pas encore le droit de conduire, je vais donc march er. Une fois arrivée en bas, je suis cueillie par une atmosphère radicalement différente de celle des étages supérieurs ; on sent qu’ici la vie est plus difficile. Les gens son t pressés, des SDF réclament quelques sous aux passants indifférents qui naviguent entre la montagne et sa banlieue. Quand j’ai le temps, j’essaie de les aider en leur donnant de quoi manger. Pas aujourd’hui. Je prends le premier bus qui arrive. Il choisit ma destination. Je compte sur le hasard pour brouiller les pistes et évite que l’on devine où je me rends en n’ayant aucune logique dans mes trajets. Cette fois ce sera le lac, mon en droit préféré, comme si le destin avait compris qu’aujourd’hui serait ma dernière escapade. Cela fait déjà trente minutes que je suis dans les transports en commun. Encore dix et je serai arrivée au terminus, à une centaine de mètres à pied de la barrière invisible. Pour m’occuper, j’observe les personnes qui m’entourent. Nous ne sommes que cinq, en plus du chauffeur ; les gens vont rarement aussi loin du centre, sauf s’ils habitent aux limites de la ville ou se rendent au poste frontière avant de quitter la cité en train. Sécurisé, bien sûr ! Le couple assis juste derrière le conducteur doit vivre ou travailler dans le quartier : ils sont habillés simplement mais n’ont pas l’air d’être dans le besoin comme c’est le cas de ceux vivant au pied de la colline et qui attendent de l’aide des étages supérieurs. Ici, la population est active et ne craint pas la délinquance. La vieille dame installée quelques sièges derrière eux semble connaître le chauffeur car elle lui a longuement parlé lors de l’arrêt pour la correspondance. Peut-être attend-elle qu’il finisse son service ? Le dernier passager est un jeune homme aux cheveux bruns qui doit avoir plus ou moins mon âge. Il tient un bloc note sur lequel il ne cesse de griffonner. Je ne sais comment l’expliquer mais j’ai la certitude qu’il ne dessine pas, on dirait plutôt qu’il décrit ce qu’il voit. Il a toujours les yeux fixés sur l’extérieur. Nos regards se sont croisés lorsque je suis passée devant lui afin de rejoindre la banquette du fond. Le sien est aussi noir que le mien. Cherche-t-il lui aussi à cacher des iris qu’il n’aime pas, ou est-ce naturel ? Nous arrivons au terminus. Les gens descendent les uns après les autres, sauf la dame âgée qui va certainement poursuivre le trajet jusqu’au garage avec le chauffeur. Le couple se dirige vers une ruelle avoisinante ; le garçon, lui, s’est appuyé contre un mur et continue de détailler le paysage. Il va falloir que je m’éclipse sans qu’il remarque quoique ce soit. Il tourne enfin la tête, j’en profite pour me faufiler derrière des broussailles et atteindre le dôme. Il est matérialisé par une ligne au sol. S’en appro cher trop vite vous assure un douloureux choc frontal, comme en témoignent à l’ex térieur les cadavres des nombreux oiseaux qui s’y sont frottés sans le vouloir. Ils seront bientôt emportés par les employés du ramassage des ordures qui sortent régulièrement, protégés par leur casque stop-sons. Il ne me reste plus à présent qu’à trouver la faill e. Il y en a une non loin de chaque
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