Du couscous dans le biberon

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Rachid, enfant de la banlieue francilienne, a un objectif : être un adolescent normal, avec ses moments de révolte, de déception, de joie. Plus encore il veut trouver l'amour. Pas si simple pour un garçon des cités qui évolue au milieu de la drogue, de la violence et de la perversion. Le jeune homme devra affronter les idées reçues, le racisme, les pensées simplificatrices : parviendra-t-il, armé d'audace et d'un coeur pur, à vaincre la fatalité ?
Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782336389370
Nombre de pages : 272
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Du couscous dans le biberon Farid MÉBARKI
Rachid, enfant de la banlieue francilienne, s’est fi xé un objectif :
devenir d’abord un adolescent normal, avec ses moments de révolte,
de déception et de joie, puis un adulte responsable, avec des codes,
des principes et des valeurs. Mais ce qu’il souhaite plus que tout
au monde, c’est trouver l’amour, rencontrer l’âme sœur et fonder
une famille. Tandis que d’autres s’obstinent à ne rechercher que le
pouvoir, la richesse ou la célébrité, le jeune Rachid n’a d’autre but que
celui d’atteindre la normalité.
Mais ce parcours si simple n’a rien de banal pour un garçon des cités, Du couscous
qui évolue au milieu de la drogue, de la violence et de la perversion.
Immergé depuis sa plus tendre enfance dans cet environnement
hostile et nauséabond, le jeune homme va devoir affronter les idées
reçues, le racisme, les pensées simplifi catrices, apanages de la nature dans le biberon
humaine, avec pour seuls attributs son audace et son cœur pur.
D’une volonté à toute épreuve, Rachid parviendra-t-il à vaincre cette
fatalité qui semble vouloir s’acharner contre lui ? Roman
Farid MÉBARKI est enquêteur à la Direction centrale
de la police judiciaire. Il est l’auteur de plusieurs
ouvrages en sociologie et sciences humaines, dont
Être maghrébin et policier : La police, de l’intérieur
(L’ Harmattan, 2009).
Lettres
du mondeISBN : 978-2-343-05774-3
22,50 € Arabe
Du couscous dans le biberon Farid MÉBARKI








Du couscous
dans le biberon





Lettres du Monde arabe

Fondée en 1981 par Marc Gontard, cette collection est
consacrée à la littérature arabe contemporaine. Réservée à
la prose, elle accueille des œuvres littéraires rédigées
directement en langue française ou des traductions.
Les œuvres poétiques relevant du domaine de la
littérature arabe contemporaine sont publiées dans la
collection Poètes des cinq continents et le théâtre dans la on Théâtre des cinq.


Derniers titres parus :

Khemmal (Abdelkrim), Les rebelles du mont noir, 2015.
Khedher (Mahmoud-Turki), L’antique refrain de
Sidi-elMeddeb, 2015.
Laqabi (Saïd), Gnaouas, 2015.
Redouane (Najib), A l’ombre de l’eucalyptus, 2014.
Jmahri (Mustapha), Les sentiers de l’attente, 2014.
Alessandra (Jacques), Café Yacine, 2014.
Heloui (Khodr), La rue des Églises. Il était une ville paisible :
Tripoli au Liban-Nord, 2014.
Abbou (Akli), Le terroriste et l’enfant, 2014.
Naciri (Rachida), Appels de la médina (tome 2), 2014. ida), 1), 2013.

Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr


Farid MÉBARKI











Du couscous
dans le biberon
Roman





























































































Ouvrages du même auteur :



Être Maghrébin et policier, Éditions L’harmttan, 2009.

L'apologie des droits de l'Homme, Édilivre, 2010.
















































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05774-3
EAN : 9782343057743
CHAPITRE 1
Rachid Haddad est un garçonnet de trois ans, et il a
déjà une mémoire prodigieuse. Il est issu d'une fratrie de
huit membres, tous maghrébins et typés comme lui. Ses
parents sont de condition très modeste. Rachid vit en
Îlede-France. Attentif au monde qui l'entoure, rien ne lui
échappe, il observe, évalue et enregistre, sans que cela ne
lui coûte aucune peine. Même s'il le voulait, il ne pourrait
s'empêcher de mémoriser, y compris les détails qui n'ont
aucun intérêt pour le profane. De ses parents, il ne reçoit
rien de superflu, lorsqu'il a eu la chance de recevoir le
minimum vital. En effet, Rachid a un papa qui utilise son
maigre salaire d'ouvrier du bâtiment pour jouer aux
courses privant ainsi sa famille, relativement nombreuse,
d'une éventuelle pitance toujours très attendue.
Rachid pouvait compter sur les aliments de « première
nécessité », même si l'expression ne recouvre pas le même
sens que celle de son père. En effet, l'effet addictif des
pratiques de jeux de hasard avait placé le père de Rachid
dans un état de cécité et d'insensibilité face à la souffrance
de sa famille. Ainsi, il n'était pas rare que sa mère eût
recours à l'assistante sociale, pour obtenir des tickets d'aide alimentaire. Ces tickets servaient de moyen de
paiement dans certains magasins. Pour Rachid, c'était les
tickets de la honte. Dès son plus jeune âge, Rachid avait
appris à ses dépens ce sentiment très particulier, il le
ressentait régulièrement avec plusieurs variantes. Ce
sentiment se conjuguait avec d'autres, celui de l'injustice,
celui de ne pas avoir une vie comme les autres, celui de ne
pas pouvoir payer ses achats comme tout le monde, celui
d'avoir une famille, un père et une couleur de peau
différent de ceux des autres. Ce cocktail étrange mettait le
petit cœur de Rachid à rude épreuve. Pourtant, il lui fallait
surmonter ces obstacles quel qu'en fût le prix, car il n'était
pas de ceux qui baissent les bras. C'était un battant, il était
toujours calme, lucide, mais déterminé à conquérir un jour
le chemin de la « normalité », tel était le but qu'il s'était
fixé.
Du haut de ses trois ans révolus, il commença sa vie de
petit garçon de façon presque banale. Il devait entrer à
école maternelle pour la première fois et il s'était levé
relativement tôt pour cela. Vêtu de vêtements d'occasion
achetés sur le marché du dimanche, Rachid était prêt à
partir. Il faisait froid et sa maman avait bien pris soin de
lui mettre une cagoule et un vêtement chaud. Le voilà
parti, tenant la main de sa mère qui le conduisait vers
l'endroit où il allait passer une grande partie de son temps,
dans un monde qui lui était inconnu. À cet instant, il
ressentait un peu plus que de la simple appréhension. Il
avait trop chaud emmitouflé dans ses vêtements d'hiver. Sa
cagoule, qui contenait un faible pourcentage de laine, était
urticante comme le liquide venimeux de certaines variétés
d'orties. Ces micro-agressions ne faisaient qu'accroître
l'impression de suffocation. Le cœur serré, Rachid
s'apprêtait à être reçu dans l'antre du savoir. Rachid et sa
maman étaient très nettement en avance sur l'horaire, les
8 abords de l'école maternelle Honoré de Balzac étaient
déserts. Arrivé au niveau du portail donnant accès à la
cour de récréation, Rachid sut qu'il allait devoir lâcher la
main de sa mère et se retrouver seul parmi de parfaits
inconnus. Mais le jeune garçon était courageux et il ne
pleurait pas : il savait que sa maman allait le confier à une
structure soucieuse du bien-être des jeunes enfants. Il avait
en elle une confiance aveugle.

Ça y est, il était dans l'enceinte de l'école, et il
s'apprêtait à entrer dans le petit bâtiment de plain-pied qu'il
voyait pour la première fois. La porte d'entrée principale
était ouverte ; à travers les vitres, il distinguait une petite
silhouette. Une fois le seuil franchi, les appréhensions
générées par son nouvel environnement avaient laissé
place à une immense stupéfaction ; la silhouette aperçue
quelques secondes auparavant se distinguait parfaitement
du décor. Sur le côté gauche par rapport à l'entrée, se
trouvait une fillette, guère plus âgée que lui. Elle était
seule, assise sur un banc composé de trois longues lattes
de bois fixées sur quatre pieds en métal incurvés à l'assise
du banc. Elle avait le dos droit, les cheveux raides, châtain
clair et légèrement chatoyants. La barrette rose qui les
tenait, accentuait cette impression de rectitude et de
minutie apportée à la conception de la coiffure, où
l'alignement des cheveux était rigoureusement respecté.
Elle avait les mains posées sur ses genoux et les pieds
joints, pareille à un soldat au garde-à-vous un jour de
grande cérémonie avec passage en revue des troupes par le
président de la République. Sa peau blanche immaculée
illuminait son visage d'ange. Tout était droit chez elle, ses
souliers brillaient de mille feux, mais cette lumière n'était
rien comparée à celle de ses yeux, seuls éléments qui
n'étaient pas alignés au reste de son corps ; elle les avait
tournés vers lui. Rachid n'avait jamais rien vu d'aussi beau.
9 Lorsque la lumière de ses yeux l'eut atteint, il en fut
pétrifié. Cet instant, il ne pourrait plus l'oublier.
C'était une sorte de poupée, de celles avec lesquelles
jouent les petites filles qui leur brossent les cheveux avec
une extrême vigueur, même lorsqu'ils ne sont pas
emmêlés. Il arrivait toujours à trouver un défaut sur un
objet, mais cette fois, ce fut impossible. C'était la première
fois qu’il se trouvait en face de quelque chose de parfait.
Elle était bien vivante, et le plus beau de tous les jouets
n'aurait pu rivaliser avec tant de beauté. Quelques jours
plus tard, il apprit que cette mystérieuse poupée portait le
nom de Nathalie, et il trouvait que ce prénom ne faisait
qu'accentuer la magnificence de cette fillette. Son nom
était désormais gravé à tout jamais dans son petit cœur.
Hélas, il n'eut jamais le courage d'aller lui parler, ni même
de lui dire bonjour, c'était au-dessus de ses forces. C'était
la première fois que Rachid ressentait ce genre d'émotion,
cela ne lui faisait pas complètement plaisir, ni vraiment
souffrir. Ce sentiment était un curieux mélange de joie, de
tourment, de gêne et d'excitation. Aucun adjectif ne
pouvait le décrire avec précision. Le petit Rachid avait
l'habitude de parler avec tout le monde et de recevoir des
bisous et des marques d'affection de son entourage, mais il
ne comprenait pas pourquoi quelque chose qui venait du
plus profond de lui-même l'inhibait et lui interdisait de
parler, a fortiori de toucher un être qui ressemblait en
apparence aux autres, et qui pourtant lui apparaissait
comme totalement différent.
Un jour, un professeur employa pour la première fois
un mot dont Rachid ne connaissait pas la signification.
L'enfant dit à sa grande sœur qui venait le récupérer à
l'école qu'il était « timide ». Au début, Rachid pensa que
c'était une maladie ou quelque chose de ce genre. Ensuite,
on lui expliqua que c'était un problème de comportement.
10 Mais il ne comprit que bien plus tard que la timidité n'était
pas une maladie, et que l'adjectif n'était pas tout à fait
approprié pour décrire sa tendance à être relativement peu
disert, ou plus moins réticent à aller vers les autres. Le
professeur, en toute bonne foi, pensait que la timidité était
la conséquence de son manque de hardiesse et d'assurance
et, pour cela, il ne se trompait pas, mais cette définition ne
correspondait pas tout à fait à l'état d'esprit du petit
Rachid, qui éprouvait de la méfiance, voire de la peur
visà-vis des adultes, plus que de la simple timidité. Rachid
n'avait pourtant pas oublié cet épisode insolite, qui l'avait
mis très mal à l'aise dans la cour de récréation de la
maternelle Honoré de Balzac. Un professeur regardait
dans sa direction depuis l'intérieur, à travers la vitre du
patio. C'était une femme d'une cinquantaine d'années
environ, les cheveux assez courts, très bruns et raides. Le
regard perçant de ses yeux bleu acier le déstabilisait. Elle
lui avait fait un geste comme pour lui dire de venir
chercher le bonbon qu'elle agitait au bout de son bras.
Rachid était bien conscient du privilège qui lui était fait,
mais il n'avait pas bougé, ses lèvres étaient scellées et ses
pieds comme cloués au sol.

Rachid ne savait pas ce que voulait dire le mot
« timide », ce dont il était sûr, c'est qu'il avait peur, et que
rien ne le déciderait à aller chercher ce bonbon qui, pour
n'importe quel autre enfant, aurait eu une valeur
inestimable. Comme les autres enfants, il aimait les
bonbons, mais la méfiance et la peur l'emportaient à
chaque fois qu'un enseignant lui en proposait un. Il ne
savait pas pourquoi il réagissait ainsi aux stimuli de
personnes qui ne lui voulaient certainement aucun mal. Il
n'avait pas connu d'expériences douloureuses ou
inhabituelles avec un enseignant de maternelle ni aucun autre
11 d'ailleurs, pourtant, il ne pouvait se résoudre à changer son
attitude qui ne laissait pas d'interloquer ses professeurs.
Rachid avait plusieurs camarades. Durant la récréation,
il lui plaisait de jouer avec Thierry ou Jean-Marc. Thierry
était plutôt casse-cou, il aimait attirer l'attention sur lui et
faire le pitre en mangeant de l'herbe ou en buvant de l'eau
sale. Pour la boire, il fallait attendre qu'une pluie
abondante remplisse une cavité circulaire qui entourait le
marronnier qui se trouvait dans la cour. L'eau devenait
marron à force de sauter à pieds joints dans la petite flaque
qui entourait ce petit arbre ; boueuse, elle paraissait
imbuvable, mais pas pour Thierry, qui rivalisait
d'imagination pour maintenir l'attention sur lui. Ce
téméraire s'en délectait. Rachid aimait tenter de nouvelles
expériences, sans pour autant prendre trop de risques. À ce
titre, il était beaucoup plus proche de Jean-Marc, qu'il
considérait comme son meilleur copain de l'époque.
Avec Jean-Marc, il avait pris l'habitude de manger
toutes sortes de baies et autres végétaux présents sur le
chemin de l'école ; il connaissait le goût des feuilles ou des
baies de chaque buisson ou autres feuillus qui longeaient
le parcours. Certaines étaient acidulées, d'autres amères et
d'autres encore sucrées selon lui. Rachid avait tenté
l'expérience, et il s'était rendu compte que Jean-Marc disait la
vérité à propos des nuances gustatives de ces végétaux.
C'était pour lui une habitude désormais, de faire une halte
afin de déguster cette nourriture insolite. Jean-Marc était
devenu une référence en la matière, et tous les camarades
de Rachid le consultaient volontiers à propos de
l’innocuité de telle ou telle plante. Mais il fallait retourner à
l'école et affronter à nouveau les professeurs, le gardien de
l'école, et surtout son chien, un berger allemand couleur
feu, dont l'arrière-train commençait à tanguer du fait de
l'âge. C'était un gardien d'école qui devait ressembler à
12 tous les autres ; une voix de ténor grave et caverneuse
éclatait de sa gorge à chaque fois qu'un élève approchait
un peu trop du grillage de son logement de fonction, juste
en face de la maternelle. Son chien aboyait dès qu'il sentait
une odeur différente de celle de son maître. Malgré la haie
relativement dense qui longeait la clôture limitative de son
logis, la bête se jetait sur le grillage, au risque de se blesser
la gueule avec les branchages et les fils de maintien en
acier qui couraient le long d'un câble tendu de bout en
bout de la clôture. Ce n'était pas des aboiements tout à fait
comme les autres. Il semblait que ces cris venaient du plus
profond de ses tripes, du plus profond de son âme noire de
prédateur ; on pouvait presque en comprendre la
signification, et les traduire par : « Vous avez de la chance que ce
simple grillage nous sépare, car je vous aurais volontiers
dévorés, déchiquetés les uns après les autres. » Rachid ne
pouvait s'empêcher de penser, lorsqu'il entendait ces
aboiements, à l'image du maître. Des rapprochements et
des similitudes pouvaient apparaître. Derrière les cris de la
bête, il y avait cette rigueur du rappel à l'ordre militaire, un
certain acharnement autant zélé qu'inutile d'un être frustré
par un échec, et qui tient sa revanche face à la dureté de sa
vie, marquée par un revers décidé par le sort. Mais aussi et
surtout, le côté totalement abruti et irréfléchi du
comportement des consorts.

Seule l'arrivée salvatrice à l'intérieur du préau pouvait
atténuer la frayeur et la douleur de leurs tympans, qui
subissaient inlassablement et systématiquement les assauts
répétés des aboiements de la bête. À l'intérieur de l'école,
au moment de la récréation, des dizaines d'enfants
couraient dans tous les sens, si bien qu'il était impossible
de distinguer qui que ce soit en dehors de Nathalie. C'était
la seule enfant que l'on pouvait trouver sans aucune
difficulté ; elle ne pouvait se confondre avec les autres
13 élèves. Elle rayonnait, chacun de ses déplacements était un
événement particulier ; un geste totalement anodin pour
les autres ; prenait une importance capitale lorsque c'était
elle qui l'accomplissait, ses mouvements et sa façon de se
tenir revêtaient toute la grâce et la splendeur qui
émanaient de cet être qui lui était si proche, mais qui
paraissait si lointain. Ses paroles, de sa voix melliflue et
évanescente, prenaient une valeur et un poids
considérables lorsqu'elles étaient prononcées, il était
impensable pour un de ses camarades de refuser le moindre de
ses désirs. Rachid n'était pas capable de décrire avec
précision ce qu'il ressentait lorsqu'il voyait Nathalie. Tout
ce qu'il savait, c'est qu'elle n'était pas de son monde, et
qu'il devait continuer sa vie d'enfant avec les autres.
14 CHAPITRE 2
Rachid n'avait eu aucune difficulté à passer en CE1,
c'était un bon élève et il avait un professeur juste et
soucieux de son bien-être. Il cumulait les bons points et les
images de toutes tailles. Au CE1, il avait gardé sa bouille
d'enfant. Après un peu plus de deux mois de vacances
passées à tourner en rond avec ses copains dans la rue,
Rachid devait reprendre le chemin de l'école, comme si de
rien n’était. Il n'était pas si déçu que cela de ne pas être
allé dans une contrée lointaine, en vacances avec ses
parents, au bord de la mer ou à la montagne, car il s'était
habitué à jouer avec ses copains Fernando, Kamel, Habib
et Hassan. Seuls quelques privilégiés comme Didier ou
Mickaël pouvaient se vanter d'être allés en vacances, en
particulier à la mer. Rachid semblait heureux de jouer avec
ses camarades avec un ballon crevé, mais il avait la
sensation de passer à côté de quelque chose de grandiose,
en entendant les récits mirifiques de Didier et Mickaël au
retour des congés. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de
connaître des moments intenses de joie, de telle sorte que
cela le perturbait jusque dans son sommeil. C'était le cas lorsqu'il devait assister à la construction d'une carriole,
laquelle devait être construite par un « grand » du quartier.
À huit ans, il n'avait toujours pas connu le bonheur de
posséder une bicyclette et il savait qu'il ne connaîtrait pas
cette expérience avant l'âge de dix ans environ. La solution
qui permettait de se déplacer autrement que de façon
pédestre, c'était la carriole, et il en existait de toutes sortes.
Bien sûr, il fallait trouver les matériaux nécessaires à la
construction de ce bijou de technologie pour les enfants. À
cet égard, les « grands », qui n'étaient en fait guère âgés de
plus de deux ans que les « petits », étaient regardés comme
des héros, pourvus d'une intelligence prodigieuse.
Le père de Hassan travaillait dans une usine qui
fabriquait des roulements à billes, lesquels étaient la pierre
angulaire de la construction de la carriole. Les planches de
bois, qui servaient de châssis et qui étaient fixées
directement sur les roulements à billes, étaient beaucoup
plus faciles à se procurer que les roulements eux-mêmes, il
suffisait de se servir dans la décharge voisine qui portait le
nom de « fouille ». En effet, les sociétés avoisinantes
venaient y déposer toutes sortes d'immondices et d'objets
destinés au rebut. Pour eux, c'était une vraie caverne d'Ali
Baba. Les carrioles, une fois assemblées, étaient poussées
jusqu'au sommet de la côte la plus pentue du quartier.
Elles étaient en nombre réduit et les candidats au voyage
nombreux, c'est dire si la tension était à son comble pour
avoir une place assise à l'arrière de ce curieux véhicule
pour effectuer la descente infernale. Le pilote se dirigeait
en exerçant une poussée avec ses jambes selon qu'il
voulait aller à gauche ou à droite ; le passager, quant à lui,
se contentait de regarder par-dessus son épaule et
d'apprécier le grisement procuré par la sensation de vitesse.
16 CHAPITRE 3
Rachid était fils de parents illettrés qui ne pouvaient,
par conséquent, lui transmettre aucun héritage de savoir,
de savoir-faire et de savoir-dire, ceux-là mêmes qui sont
évoqués par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dans
Les Héritiers ou dans La Reproduction, outils essentiels à
toutes celles et à tous ceux qui réussissent à intégrer une
grande école. Il ne pouvait non plus être aidé par ses frères
et sœurs qui avaient un niveau d'études primaires. Ils
étaient arrivés du Maghreb à un âge relativement avancé,
il était le premier à être né sur le sol de France. S'agissant
du soutien scolaire, il ne pouvait compter que sur
luimême. Avec ses parents, il parlait un arabe dialectal
approximatif, mais ses nombreux frères et sœurs parlaient
parfaitement la langue de Molière, malgré leur handicap
scolaire ; hélas, leurs connaissances s'arrêtaient là. De la
maternelle, Rachid ne garda pas beaucoup de souvenirs en
dehors de Nathalie. Au cours préparatoire, il excellait,
toujours deuxième de la classe ; il ne cherchait d'ailleurs
guère à ravir la place de David, le surdoué de la classe. Il
se souvenait avoir été assis à côté de ce camarade durant
toute son année de CP ; le professeur ne l'interrogeait
presque jamais, car il savait par avance qu'il donnerait la
bonne réponse. Au surplus, David ne cherchait pas
davantage à lever la main pour faire montre de ses capacités exceptionnelles. Cette coopération tacite entre
élève et professeur était gênante pour tous, mais profitable
à l'ensemble.
Madame Alambert était leur nouveau professeur de
CE1. C'était une femme d'assez grande taille, le visage
rond, qui disposait d'une large mâchoire inférieure, dont
les longues dents de sa mâchoire supérieure faisaient
saillie, les rares fois où il lui arrivait de sourire. Cette
partie du visage contrastait avec le haut de sa figure, qui
supportait un nez et des yeux minuscules. Cela ne rassurait
pas Rachid le moins du monde et il ne tarderait pas à voir
ses craintes confirmées. Rachid était « timide », mais il lui
arrivait malgré tout de répondre à un de ses camarades
durant la classe. Il savait que cela était défendu, mais il ne
concevait pas de laisser une question sans réponse. Il était
conscient du risque de se faire punir, mais il considérait
que cette entorse aux règles impitoyables de bonne
conduite était un péché véniel et que le discernement et la
bienveillance des adultes feraient que sa punition lui serait
supportable. Il espérait même ne pas tomber sous le coup
de l'ire du professeur ce jour-là. La douce voix de Madame
Alambert allait dans le sens de ses pensées, mais il ne
savait pas qu'il venait de commettre l'une des plus grosses
erreurs de sa vie.
Sans prévenir, Madame Alambert se rua vers Rachid et
saisit entre son pouce et son index la boucle de cheveux
située au niveau de son oreille gauche et la secoua
violemment, pendant un instant qui lui sembla
interminable, en disant sèchement : « Tu te tais ! » Avant de
regagner son bureau, elle crut nécessaire d'attraper
fermement le lobe de son oreille gauche et de le tirer vers le
haut. Avant cela, Rachid n'avait jamais ressenti une
douleur aussi intense, il craignait que son oreille ne se
18 déchire. Pour atténuer sa souffrance, le reste de son corps
avait mécaniquement fait un mouvement vers le haut.
Rachid avait souffert dans sa chair et dans son petit cœur
d'enfant de sept ans. Il comprenait qu'il fallût recadrer les
élèves qui perturbait le bon déroulement du cours, mais il
estimait que la méthode de répression était peut-être
inadaptée, et que la sanction était somme toute
disproportionnée. Mais telles étaient les règles, et il fallait s'y
plier. La gifle qu'il reçut au moment d'émettre une
suggestion était le signe incontestable que quelque chose
n'allait pas dans le rapport entre élèves et professeurs.

Ce fut la première personne qui leva la main sur le petit
Rachid.

Rachid supportait les coups et les châtiments corporels,
comme un certain nombre de ses autres camarades de
classe. Il y avait les « habitués », pour qui les pénitences
de toutes sortes étaient pour ainsi dire sans effet. Le plus
étonnant était que certains des perturbateurs clairement
identifiés et bien rompus au système répressif scolaire
souriaient lorsqu'ils étaient punis, y compris durant les
châtiments corporels les plus douloureux pour le profane.
En effet, le « tirage » d'oreilles et le « tirage » de cheveux
étaient quotidiens et se pratiquaient avec des variantes
selon la gravité de la bêtise commise, ou selon la
personnalité des élèves. Madame Alambert rivalisait d'ingéniosité
pour châtier les perturbateurs les plus teigneux et les plus
récalcitrants. Par exemple, au lieu de tirer l'oreille ou les
cheveux vers le haut, ces attributs étaient saisis entre le
pouce et l'index et servaient à secouer la tête du condamné
dans tous les sens, jusqu'à ce que l'élève soit
complètement étourdi et perde ses repères.

19 Mais Rachid ne tenait pas pour autant rigueur à sa
maîtresse de tous ces rappels à l'ordre « énergiques ».
Simplement, il lui était difficile de supporter la douleur et
toutes ses manifestations post-traumatiques ineffables,
comme tous les petits frissons qui suivent le châtiment et
qui interagissent comme des millions de petits aiguillons
qui vous piquent l'intérieur de tout le corps, et surtout la
gêne d'être regardé par tous les autres camarades comme
le coupable qu'il faut punir. Ces frissons s’accompagnaient
d'un puissant accès de chaleur, comme une mauvaise
fièvre qui s'emparant de tout votre corps, vous sentiez
presque vos glandes sudoripares se mettre en action pour
pallier cette hyperthermie inopinée, et il fallait plusieurs
minutes avant que celle-ci ne disparaisse. C'était donc bien
la conjugaison du facteur physique, représenté par la
douleur, et du facteur psychologique, composé d'une part
du sentiment de culpabilité et d'autre part du regard
d'autrui, qui constituait cette pénitence infligée à tout élève
qui omettait qu'il était dans une salle de classe. Mais c'était
autre chose qui faisait souffrir Rachid bien davantage.
Rachid était maintenant en classe de CE2, il avait
régulièrement reçu au CP des bons points et toutes sortes
d'images, petites et grandes. À cette époque, les
enseignants distribuaient aux enfants méritants plusieurs
types de récompenses. S'agissant des bons points, il fallait
en comptabiliser dix par élève pour que celui-ci pût
exciper de son droit à demander une image. Ces images
représentaient la plupart du temps un animal sauvage ou
domestique, ou encore une fleur ou bien un insecte. Les
professeurs savaient que les enfants appréciaient les
images colorées représentant les acteurs de dame nature,
cela les stimulait et éveillait l'intérêt des plus réticents à
l'apprentissage en milieu scolaire. Lorsque vous possédiez
cinq images, une grande image pouvait vous être remise
20 par le professeur. Rares étaient les enfants qui pouvaient se
targuer d'en posséder une. Mais Rachid ne s'était fixé
aucun but particulier dans l'obtention d'images ou de bons
points, il avait une soif naturelle d'apprendre. Pour ce
faire, il buvait littéralement les paroles de ses professeurs,
qu'il admirait pour leur capacité à retenir tant de choses, et
à pouvoir les restituer avec une telle agilité intellectuelle.
Au CE2, on ne distribuait ni bons points ni images, quelle
que soit la taille, il n'était plus question d'incitation au
travail ou de mobiliser le plus longtemps possible
l’attention. Désormais, les élèves étaient considérés
comme des « grands » et, à ce titre, les friandises et autres
artifices n'avaient plus cours à partir d'un certain âge. Une
notion nouvelle était présentée à la conscience des enfants,
il était question d'honneur, par la délivrance du fameux
« billet d'honneur ».

Pour le petit Rachid, c'était évidemment un mot
complétement nouveau et ardu à comprendre. En effet,
comme le terme « timide », c'était un mot qu'il ne pouvait
pas toucher, voir ou jauger. C'était d'autant plus difficile
pour lui qu'il confondait ce terme avec celui de mérite, qui
récompense une personne pour les bonnes actions que
celle-ci a accomplies. La notion d'honneur, quant à elle,
renvoie à plusieurs acceptions, à des considérations
d'ordre moral. Elle n'est pas spécifiquement basée sur la
réalisation d'actions, et ne correspond pas nécessairement
à des critères d'objectivité qui caractérisent le mérite.
L'essence de l'honneur est plus floue, mais
paradoxalement plus forte et beaucoup plus intense que celle du
mérite ; elle est empreinte de passion, de subjectivité, elle
peut renvoyer à la mort et à la vie, au passé ou au présent,
ou être invoquée pour satisfaire ou raviver un sentiment de
haine ou de fraternité. Rien n'est plus instable ou versatile
que l'honneur. Pourtant, c'est bien lui qui est cité pour les
21 moments les plus solennels, on parle alors de champ
d'honneur pour rappeler les soldats morts sur les champs
de bataille, des honneurs militaires, de l'honneur au
drapeau, d'honneurs funèbres et, plus prosaïquement, de
parole d'honneur ou de l'honneur de la famille.
Avoir du mérite est chose éminemment louable, mais
celui-ci a tendance à s'effacer au profit de l'honneur,
comme celui d'un être humain en tant que personne
sensible, dans la mesure où l'honneur, lorsque nous
sommes en sa présence, nous saisit d'une très vive
émotion, au point que certaines personnes se mettent à
pleurer, de douleur ou de fierté. Il s'agit de la dignité de
l'homme, le mérite, lui, n'a pas tout à fait la même
intensité humaine, il lui manque une dimension
philosophique et émotionnelle qui ne se retrouve pas dans le
mérite. Partant, le petit Rachid ne comprit que bien des
années plus tard la vérité sur ce qui allait lui arriver.
Rachid faisait ses devoirs de façon régulière, il n'était
pas nécessaire pour lui de redoubler d'efforts pour obtenir
de bonnes notes. Il ne recevait l'aide de personne pour s'en
acquitter, il fallait qu'il se débrouille seul, quel que soit le
problème rencontré. Il était impensable pour le petit
Rachid d'évoquer les difficultés qui touchaient sa famille.
Son père battait sa mère pour des futilités. À ce sujet, il
n'avait jamais vu, de son vivant, son père faire un
compliment à sa mère, ou lui offrir quelque chose. La
mère de Rachid avait une attitude de servilité à l'égard de
son époux ; en sa présence, ce dernier n'avait jamais
montré un signe de gentillesse envers elle, qui ne cessait
de se plaindre de sa dureté et de son insensibilité à ses
difficultés et à celles de leurs enfants. Son père,
relativement avancé en âge, se contentait de manger ce que son
épouse lui préparait, cette dernière devant composer les
22 repas avec les maigres provisions que lui apportait son
mari. Il était plus souvent à la maison qu'au travail. Il ne
changerait pour rien au monde ses habitudes de joueur
invétéré. Quoi qu'il lui en coûtât, il fallait qu'il parie sur un
ou plusieurs chevaux. C'était tout un cérémonial ; il
disposait de la panoplie complète du parieur. Il était fier
d'utiliser son petit appareil à oblitérer les tickets qui
servaient à valider ses paris ; cette préparation avait lieu le
matin, et prenait bien deux heures, le temps d'étudier le
journal qui présentait les chevaux en lice, leurs dernières
performances et leurs potentialités virtuelles à arriver en
tête des prochaines courses. Pour autant, il n'avait aucune
espèce de sympathie pour l'animal ; il n'accordait à la
beauté et la noblesse du cheval aucune sorte d'importance,
tout ce qui comptait pour lui, c'était l'appât du gain, et rien
d'autre. Hélas, il n'avait pas conscience de l'effet addictif
du jeu et de toutes les conséquences sociales qui en
découlent. Il se complaisait à jouir du phénomène de
sidération provoqué par l'éventualité de pouvoir gagner, de
vivre cette hypothèse pleinement et de la faire partager à
ses enfants, tel était le bon plaisir quotidien du père du
petit Rachid. Le piège de ces jeux organisés par l'État et
dont les bénéfices lui reviennent presque intégralement, en
dehors des maigres gains reçus par les joueurs que le sort
avait bien voulu désigner, était de donner à ces accros du
jeu le sentiment qu’ils pouvaient gagner une grosse
somme d'argent, étant donné qu'ils en gagnaient parfois
une petite.

Le paradoxe pour cet homme était de se maintenir dans
un monde virtuel, en vivant de l'espoir qu'un jour un gain
serait obtenu, en rejetant toute notion d'accomplissement
de soi, de progression sociale et intellectuelle. Il restait
irrémédiablement boulonné sur l'idée selon laquelle la vie
serait une simple alternance du jour et de la nuit, ponctuée
23 de repas frugaux et d'actes de provocation du hasard. Il ne
pouvait donc pas renseigner Rachid sur une notion comme
l'honneur, ou sur toute autre question relative au monde
intelligible.
24 CHAPITRE 4
Rachid devait redoubler son CE2. Les relations
houleuses entre son père et sa mère avaient pris des
proportions inquiétantes, cela l'avait fortement perturbé.
Un médiateur était intervenu pour réconcilier ses parents,
et le divorce avait été évité de justesse. La mère de Rachid
était d'une extraordinaire gentillesse, elle mettait tout en
œuvre pour le bien-être de ses enfants. Elle refusait la
violence au domicile, mais ne pensait pas que la violence
s'exerçait également à l'école. Ce n'était pas toujours une
violence physique, il pouvait également s'agir d'une
violence morale, plus difficile à déterminer et surtout à
prouver. C'est en entrant au CM1 que Rachid allait
apprendre à ses dépens une des significations de l'honneur,
ou plutôt du déshonneur. Cela se manifesta en fin d'année
scolaire, à l'occasion du classement des élèves, en fonction
des notes et appréciations obtenues tout au long de l'année.
Rachid n'était pas un excellent élève, mais un bon élève
malgré tout. Il était arrivé deuxième de sa classe et, à ce
titre, il méritait de se voir remettre un fameux billet
d'honneur. C'était la première fois qu'il vivait cela, il ne s'y
attendait pas et ne pensait pas être capable d'obtenir ce
précieux sésame. Il constatait que les descendants d'immigrés avaient des notes très inférieures aux élèves
d'ascendance française dis « de souche ». Ainsi, il était
parfaitement compréhensible que des parents, pour la
plupart analphabètes, puissent rencontrer des difficultés à
aider leurs enfants à faire leurs devoirs, ou même à vérifier
que leurs devoirs soient bien faits. C'est la raison pour
laquelle la surprise fut d'autant plus forte pour le petit
Rachid.
Il ne connaissait pas bien Mme Kleinski, sa nouvelle
enseignante de CM1. C'était une femme physiquement
banale, un peu guindée et souvent altière. Elle donnait
l'impression qu'elle ne pouvait pas se tromper, tout ce qui
sortait de sa bouche devait être retenu s'agissant des
connaissances générales et appliqué concernant la
discipline et les valeurs morales, même si ces dernières
sont plutôt du ressort des parents. Rachid n'avait d'autre
choix que de faire confiance à ce nouveau professeur.
D'une part, car il s'agissait d'un adulte et, d'autre part, car
la réputation de Mme Kleinski la précédait. Ainsi, selon
les uns, elle était plutôt rigoureuse mais juste, selon
d'autres, plutôt autoritaire et dépourvue d'impartialité. À
cet égard, elle avait ses « chouchous », intouchables car
sages et travailleurs, puis les autres, qui pouvaient faire
l'objet parfois de punitions. Enfin, il y avait le reste des
élèves, qui étaient systématiquement placés au fond de la
classe et qui subissaient toutes sortes de punitions,
méritées ou non. Elle avait donc instauré une sorte de
hiérarchie des places et l'emplacement de l'élève était
fonction de l'octroi de droits à certains égards ou à une
forme de considération. Plus vous étiez proches du fond de
la classe, et plus vous étiez un cancre. Inversement, plus
les élèves étaient proches du tableau, et plus ils étaient à
même de répondre aux questions posées par le professeur.
En conséquence de quoi, les élèves du fond de la classe
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