Donnez-moi donc de vos nouvelles

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L'expérience de "Vivre et l'Ecrire" nous montre que la Nouvelle est un genre plus spécifiquement "Adultes". Suite à un appel dans la revue "Ecrire aujourd'hui", nous avons reçu de très nombreux textes de nouvelles, qui nous ont conduits à ce recueil collectif. Les textes rassemblés ici sont variés, mais on y retrouve et avec force, les grands sujets de notre société : enfance, maternité, et... paternité, chômage, racisme... Quelques notes d'humour et de poésie aussi. Les auteurs : des écrivains qui ne sont pas reconnus, du moins pas encore. Alors ? Entrez donc avec nous dans ces "tranches de vie".
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296305472
Nombre de pages : 176
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Collection

Vivre et l'écrire

Déjà parus: - Écrits de jeunes: 100 lettres d'adolescents Reste encore un peu, j'ai pas fini de grandir

.

.

.Ici livre de la pensées travail .Le j'ai tout: mesmaison, lesecrètes et l'école
- Écrits d'adultes:

. Le stylo sauvage . J'en ai maITe de me retenir . J'aimerais bien aider le monde à se lever

.Merci pour le timbre Saisons adultes .L'encrier des espérances .
. Sous les pierres mon cœur

- Écrits de retraités:

.Écrire pour ne pas perdre la main .Gratter l'écorce

@ L'HARMATTAN, 1995 ISBN: 2-7384-3419-3

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Vivre et l'Écrire-Adultes Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

NOUVELLES

Inspiration (Bernard CHARLUET) Le rêve de Camille (Françoise REYNAUD) Une journée sans elle (Michel LEYDIER) La poudre à chatoyer (Geneviève BARAUD) ...Et je volais (Mémoires d'un cerf-volant)
(Dominique MERLE) .. . . . .. . . .. . . . .. . . .. . . . .. . . .. . . . .. . . ..

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Le fils du vent (Carole RODRIGO)
Paternité (David VIET) ....................................

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Mémoire (Anne OLIVIER) Grand-Mère est insoupçonnable (Jean-Pierre PERRIN) Je suis fier de toi (Marcel GOUDEAU) Feu (Marcello PANDOLFI) Le dernier meunier d'Anduze (Carole RODRIGO) . . . . Vacance (Denis SOUBIEUX) . .. . .. . . . . .. . . ... . . . ... .. . .. Un si pâle opprobe (Patricia FERLIN)
Le corbeau (B ernard KIEKEN)

53 57 63 75 77 83 91
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Ceci est un homme (Béatrice GAUDY) L'enveloppe (Jean-Pierre WAGUET) . . . . . . . . .. . . . . . . ...
Alcools (Agnès KED 1M) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Péchés mortels (Françoise SIGOILLOT) Son ventre habité (B. BILLARD) L'Etoile de la honte (Béatrice GAUDy) Pygmalion Junior (Marcel GOUDEAU) L'Otage (Jacques MARNA T) Encore un soir (Michel MONNEREAU).. Boris et le petit chien (Josette BOUDOU) La petite fille du cinquième (Françoise EVARTS) La séparation (Anne OLIVIER)
Présentation de "Vivre et l'écrire" .. . . . . . . . .. .. . . . .. . . . . ..

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INSPIRA TION

Aujourd'hui, j'ai relu Les pages écrites hier Puis je suis revenu Sur celles d'avant-hier Apportant chaque fois Une transfonnation Gardant ainsi la foi Envers l'inspiration Que je dois conserver Pendant que ma main court Sur la feuille de papier Avant d'être pris de court. Et ma plume se déchaîne Quand je peux sans effort Ajouter à ma chaîne Quelques nouveaux décors De nouveaux personnages Nés d'imagination. Ne les peins pas trop sages! Mais fais bien attention! A ne pas te laisser Dominer par ceux-ci, A ne pas te lasser De toutes leurs tracasseries! Ajoute un peu d'amour, Une touche de tristesse, 7

Mais il te faut toujours Garder de la tendresse! La vie est là, présente Au bout de mon crayon. De folles pensées me hantent Tourbillons de passion, Ce n'est plus moi qui tiens La plume qui écrit, C'est le Diable qui vient Taquiner mon esprit. Il s'empare de mon corps Comme une jolie maîtresse. Et je pleure et me tords Dans l'angoisse qui m'oppresse. Je peux m'en libérer Mais le veux-je vraiment? Je suis désemparé Par cet événement! Quel doit être mon rôle? Qu'en dis-tu, Diablotin? Ah non!, tu n'es plus drôle Et j'écris le mot "FIN".

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LE RÊVE DE CAMILLE

Camille, poétesse ou écrivaine, partage la vie d'un chat noir, médaillé de blanc, prénommé Praslin. Levée dès six heures, alors que l'aube éclaire doucement le jardin perlé de rosée, elle se met à l'écriture. C'est à cet instant précis que Praslin, le compagnon de tous les jours, écrivain à ses heures, lui aussi, pointe son museau au détour de l'allée, sorti d'on ne sait où. Enfin, c'est ainsi que d'habitude, commence la journée de Camille et de Praslin. Or, ce matin, point de Praslin.
,

Il ne saute pas sur la table de travail, il ne se jette pas,

affairé, sur le stylo, et, aujourd'hui, il ne réclame pas son déjeuner. Que se passe-t-il ? Que fait-il? Où est-il? Autant de questions viennent presser l'esprit de Camille et troubler l'ordonnance de ce début de journée. Au fait, de quelle journée s'agit-il? Oui, de vendredi, vendredi 13. Camille essaie tout de même de reprendre le cours de la nouvelle qu'elle doit terminer précisément aujourd'hui. Mais, inlassablement, et à chaque heure sonnée au bourdon du village andalou, elle perd le fil de son histoire, scrute le fond du jardin, va, vient, appelle Praslin. Elle ne peut travailler sans son chat, dieu de l'insondable, de l'imaginaire, puissant filtre de douceur et d'amour qui, de ses yeux tilleul, la regarde, lui dicte les mots, et l'emmène toujours plus loin dans ses pensées et dans ses songes. 9

Que peut-il faire?

Camille ne vit que près et sur sa page; elle ne peut résoudre un problème qu'en écrivant, et elle ne peut écrire que si son chat se trouve près d'elle, quelquefois même, couché sur la page. Mais il faut agir ou prier peut-être, qui? Dieu? Oui, pourquoi le Dieu des chats niexisterait-il pas? Malgré elle, son imagination, ses souvenirs affleurent. Elle va prier BASTET, BASTET la déesse des chats, en tout cas, en Egypte. Et comme chacun sait, du moins, les cartophiles, les chats sont originaires des pays du soleil et surtout d'Egypte, où, d'ailleurs, on les vénérait à l'instar des pharaons, ou presque. On a même retrouvé des chats momifiés dans les tombeaux, reposant auprès de leurs maîtres. Camille pense. L'Andalousie est un pays de soleil: il y fait chaud. Praslin ne peut être perdu ou mort. Elle le sent. Il l'entoure de sa chaleur. Mais, encore une fois, où est-il? BASTET, mon Dieu, je ne sais qui, préservez Praslin, ramenez-le à moi! Ou conseillez-moi, que dois-je faire? La journée passe. Le vendredi 13 s'achève. La nouvelle n'est pas terminée. Praslin n'est pas rentré... D'autres pensées ont envahi Camille. Elle n'a, d'ailleurs, rien fait d'autre que penser au fil des heures égrenées par le bourdon. La nuit vient. La nuit est là ; la nuit enveloppante, charnelle, bruissante d'un village andalou. Camille pense toujours à son chat; elle pense chat; elle est chatte. Et comme la nuit s'installe, elle s'assoupit. Elle rêve à une balade chatte, une balade feutrée, dansée sur les coussinets de ses doigts agiles. Elle va. Elle se repose dans un jardin beau, si beau, bercée par le clapotis d'une rivière moirée sous la lune.

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Au petit matin, elle s'éveille; elle est restée dans son jardin, en attente de Praslin. C'est l'heure. Va-t-il arriver? Non. Et, à nouveau, le bourdon sonne. Mais maintenant, Camille sait. Elle s'inquiète encore, mais elle sait. Elle sait qu'elle doit partir chercher Praslin, chercher celui, sans qui, écrire ou vivre n'est pas possible. Coiffée de son chapeau noir, et s'appuyant sur sa canne, elle chemine dans le matin, en suivant des yeux la montée du soleil. Elle va... au milieu des champs roux plantés d'oliviers séculaires, tendant vers le ciel leurs branches tounnentées. Au détour d'un chemin, elle croise deux ânes gris qui s'interpellent et, qui l'apercevant, lèvent leurs têtes et suivent sa venue d'un long regard empli de douceur. "Où vas-tu de bon matin? lui demandent-ils. Je vais chercher le chat noir médaillé de blanc, nommé Praslin, parti à la recherche de son histoire. L'auriez-vous aperçu? Il me semble dit l'un. Je crois bien renchérit l'autre. Poursuis ton chemin et au passage de la porte arabe, tu le
rencontreras" .

Et Camille va... le soleil devient chaud; ses jambes s'alourdissent; elle commence à transpirer. Elle guette la prochaine fontaine au prochain village. Au loin, elle aperçoit une famille de moutons qui broute l'herbe rase et sèche. La mère se rapproche de ses agneaux et bêle à son approche:
"Où vas-tu ainsi dans le soleil et la poussière"? Je suis partie à la recherche du chat noir médaillé de blanc, appelé Praslin. L'avez-vous vu" ?

Il

Mâchonnant, ils la regardent, les yeux et les oreilles bougeant au moindre bruit suspect pour eux; se bousculent, reculent, puis reviennent vers elle qui n'a pas bougé, de peur de les effrayer. Rassurés sans doute, ils restent près d'elle; le bélier, après un signe entendu à la brebis, lui dit:
"Poursuis ton chemin, et au passage de la porte arabe, tu le rencontreras".

Et Camille va... Elle traverse, monte, descend dans la sierra étouffante, seulement ombrée, de temps en temps, par des cyprès hauts et serrés les uns près des autres, dê façon à protéger quelques prés, quelques légumes rabougris. Dans un champ, un paysan chenu, occupé à la cueillette des olives, s'arrête et la regarde venir. Va-t-il l'interpeller ? Faut-il lui demander à lui aussi? Mal à l'aise, Camille s'interroge. Les paysans andalous sont difficiles à aborder; ils se cachent souvent dans le silence. Pourtant, elle hasarde un "buenas tardes Senor. Ha vista ud un gato negro con une médalia blanca ? Es mi gato". Un silence, puis un sourd: "Buenas tardes Senora, no hé visto a su gato". Et il se remet à son travail, montrant ainsi que ce seront ses seules paroles. Inutile d'insister. Ce serait provocateur et maladroit. Et Camille s'en va... Au loin, elle distingue des toits, des bulbes, des antennes, et plus près, son oreille capte le bruit familier de l'eau qui coule à la fontaine. Voici le village, ou plutôt la ville là-bas. Et déjà le chemin grimpe vers les maisonnettes du hameau, vers l'eau, vers la vie et l'espoir de revoir Praslin. Mais Camille ne voit encore aucune porte arabe. Cependant, la fontaine est là ; ses myriades de gouttelettes l'éclaboussent. Elle boit avidement l'eau recueillie dans la coupe de ses mains, celle d'une offrande bénie. 12

Alors qu'elle s'évade et voit dans un mirage chaud son chat la regardant, un chien jaune s'assied à ses pieds, gémit doucement pour attirer son attention. Il tremble et sa queue frétillante lui fouette doucement les jambes. "Que me veux-tu Toutou" ? "Qué quieres perro amigo" lui redit-elle, alertée par les oreilles tout à coup dressées du chien qui se met à gronder. Ici on parle espagnol, évidemment. Rassuré, le chien jaune lui jappe allègrement : "Tu cherches ton chat noir médaillé de blanc, dénommé Praslin. Poursuis ton chemin et au passage de la porte arabe, tu le rencontreras". Et Camille va... Le chemin descend, remonte puis redescend, et elle arrive à la grand-route. Une pancarte indique GRANADA. GRANADA, la ville espagnole et arabe tout à la fois, la ville des églises et du palais mauresque. Elle respire... Ici, elle va passer sous la porte arabe qu'elle espère depuis des heures. Elle entend 15 heures sonner tour à tour à chacune des églises et à la cathédrale. Elle sait qu'elle approche de l'Alhambra et de cette fameuse porte arabe dont ses amis les animaux lui parlent comme de Sésame. Elle entreprend la traversée de la ville écrasée, comme muette sous le soleil. Et Camille va... Alors qu'elle demande son chemin à une femme seule elle aussi, elle prend soudain conscience des tiraillements de son estomac, des bruits insolites émis par son ventre et elle réalise qu'elle a faim. C'est un signe de mieux-être; Camille sait que bientôt elle pourra caresser son chat. Elle rentre dans un petit restaurant qui propose encore des "bocadas" : "Dase prisa Senora,. Es la hora de cerrar" ! Et oui, c'est l'heure de la sieste, l'heure du repos réparateur qui prépare 13

hommes et animaux à la longue, à la très longue soirée. Camille estime qu'elle a le temps pour atteindre l'Alhambra avant la fenneture et de découvrir la porte arabe. En attendant, assise sur le bord du bassin, tout près de la fontaine, au creux d'un petit parc assez frais pour résister à la torpeur humide de l'après-midi, Camille savoure son jambon gris en sandwich entre deux tranches de pain bis. Avant de partir, elle boit l'eau si claire et s'en asperge, afin d'en garder l'humidité bienfaisante. Et elle va... Une rue montante, une rue descendante, une autre montante et qui tourne. Puis, une pancarte lui indique son chemin sur la gauche. Et elle va... Et voici que vient vers elle un chat tigré. Le premier chat de la journée. Ce bout de sieste terminé, ce messager vient se frotter aux jambes de Camille. Elle se baisse vers lui, le caresse; il ronronne et lui fait comprendre qu'elle doit le sUIvre:
"Suis-moi et nous passerons ensemble la porte arabe".

Le chat tigré va... Camille va... A quelques mètres, accrochée à la Sierra Nevada, s'élève la célèbre Alhambra. "Là, ajoute le chat tigré, est un des royaumes des chats". Déjà, et enfin, Camille voit, dressées sous le ciel d'un azur métallique, tellement le bleu est intense, les murailles ocres de l'Alhambra. Elle contemple les traces remarquables de la civilisation arabe, ayant pendant si longtemps mêlé son influence à la culture andalouse et gitane. Conduite par le chat tigré qui ignore royalement la porte principale et son incontournable droit d'entrée, il l'entraîne par derrière, lui fait traverser un chemin un peu trop envahi de ronces, mais qu'importe. Tous deux abordent une porte en cintre, habillée d'une végétation touffue d'un vert dense, la porte arabe

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gardée par deux matous, l'un d'un blanc immaculé, et l'autre d'un noir de jais. Leur regard pointillé d'étoiles ne quitte pas Camille des yeux; le chat tigré s'éclipse alors, sans qu'elle s'en aperçoive. Alors, avec un ensemble parfait, les deux chats se lèvent, et la queue droite comme un point d'exclamation, ils lui font signe de les suivre. Le long du chemin, derrière un mur ici, dans un taillis là, des chats furètent, s'arrêtent, et les regardent passer. Pour le moment, Praslin ne se montre pas. Inquiète, Camille s'interroge, se trouve-t-il vraiment là ? Peu à peu, et alors qu'ils arrivent à la Cour des Lions aux colonnes ouvragées telles des dentelles, la chaleur dimin ue, l'azur du ciel s'adoucit et l'ombre commence à envahir les lieux. Les deux chats l'entraînent vers l'Albaicin, les bains, puis les cours où se prélassent sur les murets, des chats de toutes les couleurs, bicolores, tigrés, chattes "isabelle". Tous la suivent des yeux, en tilleul, verts, orangés et elle comprend qu'ils lui conseillent d'avoir confiance en ses deux cicérones. Camille et ses compagnons atteignent les superbes jardins du Genejalife où les fleurs habillent de couleurs vives arbres et arbustes aux verts lumineux, ou plus sombres. Plus loin, les figures géométriques des buis et des ifs encadrent des parterres de plantes grasses et de plantes aromatiques. Là encore, des chats cachés somnolent en laissant filtrer de temps en temps un regard rond et noir maintenant. Non loin des jets d'eau, Camille s'assied sur un banc situé dans une "loggia" de verdure et elle se prépare à passer une nouvelle nuit d'attente, mais proche de son chat. Ses compagnons se sont allongés près d'elle et fixent, où, quoi, on ne le sait pas, peut-être l'horizon d'où va venir Praslin.

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Camille s'assoupit. Les deux chats s'endorment, puis s'éveillent à la façon des chats dès qu'un bruit, d'eux seuls perceptible, les alerte. Camille rêve. Le temps passe. La lune ronde et brillante éclaire légèrement le jardin et paillette les jets d'eau. Tout à coup, un concert de miaulements éveille Camille: assis en cercle, les chats de l'Alhambra tiennent conseil. Camille est médusée. Au centre, un très gros chat tigré et orangé semble mener les débats. Près de lui se tient Praslin, qui paraît être le héros de cette nuit; il regarde tour à tour ses compagnons et répond poliment au chef. Camille n'ose plus respirer, de peur de les effrayer. Mais elle est heureuse et apaisée; son chat est là. Et bientôt, la suite de la nouvelle en cours lui vient tout naturellement à l'esprit. Ses idées se regroupent, s'organisent. Mais elle n'a ni ses feuilles, ni sa machine, ni même son stylo. Il faut pourtant qu'elle écrive. Elle s'agite. Elle bouge, s'étire et tout à coup, elle sent un poids léger et doux sur son visage. Machinalement, sa main rencontre la fourrure soyeuse de son chat. Elle s'éveille: elle est dans son lit et découvre Praslin blotti contre elle, qui la contemple de ses beaux yeux tilleul. Elle a rêvé, quel rêve, elle en est encore fourbue, mais heureuse aussi. C'était un rêve merveilleux. Elle a, bien sûr, la fin de sa nouvelle en tête.

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UNE JOURNÉE

SANS ELLE

Le 2 avril 1997 heures 35

Comme il ne fallait rien changer aux habitudes - surtout pas! -, ils ont déjeuné comme tous les autres jours, sur un coin de table dans la cuisine. Deux bols de lait dans le four à micro-ondes - ça fait moins de vaisselle -, un sachet d'earl grey pour elle, une cuillerée de nescafé pour lui. On ne parlait pas. On évitait aussi le télescopage des regards. On fixait le grille-pain qui faisait de la résistance. Dans un bruit de ressort déglingué les tartines ont fini par jaillir. Entre deux pubs le transistor bavait une guimauve. Sans se voir ils ont mangé, côte à côte, lentement, copieusement. Pendant ce temps-là on n'est pas obligé de parler ni tenté de faire autre chose. D'ordinaire c'est lui qui fait la vaisselle, la cuisine est son domaine. Il faut bien se partager les corvées ménagères lorsque chacun travaille. Elle s'occupe davantage de la salle de bain, du linge, du repassage. Ce matin-là ils se sont presque disputés pour nettoyer deux malheureux bols et quelques couverts. Il a eu le dessus finalement... Surtout ne rien changer aux habitudes! Par dépit elle fit tourner une machine, à moitié vide. - Tu ne peux pas attendre qu'elle soit pleine? - Occupe-toi de ta vaisselle! - Mais tu le fais exprès c'est pas possible... A quoi ça t'avance de laver trois culottes et un tee-shirt aujourd'hui... ? c'est le plaisir de la voir tourner?
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