Deux jours comme l'hiver

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La rupture entre Claire et François le conduit à se plonger dans son passé et à se livrer à de multiples réflexions sur la vie, l'amour, le temps, la liberté, etc. Dans cette souffrance, François est progressivement amené à la folie. Une folie bénéfique qui lui ouvrira de nouvelles portes tout en lui renvoyant une image plus riche de lui-même et qu'il n'avait pas soupçonnée.
Publié le : mercredi 1 février 2012
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EAN13 : 9782296483781
Nombre de pages : 224
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© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56682-8 EAN : 9782296566828
Deux Jours Comme l’Hiver
Emmanuelle Ménard
Deux Jours Comme l’Hiver
Roman
L’Harmattan
DU MÊME AUTEUR - 2010- 2012 : publication de poèmes et de deux nouvelles dans la revue « Traversée » de Patrice Breno et la revue du grenier Jane Tony « les élytres du hanneton ». - 2012 : publication d’un recueil de poèmesImpressions new-yorkaisesaux éditions du Coudrier. - 2012 : publication d’une petite pièce de théâtre L’ascenseurBas lesau sein d’une œuvre collective « masques ! » aux éditions Novelas.
Je dédie ce livre à Agnieszka Kielek, Nicolas, Jeff Ma grand-mère Et mes parents
Chapitre I
imanche, jour des heures blanches, François regarde son D réveil, il est dix heures, dix heures déjà ! Et Paris qui se frotte les yeux après une longue nuit passée dans les bars, au spectacle ou en boîte de nuit. La gare Saint-Lazare, juste à quelques mètres de son deux-pièces, a repris son train quotidien. Il se bouche les oreilles, ferme les yeux… Ne plus entendre le monde mais juste cette petite voix, cette petite voix comme un ruisseau qui murmure tout au fond de lui… Quoi ? Il ne sait pas encore, il ne l’a jamais su. Qui peut savoir vraiment ? La vie est trop bruyante, on ne peut pas s’écouter. Il n’y a que le dimanche, jour un peu en sommeil mis entre parenthèses, qui rend les hommes à eux-mêmes ou, du moins, fait semblant. Encore un de ces dimanches qu’on va traîner au bois, au bowling, au café, à la messe, au cinéma, au théâtre, au repas de famille… Et qui s’attardera devant la télévision. Dimanche sportif ou avachi, dimanche maigre ou gras, dimanche spirituel ou spiritueux, peu importe. Demain il faudra remettre ça, « métro nouveau » comme ils disent sur les affiches de publicité, « métro nouveau, boulot, dodo » ! Sur son lit pour deux où il n’en reste plus qu’un, il fixe les carreaux de sa fenêtre… Derrière, une ligne d’horizon barrée par des antennes et des petites familles de cheminées au teint rouge brique. Le deuxième oreiller, encore imbibé de parfum Chanel, ne sert de reposoir que pour le souvenir. Elle, la femme, qui avait si
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DEUXJOURSCOMME L’HIVER
souvent laissé disperser ses rêves au creux de ce nid blanc, l’a quitté un dimanche. Deux ans déjà, plutôt dire toute une vie ! Après cette terrible journée ne restaient plus que des jours abandonnés, une enfilade d’heures, de semaines, au visage défiguré, presque sans forme… Un visage égratigné par la douleur, effacé par l’absence. Comme chaque dimanche, il ne peut s’empêcher de détourner son regard pour le poser sur l’autre oreiller ; ce passé qui, de force, le tire vers lui, l’enfonce dans une trappe où rugit le chant des sirènes. Poisson mordant à l’hameçon du poison… Il est si bon, si douloureusement bon de nager au fond de ce bonheur perdu qui le disperse dans un déchaînement d’images, et où les gestes, les paroles, se décomposent au rythme de la mémoire amoureuse. L’oreiller ! Ces yeux, cette bouche, ce nez, ces cheveux tant aimés sont là, devant lui ; il plonge la tête. Il n’y a plus ni dehors ni dedans, seulement ce passé présent dans lequel il s’enroule comme un enfant frileux pour se tenir au chaud, dans la brillance d’un âge d’or où le feu a les ailes d’un ange et les fourches du diable. Combien de minutes s’écoulent ainsi ? Peut-être cinq, dix, vingt… Il ne sait pas, elles ne font qu’une, le temps est ramassé ; un grain de sable dans le sablier, une seule goutte de bonheur dans cet océan d’années où quelques moments, des morceaux de puzzle, suffisent à reconstituer une vie. Elle sa compagne, Claire, la « Claire fontaine » comme il l’appelait dans ses humeurs tendres, l’a quitté pour un autre. Événement banal aux yeux du monde ; événement tragique à ses yeux qui, depuis ne cessent de chercher, de guetter, comme si même les odeurs, les bruits, avaient le pouvoir de la faire apparaître, elle, le féminin de lui, l’envers de son endroit, la paume de sa main. Ses doigts s’attardent encore, fouillent la surface de l’oreiller pour traquer les moindres plis des souvenirs, les moindres détails… Le passé est si pernicieux ; il embellit tout, consacre l’acte et la parole, met en spectacle… Elle est devenue ce rayon gelé dans l’éternel, cet ailleurs adoré qu’on ne touche
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