Double J

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A cause d'une blessure d'enfant toujours présente, l'un s'était enfermé dans le monde virtuel des mots et des mathématiques. Sans raison avouée, l'autre s'était plongé dans l'effervescence du monde des affaires et des voyages. Leur rencontre a tout bouleversé, et ils se sont retrouvés ensemble. L'un a donné ses mots, l'autre sa peau. Mais sera-ce suffisant? Double J nous emmène dans un jeu de miroirs dans lesquels l'histoire rebondit sans cesse de manipulation en manipulation.
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 45
EAN13 : 9782296479395
Nombre de pages : 160
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D O U B L E J
Robert Branche
D O U B L E
LzHarmattan
J
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.ibrairieharmatta.com diffusio.harmatta@waadoo.fr harmatta1@waadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56641-5 EAN : 9782296566415
I
JEAN
1
Assis sur le rebord du mur, le visage balayé par la pluie, frissonnant malgré la chaleur de cet après-midi de début d’été, je regardais mon manuscrit se dissoudre devant moi. Des heures, des jours, des semaines de travail coulaient là depuis le papier détrempé. Comme un fleuve de sang, l’encre rouge se répandait, et mon roman inachevé agonisait, sans bruit, sur les pierres du mur. Elles, solides, se supportant mutuellement, fortes toutes ensemble, se teignaient de mes mots et s’habillaient de ma pensée diluée, la destruction de ma création mentale venant recouvrir le puzzle minéral que j’avais construit quelques années auparavant. Une revanche de la pierre sur l’idée, du dur sur le mou, de la force sur l’intelligence, de la violence sur la pensée. Pendant des jours et des jours, me servant de pierres arrachées au sol, j’avais dessiné des lignes qui structuraient le jardin et enserraient la piscine. Pendant des jours et des jours, me servant de mots arrachés à mon imaginaire, j’avais dessiné des lignes qui esquissaient mon roman et en meublaient les pages. La brutalité de l’orage avait saisi ma négligence pour fondre les deux en un, et finalement détruire ce qui n’avait pas été suffisamment encré dans le réel. L’eau venait de me mettre à mort une deuxième fois. « Tiens, mets cela sur tes épaules, sinon tu vas prendre froid, me dit Jacques ».
9
Assourdi par la violence de l’orage et la disparition de mon roman, je ne l’avais pas entendu arriver. « Ce n’est pas si grave, continua-t-il en pressant doucement la base de mon cou. Tu peux toujours le réécrire. » Je regardai un moment son sourire, puis me retournai vers mon manuscrit qui coulait. Il ne comprenait pas, pensai-je, il ne me comprenait pas. Ne voyait-il donc pas que j’étais blessé, que c’était un morceau de moi qui saignait sur ces pierres, que, me frottant aux aspérités du calcaire, je me dissolvais lentement, irrésistiblement, douloureusement ? Je sentais son regard dans mon dos, son regard qui ne voyait qu’un accident fâcheux, juste des feuilles de papier lessivées par la pluie et de l’encre qui coulait. Il semblait avoir oublié que, sans lui, rien ne serait arrivé, que mes mots seraient toujours en moi, bien à l’abri, bien protégés. Comme il venait de me le dire, il pensait que je n’avais qu’à tout réécrire. Que croyait-il ? Que mettre au monde une histoire était un acte indolore et reproductible, que mes mains pouvaient être pilotées par mon cerveau comme une imprimante par un ordinateur, que le temps se rembobinait à volonté, bref que rien d’irrémédiable ne s’était passé ? Mon regard oscillait, allant de ces pierres qui rougissaient de mes mots, à lui qui se dressait derrière moi. Que lui dire ? Et puis, pourquoi lui parler ? Lui parler ne m’avait pas vraiment réussi… Des mots s’échappèrent toutefois, et, comme à moi-même, sans le regarder, je lui répondis :
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