Dieu ne m'a pas vu

De
Publié par

Ce roman a pour point de départ un crime sur lequel vont enquêter non sans peine les polices française et espagnole. Au départ, une histoire de divorce, dont le caractère complexe ne va se dévoiler qu'au fur et à mesure. Et si le crime était ici un levier permettant d'explorer le fonds d'êtres multiples, gardiens de lourds secrets? L'empreinte de la violence et du mensonge cohabite alors avec l'idéal humaniste et la recherche du bonheur, dans un univers qui s'incarne en quatre villes acteurs et témoins : Paris, Madrid, Bruxelles et Bagdad.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
Lecture(s) : 60
EAN13 : 9782296515901
Nombre de pages : 227
Prix de location à la page : 0,0129€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Dieun em aap suvruSenu art e rome dnoirman srtm iaerssnagss set an Ds,decom en ueiv sap ap iotnd u aopru un crime départb uelanaib ep neelquon vsu, ler nos ren uqtê tnes poe lepeinans esiaçnarf secili.Llenoagsp eetes iusnon tp suesnvgationtiui qsiotri eedd virolonge dans une herianidrl tnod ,arpp ace ontmeeme telexcabamilpracte cacompère fau eurerilu q es ovédn elav ela gémelant que erD.atu t àemusliib bsiua qesèrtsym ses te étil euxlgrée macommne tvntis iuqsee.êtque lei sEté emirc ici tiatcur au cett de uqtê eneevun eede lndfoê destrlum lpit ,sedrag un levier permettna tdxelprorelixe ,sésselb is ?éslimihut eéssds olrud eeisn ausmaists, ecreoc eibahnem gnosve alc aterslotn eedl Lmerpiece et dua violennuviu nuq ire sonhedu bdansur, er al te ehcrehchul éaide stnimaaPir,sM dair,dB rs et témoins : ertlliva seuetcinsrncaene ua qautet l, esistessyatee ei ramcnro, DIAH Mihal.FdadgaB ,sellexurçaise, ague fran snel nairubitnot entcovrouesageisu srud rulp etan,rmatLHaam (é aglIa )1 .1 99Exé liub pntmele( erèimul ed edoanglaiserabe et noedemtn ,odtnF isans meets éc mne tlsI l edatEra unap iditneé e poon dsousche rtit el noC eL e mes dtet eleilLaHmrtaat,n2 008), Mes amis lesihc sneHL(amraantt19, ;98om rrac.snayam ,snayMae olar C :retu-692-23379-8 N :mISBl.cogmaiole@P terèir02 , )20L, beAue unesvi.)oCvureeb ,0220ng (LAues de saDieu ne ma pas vu

Roman

Falih Mahdi

NOTWNLNMLRNNQWPN===Pofb`obqrdcp|^e|j-490irP2 : x 32rJm^pJsrKáåÇÇ===faN|IS|Ro_kra|bf

Dieu

ne

ma

pas

vu





































©

LHarmattan,

2013

5
Ȭ
7,

rue

de

lEcole

polytechnique,

75005

Paris


http://www.librairieharmattan.com

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

harmattan1@wanadoo.fr

ISBN

:

978
Ȭ
2
Ȭ
336
Ȭ
29094
Ȭ
2

EAN

:

9782336290942










Falih

Mahdi

Dieu

ne

ma

pas

vu

roman






LHarmattan

À

Alia







Tous

mes

remerciements

à

mon

ami

Jean
Ȭ
Dominique

Mellot

pour

avoir

eu

la

gentillesse

de

relire

ce

texte.

Merci

également

à

Sylvie

Mellot,

Isabelle

Havelange

et

Marie

Mayans

pour

leur

aide

et

leurs

précieux

conseils.

Dès

quelle

entendit

le

générique

du

journal

de

France

Inter,

elle

eut

la

certitude

quil

était

bel

et

bien

dix
Ȭ
huit

heures

et

que

le

moment

de

plonger

dans

la

jungle

urbaine

avait

sonné.

Elle

se

précipita

pour

se

regarder

dans

la

glace

et

sassurer

du

bon

état

de

son

maquillage.

Deux

teintes

ressortaient

particulièrement,

le

cramoisi

de

son

rouge

à

lèvres,

et

le

noir

de

son

fard

à

paupières

qui

rappelait

celui

dun

masque

de

danseur

africain.

Elle

arrangea

de

nouveau

sa

coiffure,

puis

descendit

les

escaliers,

après

avoir

fermé

la

porte

blindée

de

lappartement.


Un

chauffeur

de

taxi

lattendait.

Il

sortit

pour

ouvrir

le

coffre

de

la

voiture

afin

quelle

puisse

y

déposer

létui

noir

du

violon

quelle

tenait

de

la

main

droite.

Elle

insista

pour

le

garder

à

côté

delle

avec

son

sac

à

main

sur

le

siège

arrière.

«

Gare

dAusterlitz,

je

vous

prie

»

se

contenta
Ȭ
t
Ȭ
elle

de

lui

dire.

Le

taxi

démarra

lentement.

À

cette

heure,

les

rues

de

Paris

grouillent

de

monde

et

de

voitures.

Elle

était

captivée

par

le

spectacle

du

flot

de

voitures

prises

dans

les

embouteillages

progressant

péniblement,

par

le

concert

de

klaxons,

le

bruit

des

motos

et

surtout

par

les

bordées

dinsultes

qui

fusaient

de

toutes

parts

entre

conducteurs,

comme

sils

prenaient

part

à

une

joute

verbale.

Dans

cette

ville

quelle

aimait

tant,

la

Ville

par

excellence

pour

elle,

il

arrivait

à

des

hommes

et

des

femmes

au

volant

de

se

transformer

en

bêtes

féroces.

Le

chauffeur

était

quant

à

lui

un

homme

calme.

Il

tenta

de

briser

le

silence

qui

régnait

dans

le

taxi

:

«

Ce

nest

pas

sérieux,

les

cris

et

les

insultes

ne

servent

à

rien.

La

seule

chose

à

faire,

cest

de

sarmer

de

patience.

»

Elle

écouta

ses

paroles

sans

les

commenter

et

pressentit,

à

son

air,

quil

devait

être

originaire

du

Moyen
Ȭ
Orient.

Lorsque

la

voiture

sarrêta

au

feu

rouge,

lair

que

fredonnait

le

chauffeur

de

taxi

dans

son

coin

confirma

quelle

avait

vu

juste.

Mais

cela

ne

lempêcha

pas

de

continuer

à

être

amusée

par

la

marée

de

véhicules

massés

autour

delle.

Plusieurs

conducteurs

semblaient

si

excités

quon

les

aurait

dits

prêts

à

bondir

sur

une

proie.

Elle

souriait

aussi

à

la

vue

de

certaines

femmes

au

volant,

certes

belles,

mais

au

tempérament

de

tigresses.

Le

chauffeur

ne

vit

pas

que

le

feu

était

passé

au

vert.

Il

fallut

les

cris

hostiles

des

autres

automobilistes

dans

la

file

pour

le

sortir

de

son

mutisme.

«

Du

calme,

du

calme,

pas

la

peine

de

sénerver.

On

na

avancé

que

de

quelques

pas.

Les

insultes

et

les

hurlements

ne

mettront

pas

fin,

comme

par

magie,

aux

embouteillages.

»

Elle

resta

muette,

lui

ôtant

ainsi

tout

espoir

de

la

voir

réagir.


Lauto

traversa

une

succession

de

quartiers

mais

avec

la

sempiternelle

lenteur

de

chaque

soir
.

Le

chauffeur

se

remit

à

observer

sa

passagère

qui

avait

lesprit

ailleurs.

Elle

était

bien

inspirée,

se

disait
Ȭ
elle,

de

quitter

suf
Ȭ
fisamment

tôt

son

appartement

car

il

était

déjà

dix
Ȭ
neuf

heures

passées.

«

Voilà

la

gare

dAusterlitz,

Madame.

»

Ce

furent

ses

dernières

paroles.

Elle

paya

son

taxi,

et

ne

se

donna

pas

la

peine

de

répondre

aux

remerciements

du

conducteur.

Elle

sengagea

dans

un

long

couloir.

Les

gens

y

couraient

dans

tous

les

sens

pour

rejoindre

leurs

trains.

À

les

voir

sagiter

de

la

sorte,

un

observateur

non

averti

aurait

pensé

quun

incendie

sétait

déclaré

ou

quune

guerre

avait

éclaté.


Elle

acheta

Le

Monde

et

se

dirigea

vers

le

café

situé

non

loin

de

la

voie.

Au

garçon

qui

lui

demandait

ce

quelle

désirait,

elle

répondit

sèchement

«

un

expresso

».

Elle

parcourut

les

titres

de

la

une

du

journal

en

buvant

tranquil
Ȭ
lement

son

café.

«

Les

États
Ȭ
Unis

dAmérique

affichent

leur

intention

den
Ȭ
vahir

lIrak

»

proclamait

la

manchette

imprimée

en

gros

caractères.

Elle

esquissa

un

sourire

à

la

vue

de

la

caricature

du

jour

:

Saddam

Hussein,

sous

les

traits

dune

souris

pourchassée

par

un

chat

américain,

sapprêtant

à

se

réfugier

dans

le

trou

dun

mur.


Dun

pas

lent

et

assuré,

elle

sengagea

sur

le

quai

du

train

en

partance

pour

Madrid.

Elle

tenait

létui

noir

corbeau

de

la

main

droite

et

un

petit

sac

de

voyage

tout

aussi

sombre

de

lautre.

Son

manteau

et

sa

chevelure,

également

noirs,

achevaient

de

lui

donner

lallure

dune

femme

en

deuil.

Lemployé

des

chemins

de

fer

espagnols

laccueillit

très

poliment,

laccom
Ȭ
pagna

à

son

compartiment

et

lui

remit

une

enveloppe

contenant

deux

tickets,

lun

pour

le

dîner,

lautre

pour

le

petit

déjeuner.

Elle

la

saisit

et

lui

adressa

un

sourire.

Elle

examina

le

compartiment.

Il

était

très

étroit

:

deux

couchettes

superposées

dà

peine

soixante
Ȭ
dix

centimètres

de

large.

Une

porte

par



on

ne

pouvait

entrer

de

face

cachait

un

minuscule

lavabo,

une

douchette

et

une

cuvette

de

WC,

inaccessibles

pour

toute

personne

un

peu

corpulente.

10

On

y

avait

rangé

avec

soin

une

serviette,

deux

savonnettes,

du

shampoing,

un

peigne,

du

dentifrice

et

une

brosse

à

dents.

Après

cet

examen

minutieux

des

lieux,

elle

prit

létui

à

violon

pour

le

déposer

délicatement

sur

lautre

couchette,

puis

rangea

son

sac

de

voyage

à

côté,

ôta

ses

lunettes

noires,

les

posa

sur

létui

et

fit

de

même

avec

son

manteau.

Elle

revint

au

coin

salle

de

bain,

examina

ses

yeux

marqués

par

la

fatigue,

passa

la

main

droite

sur

ses

cheveux

noirs

sombres

et

alla

sétendre

sur

sa

couchette.

Son

regard

errait

dans

le

vide.

Elle

ferma

les

yeux

pour

les

soulager,

et

ressentit

alors

une

grande

brûlure,

vit

des

points

lumineux

rouges

qui

mirent

un

certain

temps

à

disparaître

et

à

laisser

place

au

noir

reposant.

Elle

voulait

sassoupir.

Mais

le

sifflement

du

chef

de

gare

annonçant

le

départ,

le

claquement

des

portes

se

refermant

et

le

crissement

des

roues

de

ce

vieux

train

len

empêchèrent.

Toutefois,

quand

le

mouvement

du

wagon

se

fit

plus

régulier,

elle

finit

par

somnoler.

Soudain,

on

vint

frapper

fort

à

sa

porte,

elle

crut

dabord

quil

sagissait

dune

erreur.

Mais

comme

les

coups

continuèrent,

plus

insistants,

elle

fut

contrainte

douvrir.

«

Désolé,

Madame,

de

vous

déranger,

veuillez

me

remettre

votre

carte

didentité

ou

votre

passeport

»,

lui

dit

le

contrôleur.

Pour

la

convaincre,

il

ajouta

:

«

Nous

avons

pour

consigne

dans

ce

train

de

prendre

ces

documents

et

de

ne

les

rendre

que

le

lendemain

matin.

»

Elle

acquiesça

et

ne

demanda

pas

davantage

dexplications.

Elle

ouvrit

son

sac,

sortit

sa

carte

pour

la

lui

confier.

Quand

le

contrôleur

la

remercia,

elle

lui

répondit

par

un

simple

hochement

de

tête.

Elle

ferma

la

porte

puis

sallongea

de

nouveau

sur

le

lit.

Elle

narrivait

pas

à

fermer

les

yeux.

De

nouveau

son

regard

fixait

le

vide.

La

veilleuse

du

compartiment

la

tenait

éveillée.

Elle

décida,

alors,

daller

dîner.

Le

wagon
Ȭ
restaurant

nétait

pas

loin

de

son

compartiment.

Elle

repéra

au

fond

de

la

salle

une

table

pour

une

personne

et

se

pressa

daller

loccuper

avant

que

dautres

ne

sy

installent.

Une

fois

assise,

le

garçon

la

salua

et

déposa

sur

la

table

une

carafe

deau

ainsi

quun

petit

panier

avec

trois

pains

ronds.




Avez
Ȭ
vous

fait

votre

choix,

Madame

?



Une

salade

de

tomates

en

entrée,

puis

de

lagneau

en

plat

principal.



Et

que

voulez
Ȭ
vous

boire

?



Du

vin

rouge,

sil

vous

plaît.

Elle

se

délecta

de

ce

repas

et

en

oublia

même

la

gêne

causée

par

des

clients

qui

parlaient

fort.

Les

lumières

jaune

pâle

tamisé,

le

décor

des

années

cinquante

conféraient

un

charme

particulier

à

ce

moment.

À

vingt
Ȭ
trois

heures,

il

ny

avait

plus

quelle

dans

la

salle.

Il

fallut

que

les

employés

commencent

à

débarrasser

les

tables

et

à

les

dresser

pour

le

petit

11

déjeuner,

pour

quelle

se

rende

compte

quil

était

temps

de

regagner

son

compartiment.

Cette

nuit
Ȭ
là,

elle

ne

put

dormir

profondément.

Son

sommeil

fut

léger

et

agité.

À

la

frontière

franco
Ȭ
espagnole,

le

train

simmobilisa

longuement.

Il

redémarra,

enfin,

mais

péniblement.

Ses

roues

gémissaient

comme

pour

supplier

dêtre

enfin

soulagées

de

ces

mouvements

routiniers

qui

duraient

depuis

leur

mise

en

service.

Que

de

fois

ce

train

navait
Ȭ
il

exhalé

sa

com
Ȭ
plainte

depuis

quil

sillonnait

les

rails

de

France

et

dEspagne.


La

lecture

du

journal

aida

la

voyageuse

à

tuer

le

temps.

Elle

le

lut

intégralement.

«

La

décision

américaine

dentrer

en

guerre

ne

faisait

plus

de

doute

Chirac

sopposait

à

la

campagne

américaine

Blair

annonçait

son

soutien

à

loption

militaire

et

se

disait

prêt

à

mener

la

guerre

aux

côtés

des

Américains

De

grandes

manifestations

contre

la

guerre

étaient

organisées

à

New

York,

Londres,

Paris,

Berlin

et

Madrid

Des

écrivains

soutenaient

la

guerre

;

dautres,

hommes

de

lettres

et

de

sciences,

lauréats

des

prix

Nobel

de

la

paix,

de

littérature

ou

de

sciences,

annonçaient

leur

refus

de

ce

conflit

Des

artistes

américains

de

renommée

mondiale

se

mobilisaient

contre

la

guerre.

»

Le

journal

nayant

pas

suffi

à

occuper

tout

son

temps,

elle

sortit

de

son

sac

un

livre

de

poche

emprunté

à

la

bibliothèque

municipale

située

à

deux

pas

de

chez

elle.

Cétait

un

roman

court,

Le

Tunnel
,

de

lécrivain

argentin

Ernesto

Sábato.

Dès

quelle

en

entama

la

lecture,

elle

fut

prise

par

lhistoire.

Mais

la

fatigue

lempêcha

de

faire

durer

ce

moment

de

plaisir.

Elle

voulut

tout

de

même

finir

la

première

page,

mais

elle

renonça

vite,

estimant

que

le

texte

nécessitait

une

concentration

dont

elle

nétait

plus

capable.


Elle

se

servit

un

verre

deau

puis

sortit

de

son

sac

une

boîte

de

lingettes

rafraîchissantes.

Elle

sen

passa

une

délicatement

sur

le

visage,

puis

en

appliqua

deux

autres

sur

les

yeux

et

les

garda

quelques

minutes

pour

atténuer

leur

extrême

fatigue.

Elle

regarda

sa

montre.

Il

était

presque

quatre

heures

du

matin.

Elle

sarma

de

patience,

puis

sallongea

de

nouveau

sur

son

lit

et

se

mit

à

relire

la

première

page

du

roman.

Elle

ne

put

continuer

longtemps.

Aussi

ferma
Ȭ
t
Ȭ
elle

les

yeux

tout

en

demeurant

éveillée.

Alors

quelle

commençait

à

sabandonner

au

sommeil,

elle

vit

des

visages

ensan
Ȭ
glantés

et

entendit

des

bruits

qui

écorchaient

loreille.

Elle

ouvrit

les

yeux,

mais

les

visages

ensanglantés

étaient

toujours

là.

Ce

spectacle

ne

leffraya

guère

;

elle

était

habituée,

depuis

longtemps,

à

ce

genre

de

vision.

Cest

ainsi

quelle

sendormait

toutes

les

nuits.

Une

nouvelle

fois,

dès

quelle

sabandonna

au

sommeil,

elle

se

vit

dans

son

rêve.

Sa

bouche

refusait

de

souvrir.

Elle

nétait

pas

seule,

un

groupe

de

médecins

en

blouses

blanches

12

lentourait.

Le

professeur

sefforçait

en

vain

de

lui

ouvrir

la

bouche.

Il

tentait

des

deux

mains

décarter

ses

mâchoires,

déloigner

la

lèvre

inférieure

de

lautre,

mais

sans

y

parvenir.

Un

autre

médecin

fit

la

même

tentative,

et

ne

réussit

pas

davantage.

On

lui

prit

alors

une

radio

de

la

bouche,

elle

fit

apparaître

que

ses

dents

se

déchaussaient.

Cela

intrigua

les

médecins,

le

professeur

estima

quil

ny

avait

plus

quune

solution,

casser

ses

dents

à

laide

dun

marteau.


Subitement,

des

coups

résonnèrent

sur

sa

porte

et

la

libérèrent

de

ce

cauchemar

;

on

venait

lui

rendre

sa

pièce

didentité

et

lui

annoncer

que

le

petit

déjeuner

était

servi.

Elle

resta

au

lit

quelques

instants

avant

daller

tirer

les

rideaux.

Il

faisait

un

temps

splendide.

Elle

regarda

sa

montre

;

dans

une

demi
Ȭ
heure

le

train

arrivait

à

Madrid.

Aussi

se

pressa
Ȭ
t
Ȭ
elle

darranger

sa

coiffure,

de

retoucher

son

maquillage

et

de

mettre

un

trait

de

khôl

sur

ses

yeux.

Puis

elle

enfila

son

manteau

et

chaussa

ses

lunettes

noires.


Dès

que

le

train

poussa

ses

derniers

soupirs,

les

passagers

se

précipitèrent

pour

être

les

premiers

à

débarquer.

Elle

fut

la

dernière

à

quitter

son

wagon.

Elle

traversa

lentement

le

hall

de

la

gare

de

Chamartín

en

portant

létui

à

violon

de

la

main

droite

et

son

sac

de

voyage

de

lautre.


Elle

demanda

au

chauffeur

de

taxi

de

la

conduire

au

centre

ville.

Sans

difficulté,

elle

trouva

un

café

à

sa

convenance.

Cétait

un

café

chic.

Elle

commanda

une

tasse

de

thé,

du

lait,

un

jus

dorange

frais,

des

ufs

au

plat,

un

croissant

et

des

tartines

avec

de

la

confiture

de

poire,

du

beurre

et

du

miel.

Lorsquelle

commença

à

déguster

ce

copieux

repas,

il

était

déjà

onze

heures.

Ainsi,

lentement,

avec

un

plaisir

et

une

délectation

ostensibles,

elle

se

rassasia

en

finissant

tous

les

plats.

Puis

elle

demanda

au

garçon

de

jeter

un

il

sur

ses

affaires,

le

temps

daller

acheter

El

País
.

Au

retour,

elle

commanda

un

café

et

un

verre

deau.

En

le

sirotant,

elle

parcourut

son

journal.

«

Bruits

de

bottes

aux

portes

de

Bagdad

»,

telle

était

la

manchette

qui

barrait

la

une.

Elle

ne

fut

aucunement

surprise,

lessentiel

du

numéro

était

consacré

à

cette

guerre

annoncée.

Ensuite,

elle

prit

le

supplément

du

journal

publié

tous

les

samedis.

Hormis

les

thèmes

politiques,

on

pouvait

y

lire

aussi

des

sujets

de

société,

un

entretien

avec

un

artiste

espagnol,

un

autre

avec

lacteur

américain

Sean

Penn

qui

livrait

son

opinion

sur

George

W.

Bush,

un

article

sur

le

dernier

cri

de

la

mode

en

décoration

intérieure

illustré

par

des

photos

dun

palais

espagnol,

puis

quelques

recettes

de

cuisine

du

pays.

Elle

se

rendit

ensuite

aux

toilettes.

De

retour,

elle

commanda

un

second

café

noir,

régla

la

note

et

sen

alla.

13

Elle

pria

le

chauffeur

de

taxi

de

la

conduire

au

parc

du

Buen

Retiro.

Il

était

presque

quatorze

heures.

En

ce

mois

de

novembre,

le

froid

était

glacial,

à

peine

atténué

par

le

soleil

de

Madrid.

Elle

sinstalla

sur

un

banc,

létui

à

violon

à

sa

droite

et

son

sac

de

voyage

à

sa

gauche,

ses

lunettes

noires

protégeant

ses

yeux

du

reflet

des

rayons

du

soleil,

posa

la

main

sur

létui,

puis

se

mit

à

le

caresser

délicatement.

Subitement

jaillirent

les

éclats

de

rire

dun

enfant.

La

mère

le

poursuivait

afin

de

lempêcher

dimportuner

les

oiseaux.

Sur

le

banc

den

face,

le

père

avait

lesprit

ailleurs.

Le

garçon

demanda

à

sa

mère

de

lui

acheter

un

ballon,

elle

refusa.

Il

déversa

de

chaudes

larmes

sans

parvenir

à

la

faire

céder.

Il

fallut

que

ses

pleurs

deviennent

gênants

pour

que

le

père

sorte

de

sa

réserve,

prenne

lenfant

dans

ses

bras

et

sen

aille,

suivi

par

sa

femme.


Il

était

quinze

heures

passées,

aussi

sempressa
Ȭ
t
Ȭ
elle

de

partir

à

la

recherche

dun

nouveau

taxi,

en

portant

ses

bagages.

À

ce

moment

de

la

journée,

il

nétait

pas

facile

den

trouver

un

de

libre.

En

Espagne,

cétait

encore

lheure

du

déjeuner.

Elle

attendit

dix

minutes

et

finit

par

se

rendre

à

lévidence.

Elle

demanda

alors

aux

passants

de

lui

indiquer

la

station

de

métro

la

plus

proche.

Elle

descendit

à

la

station

Puerta

del

Sol

et

marcha

vers

la

Plaza

Mayor.

Elle

connaissait

parfaitement

les

lieux.

Elle

sengagea

donc

sans

hésiter

dans

lune

des

artères

qui

débouchent

sur

la

place.

Elle

pénétra

dans

un

immeuble,

profitant

du

passage

dun

de

ses

résidents.

Le

temps

de

monter

au

troisième

étage,

elle

jeta

un

coup

d
ȇ
il

dans

le

miroir

de

lascen
Ȭ
seur

sur

sa

tenue,

sa

coiffure

et

son

maquillage.

Tout

était

impeccable.

Sur

le

palier,

il

y

avait

deux

appartements.

Elle

se

dirigea,

sans

hésitation,

vers

celui

de

droite.

Elle

sonna

à

la

porte,

patienta

quelques

instants,

mais

per
Ȭ
sonne

ne

répondit.

Elle

regarda

lheure,

il

était

près

de

seize

heures.

Elle

sonna

encore

une

fois,

plus

longuement.

À

cet

instant,

une

voix

retentit

de

lintérieur

:



Jarrive

!

Jarrive

!

Une

femme

espagnole,

petite

et

toute

menue,

ouvrit

la

porte.

Ses

yeux

à

peine

ouverts,

ses

cheveux

défaits

et

son

pyjama,

tout

indiquait

quelle

venait

de

se

réveiller

en

sursaut.

La

femme

aux

lunettes

noires

sempressa

de

s
ȇ
excuser

de

lavoir

dérangée

en

disant

quelle

avait

rendez
Ȭ
vous

avec

monsieur

Rob

Connors.

La

petite

dame,

mal

réveillée,

répondit

:


Comment

?




Excusez

mon

mauvais

espagnol.

Vous

parlez

anglais

?



Un

petit

peu

Quest
Ȭ
ce

que

vous

voulez

?

 Monsieur

Rob

Connors

est
Ȭ
il



?




Il

ny

a

personne

ici

portant

ce

nom,

lui

répondit
Ȭ
elle,

comme

droguée.



Pourtant

cest

bien

ladresse

quil

ma

envoyée

par

Internet.

14

Embarrassée,

elle

sortit

un

papier

de

sa

poche.



Je

vous

crois,

Madame,

mais

il

nhabite

pas

ici.



Il

habite

donc

forcément

en

face,

dit
Ȭ
elle

en

se

tournant

vers

lautre

porte.



Il

ny

a

pas

de

monsieur

parlant

anglais

ni

dans

cet

appartement

ni

dans

tout

limmeuble.

Jhabite

ici

depuis

plus

de

dix

ans,

je

connais

donc

tous

ses

habitants.

Il

ny

a

pas

détranger

ici.



Quil

soit

maudit,

dit
Ȭ
elle.

Sa

voix

laissait

penser

quelle

allait

fondre

en

larmes,

elle

fit

même

mine

de

tomber

dans

les

pommes.



Vous

paraissez

très

fatiguée.



Cest

que

je

viens

de

New

York

pour

rencontrer

ce

monsieur.


Je

vous

en

prie,

venez

vous

reposer

un

peu.


Elle

lui

prit

létui

et

le

sac

de

voyage,

ouvrit

grand

la

porte

et

savança

à

lintérieur

de

lappartement.

«

Soyez

la

bienvenue.

»

Elle

déposa

les

affaires

dans

le

salon.

Linvitée

la

suivit

sans

résistance

et

sassit

sur

le

canapé

de

velours

rouge,

sans

y

être

invitée.



Voulez
Ȭ
vous

un

verre

deau

?



Je

vous

remercie,

Madame,

je

vous

suis

très

reconnaissante.

Elle

revint

avec

un

verre

deau.



Tenez,

Madame,

ça

vous

fera

du

bien.

Elle

prit

le

verre

deau

en

esquissant

un

geste

de

remerciement.



Inutile

de

parler.

Vous

êtes

très

fatiguée,

je

pense.



En

effet,

ce

voyage

de

New

York

à

Madrid

a

bien

duré

deux

jours.



Voulez
Ȭ
vous

boire

un

café

?



Avec

plaisir.

Mais

je

ne

veux

pas

vous

déranger

davantage.



Vous

ne

me

dérangez

pas.

Moi

aussi

jen

ai

besoin.

Comme

vous

le

voyez,

je

ne

suis

pas

bien

réveillée.



Encore

une

fois,

je

suis

désolée

de

vous

importuner

de

la

sorte.



Au

contraire

vous

mavez

rendu

service.

Il

y

a

quatre

heures

que

je

devrais

être

debout

Excusez
Ȭ
moi,

jen

ai

pour

quelques

minutes.

Lorsque

la

femme

espagnole

sen

fut

retournée

à

la

cuisine,

linvitée

ôta

ses

lunettes

noires

et

sortit

rapidement

un

flacon

de

son

sac.

Elle

imbiba

un

gros

morceau

de

coton

puis

se

dirigea

sur

la

pointe

des

pieds

vers

la

cuisine.

Lhabitante

des

lieux

était

occupée

à

préparer

le

café.

Son

invitée

la

saisit

brutalement

par

le

cou

et

lui

appliqua

le

coton

sur

le

nez.

La

victime

se

débattit

de

toutes

ses

forces

pour

se

dégager,

cassant

au

passage

nombre

de

verres

et

dassiettes,

mais

en

vain,

son

adversaire

était

la

plus

forte.

Elle

finit

par

sécrouler

par

terre.

15

La

dame

aux

lunettes

noires

prit

le

temps

de

souffler.

Elle

retrouva

vite

son

calme

et

son

assurance

habituels.

Elle

ôta

son

manteau

et

sortit

de

son

sac

une

panoplie

de

chirurgien

:

une

blouse

blanche,

un

calot,

des

gants

et

des

sur
Ȭ
chaussures

quelle

passa

par
Ȭ
dessus

ses

bottes

et

ses

collants

noirs.

Elle

saisit

ensuite

une

dose

de

morphine,

savança

vers

sa

victime

et

la

lui

injecta

dans

le

bras.

Juste

après,

elle

débarrassa

la

table



traînaient

des

assiettes

couvertes

de

restes

de

pizza,

des

mégots,

des

verres

et

une

bouteille

de

vin

à

moitié

pleine.

Le

mélange

dodeurs

de

ces

restes

lui

souleva

le

cur.

Cela

ne

lem
Ȭ
pêcha

pas

de

prendre

sa

victime

par

les

aisselles

et

de

lallonger

sur

la

table.

Elle

revint

au

salon,

ouvrit

délicatement

létui

à

violon,

un

tissu

rouge

bordeaux

en

tapissait

lintérieur.

Elle

en

sortit

une

hache,

puis

regagna

la

cuisine.

Elle

alla

droit

vers

un

placard

du

bas,

sûre

dy

trouver

le

fer

à

repasser

quelle

brancha

aussitôt.

Elle

écarta

les

cuisses

de

sa

victime

et

posa

la

lame

de

la

hache

sur

le

bas

de

la

jambe

droite.

Sur

le

coup,

elle

pensa

couper

la

jambe

au

niveau

de

la

rotule

puis,

une

fois

la

hache

en

lair,

elle

se

ravisa

et

décida

que

cétait

au

milieu

de

la

cuisse

quelle

allait

opérer

la

coupe.

Elle

fit

plusieurs

essais

pour

sassurer

quelle

allait

bien

atteindre

lendroit

choisi,

prit

une

profonde

respiration,

puis

ferma

ses

yeux

rouges

de

fatigue.

Elle

sortit

une

bouteille

deau

fraîche

du

frigo,

remplit

un

verre

quelle

prit

dans

le

buffet.

Elle

en

but

la

moitié

et

versa

le

reste

sur

deux

bouts

de

coton

quelle

sappliqua

pendant

quelques

minutes

sur

les

yeux.

Elle

dégourdit

ses

doigts

et

fit

quelques

mouvements

dassouplissement

puis

jeta

un

coup

dil

sur

le

fer

à

repasser

devenu

brûlant.

Elle

sempara

alors

de

la

hache,

posa

sa

lame

brillante

à

mi
Ȭ
cuisse,

la

souleva

en

lair

des

deux

mains,

fixa

la

cible,

et

resta

bien

une

minute

dans

cette

posture.

Ses

yeux

devinrent

comme

des

braises

et,

à

la

vitesse

de

léclair,

la

hache

sabattit

sur

la

cuisse,

la

trancha

et

se

ficha

dans

le

bois

de

la

table.

La

jambe

vola

en

lair

avant

de

sécraser

par

terre.

Le

sang

gicla

en

tous

sens,

léclaboussant

ainsi

que

le

mur

den

face

Elle

peina

à

extraire

la

hache

enfoncée

dans

la

table.

Après

quoi

elle

sempara

vite

du

fer

à

repasser

pour

cautériser

la

plaie.

Une

épaisse

fumée

et

une

forte

odeur

de

chair

humaine

grillée

sen

dégagèrent.

Elle

faillit

sétouffer,

mais

demeura

sur

place

pour

sassurer

de

larrêt

de

lhémorragie.


Elle

quitta

la

cuisine

pour

prendre

une

bouffée

dair

frais.

Quand

elle

eut

retrouvé

ses

esprits,

elle

poursuivit

lexécution

de

son

plan.

Elle

rapporta

de

la

salle

de

bain

un

seau

rempli

deau

chaude,

y

mit

trois

doses

dun

nettoyant

liquide

très

concentré,

lava

méticuleusement

la

hache

puis

la

table

et

enfin

les

murs

et

le

parterre

de

la

cuisine.

Elle

prit

soin

de

vérifier

que

la

pièce

était

tout

à

fait

propre.

Elle

sortit

laspirateur

et

le

passa

dans

tous

les

16

recoins

de

lappartement.

Quand

elle

eut

fini,

elle

sortit

le

sac

de

laspirateur

et

le

rangea

dans

son

sac

de

voyage.

Elle

changea

leau

du

seau

et

y

ajouta

le

liquide

nettoyant,

et

passa

la

serpillière

dans

les

autres

pièces

de

lappartement.

Elle

ouvrit

grand

les

fenêtres

de

la

cuisine

et

du

salon

pour

que

le

sol

sèche

vite.

Elle

ôta

ses

gants

puis

se

lava

bien

les

mains

avant

den

enfiler

des

neufs.

Elle

remit

tout

en

place

puis

sécha

la

hache

avant

de

la

ranger

soigneusement

dans

létui

à

violon



elle

plaça

aussi

la

jambe

coupée

avant

de

le

fermer

délicatement.

Elle

retourna

à

la

cuisine

et

re
Ȭ
marqua

que

sa

victime

avait

tout

préparé

pour

le

café,

il

ne

restait

plus

quà

appuyer

sur

le

bouton

de

la

cafetière.

Cest

ce

quelle

fit.

À

ce

moment

précis,

la

pendule

de

la

cuisine

affichait

presque

dix
Ȭ
huit

heures.

Elle

ne

saffola

pas

car

elle

avait

du

temps,

il

lui

restait

encore

plus

dune

heure

de

marge.

Le

train

de

Paris

ne

partait

pas

avant

dix
Ȭ
neuf

heures.

Elle

mit

alors

en

marche

le

vieux

poste

radio

gris

métallisé

et

chercha

la

station

de

radio

classique.

Elle

la

trouva

sans

peine

diffusant

un

de

ses

morceaux

préférés

du

Requiem

de

Mozart.

Elle

savoura

son

café

avec

grand

plaisir,

rinça

la

tasse

et

la

remit

à

côté

de

lautre.

Puis,

avec

détermination,

elle

alla

chercher

dans

son

sac

une

autre

dose

de

morphine

et

la

lui

injecta

dans

le

même

bras.

Elle

jeta

la

seringue

dans

la

poubelle

quelle

referma

calmement

avant

de

la

placer

dans

létui

à

violon,

contre

la

jambe

tranchée.

Après

sêtre

assurée

que

tout

était

en

ordre,

elle

mit

son

manteau,

se

regarda

dans

le

miroir.

Elle

était

surprise

de

constater

quelle

ne

ressentait

plus

aucune

fatigue,

mais

une

vitalité

quelle

navait

jamais

connue

jusque
Ȭ
là.

Elle

téléphona

à

un

taxi,

chaussa

ses

lunettes

et

vérifia

une

dernière

fois

quelle

navait

rien

laissé

traîner.

Elle

ramassa

létui

de

la

main

droite

et

le

sac

de

la

gauche.

Lorsque,

sur

les

ondes,

des

paroles

remplacèrent

la

musique,

elle

comprit

quil

était

dix
Ȭ
huit

heures

précises.


Elle

referma

la

porte

et,

sitôt

isolée

dans

la

cage

dascenseur,

se

débarrassa

des

gants,

du

calot,

des

sur
Ȭ
chaussures

et

les

rangea

dans

son

sac.

Elle

monta

dans

le

taxi,

salua

le

conducteur

et

lui

demanda

de

lemmener

à

la

gare

de

Chamartín.


À

dix
Ȭ
neuf

heures

tapantes,

le

vieux

train

espagnol

sébranla

en

direction

de

Paris.

Connaissant

les

formalités

dusage,

elle

présenta

immédiatement

sa

carte

didentité

au

contrôleur,

puis

senferma

dans

son

compartiment.

Elle

voulait

sassoupir

un

peu.

Les

mouvements

réguliers

du

train

ly

aidèrent.

Elle

sombra

dans

un

sommeil

profond

doù

elle

némergea

que

le

lendemain

à

sept

heures

du

matin

quand

le

contrôleur

se

présenta.

Il

dut

frapper

longtemps

à

sa

porte

pour

la

réveiller.

17



Tenez,

cest

votre

carte

didentité.

Jespère

que

vous

avez

fait

bon

voyage.

Elle

se

contenta

dun

hochement

de

tête.

Elle

eut

à

peine

le

temps

de

se

préparer

et

de

sarranger

que

déjà

on

annonçait

larrivée

du

train

à

Paris...

Elle

remit

ses

lunettes

noires

et

descendit

sur

le

quai,

létui

à

violon

dans

la

main

droite

et

le

sac

dans

celle

de

gauche.


À

vingt
Ȭ
deux

heures,

leffet

de

lanesthésie

commença

à

se

dissiper,

lentement,

comme

le

va
Ȭ
et
Ȭ
vient

de

vagues

paresseuses

qui

sécrasent

sur

la

plage.

La

musique

diffusée

par

le

poste

ne

laida

pas

à

sortir

de

cet

état

de

demi
Ȭ
sommeil.

La

Belle

au

Bois

dormant

de

Tchaïkovski

avait

sur

elle

un

effet

magique.

Le

deuxième

mouvement

la

transporta

sans

peine

dans

le

monde

du

rêve.

Aussitôt

elle

se

vit

comme

dhabitude

en

princesse,

portant

un

costume

dapparat

du

XVIIIe

siècle,

dansant

aux

bras

dun

prince.

Leurs

majestés,

ses

père

et

mère,

recevaient

leurs

invités.

Elle

voguait

joyeusement

dans

ce

rêve



elle

partageait

une

valse

avec

un

prince

dont

nul

ne

pouvait

égaler

ni

la

beauté

ni

la

grâce.

Aucune

princesse

nétait

en

mesure

de

lui

résister.

Tous

les

convives

les

suivaient

du

regard.

Il

linvita

à

laccompagner

dehors,

au

jardin,

et



il

lui

fit

le

baisemain,

sagenouilla

et

la

supplia

de

laccepter

pour

époux.

Cette

proposition

lemplit

de

joie.

Elle

courut

annoncer

la

nouvelle

à

sa

mère.

Mais

sa

majesté

refusa

catégoriquement.

Le

trône

espagnol,

dans

le

droit

fil

de

la

tradition,

confère

au

mariage

une

fonction

dalliance

politique.

Au

XVIIIe

siècle,

toutes

les

familles

régnantes

dEurope

étaient

unies

par

des

liens

matrimoniaux.

Elle

pleura

à

chaudes

larmes.

Le

prince

lui

annonça

quil

était

prêt

à

senfuir

en

sa

compagnie

au

bout

du

monde.

Et,

comme

toujours

dans

les

rêves

quelle

échafaudait,

elle

se

vit

avec

son

altesse

sur

deux

chevaux

noirs

et

fougueux.

Elle

était

incapable

de

maîtriser

la

course

folle

de

sa

monture

et

perdit

bientôt

de

vue

son

bien
Ȭ
aimé.

Elle

tira

fort

sur

les

rênes

et

cria

à

tue
Ȭ
tête

sans

parvenir

à

la

ralentir.

Le

cheval

pénétra

dans

un

bois

sombre

et

la

peur

sinsinua

en

elle.

Mais

le

très

beau

prince

était

déjà



pour

la

cueillir

dans

ses

bras.


À

cet

instant,

elle

se

réveilla,

ouvrit

les

yeux,

son

regard

se

posa

sur

la

lumière

blafarde

de

la

lampe

au

plafond.

Elle

crut

voir

un

lustre

dans

le

palais

de

son

père.

Elle

fut

envoûtée

par

ces

moments

magiques.

De

nouveau

elle

ferma

les

paupières

et

eut

la

sensation

dêtre

emportée

par

ce

merveilleux

ballet.

Quand

le

chef
Ȭ
duvre

de

Tchaïkovski

sacheva,

elle

ou
Ȭ
vrit

les

yeux

comme

pour

sortir

de

sa

léthargie.

La

voix

de

lanimateur

la

18

ramena

à

la

réalité.

Elle

tourna

le

regard,

vit

les

tasses

de

café

et

la

cafetière

toute

pleine

encore.

Elle

sourit

et

se

demanda

ce

quelle

faisait

à

la

cuisine.

Aucun

souvenir

daucun

détail.

Était
Ȭ
elle

devenue

folle

?

Dormir

à

même

la

table

de

la

cuisine

ne

lui

avait

jamais

frôlé

lesprit,

elle

tenait

tant

au

lit

qui

lui

avait

été

offert

par

sa

grand
Ȭ
mère.

Cétait

le

plus

précieux

cadeau

quelle

eût

jamais

reçu,

transmis

par

sa

famille

depuis

près

de

cinq

siècles.

Il

provenait

dune

aïeule

qui

sétait

mariée

avec

lamour

de

sa

vie,

un

paysan.

Elle

découvrit

vite

quil

était

impuissant

mais

nen

continua

pas

moins

de

vivre

avec

lui

de

peur

du

scandale.

De

concert,

ils

décidèrent

dinviter

dans

leur

chambre

un

cochon,

animal

domestique

utilisé

comme

source

de

chaleur

lors

des

nuits

froides.

Le

mari

paysan

retrouva

de

la

vigueur.

Ainsi

naquit

une

fille

quon

nomma

Jesusa

1.

Dautres

naissances

se

succédèrent

jusquà

la

naissance

de

Jesusa

28,

sa

grand
Ȭ
mère,

qui

insista

pour

que,

à

sa

mort,

ce

lit

revînt

à

sa

petite
Ȭ
fille.

Elle

était

donc

persuadée

quil

valait

bien

mieux

être

dans

son

lit

plutôt

que

dans

cette

posture

pitoyable.

Elle

tenta

de

comprendre

ce

quelle

fabriquait



mais

leffet

de

la

morphine

lui

paralysait

la

mémoire,

la

tenait

prisonnière.

Elle

ne

pouvait

même

pas

satisfaire

sa

grande

envie

de

savourer

sa

boisson

favorite,

là,

à

portée

de

sa

main.

Elle

se

disait

:

certes

le

sommeil

est

agréable

mais

je

nai

pas

bu

la

moindre

goutte

de

café

depuis

une

éternité.


Elle

sétira

comme

un

chat

pour

vaincre

le

sommeil.

Elle

tenta

de

se

lever,

les

yeux

encore

fermés,

en

sappuyant

des

mains

sur

la

table.

Déséquilibrée,

elle

bascula

et

tomba

par

terre.

Sa

chute

la

réveilla

brutalement.

Elle

voulut

de

nouveau

se

lever.

Mais

la

vue

du

moignon

ensanglanté

de

sa

jambe

amputée

et

des

lambeaux

déchiquetés

de

son

pyjama

collés

autour

lui

fit

perdre

raison.

Elle

commença

à

hurler

en

rampant

vers

la

porte

de

la

cuisine

pour

alerter

les

voisins

mais

ne

parvint

pas

à

louvrir.

Ses

pleurs

se

firent

si

forts

quil

lui

semblait

que

les

murs,

les

portes

et

les

fenêtres

en

tremblaient.

Ses

cris

et

ses

pleurs

lépuisèrent.

Dès

quelle

eut

repris

quelques

forces,

elle

décida

dappeler

la

police.

Lofficier

de

police

ne

comprit

dabord

rien

aux

propos

de

la

femme

qui

était

au

bout

du

fil.



Calmez
Ȭ
vous,

Madame,

si

vous

voulez

quon

puisse

vous

venir

en

aide.

Il

eut

du

mal

à

décrypter

son

flot

de

paroles,

mais

ne

renonça

point,

ses

collègues

laidèrent

et

il

finit

par

connaître

son

adresse
.

19

Comme

ils

ne

parvenaient

pas

à

ouvrir

la

porte

dentrée,

les

pompiers

brisèrent

les

vitres

de

la

fenêtre

de

la

cuisine

et

la

trouvèrent

gisant

sur

le

sol,

inconsciente.

On

la

transporta

durgence

à

lhôpital

et

on

appela

le

professeur

Rafael

González.

Une

fois

la

plaie

nettoyée

et

aseptisée,

le

professeur

ordonna

de

lui

injecter

des

calmants

en

attendant

jusquau

lendemain.


Le

lundi

matin,

elle

fut

réveillée

par

le

bavardage

dun

groupe

de

médecins

au

pied

de

son

lit.

Elle

comprit

alors

quelle

était

dans

un

hôpital,

dautant

plus

quelle

vit

son

bras

sous

perfusion.



Comment

allez
Ȭ
vous

?

lui

demanda

le

professeur

González.

Elle

ne

répondit

pas.

Son

esprit

était

ailleurs.

Ses

cheveux

en

berne

retombaient

sur

son

visage

livide

et

couvraient

partiellement

ses

yeux

fatigués.



Vous

souvenez
Ȭ
vous

de

ce

qui

vous

est

arrivé

?

lui

demanda

la

seule

personne

à

ne

pas

porter

de

blouse

blanche.

Ses

yeux

semplirent

de

larmes.



Ce

nest

pas

le

moment

de

limportuner,

monsieur

linspecteur,

elle

va

être

examinée

par

le

médecin

psychiatre.

Vous

allez

devoir

patienter.


Lorsque

le

fonctionnaire

de

police

apprit

par

la

suite

que

le

psychiatre

ne

passerait

pas

avant

seize

heures,

il

revint

à

son

bureau.

À

quatorze

heures,

il

partit

déjeuner.

Il

était

curieux

de

savoir

au

plus

vite

ce

qui

était

arrivé

à

cette

femme.

Quel

était

le

monstre

qui

avait

pu

lui

faire

une

chose

pareille

?

À

seize

heures,

il

entra

dans

la

chambre

en

compagnie

du

médecin

psychiatre.



Bonsoir.

Je

suis

Elena

Cadenas,

médecin

psychiatre,

et

voici

lofficier

de

police

Roberto

Martínez.

Nous

sommes

ici

pour

vous

aider

et

aussi

pour

chercher

à

élucider

ce

crime

horrible.

La

femme

demeura

silencieuse,

ses

yeux

étaient

hagards.

Lofficier

ne

manqua

pas

de

remarquer

la

façon

de

parler

pleine

de

délicatesse

du

médecin.

Il

mesura

combien

était

grande

la

confiance

quelle

pouvait

inspirer.

La

psychiatre

sapprocha,

prit

la

main

de

la

victime

et

lui

caressa

le

front.

Cela

suffit

pour

la

faire

fondre

en

larmes.

Le

médecin

sortit

un

mouchoir

et

lui

essuya

les

yeux.



Je

sais

que

ce

qui

vous

arrive

est

horrible.

Cest

immonde.

Mais

je

vous

en

supplie,

aidez
Ȭ
nous

à

découvrir

qui

vous

a

fait

ça.

Rassurez
Ȭ
vous,

les

examens

montrent

quil

ne

vous

a

pas

violée.



Mais

il

ne

sagit

pas

dun

homme.

Cest

une

femme

qui

ma

fait

cela.



Que

dites
Ȭ
vous

?

Une

femme

!

20



Oui.

Une

Américaine.



Dites
Ȭ
moi,

comment

vous

appelez
Ȭ
vous

?



Inmaculada

de

las

Casas.

Jai

quarante
Ȭ
cinq

ans.

Jenseigne

lhistoire

au

lycée

Don

Quichotte.

Je

suis

divorcée

et

jai

un

garçon

de

cinq

ans.



Bien,

avez
Ȭ
vous

des

problèmes

de

santé

?



Non.

Mis

à

part

quelques

douleurs

au

dos.



Avez
Ȭ
vous

des

amis

?



Très

peu.



Avez
Ȭ
vous

un

ami

intime

?



Oui,

mais

il

ne

vit

pas

chez

moi.

Lui

aussi

est

divorcé,

avec

deux

filles.



Êtes
Ȭ
vous

en

bons

termes

avec

votre

ex
Ȭ
époux

?



Nous

avons

totalement

rompu

nos

relations.

 Pourquoi

?




Jen

sais

rien

Je

suis

fatiguée

de

moi
Ȭ
même

et

du

monde

entier,

répondit
Ȭ
elle,

en

fondant

de

nouveau

en

larmes.

La

psychiatre

posa

sa

main

sur

son

épaule

et

lui

dit

:



Je

suis

navrée

de

vous

déranger

avec

toutes

ces

questions.

Il

nous

faut

des

éléments

pour

vous

aider

et

retrouver

le

criminel.

Dici

peu

linfirmière

vous

fera

une

piqûre

qui

vous

aidera

à

dormir.

Je

reviendrai

demain

avec

linspecteur

Martínez.

Cette

annonce

nétait

pas

du

goût

de

linspecteur.

Il

en

fut

même

contrarié.

Mais

la

sollicitude

du

médecin,

la

bonne

impression

quelle

lui

faisait

le

convainquirent

de

la

justesse

de

sa

décision.

En

effet,

la

femme

était

encore

très

perturbée

et

il

fallait

la

traiter

avec

tact

et

douceur.

Toutefois,

il

insista

en

rappelant

que

le

temps

était

compté

et

quon

ne

savait

encore

rien

sur

cette

Américaine,

auteur

de

lagression,

ni

sur

son

mobile.

Bref,

plusieurs

questions

demeuraient

en

suspens,

le

mystère

était

entier

et

il

fallait

agir

vite

pour

sassurer

que

lAméricaine

était

toujours

en

territoire

espagnol.


Vous

avez

raison

inspecteur
,

mais

on

ne

peut

aller

plus

vite.

Il

faut

que


lon

sarme

de

patience.

Linspecteur

retourna

à

lappartement

dInmaculada.

Il

était

sûr

de

pouvoir

glaner

quelques

renseignements

auprès

de

la

concierge

de

lim
Ȭ
meuble.

Il

navait

pas

tort

car

celle
Ȭ
ci

attendait

sa

visite.

Elle

lui

apprit

quune

dame

habillée

en

noir

et

portant

des

lunettes

de

soleil

était

bien

sortie

de

limmeuble

et

quelle

était

partie

dans

un

taxi

qui

lattendait

devant

lentrée.

Il

sassura

que

la

concierge

nen

savait

pas

davantage,

découvrant

au

passage

quelle

tenait

dun

voisin

tout

ce

quelle

lui

avait

rapporté.

Il

repassa

au

commissariat

doù

il

lança

un

appel

à

tous

les

taxis.

Quelques

heures

plus

21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.