Dialogue au bout de la nuit

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L'univers décrit, avec humour et poésie, dans ces nouvelles relève à la fois du réel, de l'étrange et du merveilleux. Des méchancetés et des lâchetés quotidiennes. Des êtres mystérieux. Des félins amoureux. Des arbres éloquents. Des réverbères qui sollicitent tendrement des étoiles inaccessibles. Et surtout un vieux maréchal putschiste, personnage extravagant, figure tragique et comique qui dirige d'une main de fer une curieuse contrée du Sud...
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296251687
Nombre de pages : 109
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DIALOGUE AU BOUT DE LANUIT

@ L'HARMAlTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-11421-0 EAN : 9782296114210

Paris

AHMED ISMAÏLI

DIALOGUE AU BOUT DE LA NUIT
NOUVELLES

L'HARMATTAN

Lettres du monde arabe Collection dirigée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan

Mohamed BOUKACI, Le Transfuge, 2009. Hocéïn FARAJ, Les dauphins jouent et gagnent, 2009. Mohammed TALBI, Rêves brûlés, 2009. Karim JAAFAR, Le calame et l'esprit, 2009. Mustapha KHARMOUDI, Ô Besançon. Unejeunesse 70,2009. Abubaker BAGADER, Par-delà les dunes, 2009. Mounir FERRAM, Les Racines de l'espoir, 2009.

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El Hassane AÏT MOH, Le thé n'a plus la même saveur, Palih Mahdi, Embrasser les fleurs de l'enfer, 2008. Bouthaïna AZAMI, Fiction d'un deuil, 2008. Mohamed LAZGHAB, Le Bâton de Moïse, 2008. Walik RAOUF, Le prophète muet, 2008. Yanna DIMANE, La vallée des braves, 2008. Dahri HAMDAOUI, Si mon pays m'était conté, 2008. Palih MAHDI, Exode de lumière, 2007. Antonio ABAD, Quebdani, 2007. Raja SAKKA, La réunion de Famille, 2007.

Sommaire

Premier mai Le Revenant Les Délices du mariage L'Etrange rêve d'El Hadi Le Discours du chat de gouttière L'Ermite et le visiteur De l'autre côté du pont Solitude Dialogue au bout de la nuit Le Chant de l'olivier Les Béquilles

7 9 11 13 15 17 21 25 29 35 45

Premier mai

Mon ami et collègue Karim vient me voir un soir, dans un café où il n'y a que des hommes: la télévision transmet en direct l'un des plus grands matchs du siècle. Il sait que je viens de me marier et de déménager. Il sait aussi que je n'ai pas encore rendu la clef au propriétaire de mon premier logement, un studio au dernier étage d'un immeuble passablement délabré, où les chambres sont exiguës, les cloisons en contre-plaqué, les persiennes grises et le carrelage jaune...Il me prie de lui passer la clef du studio 9Ù traîne encore un sac de couchage. Il insiste tellement que je finis par céder. A présent, Karim tire sa mobylette dans les rues désertes qu'éclairent faiblement des réverbères solitaires. On marche longtemps, lui au milieu, une fille à sa droite, moi à sa gauche. Il s'escrime à meubler le silence. Plutôt ronde, la fille a une trentaine d'années. Elle ne dit rien. Je leur ouvre la porte du studio et je disparais. Le lendemain matin, Karim invite sa compagne à prendre le petit déjeuner dans une pâtisserie au milieu du plus grand boulevard de la ville. La fille a des cernes. Elle lutte vaillamment contre le sommeil. Karim peut être insatiable. Pendant toute la nuit, les positions les plus bizarres étaient sollicitées, puis exigées. La fille aimerait bien rentrer chez elle. Mais il faudrait déjà qu'il la paie. Au moment où elle s'apprête à lui en parler, elle voit, dans la rue, des ouvriers, des étudiants, des femmes, des hommes manifester en brandissant des drapeaux et des banderoles. C'est le premier mal. - A bas l'impérialisme! s'écrient-ils. Honte à ceux qui exploitent les pauvres!

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Karim se lève brusquement, bouscule le garçon qui les a servis, se sauve de la pâtisserie et se perd au milieu des manifestants, en criant plus fort qu'eux. Clouée sur sa chaise, la fille regarde, d'un air hébété, la foule immense, compacte et exaspérée.

Le Revenant

Au lendemain de la décision de l'Administration de construire un mur pour diviser le village en deux, Rahim, qui venait d'atteindre ses dix-huit ans, disparut. On l'attendit une journée, une semaine, un mois, une année. Puis on commença à s'inquiéter. Son père, sa mère et ses quatorze frères et sœurs se mirent à le chercher partout. Ils interrogèrent les voisins, les oncles, les tantes, les neveux, les quelques amis de Rahim: Driss, Brahim et Bouazza. Personne ne l'avait vu. Ils s'adressèrent à la police et à la gendarmerie. En vain. Ils se rendirent même à la petite ville voisine, un vieux port où, disait-on, le ciel était éclaboussé de sang et où, dès le crépuscule, des monstres marins hantaient des ruelles désertes jusqu'aux premières lueurs du jour. Rahim demeura introuvable. Son père ne mangeait plus, ne travaillait plus. Ses frères et ses sœurs ne dormaient plus. Sa mère faillit perdre la raison. Un lundi matin, ses parents reçurent une convocation de la gendarmerie. Un camion semi-remorque avait écrasé un mois plus tôt, au coucher du soleil un vagabond correspondant au signalement de Rahim. Les parents de la victime reconnurent immédiatement leur fils: les mêmes traits, le même teint pâle, la même taille, les mêmes vêtements couverts cette fois-ci d'une énorme couche de poussière. Ils le pleurèrent longuement et récupérèrent sa dépouille. Ils organisèrent des funérailles et l'enterrèrent au cimetière du village. Ses anciens amis Driss, Brahim et Bouazza qui participèrent aux obsèques le pleurèrent eux aussi. Il était plutôt solitaire et mystérieux, mais il était si sensible, si doux, si gentil. .. Une année plus tard, le soir du Miloud, Rahim réapparut dans un coin du village. A sa vue, une voisine perdit connaissance. A la fois intrigué et effrayé, un essaim 9

d'enfants le suivit en se tenant à bonne distance et en bourdonnant. Rahim ne disait rien. Il marchait tout droit dans la rue peu éclairée, le regard fixe. Deux enfants se hâtèrent de prévenir Aïssa, son frère aîné. Celui-ci se mit à courir et finit par retrouver Rahim chez le coiffeur du village où une foule compacte se pressait. Les deux frères s'embrassèrent sous le regard à la fois attendri et surpris de l'assistance. Aïssa tremblait. Ayant du mal à se tenir debout, ils s'affaissa sur une chaise et commença à balbutier des questions. Mais Rahim demeura muet, l'air hagard. Il étouffait au milieu de la foule de plus en plus nombreuse. On pressa son frère d'annoncer immédiatement la nouvelle à sa mère. Il repartit alors chez lui en courant. Rahim se fraya un chemin au milieu de la cohue toujours aussi troublée. Il reprit sa marche. On le suivit. Mais, de nouveau, il se perdit dans le noir.

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