Dos à la mer

De
Publié par

"Je ne savais rien de mon avenir. Suite au divorce de mes parents et au décès de ma grand-mère, l'enfant que j'étais, dut aller vivre à La Rochelle avec son père et sa soeur pour y démarrer une nouvelle vie."
Un parcours de bohème où la mer, étendue insondable, signe d' évasion et d'oubli, permet au narrateur de se restructurer et de prendre conscience de sa nouvelle voie, l'émergence d'une vocation : le cinéma.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
Lecture(s) : 206
EAN13 : 9782336275352
Nombre de pages : 126
Prix de location à la page : 0,0073€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

DOS A LA MER@ L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-06492-8
EAN : 9782296064928STEVE MOREAU
DOS A LA MER
roman
L'HARMATTANA ma bonne étoile,1
Ma grand-mère paternelle venait de mourir. Elle nous
avait quittés bêtement: une glissade entre deux marches,
suite à une mauvaise analyse de ses lunettes double foyer. Le
choc du crâne sur le carrelage avait eu raison de ses
soixantedix ans. Elle resta entre les deux mondes quelques jours, puis
son âme décida. On l'enterra trois jours plus tard dans un
charmant petit cimetière à une centaine de kilomètres de
Paris. J'avais toujours été fasciné par le simple fait que vous
puissiez commencer une nouvelle semaine en faisant de
nombreux projets pour le week-end à venir et qu'avant la fin
de la semaine, on puisse vous avoir enterré. La mort est
pleine de surprise.
J'avançais, les mains croisées devant moi, accompagné de
mon père Daniel et de ma sœur, Léa. Le fourgon funéraire
nous précédait dans l'allée principale du cimetière avant de
bifurquer à gauche dans une petite allée. Il s'arrêta devant
une pierre tombale couleur saumon, grande ouverte, sur
laquelle nous pouvions lire "ici repose Max Martin 1912 -
1980" .Sur les joues de mon père, je voyais des larmes glisser,
qu'il tentait d'effacer rapidement d'un revers de la main. Lui
qui disait qu'un homme ne devait jamais pleurer, sinon il
n'est pas un homme, était dans une mauvaise situation pour
appliquer cette règle si stupide.
C'était mon premier enterrement. J'avais toujours pensé
que c'était un peu comme une pochette-surprise. On ne sait
jamais sur quoi on va tomber. Lorsqu'on enterre une
personne proche, c'est souvent à ce moment qu'on découvre
des secrets sur cet être disparu.
Les croque-morts extirpèrent le cercueil du véhicule
funéraire et le déposèrent à côté du caveau. Je regardais
attentivement autour de moi. A part nous trois, personne
d'autre n'était présent. Même pas un homme avec un
chapeau rond ou une casquette en gabardine grise qui
chercherait à voir la scène de loin, caché derrière une autre
tombe. Rien, il n'y avait rien, ni personne. Pas d'amant
caché, pas d'enfant illégitime. Un enterrement à l'image de sa
. .
Vle, sans surpnse.
Le cercueil de Marguerite descendit dans le caveau
rejoindre Max. La mort les avait séparés, maintenant elle les
réunissait. Je me souviens très peu de mon grand-père. Il
était grand, sec, des yeux bleus, c'était un bel homme. Elevé
à l'ancienne, il était dur avec lui-même comme avec les
autres. Son père avait été l'homme le plus riche de Paris. TI
avait fait fortune dans la maroquinerie. A sa mort il avait
déshérité Max qui voulait épouser Marguerite. Elle ne faisait
pas partie de la bourgeoisie parisienne et donc n'avait pas le
privilège de faire partie du clan. Max épousa Marguerite et se
fâcha à jamais avec sa famille.
Mon père jeta une poignée de terre sur le cercueil de sa
mère. C'était la dernière fois qu'il pourrait lui rendre
hommage. Avec Marguerite, une grosse partie de ses
10souvenirs d'enfant et d'adulte s'évanouissait et dans la
logique de l'ordre des humains il était le prochain sur la liste
des départs. J'aimais ma grand-mère. Après le départ de ma
mère du domicile conjugal il y a plusieurs années, elle était
venue secourir son fils unique et s'était très bien occupée de
nous. Avec le recul, je me dis que nous lui en avons fait
baver à la pauvre vieille, mais la jeunesse peut être parfois
cruelle et maladroite. A son tour, Léa jeta une poignée de
terre sur le cercueil. Je m'approchai du trou et fis de même
en ajoutant un signe de croix. Pour Marguerite c'était le bout
du voyage, pour nous, un nouveau départ.
112
Le ciel était bleu, sans nuage. Sans aucun repère, il
paraissait immobile. Les lignes blanches défilaient
rapidement sous les roues de notre Break Volvo. Les arbres
le long de la route glissaient comme des reflets sur la mer.
Mon père était au volant, concentré. Léa dormait à l'arrière
avec Douchka notre dogue allemand, sa tête sur les genoux
de Léa. Dans le coffre, le reste de notre précédente vie :
quelques valises avec nos vêtements, nos souvenirs et la
gamelle de Douchka. J'observais la route dans le rétroviseur
à ma droite. Mon père roulait de plus en plus vite. Essayait-il
d'oublier? De fuir ?
Depuis sa plus tendre enfance, il avait toujours eu deux
amours: les bateaux et le dessin.
A dix-sept ans il partit sur les routes croquer le monde. Il
fit plusieurs fois le tour du globe sans donner aucun signe de
vie et un jour, il revint au pays. TI monta à Pans afin de
devenir dessinateur dans un journal. Mais déjà à cette
époque il ne tenait pas en place. Après plusieurs années dans
la capitale, il abandonna ses crayons et ses feuilles blanches.
Tour à tour magasinier, mécanicien, chauffeur de camion,
livreur et ingénieur du son dans le spectacle, il se retira dumonde de la musique à la suite de son divorce d'avec notre
mère. Pour faire un break, digérer l'évènement. Par la suite il
devint menuisier et se mit à fabriquer une gamme de bagages
en contre-plaqué. Drôle d'idée!
Je n'ai jamais compris mon père. Il reste pour moi une
énigme totale. Quand je regarde cet homme qui m'a en
partie donné la vie, je ne comprends pas. J'ai le sentiment
d'avoir un étranger à côté de moi. Un homme qui se cherche
et qui ne se trouve pas, qui a des enfants mais ne les regarde
pas, qui a une femme mais ne sait pas la garder. Il y a de
nombreux hommes comme lui sur notre planète.
Lorsque nous arrivâmes à La Rochelle, il faisait nuit. Une
nuit bien noire, bien profonde à travers laquelle on a le
sentiment que le jour ne reviendra jamais. Nous avons
traversé la ville vers deux heures du matin. Nous n'avons
croisé personne, pas une voiture. Les lumières éclairaient le
port vide de vie. Les tours étaient bordées par une légère
couverture de brume et les bateaux dormaient à poings
fermés. Nous arrivâmes au port des Minimes. Mon père
voulait voir la mer, la sentir, l'entendre. Le break traversa
une forêt de mâts et de toute ma petite vie je n'avais jamais
vu autant de bateaux au mètre carré. Nous arrivâmes tout au
bout du port, très près de la pointe de la digue du Lazaret.
Un mur en béton d'un mètre de haut nous empêchait
d'apercevoir la mer. Nous nous arrêtâmes. Le moteur de la
voiture se tut, après avoir parlé pendant de nombreux
kilomètres. Mon père excité, sortit de la voiture comme un
tigre d'une cage, monta sur le mur d'un bond et sauta
derrière celui-ci avant de disparaître. J'attendis quelques
minutes, ne sachant pas quoi faire, ni quoi penser.
J'observais ma sœur qui continuait de dormir à l'arrière. Elle
était belle avec son visage rond de gros bébé. Douchka
ronflait et avait la chance de rêver. Je pouvais voir ses pattes
14

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.