Dignes, libres et puissantes

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En 1945, dans une Afrique colonisée, le tirailleur Amadi Diarra meurt dans son village en laissant sur les vivants l'espoir de sa dernière pensée : la fraternité des continents, la dignité de l'homme qui en quelque endroit sur terre, éprouve sa légitimité à agir... Des décennies plus tard, dans une Afrique tyrannisée, diverses factions se disputent sa dépouille. Mais au milieu des faiblesses humaines, malgré les épreuves et l'implacabilité des frontières, Mathilde et la vieille Louisa, elles, restent debout.
Publié le : lundi 2 mai 2016
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EAN13 : 9782140008344
Nombre de pages : 168
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Marilaure Garcia-Mahé
Dignes, libres et puissantes
Roman
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
DIGNES, LIBRES ET PUISSANTES
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Michèle MALDONADO,La bonne parole, Une coopérante en Afrique anglophone,2016. Abderahim AHMAT,Un parcours difficile,2016. Joachim OLINGA,Les métis de ma mondialisation,2016. Henri MOUTOUBE,Les Scieurs de Branches, Un manager dans l’engrenage infernal du monde professionnel,2016. Emmanuel GOUJON, Clotilde RAVEL, Héloïse VOISIN (dir.), Eclats d’Afriques, Nouvelles,2016. Lulla Alain ILUNGA,Quand le maïs devient chaud,2016. Maximin Beugré GNADJRO,La Dérive du Nénuphar,2016. Gilbert GBESSAYA,A deux dans la cabane, 2016. Philippe MPAYIMANA,Rwanda, regard d’Afrique. Only forward looking, 2015. Adélaïde MUKANTABANA,Agahomamun-wa L’innommable , 2015 Nicole FAUCON-PELLET,Je viens du jardin des cafés, Une vie éthiopienne, 2015 El Hadji DIAGOLA,Merci, les femmes !, 2015 Paterne BOGHASIN,La ruine et la malédiction, 2015 Jean-Baptiste BOKOTO APANDA,Une histoire de violences, Je suis Charlie au Congo, 2015 Jean DUBUS,Là-bas, entre terre et ciel, 2015. Fred JULIANI,Contes et mécomptes d’Afrique et d’ailleurs, 2015. Jean-François Sylvestre SOUKA,Madame Gentil, 2015. Thierry VUNOKA,Héros anonymes, 2015. Jérémie MULIKARE,La vie des pygmées Batwa au Rwanda, 2015.
Marilaure GARCIA-MAHE DIGNES, LIBRES ET PUISSANTES
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08396-4 EAN : 9782343083964
Prologue
Entre novembre 1944 et avril 1945, les bataillons africains venus défendre la France pendant les terribles années de guerre, font le chemin du retour vers le Sénégal, le Dahomey, la Haute Volta… Du moins ceux qui eurent la chance de survivre au carnage des fronts de l’est. Dans plusieurs métropoles africaines, les militaires français décorent de la croix de guerre les valeureux soldats qui s’apprêtaient à regagner leurs villages. Les tirailleurs sénégalais, comme on les appelait, bien que beaucoup soient originaires d’autres contrées que le Sénégal ont appris à aimer la France, laMère patriecomme on leur disait, pendant ces années cruelles où ils ont défendu ses valeurs et son drapeau au péril de leur vie. En effet beaucoup de soldats africains sont morts sur les champs de bataille et de nombreux cimetières en France abritant des carrés musulmans, attestent des pertes subies dans leurs rangs et des sacrifices consentis par les populations des colonies. C’est dans ce contexte que commence cette histoire celle d’une lignée particulière. La lignée des enfants issus de la rencontre des mondes, des enfants nés dans la chair de l’Afrique et dans le désir partagé des humains, de part et d’autre de la mer, d’abolir les frontières.
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Cette histoire est celle d’une lignée dont les racines puisent en Afrique et dont le futur se déploie dans un monde transfrontalier, un futur que ses descendants écriront à leur manière, pour nous inconnue, mais nécessairement imprégnée des valeurs qui empruntent à l’humanisme des lumières et à la sagesse africaine. Des valeurs qui s’inspirent à la fois du progrès qui libère l’homme de l’aliénation, et de l’humilité de l’homme devant la nature… Des valeurs qui cultivent cette précieuse source d’harmonie qu’est la présence aux êtres et aux choses. Cette histoire est faite aussi de larmes, de passion, de magie et d’amour…Elle commence par un drame, celui de la mort de Amadi Diarra au moment où il revient chez lui, sur le sol africain après avoir perdu tant des siens en France. Dans la cour du gouvernorat, les tirailleurs africains sont une fois de plus disposés en colonnes pour recevoir leur médaille. Face à eux, un responsable civil et un militaire gradé, s’apprêtent à les décorer - sans gratitude - comme on accorde une aumône pour soulager sa conscience. Certains d’entre eux ont affronté l'attaque allemande de mai-juin de 1940 en première ligne avec un taux de pertes avoisinant un mort pour dix combattants. Ils se souviennent de ceux qui, parmi eux, faits prisonniers, quelques fois blessés, ont été froidement exécutés par les troupes d'élite du Reich qui considèrent les noirs comme des sous hommes. Ils se souviendront toujours de ces noms de France : Aubigny, Lyon… Et ils savent qu’ils ont le droit de toucher un pécule constitué de leurs arriérés de solde et surtout de leur prime de démobilisation.
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Quand un soldat demanda sa solde, parce qu’une médaille ne nourrit pas une famille, et qu’arrachant sa décoration, il l’écrasa de son pied, il y eut un mouvement de part et d’autre de la ligne qui séparait les soldats des gradés armés. Ceux-ci reculèrent et mirent en joue. Quand l’un d’eux ouvrit le feu, ce fut la débandade, la plupart furent abattus dans l’enceinte du gouvernorat, d’autres au-delà. Amadi Diarra lui, eut la force de marcher jusqu’à son village. Plus tard, parvenu enfin jusqu’aux premières cases de son village, que vit-il alors qu’il mourait dans les bras de sa femme ? La France et ses charniers ? La camaraderie qui unissait par moment l’Alsacien, le Marocain, le Sénégalais ? Peut-être pleurait-il en se souvenant de la deviseLiberté, égalité, fraternitéà laquelle il avait cru. Mais peut-être aussi se souvenait-il des paroles de sa femme qui lui avait dit avant le départ « ne pars pas, ce n’est pas ta guerre, reste avec nous, je veux te garder vivant et avoir encore des enfants ». Peut-être aussi aperçut-il sa fille qui pleurait à distance, en n’osant approcher ? Je crois qu’il vit tout cela… Mais qu’il vit aussi l’avenir, et qu’il sut que ses descendants seraient des deux continents : de la sage Afrique mais aussi de l’intrépide Europe qui un jour aurait l’humilité de retenir les leçons qu’elle avait si longtemps ignorées. Voilà comment commence cette histoire. Amadi Diarra meurt en laissant sur les vivants l’espoir de sa dernière pensée, la fraternité des continents, l’avènement de l’homme qui est partout chez lui, et qui partout sur terre
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éprouve un sentiment de responsabilité, une légitimité à agir. Cette histoire se poursuit à l’époque contemporaine, à un moment de l’histoire humaine, où la cupidité est à son comble et la tendance la mieux partagée sur toute la planète. La course au profit revêt les habillages les plus divers, parmi lesquels le costume du religieux dont le prosélytisme est sensé remettre de l’ordre dans une société décadente, en perte de repères. En se poursuivant à cette époque où des fous de Dieu instrumentalisant l’islam, programment des massacres de masses, visant autant les mécréants occidentaux, que les mauvais musulmans d’Afrique et du Moyen-Orient, cette histoire, si l’on en doutait encore, se fait plus encore Nôtre, où s’exposent la fragilité de la vie, l’implacabilité des frontières et la puissance des êtres libres.
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Première partie FEMMES DIGNES
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