Du côté de Garibaldi

De
Publié par

Le père et la mère de Georges sont morts. Egaré dans un univers fantomatique où les êtres se confondent, retrouvera-t-il le chemin du retour à son identité première ? Pour célébrer la mort, qu'il imagine violente, de son père et de sa mère, il a tué Ginette, son épouse bien-aimée. Il rencontre Bernadette, éplorée dans un restaurant près du métro Garibaldi. Elle ressemble à Ginette. Bien vite, Georges la fascine. Sur ses instances, tuera-t-elle, à son tour, Cyril, l'amant qui la délaisse ?... Georges et Bernardette, désormais amoureux l'un de l'autre, reviennent, sans cesse et malgré eux, du côté de Garibaldi.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 207
EAN13 : 9782296693579
Nombre de pages : 142
Prix de location à la page : 0,0079€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois


© L’Harmattan, Paris, 2009.

Du Côté de Garibaldi

Du même auteur
Souslenomde GianfrancoStroppini
et lepseudonyme GianfrancoStroppini deFocara

Œuvres philosophiquesetderecherche
Amour et dualité dans les Bucoliques de Virgile, Klincksieck, Paris,
1994;
Virgile, Rome et la fin de l’histoire,Ausonia, Paris,2001 ;
L’amour dans les Livres I—IV de l’Enéide de Virgile ouDidon et la
mauvaise composante de l’âme,L’Harmattan, Paris,2003 ;
L’amour dans lesGéorgiques de Virgile ou L’immanence du sacré dans
l’être,L’Harmattan, Paris,2003 ;
Virgile et l’amour : lesBucoliques,Orizons, coll.« Universités/Domaine
littéraire, Paris,2010.

Sélectiond’articlesen revues
« L’harmonie cosmiquevirgilienne et l’œuvre d’Auguste »,Respublica
litterarum XIX,Rome,1996 ;
« Poésie d’amouralexandrine etPoésie d’amour médiéval»,Mémoires
A.D.S.A.B.L. deCaenXXXVIII,Caen,2000 ;
« Madame Bovary ou l’idéalisme deFlaubert»,GuillaumeBudé 2,
Paris 1992 ;
« Il melodrammanel processodi attuazione della coscienzanazionale
italiana »,P.R.I.S.M.I.,Nancy 2, V, Nancy,2003.

Récitsen prose
Rome... et après ?,Ausonia, Saint-Denis,1988;

Flashes de Lune,Librairie-Galerie Racine, Paris,2003 ;
Farahmönde,L’Harmattan, Paris,2008.

Poésies
Poésies en éloignement(bilingue français-italien), EditionsLes poètes
français, Paris,2002 ;
Les nuits d’Hécate,Librairie-Galerie Racine, Paris,2006.

GianfrancoStroppini deFocara

DuCôté de Garibaldi

roman

Collection«Écritures», dirigéeparDanielCohen

L’Harmattan

Chapitre 1

eorgesa déjeuné dans un petit restaurant portugaisdu
G
côté deGaribaldi.
Laveille, il s’étaitdéjàrendudanscequartier-là
pourfairevidanger savoiture chez Fiat.Ilavaitd’abord
laissélevéhiculenon loindu métro,puisil s’était promené,
estimant qu’ilétaitencore tôt. Il n’avait pas
prisderendezvous.Unevidange, c’est vite fait!
La chaleur pesante, humide de
cemoisdejuinavancé, avaitcédélaplace àune fraîcheurbienfaisantepardes
nuagesépars venus nonchalammentd’au-delàles toits les
plus reculés.
Surpris parce changementdetemps, en quittant la
voiture, ilavait levéles yeux sur le Sacré Cœurde
Montmartrequi clôt l’horizon, après lepériphérique,puisil
s’étaitacheminélelong des parois
lépreusesderrièrelesquelles ondevine àtoute heureunfourmillementdevie
désagrégéeouencoursde désagrégation.Des parfumsde
cuisine exotiquesaturaient l’air, dénaturés par les
puanteursd’urine dans les recoinsàpeinereculés.
Onaccèdepar lastationdemétro Garibaldi à ce
quartierdu nord de Paris.Le bric-à-brac humain,sorti des
régions les plusdéshéritéesdelaterre,s’y mêle à celui du
marché aux pucesaveclamoisissure des vieux meubles.

10

GIANFRANCOSTROPPINIDEFOCARA

Un peu plus bas, du côté de la tour Pleyel, un
magma de planches, de couvertures, de tôles, d’éléments
hétéroclites bouche le trottoir. Georges s’était pris les pieds
dedans, ce qui l’avait obligé à sortir les mains des poches
pour rétablir l’équilibre et continuer la marche dans le
dédale des ruelles.
Plus loin, Georges avait contourné une carcasse de
voiture calcinée et bancale sur deux de ses roues. Reste des
dernières émeutes de banlieue.
Quelques relents d’héroïsmetrèsancien lui
chatouillant l’orgueil, il s’étaitdemandépourquoi :.
« Jen’aipourtant vécu soixante huit que deloin!
J’aimême feint leméprisencetemps-là.Peut-êtresuis-je
entrainde céderàl’admiration ?Jenesais plus.Amoins
que…»
Maisilavait laissétomber pour revenir plus
précisémentàlamarchevers lavoiture et le garageFiat.
Letempsavait passé, ilétait prèsdemidi.
Etait-ce biende ce côté-là ?
Enfin, la voiture près de la bouche de métro. Un
peu plus loin la façade grandiloquente deFiat.

Georges, dès l’abord, avait cru que le garagiste était italien,
puis, à sa taille, quand, derrière son bureau, il s’était levé
(petit et trapu), aux traits du visage, surtout le menton
gentiment niché sous une bouche et un nez minuscules, avec
des yeux pétillants de malice, il lui avait rappelé son voisin

DU CÔTÉDEGARIBALDI

11

Ventura. Il s’en était écoulé des années! Une insondable
durée qui le ramenait à l’enfance.
Ventura, l’épicier du coin de la rue, quand il habitait
avec ses parents si loin de Paris ! Le Ventura de sa boîte à
souvenir, il s’en souvenait maintenant, était portugais.
A part cela, rien de particulier chez le garagiste : un
air rustaud, comme beaucoup de ses congénères, rien de
plus !
La voiture en tout cas était déjà en main. Un mécano
venu d’Afrique s’activait dessus. Georges pour passer le
temps tournait en rond.
– Vousmangez, vous? Lui avait soudain lancé le
garagiste en levant les yeux du registre où ils restaient
obstinément rivés, quoiqu’il fût debout.
Il semblait de mauvaise humeur.
– Vousfaites les cent pas, avait-il grommelé, vous
êtes impatient.Cela se comprend, il est midi passé. Mais
aussi, c’est pas non plus une heure pour amener votre
bagnole sans rendez-vous! Vous nous prenez pour des
larbins !Alors vous, vous mangez oui ou non ?
–Certainement, avait-il répondu. Moi aussi je
mange quand c’est l’heure, comme pas mal de monde !De
toute façon, détrompez-vous, je ne suis pas un nerveux
chronique. Mon impatience vient de ce que j’ai la fringale
justement. Je pensais que votre ouvrier là-bas, il n’en aurait
pas pour longtemps! Une vidange, pas même une
révision !Quand il aura fini, que je vous aurai réglé votre dû,
j’irai manger, pour sûr !

12

GIANFRANCOSTROPPINIDEFOCARA

– Ala bonne heure! J’aime pas les gens qui ne
mangent pas, moi ! J’m’en méfie, surtout les ouvriers !
Un abstinent, quel qu’il soit, c’est guère autre chose
qu’un acariâtre, vous n’êtes pas de mon avis ?
Georges avait opiné du chef.
L’autre l’avait regardé avec une dose de connivence.
Il avait même pris le ton et la mine assurés de qui sait
d’avance qu’on va partager son avis :
– Vous comprenez bien, n’est-ce pas! Un ouvrier à
jeun, surtout s’il est africain comme c’est le cas… il
retrouve plus ses outils, il bâcle la besogne. L’estomac creux,
n’en déplaise à la saloperie de colas qu’il ronge du matin au
soir, ça ne lui vaut rien pour ce qui est du travail. Sans
compter qu’à la moindre remarque, il se rebiffe. Presque
qu’il se prendrait pour le patron ! Tenez, regardez !
Le Portugais s’était avancé de quelques pas en
direction de l’Africain. Il s’était arrêté, avait arrangé sa
cravate qui était de guingois. Il avait pris la posture du
toréador devant la bête. Qu’allait-il lui dire ?
L’Africain le fixait avec un air de défi de ses yeux
blancs dans une bouille toute noire.
Finalement, le va-t-en guerre ne lui avait rien déclaré
de terrible ni même d’insultant. Il s’était, comme on dit,
dégonflé en esquissant un semblant de sourire :
– T’as bientôt fini ?C’est l’heure du poulet aux
cacahuètes !

DU CÔTÉ DEGARIBALDI

13

–J’y vais,vieuxElle est prête la bagnole, lacon !
v’là !Et les sardines alors, elles sont pas grillées les
sardines ? Ta femme, elle t’attend pas ta femme ?
Le Portugais s’était tourné vers Georges en le
prenant à témoin d’un air bon enfant:
– Les sardines, qu’est-ce qu’il en sait le négro !
Et vous, dites-moi, les sardines, vous aimez ça ? Ne
me dites pas non, allez, allez! Oualors vous n’êtes pas un
gastronome, vous n’y connaissez rien en matière de
gastronomie !
Evidemment, les sardines, il faut savoir les
préparer… les griller tendrement avec des braises sous la
cendre… et puis les déguster à peine cuites,a scotta dito
comme disent les Italiens!C’est bien ça qu’ils disent…
vous qui peut-être êtes italien ?
Georges avait acquiescé sans trop savoir pourquoi,
en reprenant la formule :
–Ascotta dito.
– Lessardines, n’est-ce pas…a scotta dito, avait
martelé le garagiste, à peine tirées du gril! Sinon c’est
dégueulasse ces poissons-là!Ca sent l’huile surchauffée,
parce que la sardine, la sardine, la sardine oui, c’est un
poisson gras, comme le maquereau aussi.
George avait senti que le garagiste tenait le bon
bout. A lui répondre, il en aurait eu pour des heures.
–C’est comme les vieilles guimbardes, avait
continué l’autre, celles dont le moteur est fichu.Elles fument de
partout.Ça empeste! Je me demande au fond si c’est pas

14

GIANFRANCOSTROPPINIDEFOCARA

pour ça que j’ai choisi le métier de garagiste. Pas la peine
d’aller trouver un psychanalyste. Vous croyez pas, vous ?
Cette question, que je prête au garagiste, je me la
suis souvent posée. N’avons-nous pas au fond, tous autant
que nous sommes, une sorte de socle dur qui nous vient
d’avant l’enfance et qui détermine nos inclinations?
Pourquoi en faire tant de cas? Impossible d’aller contre la
nature !Crétin ou génial nous n’y sommes pas pour
grandchose.C’était écrit.
Que la vocation du Portugais d’arranger les
guimbardes remonte aux sardines, les sardines, frites ou grillées,
au fétus, pourquoi pas? Il n’a eu qu’à se laisser faire le
bougre !Il n’y est pour rien! Mais il n’y a pas que lui!A
l’autre bout de l’échelle,Einstein,Beethoven, tout pareil. Il
ne faut pas en faire plus de cas qu’ils ne méritent. Le
clochard non plus n’est pas comptable de sa condition.
Que cela plaise ou non, il y a une sorte de
prédestination qui nous en bouche un coin.Faut apprendre à
fermer sa gueule et naviguer à vue !
Le garagiste, pour revenir à mon histoire, avait pris
l’air avantageux de tous les illuminés plus ou moins illettrés
qui croient tenir la solution pour expliquer l’inexplicable.
Son teint légèrement couperosé dans les joues pleines s’était
avivé.
– Vous,je ne sais pas très bien ce que vous faites
dans la vie, mais quel que soit votre gagne-pain ou votre
passe-temps préféré, n’allez pas croire que vous y êtes pour
grand-chose !
–Enseignant, monsieur, enseignant !

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.