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Enfances

De
164 pages
Françoise Darnal-Lesné a consacré plusieurs ouvrages et un site internet à l'oeuvre de Tchekhov. Dans cet ouvrage elle s'intéresse plus particulièrement aux figures de l'enfance à travers une sélection de nouvelles. Tchekhov a rarement pris un enfant pour personnage principal. Vania, Serioja, Vanka, Volodia et les autres sont dans la poétique au même titre que les adultes des âmes où le bien et le mal cohabitent dans un équilibre précaire.
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Anton Pavlovitch Tchekhov
Enfances Préface et traduction Françoise Darnal-Lesné
Enfances
Collection Littérature classique Textes et commentaires Cette collection est consacrée à la réédition, l’analyse et la présentation de textes classiques de la littérature mondiale des origines à la fin du e XIX siècle. Titres parus ANONYMES,Maugis d’Aigremont, chanson de gestesuivie deLa morte de Maugis, 2014. Alexandre Ivanovitch KOUPRINE,Monstres insatiables,Traduit du russe, introduit et annoté par Françoise Wintersdorff-Faivre,2013.Alain CHARDONNENS,Terreur prussienne,2012 Jacques LARDOUX,Lessonnetsde William Shakespeare,2012.
Anton Pavlovitch Tchekhov Enfances Préface et traduction Françoise Darnal-Lesné
Autres parutions du même auteur Oncle Vania, Editions Bréal, Collection «Connaissance d’une œuvre », Paris, 2005. Anton Pavlovitch Tchekhov,Portraits de femmes, un itinéraire d’ombre et de lumière, Editions l’Harmattan, Collection littéraire, Paris, 2007. Anton Pavlovitch Tchekhov, LesPaysans et autres récits, Editions l’Harmattan, Collections Introuvables/Inédit, Paris, 2008, traduction et postface de Françoise Darnal-Lesné. Anton Pavlovitch Tchekhov,Lettres de voyages– Moscou, Sakhaline, Moscou, traductionet préface de Françoise Darnal-Lesné, L’Harmattan, Paris, 2009. Dictionnaire Tchekhov, Editions L’Harmattan, Paris, 2010. Anton Pavlovitch Tchekhov,Sorcière, suivie de la nouvelle Jour de fête, Carnetsde l’Herne, traduction et annotation de Françoise Darnal-Lesné, Paris, 2010. Anton Pavlovitch Tchekhov,Correspondant de guerre, traduction et préface de Françoise Darnal-Lesné, L’Harmattan, 2012, Dictionnaire Universel des Créatrices, Paris,Éditions des Femmes, 2013, participation de Françoise Darnal-Lesné concernant les femmes écrivains russes proches de Tchekhov ou qui se sont inspirées de lui. www.comprendre-tchekhov.fr, site créé et géré par Françoise Darnal-Lesné. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03752-3 EAN : 9782343037523
Préface« L’intérêtporté à l’enfant dans la société», écrit 1 Carole Hardouin-Thouard, «est un mouvement universel auquelÉmile deJean-Jacques Rousseau a e donné une impulsion majeure. Depuis le milieu du XIX siècle, la Russie n’échappe pas à cette évolution et la période prérévolutionnaire connaît dans tous les domaines, un foisonnement de réflexions pédagogiques, psychologiques et artistiques qui font évoluer l’image de l’enfant : le petit être inférieur et imparfait se transforme en individu ayant ses valeurs propres. Ce renversement de perspective permet de considérer l’enfant, non plus comme une miniature d’adulte, mais comme un être doué d’une créativité et d’une sensibilité particulières. Les intellectuels et les artistes se sentent face à lui comme des élèves devant un professeur de génie. » Tchekhov est ainsi pris dans le tourbillon ambiant de l’intérêt nouveau porté à l’enfant– Tolstoï,l’immense écrivain qu’il respecte et admire, n’invente-t-il pas un alphabet ainsi que des histoires destinées à l’apprentissage de la lecture? Loin bien sûr de que ce que feront les Soviétiques à partir de la révolution d’octobre mais pour de sombres raisons idéologiques, l’enfant étant, à leurs yeux, le maillon nécessaire à l’avènement d’un «homme nouveau»,l’homo sovieticus, un outil de propagande. Peu d’enfants cependant font partie de la poétique tchékhovienne en tant que personnage principal, Egourouchka excepté, ce petit garçon qui, pour étudier, quitte sa mère et traverse la steppe (La Steppe– 1888). 1 Carole Hardouin-Thouard,L’enfant dans la littérature russe et soviétiquede 1914 à 1953, Paris, L’Harmattan, p. 8. 7
Ce petit roman est le dernier écrit à mettre en avant un enfant en tant que personnage principal. À partir de 1888, année de parution deJe veux dormir, dernier texte de ce recueil, l’enfant ne devient plus, sous la plume de Tchekhov, qu’un personnage secondaire peu présent, mais ô combien symbolique, puisqu’il entraîne par sa non présence, un changement de vie radical dans l’existence de ceux qui l’ont engendré– iln’est qu’à penser à Nikifor (Dans la combe), Gricha (La Cerisaie), à l’enfant de Nina (La mouette), celui de Ioulia (Trois années) ou encore de Katia (Une histoire ennuyeuse)… * Quelles raisons retiennent Tchekhov et l’empêchent de suivre la nouvelle ligne éditoriale russe, guidée par son imitation de la littérature enfantine européenne, et prendre pour héros, un enfant ? Sont-elles médicales, lui qui médecin voit chaque jour la mort des enfants? Force est de constater qu’en ces années de fin du dix-neuvième siècle, la mortalité infantile atteint en Russie un taux épouvantable où, malgré la révolution pastorienne des années 1870, elle 2 stagne encore entre 260 et 250 ‰ . Mort de l’enfant dès sa naissance ou au cours des cinq premières années, mort par accident– noyadecomme le fils de Lioubov Ranevskaja dans la rivière deLa Cerisaie,(1904), mort sous les coups du père ou de la mère ou encore d’une tante lorsqu’il s’agit d’enfants de la campagne (Les Paysans -1897, Dans la combe -1900,La dame -1882)). Ou réminiscences familiales :
2 Colloque « La mort de l’enfant », approches historiques et littéraires, sous la direction de Charles Zaremba, Publication de l’Université de Provence, 2011, inMichel Vovelle, p. 15. 8
«; je me souviensDans mon enfance, je n’ai pas eu d’enfance 3 que mon père commença à me battre dès que j’eus atteint cinq ans». Ces années de plomb vécues et subies sans secours aucun lui pèsent-elles au point de renoncer à ce que font ses contemporains pour qui l’autobiographie est un 4 cheminement littéraire incontournable ? Les nouvelles qui composentEnfancesseraient-elles in fineune autobiographie déguisée ? Il ne le semble pas même si des indices laissent penser que Tchekhov puise dans ses souvenirs. N’a-t-il pas déclaré sans ambages alors qu’on prétend l’avoir reconnu dans un des 5 personnages « d’Une histoire ennuyeuse »? «Quand on vous sert du café, n’essayez pas d’y chercher de la bière. Si je vous expose les pensées d’un professeur, et bien, croyez-moi et n’essayez pas d’y trouver des pensées tchékhoviennes… Si dans tout ce récit, il y a quelque idée que je partage, elle siège dans le cerveau du gendre du professeur, legentilhomme rural Gnekker! 6 Tout le reste est imaginé et inventé de toute pièce ! »… » Qui sont donc les enfants de ces textes ? Ils appartiennent à toutes les couches sociales de la Russie – cette fin-de-siècle reflète une mutation sociétale sans précédent, années où tourments et progrès s’écrivent
3 e  Àla décharge de Pavel Tchekhov, dès le XIXsiècle, les chrétiens spiritualistes russes pensent que la tendresse était nocive, inLa mort de l’enfant, sous la direction de Charles Zaremba, Publications de l’Université de Provence, 2011, p. 232. 4  Pourmémoire :Tolstoï «Enfance, Adolescence et Jeunesse», Gorkij « Enfance »en trois volumes, Bounine «La vie d’Arseniev», et Mandelstam «Le bruit du temps» pour ne citer que les très proches écrivains de Tchekhov. 5 Une histoire ennuyeuxe (Skutchnaja istoria), récit paru sous le nom de Mon nom et moi, dabs leMessager du Nord, n° 11, début novembre 1889. 6 Anton Pavlovitch Tchekhov,Œuvres complètesen 30 tomes, récits en 18 tomes, lettres en 12 tomes,Moscou, 1974, Izdatel’stvo « Nayka », tome III, n° 702, 17 octobre 1889, à Souvorine. 9