En Guyane : Le Nommé Perreux

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Paul Bonnetain rapporte de son expérieuce militaire aux Antilles et en Guyane une série d'anecdotes et de descriptions impressionnistes qui sont les témoignages ironiques et pittoresques de la vie coloniale à la fin du XIXe siècle. Il en propose une vision bien plus sombre dans Le Nommé Perreux, roman naturaliste qui dépeint le destin tragique d'un jeune troupier. Les textes rassemblés dans ce volume offrent comme un contrepoids aux récits d'explorateurs et aux romans d'aventures qui ont nourri les illusions coloniales.
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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EAN13 : 9782296498280
Nombre de pages : 314
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EN GUYANE
COLLECTIONAUTREMENT MEMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
EN GUYANE
Le Nommé Perreux suivi de Nouvelles antillo-guyanaisesPrésentation de Frédéric Da Silva
L’HARMATTAN
En couverture : Illustration de C. Rodriguez (?) pourLe Nommé Perreux, ch. I, La Revue illustrée(13 septembre 1887). Voir ci-dessous p. 9 : « Des souvenirs duTour du monde, des gravures de paysages exotiques défilèrent devant ses yeux las, et il s’endormit dans des rêves bizarres où sa mère, son père, la fille au panache rouge, son chef de bureau et son frère Lucien, et Jeanne sa sœur passaient tour à tour sous des cocotiers feuillus à l’ombre desquels dansaient des négresses couleur de bronze. » © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99388-4 EAN : 9782296993884
INTRODUCTION par Frédéric Da Silva
Du même auteur Paul Bonnetain : L’Expérience des confins, sous presse « Dossier littéraire Paul Bonnetain », composé par Frédéric Da Silva,Les Cahiers naturalistes, n° 85, 2011 Paul Bonnetain,Au Tonkin, présentation de Frédéric Da Silva, coll. Autrement Mêmes 63, Paris, L’Harmattan, 2010
INTRODUCTION C’est sous l’uniforme de l’infanterie de marine que Paul Bonnetain découvre la Guyane en janvier 1878. Il a dix-neuf ans et effectue son premier voyage ultramarin, aussi, en dépit des contraintes d’un service colonial pénible, son séjour lui procure un vif émerveille-ment : Je savourais mon exil, mon isolement ; j’adorais l’espace et ma libre aventure, mes paysages tropicaux dont les cocotiers étaient les 1 hachures, les vagues le fond ombreux . À l’origine de cet engagement se trouve un contentieux familial : Bonnetain s’étant découvert une vocation littéraire qui 2 n’est pas du goût de ses parents, lesquels le destinaient au barreau . C’est pourquoi, plein de rêves et en quête d’émancipation, e Bonnetain incorpora le 7 août 1876, le 4 régiment d’infanterie de marine pour un volontariat de cinq ans. En novembre 1877, à l’issue de ses classes, il était promu caporal et embarquait, le mois suivant, à destination des Antilles et de la Guyane. L’excitation, portée par les vagues, culmine alors que se dessinent enfin les nouveaux rivages : Je ne tenais plus en place. C’était mon premier voyage, et quatorze jours de traversée avaient exaspéré mon désir de voir les pays du soleil. […] J’étais resté sur le pont pour ne perdre aucune des 3 sensations qui précèdent l’arrivée dans l’inconnu […] .L’exotisme se révèle à Bonnetain en Martinique d’abord – où il séjourne du 21 au 28 décembre 1877 – puis en Guyane, qu’il sillonne de janvier 1878 à juin 1879, au gré des affectations – de Cayenne aux îles du Salut et de Kourou à Saint-Laurent du Maroni.
1  Paul Bonnetain,Au Tonkin, présentation de Frédéric Da Silva, Paris, L’Harmattan, coll. « Autrement mêmes », 2010, p. 5. 2 Face à son peu d’engouement – il préfère canoter sur la Seine et mener la vie de bohème du quartier latin – ils auraient menacé de l’envoyer en province. 3  Dans la première version de ce texte, intituléLe Débarquement, Bonnetain prêtait son identité au narrateur qui, dans les versions suivantes, deviendra un « je » anonyme. VoirUn début, infra.
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La Guyane vers 1893
La Guyane offrait un terrain d’observation que le jeune homme a transformé en laboratoire de création, se façonnant un style tout à la fois nerveux et précis, porté par une sensibilité descriptive d’une grande justesse. 1 « Mon premier livre fut écrit au régiment » 2 En effet, « au fond de la Guyane, en pleine forêt vierge » , il s’essaye à l’écriture, composant ses premières nouvelles à partir de ses impressions, de choses vues, d’anecdotes vécues ou entendues. Mais, alors qu’il rédige ses premiers textes, au cours de l’année 1879, son séjour prend fin brutalement, parce qu’il a contracté une des fièvres endémiques des latitudes tropicales. Rapatrié en métropole, il passe plusieurs mois de convalescence à l’hôpital militaire de Toulon. Il est ensuite promu au grade de sergent (le 17 avril 1880) et, un an plus tard, victime probablement de la fièvre typhoïde, il passe les derniers mois de son engagement en congé médical. Sans attendre son ordre de libération définitif, il regagne Paris pour y trouver un journal où placer ses premières nouvelles. Il est 3 reçu par un directeur de rédaction que son uniforme intrigue et qui 4 lui fournit une chaleureuse recommandation . C’est ainsi que Bonnetain rencontre Catulle Mendès, gloire littéraire du moment, qui dirigeLa Vie populaireLa tombe. Il y fait ses débuts avec « bleue, nouvelle guyanaise » (27 mars 1881), puis « Une chasse au couguar, histoire guyanaise » (17 juillet). L’année suivante est publiéLe Tour du monde d’un troupier, son premier recueil de nouvelles, dans lequel il a réuni la plupart des récits inspirés par son séjour sous les drapeaux. Dans ces textes, qui s’inscrivent dans un registre réaliste où la narrativité est prééminente, Bonnetain tire parti des exigences de la
1 Paul Bonnetain, « Petite correspondance »,L’Armée coloniale, 14, mars 1891, p. 14. 2 Lettre à Émile Zola du 5 mai 1882, reproduite dans notre édition des « Lettres de Paul Bonnetain à Émile Zola »,Les Cahiers naturalistes, n° 85, 2011, p. 15-38. 3 Bien qu’en congé, Bonnetain reste officiellement soldat jusqu’en avril 1881, date à laquelle il est libéré de son engagement sur décision médicale. 4  L’anecdote sera rapportée par Edmond Lepelletier dans « Charlot méchant », L’Écho de Paris, 9 février 1890.
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1 brièveté et de l’art de la chute , afin de restituer les réalités coloniales sous la forme detranches de vie. La nouvelle sert à merveille son acuité descriptive, son sens du détail saisissant et son 2 goût pour les variations chromatiques , qualités qui lui vaudront une rapide reconnaissance :Après Guy de Maupassant, et dans une manière tout à fait autre, Paul Bonnetain nous semble le plus fort dans la nouvelle courte, rapide et 3 poignante comme une palpitation prolongée du cœur . LaTombe bleue, sa plus ancienne nouvelle connue, illustre les qualités de ce style. La description inaugurale de l’aube sur l’île Royale, véritableekphrasis impressionniste, traduit une révélation exotique, contrastant avec un récit qui propose, quant à lui, une 4 leçon de choses coloniales . Au spectacle du soleil se levant sur l’océan, succède celui du bagne s’éveillant et, dans une logique toute rousseauiste, l’apparition des hommes vient souiller une nature qui se livrait dans toute sa magnificence. Arraché à sa contemplation solitaire, les paupières dessillées des visions chimériques de sa rêverie, le narrateur réendosse sa livrée de garde-chiourme. L’exotisme poétique des premières lignes laisse place à un réalisme complaisamment sordide qui convie le lecteur aux funérailles d’un bagnard dont la dépouille, selon les pres-criptions du règlement, est jetée en pâture aux requins. Les premières nouvelles de Bonnetain proposent un diaporama haut en couleurs d’une Guyane pittoresque. Toute une galerie de portraits y défile, chacun accompagné d’un paysage bien distinct où s’encadrent des anecdotes. Celle du sergent Domino, dansLa Chasse au couguar, est annoncée par le narrateur comme son « initiation aux mystères de la Guyane ». On y découvre bien un 1  J.-M. Seillan souligne une évolution dans sa pratique du genre dans « Paul Bonnetain écrivain,Dans la brousse (Sensations du Soudan)»,Les Cahiers naturalistes, n° 85, 2011, p. 87-100. 2  Dès ses débuts il embrasse l’esthétique naturaliste, pourtant il déclarera à Zola qu’à cette époque il ignorait « absolument l’existence d’une école natura-liste ». 3 Gustave Toudouze,LeLivre, 10 février 1885. 4  Dans cette œuvre de jeunesse, Bonnetain, à l’instar des explorateurs et de certains romanciers feuilletonistes de son temps, alourdit son texte de notes infrapaginales à visée didactique (règlement militaire spécifique aux colonies, précisions géographiques, etc.), venant cautionner, selon lui la « rigoureuse exactitude des détails ».
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