En quête

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Basile, Pierre, Grégoire : trois générations. Trois hommes que leur engagement a confronté dans des circonstances bien différentes à la même problématique : celle de la mainmise d'appareils politiques sur des mouvements nés de l'espoir d'un monde meilleur. Ces trois hommes, sont-ils victimes d'une malédiction familiale ? Ou bien se heurtent-ils à un phénomène qui les dépasse et interroge toutes celles et tous ceux qui n'acceptent pas le monde tel qu'il est ?
Publié le : lundi 1 avril 2013
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EAN13 : 9782296533929
Nombre de pages : 238
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Basïe, Pïerre, Grégoïre : troïs généraons. Troïs hommes que eur engagement, e premïer dans es combats de a in de a guerre en 1945, e deuxïème dans e mïïtansme d’extrême-gauche après Maï 68, e troïsïème dans ’économïe soïdaïre et socïae dans es années 2010, a confrontés dans des cïrconstances bïen dïérentes à a même probémaque : cee de a maïnmïse d’appareïs poïques sur des mouvements nés de ’espoïr d’un monde meïeur, maïs cee aussï du suïvïsme sans eque ces appareïs ne subsïsteraïent pas.
L’hïstoïre de ces hommes n’est pas ïnéaïre, e présent et e passé s’entremêent, se font écho, s’ïnterpeent. Ee est ssée de passïons, pour eurs engagements, comme pour es femmes qu’ïs rencontrent et quï ont tant d’ïnluence sur eux. Ee est aussï parsemée de eurs doutes et d’éans réprïmés, d’échecs dououreux, maïs jamaïs de renoncements.
Ces troïs hommes, entre esques a iïaon sse un ïen sïnguïer, sont-ïs vïcmes d’une maédïcon famïïae ? Ou bïen se heurtent-ïs à un phénomène quï, parce qu’ï revïent en permanence, es dépasse et ïnterroge toutes cees et tous ceux quï n’acceptent pas e monde te qu’ï est ?
d’ingénieurs, il a vécu avec enthousiasme le militanIsme d’extrême-
désarrois. Plus de trente ans après, ayant traversé d’autres expériences
premier roman, une quesIon essenIelle.
Iustraon de couverture : des Oîces, Forence.
, Sandro Boceï, vers 1497. Gaerïe
EN quête Roman
Dominique Tessier
En quête
Dominique Tessier
En quête
© L'Harmattan, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00451-8 EAN:9782343004518
I
Quand les balles sifflent, on a peur. Mais quand le calme se fait, l’angoisse est encore pire. On se demande quand tombera le prochain obus, et surtout où.
Ainsi songeait Basile, dissimulé au premier étage d’un clocher, d’où il pouvait observer les batteries allemandes. Un clocher qui avait résisté comme par miracle à la guerre, même si, à l’intérieur, la ruine menaçait : des pierres branlantes, un reste de charpente en bois vermoulu. Un escalier à moitié effondré permettait encore de gagner l’étage supérieur en prenant le risque de chuter. Basile s’y était hissé tant bien que mal, sans prendre le temps de réfléchir, après tout il avait plus de chance de mourir sous un tir, ou sous l’effondrement d’un pan de paroi, qu’en glissant en contre-bas des marches disloquées.
Basile avait une mission. Jeune officier d’artillerie, il devait observer le dispositif ennemi, et renseigner avec sa radio de campagne, quand elle voulait bien fonctionner, les canonniers français. Forts des informations ainsi recueillies, ces derniers n’auraient plus qu’à ajuster la cible.
On était en décembre 1944, peu avant Noël, à la lisière de cette poche de Saint-Nazaire où plus de cent mille soldats Allemands avaient trouvé refuge, comme dans plusieurs autres ports de l’Atlantique, lorsque les armées alliées, victorieuses en Normandie, avaient tourné leur effort vers Paris puis vers l’assaut sur l’Allemagne. Fortement armés, ils tenaient en otage une population exaspérée, d’abord par les atrocités d’un occupant qui avait fait payer cher les coups que la Résistance lui avait porté en Bretagne dès 1943, ensuite par les carences de ravitaillement, enfin par l’impression qu’on les laissait tomber alors que le reste de la France était libéré.
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La poche était encerclée, par les maquisards, rejoints par des éléments volontaires de l’armée Française en voie de reconstitution, et par l’armée Américaine. Basile avait assisté à l’une des interminables réunions où les officiers Français et Américains, ainsi que les dirigeants des maquis, s’étaient violemment disputés sur la conduite à tenir. Frappé par l’incongruité de si longues discussions à deux pas des combats, marqué par l’âpreté des échanges qu’aiguisait une traduction incertaine, Basile s’était muré dans le silence. On lui assignerait bien une mission, il l’accomplirait, point.
Basile n’était pas un officier de carrière. Mobilisé en 1939, il avait participé comme lieutenant à une bataille rangée le long de la Somme. Un des rares faits d’arme au milieu de la déroute de mai-juin 1940 : leur unité avait bloqué les chars allemands … une longue journée et une nuit, jusqu’à ce que des estafettes des régiments situés de part et d’autre viennent en catastrophe leur annoncer que le front était percé à gauche et à droite, que leur résistance n’avait plus d’objet si ce n’est celle de les promettre à un encerclement rapide et donc à la captivité. Le régiment de Basile s’était retiré précipitamment à son tour, veillant dans un semblant d’ordre à détruire ses chars endommagés et à emporter ses canons. Basile avait appris par la suite que d’autres unités n’avait pas su ou pas voulu en faire autant, et avaient préféré fuir en laissant armes et bagages …
Basile avait maudit ces jours où il avait dû aller de repli en retraite, de retraite en fuite plus ou moins ordonnée. Humilié, honteux, écœuré devant certains actes de lâcheté entr’aperçus, Basile n’avait su que faire d’autre que, finalement, regagner ce qui allait devenir la zone libre où une démobilisation officielle l’attendait.
Basile n’avait pourtant rien d’un va-t’en guerre. Il faisait son devoir comme on dit « je fais mon possible ». Sans exaltation mais solidement. Il avait attendu 1944 pour s’engager dans la Résistance, en y rejoignant d’autres officiers au sein de l’Armée Secrète. La remobilisation avait suivi, après l’arrivée de De Gaulle et l’établissement du Gouvernement provisoire à l’été
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1944. L’invitation à rejoindre le front de Saint-Nazaire n’avait pas été claire : était-ce un ordre de mouvement pour une division régulière ? Ou bien ne s’adressait-on qu’à des volontaires ? Basile n’avait pas cherché à comprendre. Il avait des comptes à régler avec les Allemands, ceux qui tenaient l’embouchure de la Loire n’étaient pas de simples soldats échoués au bout de la route, leurs divisions étaient encadrées par des SS, des nazis convaincus, des officiers généraux guère disposés à se rendre. Ceux-là avaient martyrisé Saint-Malo et ravagé la Bretagne.
Mais aussi, et surtout, Basile n’aurait pas compris qu’on tergiverse. La situation était simple : la guerre n’était pas terminée sur le sol français, il fallait à nouveau, comme il avait tenté de le faire quelque quatre ans plutôt, faire son devoir. Sans forfanterie, sans aveuglement, mais sans hésitation.
L’unité qu’il avait rejointe tenait les abords du village de C. Juste à la limite des marécages et des petits bois qui constellent le pays de Retz. A l’Est, derrière eux, une zone plate, plus sèche, s’étendant grosso modo jusqu’à Nantes. Le village n’avait rien de marquant. Comme dans beaucoup de hameaux de l’Ouest, des constructions basses, un étage, parfois deux, des rues étroites. Les façades étaient de pierre claire, cette pierre qui apaise l’esprit en temps normal. Basile connaissait bien ce type de village, il y en avait tant de semblables sur des centaines de kilomètres dans cet Ouest un peu étonné de se retrouver au cœur de combats persistants.
L’ambiance assez lourde qui régnait dans l’encadrement avait surpris Basile. Petit à petit, il comprenait que les Américains, dont la décision pesait le plus puisqu’eux seuls disposaient en abondance d’armements lourds, n’étaient pas pressés d’attaquer. Ils étaient loin, les Bradley, les Patton, ceux qui avaient débarqué à Omaha Beach, qui avaient percé le front Allemand fin juillet vers Avranches : c’était normal, ils étaient aux avant-postes de l’offensive vers l’Allemagne. Ceux qui commandaient à l’arrière estimaient devoir essentiellement empêcher toute sortie des Allemands encerclés à Saint-Nazaire
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