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Un fantôme excédé qui veut faire comprendre à sa veuve que le mariage dure toute la vie, mais pas plus. Une femme qui meurt sur la plage et dont le nom est Isabel, la femme en feu, la femme qui tue, la révolutionnaire. Un Choil, qui est trop petit pour être un cheveu, trop grand pour être un poil, et qui mériterait un temple. Un futur où les âmes ne sont plus suffisantes pour le nombre d'humains. Dix nouvelles en humour écrevisse à dévorer en sauce !
Publié le : mercredi 1 juin 2011
Lecture(s) : 71
EAN13 : 9782296465541
Nombre de pages : 136
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ECREVISSE
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55220-3 EAN : 9782296552203
Ariane ROUQUETTE
ECREVISSE
nouvelles
LHarmattan
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La déclaration
 Petite nouvelle abominable du lycée Joffre
Il marchait vite, remontant lallée qui longeait le parking des profs : il passait toujours par lentrée côté collège. Il était fatigué car il navait presque pas dormi, ayant passé la nuit à se tourner et à se retourner dans son lit, tout en tournant et en retournant la décision dans sa tête. Ce regard quelle lui avait lancé, hier, alors quil lavait accompagnée au Corum où sarrêtait son bus, ce regard narrivait pas à sévaporer de son esprit Une minuscule seconde, elle lui avait dit du fond des yeux :Veux-tu que nous soyons ensemble ?il avait répondu dans le souffle saccadé de saEt respiration :Je veux tappartenir tout entier. Une seconde et puis plus rien. Comme si rien ne venait de se produire, ils sétaient quittés, mais lui gardait lespoir brûlant dans son cur de tout lui avouer dès le lendemain. Il se dirigea vers la cafétéria, sans prêter attention aux lycéens assis sur les bancs et sur les tables en bois, discutant, un gobelet de café ou une cigarette à la main. Il était huit heures, cétait lhiver, il faisait froid. Il la vit qui sortait de la cafèt, riant avec une fille de la classe et un garçon quil ne connaissait pas. Il sarrêta un instant tant son cur battait fort dans sa poitrine. Il respira un grand coup, laissant lair glacé pénétrer ses poumons. Cela lui fit du bien. Il vit quelle portait au doigt la bague quil lui avait offerte lors de son anniversaire, deux mois plus tôt.En toute amitié, avait-il dit. La vision du bijou lui donna plus de courage. Il sélança et salua les trois personnes. Il était pressé de se retrouver seul avec elle, et surtout de léloigner de ce garçon quil considérait à linstant comme un rival. Il lappela par son prénom : - Pauline Elle lui sourit : - Comment tu vas, Julien ? - Euh je Je voudrais te parler A son regard anxieux, elle sinquiéta : - Cest grave ?
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- Oui ! Enfin, non Viens sil te plaît. Pauline fit un geste de la main à ses amis et le suivit. Ils passèrent sous larche, reste de lancienne caserne transformée en lycée. Julien marchait un peu de travers, se trouvant à la fois trop loin et trop près de Pauline. Il brûlait denvie de la toucher mais ne se permettait même pas de la frôler. Ils longèrent la gigantesque paroi en verre du bâtiment E, qui renfermait le CDI, et arrivèrent à lentrée de la salle Lumière, la salle de conférence. Il y avait une table, dehors, comme cela arrivait parfois. Julien demanda à la jeune fille de sasseoir et, dun mouvement leste, elle se jucha sur la table en plastique gris. Il se hissa à côté delle, à quelques centimètres, plus près quil ne voulait le faire, mais sans pouvoir résister à lappel de son corps. Il avait toutes ses chances ! Elle navait de vue sur personne ! Et puis ne passait-elle pas des heures à lécouter chanter, lui répétant quil avait la plus belle voix du monde ? Cétait comme ça quils étaient devenus amis, parce quelle aimait sa voix. Alors oui, se disait-il, il avait toutes ses chances. Il se rendit compte quelle lobservait dun air tendre. Il aimait bien ce regard : quand elle le regardait ainsi, il avait toujours limpression quelle le trouvait beau ; en tout cas, il aimait son image dans les pupilles de la jeune fille. Mais là, il baissa les yeux. - Pauline, je Il serra les poings et reprit : - Pauline, ça fait trois ans quon est dans la même classe, toi et moi, et depuis le temps, je crois que non, je suis sûr que Il avala sa salive, ça nétait pas le moment de tout rater ! - Jéprouve des sentiments pour toi. Il vit passer sur le visage de Pauline une expression de stupeur Avait-il si bien caché son jeu, toutes ces années ? Et ce regard de la veille, lavait-il mal interprété ? Mais il était déjà trop loin pour revenir en arrière. Pauline retrouva en quelques secondes son visage souriant, les yeux grands ouverts. Ses yeux si bleus Elle attendait. Elle était curieuse dentendre ce que Julien avait à lui dire. Il essaya tout de suite de se justifier : - Tu es tellement ouverte aux autres ! Toujours à aller vers ceux que tu ne connais pas, sans a priori, le sourire aux
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lèvres. Tu réchauffes le cur de celui qui est seul, et ça, cest cest génial. Il sursauta : elle avait posé sa tête sur son épaule. Elle enfouit son nez au creux de son cou et lui murmura : - Tu sens la noix de coco Jaime bien cette odeur. Il sourit faiblement, déglutit avec difficulté et reprit. Il voulait aller jusquau bout. - Jaime ton côté je me fous de ce que pensent les autres. Tu sais dire les choses telles quelles sont, même devant les gens concernés ; tu sais rester toi-même dans toutes les situations. Tu es bien dans ta peau, tu sais prendre ton pied quand les autres nosent pas le faire Je respecte. Elle lui caressait la main avec un air amusé aux lèvres, jouant avec ses doigts, les emprisonnant lun après lautre dans sa main, comme pour mieux saisir la particularité, la taille et la forme de chacun Julien se demandait sil avait dit une bêtise, il se rattrapa, montant la voix un peu trop fort à son goût : - Tu as du talent ! Il redescendit le ton : - Je Je me suis procuré certains de tes dessins et jai trouvé ça magnifique. Elle eut du mal à sempêcher de rire. Elle se reprit et, le regardant droit dans les yeux, elle lui demanda : - Est-ce que tu me trouves jolie ? - Pas jolie ! Enfin, je veux dire que tu es belle ! Cest ça, belle Jaime tes cheveux, je Il se permit denrouler une mèche châtain clair autour de son doigt. - Tu as de jolies formes, hésita-t-il, mais quand je ferme les yeux, cest ton visage que je vois. Il laissa retomber la mèche de cheveux et caressa son visage : le front, la tempe, la joue Il descendit la courbure du nez, perdu dans son apprentissage sacré. La peau était si douce, sous sa main Et puis il saperçut que Pauline le regardait. Il retira sa main et baissa les yeux. - Pauline. Est-ce que tu veux sortir avec moi ? Il lavait dit. Mais il ne se sentait pas soulagé pour autant Il restait immobile, suspendu à ces lèvres quil allait peut-être embrasser dans quelques secondes Pauline suivait-elle son
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regard ? Elle prit sa main dans la sienne et la posa sur sa bouche. Le garçon tremblait de toucher cette chair quil vénérait presque
Julien hurla en serrant instinctivement sa main contre sa poitrine. Ebahi, oubliant la douleur sous le coup de létonnement, il demeurait la bouche grande ouverte, considérant lun après lautre le visage distrait de Pauline et son doigt sanglant amputé dune phalange. La jeune fille, sans le regarder, sauta de la table, cracha au loin le bout de doigt et sen alla tranquillement en concluant : - Aucun intérêt gustatif.
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30 novembre 2004
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