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Dévoilement

De
116 pages
L'itinéraire d'un homme, partagé entre une vie officielle brillante, figure admirée et respectée dans le monde humanitaire et sa descente aux enfers provoquée par une addiction qui le ruine et qu'il réussit à cacher à son entourage. Il ira jusqu'à commettre un certain nombre de délits qui le conduiront en prison…ŠŠ
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Paul Tabet

Dévoilement
Roman




































© L’Harmattan, 2014
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ03072Ȭ2
EAN : 9782343030722

Dévoilement

Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Guillard (Noël), Entre les lignes, 2014.
Paulet (Marion), La petite fileuse de soie, 2014.
Louarn (Myriam), La tendresse des éléphants, 2014.
Redon (Michel), L’heure exacte, 2014.
Plaisance (Daniel), Un papillon à l’âme, 2014.
Baldes (Myriam), Où tu vas, Eva ?, 2014.
Paul (Maela), L’homme à la peau de soie, 2014.
Couture (Josiane), Courtes éternités, 2014.
Lecocq (JeanȬMichel), Rejoins la meute !, 2014.
Bastien (Danielle), La vie, ça commence demain, 2014.
Bosc (Michel), L’amour ou son ombre, 2014.
Guyon (Isabelle), Marseille retrouvée, 2014.
Pain (Laurence), Elsa meurt, 2014.
Cavaillès (Robert), Orgue et clairon, 2014.
Lazard (Bernadette), Itinérantes, 2013.

*
**
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr

Paul Tabet

Dévoilement

roman













L’Harmattan

Publications


Elissa Rhaïs, roman, Grasset (1982), adapté à l’écran pour
France 2 et Arte.
La Quatrième femme, roman, Editions Ecriture (2000)
L’Ami Santelli, roman, Les Impressions nouvelles (2005)
Je n’avais pas de mère et c’était bien mieux comme ça, nouvelles,
Séguier (2006)
Contes de la Lorée, Lansmann (2007)
Contes de Paris, Editions de l’Amandier (2011)
Naissances, contes, Editions de l’Amandier (2013)










Avant tout

J’avais pris le parti d’en rire
de mes tourments
de mes autosatisfactions
du mal que je me faisais en torturant les oiseaux ou en
méprisant les belges
de l’inéluctable fin de vie
de mon prétendu savoir et de sa récitation aux ignorants
de mes résignations, de mes lâchetés, de mes ruades et
autres éructations
clownesques comme le rire de ma mère à qui j’annonȬ
çais ma brillante réussite à un concours prisé par les clercs
et qui me déclara en me prenant dans ses bras : « Mon fils
(il fallait qu’elle réaffirme sa maternité à chaque occasion,
à chaque prise de parole), mon fils, il y a ceux qui savent et
ceux qui agissent ; comme en amour, il y a ceux qui parlent
et ceux qui font. Reste du côté de la rue et pas des biblioȬ
thèques, du côté des sofas qui inspirent plutôt qu’à la syȬ
nagogue ; c’est là que tu apprendras à faire, je veux dire à
vivre et à aimer. » Elle était l’aînée de dix ans d’Albert
Camus. Je suis sûr que ce dernier avait collé son oreille à
notre effusion, qu’il a tout pompé sur elle.

7

Qu’aiȬje donc de si important à dévoiler ? Mes frasques,
mes infidélités, mes trahisons, mes manquements à toutes
les morales, y compris à celle que je m’étais infligée ?
Qu’aiȬje de si important à dévoiler que je n’aie déjà dit ?
Que je n’ai pas pleuré devant le cadavre de mon père, mort
avec préméditation ? Que j’ai humilié mon frère, même inȬ
volontairement, en réussissant là où il avait échoué ?
Que j’ai trop souvent fait semblant d’aimer ?
Que j’ai dilapidé mon érudition et mon argent ?
Tout ceci est sans importance et ne devrait intéresser
personne, d’autant plus que j’ai dû déjà le confesser dans
une errance protolittéraire de petit aloi. Surligné ou entre
les lignes.
Ce qu’il me reste à dire, donc, que nul n’a jamais su et
qui pourrait surprendre ou au mieux faire frissonner trois
ou quatre personnes en ce monde, mes jumeaux, mes
clones.
C’est que… je ne suis pas qui je suis.
Ils ont vu, entrevu, quelqu’un d’autre ; elles ont aimé
quelqu’un d’autre, c’est l’autre qui paradait dans les salons
des palais florentins ou errant au petit matin, encore ivre
du paradis des illusions, dans les envers et les environs des
couloirs du métro. C’est un autre qui a pris la place du père
en prenant sa plume. C’est cet autre qu’on enterrera quand
sera venue l’heure du dépouillement, quand ne restera enȬ
fin que l’original fantomatique, celui qui se cachait derrière
son ombre. Qu’on n’a jamais nommé bien que ce soit lui le
porteur d’identité, la colle de la photo sur la carte.

8

Pour mieux rendre compte des méandres de ma chute, de
mes contradictions, de la souffrance qui a dû être la mienne
ces dernières années, j’ai eu recours à des allers retours
entre journal intime et roman hésitant, entre je et Pierre,
entre Pierre et son double, entre concernement et mise à
distance pour raisons littéraires. Mon éditeur accepteraȬtȬil
cette apparente confusion ? Je n’ai pas le courage de retraȬ
vailler la structure de ce texte.

9