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Deux familles dans le piège nazi

De
256 pages
Dans le contexte de 1935-1945 et des désastres de la guerre, une amitié se crée entre une famille française et une famille allemande. Au fil des tragédies qu'elles ont traversées, des liens souvent intimes se défont, d'autres se tissent, mais rien ne parviendra à rompre l'amitié entre ces deux familles.
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M a r c A n d r é C h a r g u é r a u d
DEUX FAMILLESDANS LE PIÈGE NAZI
En France et en Allemagne (1935–1945)
Roman
Deux familles dans lepge nazi En France et en Allemagne (19351945)
Marc-André CHARGUERAUDDEUX FAMILLESDANS LE PIÈGE NAZIEn France et en Allemagne (1935 – 1945)RomanL’Harmattan
Du même auteur Les témoins de la Shoah(4 volumes) Tous coupables ? Les démocraties occidentales et les communautés religieuses face à la détresse juive, 1933-1940 Labor et Fides / Cerf, 1998 Silences meurtriers ! Les Alliés, les Neutres et l’Holocauste, 1940-1945 Labor et Fides / Cerf, 2001 Survivre. Français, Belges, Hollandaiset Danois face à la Shoah Labor et Fides/ Cerf, 2006 Le martyre des survivants de la Shoah, 1945-1952Labor et Fides, 2009 L’Etoile Jaune et la Croix-Rouge. Le Comité international de la Croix-Rouge et l’Holocauste, 1939-1945Labor et Fides / Ed. du Cerf, 1999 La Suisse présumée coupable L’Age d’Homme, 2001 Les Papes, Hitler et la Shoah 1932-1945 Labor et Fides, 2002 Le Banquier américain de Hitler Labor et Fides, 2004 La Suisse lynchée par l’Amérique. Lettre ouverte au juge Korman, 1998-2004 Labor et Fides, 2005 Cinquante idées reçues sur la Shoah Tome premier : De ACCUEIL à JOINT Labor et Fides, 2012 Tome second : De « J » à XÉNOPHOBIE Labor et Fides, 2013 Noura.Une émigrée dans la tourmente Alger 1969 – Paris 1991 L’Harmattan,2014 © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10340-2 EAN : 9782343103402
Avertissement Les personnages de ce récit se comportent en fonction de leurs connaissances du moment. Le lecteur devra constamment en tenir compte. Les juger selon ce que nous avons appris depuis serait se refuser à comprendre leur conduite. C’est dans le contexte de leur temps que les acteurs de cet ouvrage vivent dix années pendant lesquelles le Troisième Reich a dominé la scène européenne. Ce livre est une chronique qui retrace la vie de deux familles française et allemande entre 1935 et 1945. Certaines relations entre Français et Allemands peuvent surprendre ceux qui n’ont pas vécu ces temps de tensions insupportables. Au-delà des drames collectifs quotidiens, hommes et femmes continuent à vivre avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs désirs et leurs désespoirs.
Introduction Déjà en 1924 dansMein Kampf,le Führer explique sa priorité : « L’État raciste aura atteint son but d’instructeur et d’éducateur quand il aura gravé dans le cœur de la jeunesse qui lui est confiée l’esprit et le sentiment de la race. (…) On aura ainsi satisfait à la condition préalable : conservation de la race, fondement de notre peuple, et assuré par là le développement de la civilisation [nazie]. » « Il ne peut y avoir qu’une jeunesse allemande parce qu’il n’y a qu’une seule manière d’enseigner et de former cette jeunesse. (…) Le Reich sera er reconstruit à neuf sur sa jeunesse », déclarait-il le 1 mai 1937. Hitler se donne les moyens d’arriver à ses fins. Il interdit tous les mouvements de jeunesse, ferme les écoles catholiques et protestantes, dissout les partis politiques et les syndicats, met à l’index toutes les publications confessionnelles, emprisonne les récalcitrants. Le parti nazi, un syndicat unique, un seul mouvement de jeunesse sont autorisés.Kraft durch Freudeles vacances. Cynique, organise l’idéologue nazi Alfred Rosenberg écrit : « Les jeunesses hitlériennes sont une éponge absorbante contre laquelle on ne peut se défendre. »Le Reichsarbeitsdienstet le service militaire prennent le relais pour les plus âgés. C’est un véritable envoûtement collectif, qui fera de ces êtres fanatisés un vivier d’hommes prêts à tout. Le régime nazi va de succès en succès. Après des années d’effondrement économique, social et politique, les Allemands retrouvent du travail, le pays se modernise, des victoires diplomatiques permettent l’extension territoriale du pays. L’Allemagne joue de nouveau dans la cour des grands, les Allemands retrouvent leur fierté. Certains ressentent ce contrôle de leur vie par des organes du parti. Les premiers succès militaires sont acclamés. Les premiers revers font trembler les certitudes d’hier. Progressivement, l’horreur et le désespoir s’installent, mais l’appareil nazi reste opérationnel. Ceux qui manifestent leurs doutes sont arrêtés et emprisonnés, ou envoyés en
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première ligne sur le front russe. Conspirations et désertions ont conduit une dizaine de milliers d’Allemands à la mort. C’est dans ce climat d’exaltation et de peur qu’évoluent les personnages de ce roman.
Chapitre I Cologne Novembre 1945 La cathédrale de Cologne a bien résisté au déluge d’acier. Toute proche du Rhin, elle surplombe le pont ferroviaire que l’assaut formidable des forteresses volantes alliées a détruit. Dernier témoin de la cité, elle dresse ses immenses flèches au milieu d’une ville rasée par la guerre. Dans sa solitude, ses proportions déjà monumentales deviennent gigantesques. Sa pérennité montre aux hommes la vanité de leurs constructions modernes et symbolise deux mille années de christianisme. Ses murs, ses piliers, ses voûtes, ses arcs-boutants de plusieurs mètres d’épaisseur constitués de lourdes pierres ajustées ont résisté là où le parpaing, la brique et même le béton d’aujourd’hui sont redevenus poussière. Ce dimanche matin au seuil de l’hiver, le cœur de l’édifice religieux a cessé de battre. La cathédrale a perdu son âme. Le ciel semble l’avoir abandonnée. Le parvis sous les gravats, le portail fermé, aucun prêtre, pas un fidèle. Pas le moindre bruissement de l’air, aucune piaillerie, même les oiseaux ont fui cet univers sidéral. La vie a disparu. Le silence des lendemains de cataclysme s’est abattu sur le site. À quelques centaines de mètres de l’édifice religieux, une construction basse et trapue dissimule sa lèpre derrière les décombres. e Les bâtiments de la prison centrale datent du XVIII siècle. Deux étages de cellules en sous-sol et trois niveaux en élévation sont encore en état d’accueillir une centaine de prisonniers. Le mur d’enceinte en grande partie démoli a été remplacé par un enchevêtrement de barbelés que parcourent sans cesse les soldats des troupes d’occupation britannique. Les quelques pans de bâtiment proches de la prison qui subsistaient ont été nivelés pour mieux assurer la sécurité du périmètre. La guerre n’est terminée que depuis quelques mois. Le regard n’embrasse que désolation et dévastation. Les bulldozers ont
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