En terre ennemie

De
Publié par

Le commandant James McClean, Jim, de la Marine américaine, est abattu au-dessus du Nord-Viêtnam. Blessé, il est gardé pendant vingt heures dans la maison de Monsieur Bi, et soigné par sa fille, Na. Le roman relate le parcours de ces trois personnages, et leur rencontre. Tout les sépare, la langue, la culture, la guerre. Mais la vie commune les oblige à des relations où le naturel affleure. Bi, plein de la haine dictée par l'hostilité de classe, a des gestes où perce sa nature humaine, vaine et compatissante.
Publié le : lundi 1 avril 2013
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EAN13 : 9782296533936
Nombre de pages : 223
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En terr eneenimLe eocanmmntdaam J MeselCc ,na,miJ ed arinla Mérice am ,seiaentaut tbassdeu- aNou dusntêiV-drselB .matsg raédés ,lie vingt h pendantl snam aeruead snsMourieonise dénp osgie tB ,iNa. le, a filar s etaler namor eL cdes urcoar plesegate ,uel er r tesisroer pnnsona trtuoév , aocncontre. Bi, enfj ,elbarc à’uqsue unu nnsémie viféroetR rgiaemA e lae quglan sane lefchev direnîmreed tl erp iuépouser et d’en ivllga ed eos naiétrioppre chri sulp ud ellfi al mère sare dartyudm én eaN ,er .des rèupèr pon s snas ,eq riovasivaie, ve ent un eehafcnesa ruuehél’tiri der tesidarnoit’d s enuue c’était la mièser .iJ mtéia tc tnervuocéd seretngraétl’n cuhaeld maliedf rgnas êt. Cerinse maal ,luc al aeugnue ge.rrretula, tuer .oT éedl a’épare, lut les s eanùol lfflauters reà deons latisel enum egilbo las ai Mom cie vétd elcsaes , aée par l’hostilil edah a enitcidreeuBi. pl, n eie.Lêsantatiscompe tiaen,ev amnihue urat nsae rcep ùo setseg sedgne pourla campav cé u à eleela esolntceoianAd. tiv H à naL hnA le q, elsitéivergiennees e’liuttaffs ler ou pntmerac enu te serias bombar fuir leA rpsèa edemtn.sgneileé irvons e à snu’lel serttavtnrea rcrid é’ live ceui ére quop tiat« elle rilmea lfae urleirrè e’dcéiravnie. Elle a voyagéxua atÉ U-st sinurpoe scudontmesullI.» sruelp e due qesir rdes kchpsIot e :trruouvede cion tratssessnoied rbo slie rebén ço sdeue tomniùoi l yenfance de son Roman

Lê Lan Anh

En terre
ennemie

Traduit du vietnamien par Tây Hà

342-003-4-381,92sotoBSI. : N-879V05€ TVOUQPMPPMQU





























Titre

original

:
ф ¶Ӝ
t

k
Ӳ
thù







©

LHarmattan,

2013

5
Ȭ
7,

rue

de

lEcole

polytechnique,

75005

Paris


http://www.librairieharmattan.com

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

harmattan1@wanadoo.fr

ISBN

:

978
Ȭ
2
Ȭ
343
Ȭ
00
384-9

EAN

:

978234300
3849

En

terre

ennemie



Lan

Anh

En

terre

ennemie


roman


traduit

du

vietnamien

par

Tây
















L
ȇ
Harmattan

Le

traducteur

remercie

Béatrice

Lang,

Anne
Ȭ
Marie

Leroux,

agrégées

de

l
ȇ
Université

et

Nghiêm

Quang

Thái,

ingénieur

ECP,

pour

leur

travail

minutieux

de

relecture

et

de

correction

du

tapuscrit.

Erreurs

et

maladresses

sont

dues

à

la

seule

négligence

du

traducteur.


Tây


À

mon

fils




ma

source

d
ȇ
inspiration

inépuisable

Qui

est

toujours

derrière

moi

dans

toutes

les

circonstances

de

ma

vie

Nous

vivons

une

ère



les

civilisations

différentes

doivent

apprendre

à

vivre

ensemble

dans

la

paix,

à

apprendre

les

unes

des

autres,

à

étudier

l
ȇ
histoire,

les

valeurs,

les

arts

et

la

culture,

les

unes

des

autres,

et

ensemble,

à

enrichir

mutuellement

leur

vie.

L
ȇ
autre

possibilité,

dans

ce

petit

monde

étroit

et

surpeuplé,

c
ȇ
est

la

mésentente,

la

tension,

le

conflit

et

la

catastrophe

Un

ordre

mondial

reposant

sur

la

diversité

des

civilisations

est

la

garantie

la

plus

sûre

contre

une

guerre

mondiale

LESTER

B.

PEARSON
*

1950







Il

est

certain

qu
ȇ
on

doit

étudier

le

passé

pour

y

apprendre

la

sagesse

et

éviter

de

retomber

dans

des

errements

néfastes.

C
ȇ
est

pourquoi

il

ne

faut

pas

oublier

le

passé.


Sagesse

populaire

*

Premier

Ministre

et

écrivain

canadien



Prix

Nobel

de

la

Paix

1957

CHAPITRE

PREMIER

Sur

la

chaîne

des

Monts

Lam

d
ȇ
un

bleu

intense



une

brise

légère

s
ȇ
est

levée,

le

soleil

rouge

comme

le

sang

se

repose,

après

avoir

toute

la

journée

soufflé

le

feu

sur

la

terre

des

hommes.

Le

fleuve

Ma

prend

sa

source

au

milieu

des

Monts

Lam.

Descendu

dans

la

plaine

côtière,

il

s
ȇ
attarde

sur

les

contours

des

massifs

de

calcaire

et

des

grands

espaces

plantés

d
ȇ
arbres.

Aux

approches

de

la

mer,

son

cours

se

rétrécit

tout

à

coup

et

laisse

une

longue

plage

de

sable

blanc

sur

chacune

de

ses

deux

rives.

En

aval

il

se

glisse

paresseusement

au

milieu

d
ȇ
un

marécage,

contourne

encore

quelques

collines

avant

de

se

jeter

précipitamment

dans

la

mer.

Deux

villages

ont

pu

naître

sur

ces

plages

de

sable.

L
ȇ
un

d
ȇ
eux,

le

village

de

Trà,

s
ȇ
étire

entre

le

fleuve

et

la

route

nationale.

L
ȇ
autre,

le

village

de

Hà,

à

l
ȇ
écart

du

reste

du

district

de

Tân

Thành,

se

blottit

contre

la

montagne,

sa

face

tournée

vers

le

fleuve

offerte

au

vent.

La

clarté

du

jour

se

retire

doucement

derrière

la

montagne.

Du

ponton

jeté

sur

la

mare

parvient

le

clapotis

de

l
ȇ
eau

qu
ȇ
on

agite,

quelqu
ȇ
un

est

en

train

de

laver

ses

légumes.

Une

mère

élève

la

voix

pour

appeler

ses

enfants

trop

absorbés

dans

leurs

jeux.

Dans

une

cuisine,

quelque

part,

on

s
ȇ
affaire

à

préparer

le

repas

du

soir.

L
ȇ
odeur

de

feuilles

sèches,

celle

de

fumée

venant

d
ȇ
une

cuisine,

se

mêlent

au

parfum

puissant

des

fleurs

de

citronniers

et

de

pamplemoussiers

qui

se

répand

dou
Ȭ
cement

alentour.

Dans

la

fraîcheur

du

crépuscule,

le

village

de



se

prépare

à

passer

paisiblement

la

nuit.

Au

milieu

du

village

dans

une

maison

à

cinq

travées

dont

le

toit

de

tuile

est

soutenu

par

une

rangée

de

piliers

brillants

en

bois

de

fer,

Monsieur

Bi

est

devant

l
ȇ
autel

dédié

aux

âmes

des

morts.

Avec

lenteur

il

est

en

train

d
ȇ
allumer

trois

bâtons

d
ȇ
encens

à

la

petite

lampe

à

huile

posée

sur

l
ȇ
autel.

Le

foyer

lumineux

de

la

lampe

n
ȇ
est

pas

plus

gros

qu
ȇ
un

grain

de

soja.

Les

bâtons

d
ȇ
encens

frémissent

un

instant

et

la

flamme

jaillit

tout

d
ȇ
un

coup,

éblouissante.

Aujourd
ȇ
hui

c
ȇ
est

le

quatorzième

anniversaire

de

la

mort

de

An,

sa

femme.

Ce

qui

explique

que

le

brûle
Ȭ
encens

astiqué

avec

soin

brille

de

tout

son

éclat

entre

un

bol

de

riz

et

une

assiette



trône

un

uf

avec

quelques

grains

de

sel

autour.

En

silence

Monsieur

Bi

plante

les

bâtons

d
ȇ
encens

dans

le

bol

prévu

à

cet

effet,

placé

devant

un

portrait

sous

verre,

déjà

jauni.

Une

femme

jeune

encore,

avec

de

grands

yeux

ouverts

comme

ceux

d
ȇ
un

enfant,

le

regarde

avec

attention.

Il

se

tient

droit,

de

la

main

il

défroisse

sa

veste

couleur

de

terre,

arrange

les

plis

de

son

pantalon,

puis,

les

deux

mains

jointes

sur

la

poitrine,

il

regarde

fixement

les

grands

yeux

du

portrait.

Il

baisse

la

tête,

se

plie

en

avant

les

mains

jointes

pour

saluer

trois

fois

et

se

met

à

murmurer

des

paroles

indistinctes.

Il

prie,

ou

se

confie

à

12

la

disparue,

ou

se

parle

à

lui
Ȭ
même,

il

est

difficile

de

savoir

Monsieur

Bi

reste

immobile,

ses

lèvres

remuent

fai
Ȭ
blement.

De

temps

en

temps

il

s
ȇ
arrête,

la

gorge

serrée,

les

larmes

au

bord

des

yeux

Comme

s
ȇ
il

revenait

avec

sa

femme

vers

un

passé

lointain.

Devant

l
ȇ
autel,

sur

un

plateau

posé

par

terre

deux

ou

trois

patates

douces

bouillies

voisinent

avec

quelques

morelles

fermentées

dans

de

la

saumure.



*

Dans

ce

village

de



les

bruits

et

les

commentaires

les

plus

insensés

circulent

sur

les

vénérables

géniteurs

de

Bi

sans

que

personne

sache

vraiment



est

la

vérité.

Beaucoup

affirment

avec

conviction

que

la

mère

de

Bi

était

une

demi
Ȭ
folle

venue

on

ne

sait

d
ȇ
où,

qui

traînait

dans

tout

le

village

et

se

couchait





le

vent

la

poussait.

Ce

qui

devait

arriver

arriva.

Le

père

de

Bi

était

indubita
Ȭ
blement

quelqu
ȇ
un

du

village.

Autrement,

d
ȇ


pouvait
Ȭ
il

être

?

On

se

susurre

à

l
ȇ
oreille,

en

s
ȇ
assurant

qu
ȇ
aucun

indiscret

n
ȇ
est

à

l
ȇ
écoute,

que

Bi

est

le

fruit

d
ȇ
une

de

ces

nuits

de

dévouement



le

chef

de

la

milice

villageoise

mettait

tout

son

cur

et

toute

son

âme

au

service

de

la

sécurité

publique

On

conte,

on

brode,

on

colporte

toutes

sortes

d
ȇ
his
Ȭ
toires



il

est

impossible

de

démêler

le

vrai

du

faux.

La

seule

chose

certaine

est

que

Bi

a

été

ramassé

près

de

la

*
Maison

Communale ,



il

était

abandonné

tout

nu,

respirant

faiblement

*

Note

du

Traducteur

(dans

tout

l
ȇ
ouvrage,

toutes

les

notes

sont

du

traducteur)

:

Chaque

village

avait

son

génie

protecteur

et

un

temple

dédié

à

ce

génie.

Ce

temple

et

ses

dépendances

servaient

et

servent

13

Ce

village

de



était

misérable,

mais

on

ne

pouvait

rester

les

bras

croisés

pendant

que

ce

pauvre

petit

être

se

mourait

de

privation.

C
ȇ
est

ainsi

que

l
ȇ
enfant

se

trouva

passé

de

main

en

main

parmi

toutes

les

mères

qui

allai
Ȭ
taient

dans

le

village.

L
ȇ
enfant

avait

sans

doute

pris

conscience

de

sa

situation

de

nourrisson

intermittent

qui

connaissait

des

jours

avec

et

des

jours

sans,

c
ȇ
est

pourquoi

quand

l
ȇ
occasion

s
ȇ
offrait,

ses

joues

se

creusaient

et

de

tout

cur

il

suçait,

vidait

tout

le

lait,

et

laissait

les

enfants

de

ces

dames

crier

leur

faim.

Il

arriva

un

moment



le

Conseil

des

Notables

dut

se

réunir

pour

décider

du

sort

de

l
ȇ
enfant.

Après

un

débat

difficile



il

fallut

peser

longuement

le

pour

et

le

contre,

on

décida

de

confier

Bi

à

Madame

Có,

une

veuve

sans

enfant

qui

vivait

seule

dans

une

hutte

au

bout

du

village.

Comme

rémunération,

le

village

lui

attribua

un

lopin

pris

sur

les

terres

communales,

et

la

dispensa

de

différentes

contributions.

Avec

l
ȇ
eau

de

cuisson

du

riz

ou

des

patates,

à

raison

de

deux

repas

par

jour,

la

veuve



donna

à

l
ȇ
enfant

les

soins

les

plus

dévoués.

Les

habitants

du

village

de

leur

côté

ne

pouvaient

la

laisser

trimer

seule

du

matin

au

soir,

et

le

pêcheur

à

la

drague

qui

revenait

de

la

mare

lui

apportait

toujours

quelques

crevettes

ou

quelques

poissons,

celle

qui

venait

de

déterrer

les

patates

lui

en

laissait

la

moitié

d
ȇ
un

panier,

il

y

avait

toujours

quelqu
ȇ
un

pour

lui

donner

un

bol

de

potage,

quelques

morelles

on

lui

donnait

de

tout

toujours

aux

festivités

du

village.

La

Révolution

dans

sa

période

de

pureté

doctrinale

avait

interdit

le

culte

des

génies.

Mais

ce

temple

servait

toujours

de

maison

communale.

14

Cette

vie

sans

éclat

de

la

veuve

avec

l
ȇ
enfant

aban
Ȭ
donné

a

pu

se

poursuivre

pendant

sept

ans,

jusqu
ȇ
au

moment



elle

mourut

brusquement.

La

hutte

délabrée

fut

abandonnée.

Bi

entra

dans

la

vie

et

commença

une

existence

autonome

et

précaire

Mais

pour

l
ȇ
été

déjà,

les

choses

étaient

faciles,

les

endroits

ne

manquaient

pas

pour

s
ȇ
étendre

et

dormir.

Et

pour

l
ȇ
hiver,

il

n
ȇ
y

avait

pas

de

problème

non

plus

!

En

effet,

qui

pouvait

avoir

le

cur

de

fermer

sa

cuisine

à

un

enfant

sans

famille

qui

tremble

de

froid

?

Le

nom

de

Bi,

qui

signifie
Ȉ
bille
Ȉ
,

on

ne

sait

pas

d
ȇ


il

venait.

Peut
Ȭ
être

est
Ȭ
ce

parce

qu
ȇ
il

roulait

comme

une

bille

entre

le

sol

des

cuisines

ou

les

dalles

des

cours

et

les

marches

de

la

Maison

Communale.

Il

n
ȇ
avait

pas

de

nom

de

famille,

seulement

un

nom

personnel,

Bi



c
ȇ
est

tout.

Pour

se

nourrir,

Bi

n
ȇ
avait

pas

à

se

faire

du

souci,

car

c
ȇ
était

un

garçon

qui

savait

rendre

service.

Organisait
Ȭ
on

une

fête

:

Bi

!

Un

champ

manquait
Ȭ
il

d
ȇ
eau

:



donc

est

Bi

?

Jusque

pour

creuser

une

fosse

ou

donner

une

nouvelle

sépulture

aux

ossements

d
ȇ
une

tombe
*
,

tout

passait

par

les

mains

de

Bi

Seulement

une

chose,

dans

une

maison,

on

ne

deman
Ȭ
dait

jamais

à

Bi

de

travailler

dans

le

bâtiment

des

maîtres.

La

veste

ravaudée

qui

portait

des

pièces

de

toutes

les

couleurs,

sur

le

corps

maigrichon

et

le

visage

un

peu

insolite

de

Bi,

tout

son

aspect

faisait

craindre

un

mauvais

sort.

Le

visage

était

étroit

et

osseux,

avec

deux

sourcils

clairsemés

comme

égarés

au
Ȭ
dessus

de

deux

yeux

intelli
Ȭ
gents

toujours

en

mouvement.

Le

nez

était

légèrement

*

La

tradition

au

Vietnam

était

d
ȇ
ouvrir

les

tombes

trois

ans

après

le

premier

enterrement

pour

prendre

les

ossements

qu
ȇ
on

mettait

dans

une

urne

et

qu
ȇ
on

enterrait

sur

place.

15

retroussé,

avec

les

ailes

minces

nervurées

de

veinules.

Le

problème

était

avec

la

bouche

:

les

incisives

de

la

mâchoire

supérieure

se

projetaient

résolument

en

avant

de

sorte

que

les

lèvres

inférieure

et

supérieure

n
ȇ
avaient

guère

l
ȇ
occasion

de

se

rencontrer.

Mais

le

pire

de

tout

était

l
ȇ
incisive

du

côté

droit.

Comme

si

elle

était

insatisfaite

de

la

position



elle

avait

été

mise,

elle

s
ȇ
avançait

encore

plus

loin

pour

se

séparer

de

ses

compagnes.

Chaque

fois

que

son

propriétaire

s
ȇ
arrachait

les

cheveux

devant

un

problème,

c
ȇ
était

une

occasion

pour

elle

de

manifester

son

indépendance.

Elle

s
ȇ
avançait

sans

se

gêner,

insolemment,

comme

pour

dire

qu
ȇ
elle

seule

pouvait

aider

le

maître

à

se

tirer

de

cette

situation

sans

issue

!

Bi

non

seulement

savait

rendre

service,

mais

il

était

encore

très

travailleur.

Même

s
ȇ
il

devait

aller

au

bout

de

ses

forces,

épuiser

son

souffle,

meurtrir

son

corps,

jamais

ne

lui

échappait

une

plainte.

Au

milieu

de

la

nuit,

par

le

temps

le

plus

froid,

lorsque

le

typhon

se

levait,

il

suffisait

de

l
ȇ
appeler,

et

Bi

arrivait

sans

tarder.

Mais

l
ȇ
endroit



Bi

aimait

particulièrement

se

rendre

c
ȇ
était

au

milieu

du

village,

chez

Monsieur

Ty.

De

l
ȇ
entrée

du

village,

lorsqu
ȇ
on

suivait

la

rue

principale

pavée

de

briques

jusqu
ȇ
au

milieu

du

village,

juste

à

gauche,

était

la

propriété

que

la

famille

de

Monsieur

Ty

avait

mis

plusieurs

générations

à

bâtir.

Mais

pour

pénétrer

à

l
ȇ
intérieur,

le

visiteur

devait

traverser

un

imposant

portail

monumental

qui

s
ȇ
ouvrait

sous

un

toit

couvert

de

tuiles.

Les

deux

battants

du

portail

étaient

en

bois

de

fer

;

un

loquet

les

maintenait

solidement

fermés

de

l
ȇ
intérieur,

et

rares

étaient

les

moments



il

était

retiré.

Passé

le

portail,

le

visiteur

n
ȇ
accédait

pas

encore

à

la

maison.

Il

devait

parcourir

un

petit

chemin

bordé

de

lilas

du

Japon

qui

le

couvraient

de

leur

ombre

épaisse.

À

16

droite

du

chemin

était

un

petit

jardin

potager

qui

offrait

toutes

les

couleurs

au

plaisir

des

yeux

:

vert,

jaune,

violet,

rouge,

changeant

de

robe

selon

le

cycle

des

saisons.

À

gauche

était

une

mare

qui

faisait

plus

de

quinze

mètres

d
ȇ
un

bord

à

l
ȇ
autre

;

une

activité

incessante

y

régnait

:

tantôt

on

récoltait

les

jacinthes

d
ȇ
eau

qui

flottaient

à

sa

surface,

tantôt

on

la

vidait

pour

prendre

le

poisson,

puis

venait

le

temps

des

canards,

des

liserons

d
ȇ
eau,

parfois

des

tiges

de

bambou

et

des

troncs

de

lilas

du

Japon

étaient

mis

à

macérer

dans

la

boue

au

fond

de

l
ȇ
eau,

pour

servir,

à

maturation,

dans

la

construction

des

maisons.

Le

petit

chemin

conduisait

le

visiteur

au

fond

d
ȇ
une

cour

dallée

de

brique.

À

gauche

de

la

cour,

en

venant

par

le

chemin,

était

le

verger.

Les

arbres

y

donnaient

des

fruits

tout

au

long

de

l
ȇ
année

:

voici

le

temps

des

jaquiers

et

des

goyaviers,

puis

venait

le

tour

des

pample
Ȭ
moussiers,

des

anones,

des

plaqueminiers,

puis

celui

des

jujubiers

et

des

caramboliers

Mais

le

plus

remarquable

était

le

pamplemoussier

avec

son

tronc

rugueux,

qui

se

tenait

à

l
ȇ
écart,

à

l
ȇ
extrémité

du

muret

sculpté

d
ȇ
une

frise

de

fleurs

qui

séparait

la

cour

du

verger.

Le

dos

courbé,

son

feuillage

touffu

d
ȇ
un

vert

intense,

il

étendait

son

ombre

alentour.

De

l
ȇ
autre

côté

de

la

cour,

face

au

verger,

était

le

bâtiment

principal

à

cinq

travées,

la

maison

des

maîtres,

couvert

d
ȇ
un

double

toit

de

tuiles.

Une

véranda

fermée

par

une

claie

de

bambou

courait

devant

les

trois

travées

centrales.

À

droite

de

ce

bâtiment,

du

côté

du

potager,

étaient

un

puits

et

un

bassin

d
ȇ
eau

de

pluie,

puis

venaient

la

cuisine

et

l
ȇ
étable.

À

gauche

à

angle

droit

était

le

bâtiment

transversal

de

trois

travées,

une

dépendance

au

toit

de

paille,

précédée

17

d
ȇ
une

petite

véranda

qui

courait

sur

toute

sa

longueur.

La

première

travée

contenait

les

instruments

aratoires,

celle

du

milieu

était

jonchée

de

pommes

de

terre

laissées

à

germer,

la

dernière

est

l
ȇ
endroit



l
ȇ
on

décortiquait

le

paddy

et

blanchissait

le

riz

au

pilon.

Séparés

par

un

étroit

espace,

vers

l
ȇ
arrière

du

bâtiment

principal

étaient

relé
Ȭ
gués

la

porcherie,

le

poulailler

et

les

latrines.

L
ȇ
ensemble

du

domaine

était

solidement

défendu

par

un

mur

de

brique

qui

dépassait

la

tête

d
ȇ
un

homme.

Des

tessons

de

bouteille

et

de

poterie

étaient

fixés

sur

le

sommet

du

mur

pour

décourager

encore

plus

les

curieux

ou

les

esprits

malveillants

On

disait

que

pour

créer

ce

domaine,

plusieurs

géné
Ȭ
rations

des

ancêtres

de

Monsieur

Ty

avaient



souvent

se

priver

et

maintes

fois

défier

le

Ciel

et

la

Terre.

Madame

Ty

était

une

femme

toute

menue

qui

avait

l
ȇ
air

d
ȇ
une

petite

fille

vieillie

avant

l
ȇ
âge.

Elle

allait

et

venait

furtivement

comme

une

ombre

et

rarement

disait

un

mot

!

Elle

avait

prié

à

tous

les

sanctuaires

et

multiplié

les

jeûnes

et

les

offrandes

à

Bouddha.

Ce

ne

fut

qu
ȇ
au

soir

de

sa

vie

qu
ȇ
elle

put

donner

à

son

époux

une

fille.

Afin

d
ȇ
obtenir

pour

leur

fille

la

chance

d
ȇ
avoir

une

vie

de

paix,

les

parents

lui

donnèrent

le

nom

de

An,

qui

signifie

paix

dans

le

sino
Ȭ
vietnamien

des

lettrés.

Depuis

que

An

était

venue

au

monde,

les

gens

du

village

voyaient

Madame

Ty

encore

plus

rarement.

Jour

et

nuit

elle

était

accaparée

par

ce

fruit

tardif

de

son

sang,

la

serrant

dans

ses

bras,

la

cajolant,

la

couvrant

de

caresses.

Elle

ne

pouvait

plus

la

quitter

d
ȇ
un

pas

Mais

le

Destin

n
ȇ
avait

pas

voulu

la

laisser

dorloter

la

petite

fille

jusqu
ȇ
à

l
ȇ
âge

adulte.

Elle

s
ȇ
en

était

allée

laissant

derrière

elle

cet

enfant

qu
ȇ
elle

avait

porté

dans

ses

entrailles,

alors

que

la

petite

ne

pouvait

encore

faire

un

18

pas

sans

tomber,

ses

yeux

toujours

grand

ouverts,

éton
Ȭ
nés,

comme

si

elle

était

étrangère

à

ce

monde.

En

grandissant

An

montra

les

mêmes

dispositions

que

sa

mère.

Elle

allait

et

venait,

vaquait

à

ses

besognes

tou
Ȭ
jours

silencieuse

comme

une

feuille

morte.

Sa

petite

bouche

n
ȇ
était

jamais

très

occupée.

Ses

deux

yeux

noirs

comme

du

jais

étaient

profondément

tristes

lorsqu
ȇ
elle

les

baissait.

Lorsqu
ȇ
elle

les

levait

et

les

ouvrait

tout

grands,

ils

étaient

innocents,

naïfs

comme

ceux

d
ȇ
un

petit

enfant.

Les

garçons

du

village

étaient

tous

fous

d
ȇ
elle

!

On

ne

sait

pas

si

c
ȇ
était

sa

fragilité

d
ȇ
une

fleur

qu
ȇ
il

faut

protéger

qui

avait

ravi

leur

âme,

ou

si

c
ȇ
était

ce

domaine

immense

au

milieu

du

village

avec

son

portail

hermétiquement

clos

qui

attisait

leur

convoitise.

Comme

sa

mère,

An

franchissait

rarement

le

pas

de

ce

portail.

Jour

et

nuit

elle

restait

dans

sa

maison

pour

veiller

sur

son

vieux

père,

jouer

avec

les

poulets

et

les

canards,

s
ȇ
occuper

des

cochons

et

du

jardin

potager

La

rareté

de

ses

apparitions

faisait

encore

s
ȇ
envoler

l
ȇ
imagination

des

garçons

du

village,

s
ȇ
exacerber

leur

désir.

Bi

n
ȇ
échappait

pas

au

sort

commun

!

Peut
Ȭ
être

parce

qu
ȇ
il

avait

bien

dix

ans

de

plus

que

An,

sa

passion

était

encore

plus

enfouie,

plus

ardente

Chaque

fois

que

Monsieur

Ty

le

faisait

mander

pour

quelque

affaire

Bi

se

précipitait

au

bout

du

village,

puisait

à

pleines

mains

l
ȇ
eau

de

la

mare

qu
ȇ
il

répandait

sur

ses

cheveux

taillés

au

couteau

qui

se

hérissaient

en

désordre,

pour

tenter

de

les

lisser,

puis

passait

ses

mains

sur

ses

vêtements

faits

de

pièces

et

de

morceaux

pour

leur

donner

un

pli

convenable.

Mais

le

malheureux

pouvait

bien

vider

toute

la

mare,

ses

vêtements

refusaient

de

se

défroisser

!

19

Et

comme

si

ses

jambes

avaient

reçu

des

ailes,

en

un

instant

elles

l
ȇ
avaient

transporté

au

milieu

du

village.

Mais

tout

d
ȇ
un

coup

elles

semblaient

vouloir

se

dérober

sous

lui,

s
ȇ
enrouler

l
ȇ
une

à

l
ȇ
autre,

dès

qu
ȇ
il

se

trouvait

devant

ce

portail

aux

deux

immenses

battants

en

bois

de

fer

qui

étaient

là,

froids,

fermés,

silencieux.

Cette

trans
Ȭ
piration,

comme

elle

est

bizarre

:

il

n
ȇ
a

transporté

ni

la

charrue

ni

la

herse

et

voilà

qu
ȇ
elle

se

met

à

se

déverser

à

flots,

inondant

ce

visage

qu
ȇ
il

vient

de

laver.

Sa

poitrine

aussi

refusait

de

rester

en

place

et

se

mettait

à

battre

comme

des

roulements

de

tambour

et

faisait

se

troubler

sa

vue.

Bi

entrait

dans

la

cour

à

pas

de

loup,

la

tête

baissée,

prêt

à

répondre

aux

ordres

de

Monsieur

Ty,

mais

ses

yeux

couraient

dans

tous

les

sens,

de

la

maison

des

maîtres

au

bâtiment

transversal,

fouillant

dans

la

cuisine

pour

tenter

de

voir

l
ȇ
objet

de

ses

désirs

C
ȇ
était

un

hasard

extraordinaire

quand

ses

yeux

pouvaient

capter

l
ȇ
image

de

An

venant

comme

dans

un

rêve

d
ȇ
un

lieu

très

lointain,

d
ȇ
un

monde

de

fées.

En

de

très

rares

occasions,

elle

pouvait

le

gratifier

d
ȇ
un

regard

rapi
Ȭ
de

comme

un

coup

de

vent,

du

même

regard

qu
ȇ
elle

jetait

sur

la

jarre

de

soja

fermenté

ou

le

pot

de

morelles

en

saumure,

rangés

dans

un

coin

de

la

cuisine.

Cela

suffisait

pour

clouer

ses

pieds

au

sol,

pendant

que

son

corps

va
Ȭ
cillait

comme

pris

de

malaise.

Puis

un

jour

la

chance

lui

a

souri.

C
ȇ
était

un

soir

après

la

tempête.

Monsieur

Ty

a

fait

appeler

Bi

pour

réparer

la

toiture

de

son

étable

qui

avait

été

emportée

par

la

tornade.

Bi

entrait

dans

la

cour

juste

au

moment



le

vieillard

sortait

de

la

cuisine,

le

dos

voûté,

un

bol

de

soupe

de

riz

dans

les

mains.

20

Le

Ciel

qui

avait

sans

doute

pris

en

pitié

l
ȇ
agonie

sans

espoir

du

malheureux

soupirant

avait

rendu

les

vieilles

mains

de

Monsieur

Ty

maladroites.

Le

bol

trembla

un

peu

et

la

soupe

se

déversa

sur

le

manteau

matelassé

de

Monsieur

Ty,

ce

manteau

rembourré

de

coton

auquel

il

tenait

tant.

Voyant

Bi

qui

se

tenait

là,

faussement

innocent,

il

lui

ordonna

:



Va

dans

la

cuisine

remettre

du

potage

dans

le

bol

et

porte
Ȭ
le

à

Mademoiselle.

Bi

répondit

d
ȇ
un
Ȉ
Bien

Monsieur
Ȉ
qui

a

bien



réson
Ȭ
ner

jusqu
ȇ
au

fond

du

ciel.

Monsieur

Ty

se

retourna

et

le

fixa

longuement

d
ȇ
un

regard

réprobateur.

Bi

fit

tous

les

efforts

pour

ramener

à

l
ȇ
ordre

son

cur

qui

s
ȇ
était

mis

à

danser

une

sarabande

effrénée.

Ses

mains

tenaient

respectueusement

le

bol,

comme

on

porte

une

offrande

à

l
ȇ
autel

des

ancêtres.

En

tremblant

il

monta

les

marches

de

la

maison

des

maîtres.

Bi

était

très

perspicace.

C
ȇ
était

la

première

fois

qu
ȇ
il

mettait

les

pieds

dans

cet

endroit,

et

pourtant,

sans

hési
Ȭ
tation

il

se

dirigea

vers

la

chambre

de

droite



An

était

couchée

avec

une

forte

fièvre.

Dès

qu
ȇ
il

aperçut

la

forme

de

son

corps

étendu

sur

le

lit,

dans

la

pénombre

Bi

s
ȇ
arrêta

net,

le

sang

glacé

d
ȇ
émotion,

mais

la

soupe

commençait

à

osciller

dans

le

bol

et

menaçait

de

déborder.

D
ȇ
une

petite

voix,

Bi

annonça

:



Mademoiselle

la

soupe

la

soupe

est

servie

!

An

remua

son

corps

avec

peine,

ses

yeux

lourds

de

fatigue

s
ȇ
ouvrirent

à

demi

Elle

referma

brusquement

les

yeux,

se

tourna

contre

le

mur

et

dit,

sans

ambages

:



Pose

ça



et

va
Ȭ
t
ȇ
en

!

Le

bol

de

soupe

était

en

place

à

la

tête

du

lit,

mais

Bi

ne

se

décidait

toujours

pas

à

partir.

Il

n
ȇ
en

était

pas

question.

21

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