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Ensemble, Partie 2

De
272 pages
Le cinquième secondaire ne ressemble en rien à ce qu’Alissa avait imaginé. Son bal de finissants, sa robe, sa coiffure, tout ça passe au second plan maintenant qu’elle ne peut plus ignorer que ses choix auront des répercussions sur un autre être qu’elle. Déçue par l’attitude de Benjamin, secouée par les résolutions de sa mère et par la réaction de ses beaux-parents, Alissa a l’impression que l’amour et l’amitié s’effritent sur son chemin. Sa décision s’annonce lourde à porter, mais peut-être belle aussi…
Avec Ensemble, renouez avec les personnages rencontrés dans Des milliers d’étincelles.
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Stéphanie DurandDe la même auteure chez Québec Amérique
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Ensemble, Partie 1, coll. Titan +, 2014.
Des milliers d’étincelles, coll. Titan, 2011.
• Palmarès Communication-Jeunesse 2012-2013
• Liste préliminaire du Prix jeunesse des libraires 2012
Les Naufrages d’Isabelle, coll. Titan, 2002.
• Palmarès Communication-Jeunesse 2002-2003
série maxine
Les Fausses notes, coll. Titan+, 1999.
Chanson pour Frédéric, coll. Titan, 1996.
Prix Livromanie de Communication-Jeunesse 1997-1998
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Danser dans la poussière, coll. Tous Continents, 2009.
Sur la pointe des pieds, coll. Titan, 2007.
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Palmarès Communication-Jeunesse 2006-2007
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• Palmarès Communication-Jeunesse 2006-2007
Envers et contre tous, coll. Titan, 2004.
Palmarès Communication-Jeunesse 2005-2006
•••Ensemble
Partie 2Projet dirigé par Stéphanie Durand, éditrice
Conception graphique : Sara Tétreault
Mise en pages : André Vallée – Atelier typo Jane
Révision linguistique : Myriam de Repentigny et Élyse-Andrée Héroux
Photographie en couverture : jmdphoto / photocase.com
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Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition
de livres – Gestion SODEC.

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Boulet, Tania
Ensemble
(Titan + ; 107)
Pour les jeunes.
ISBN 978-2-7644-1235-0 (vol. 2) (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2713-2 (vol. 2) (PDF)
ISBN 978-2-7644-2714-9 (vol. 2) (ePub)
I. Titre. II. Collection : Titan jeunesse ; 107.
PS8553.O844E57 2014 jC843’.54 C2013-942238-2
PS9553.O844E57 2014
eDépôt légal : 3 trimestre 2014
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
© Éditions Québec Amérique inc., 2014.
quebec-amerique.comTANIA BOULET
Ensemble
Partie 2Prologue
Dire que je m’attendais à vivre une année
parfaite… Depuis ma première journée de
secondaire, je rêvais de mon bal de finissants. J’ai cherché
pendant quatre ans LA robe idéale et LA coiffure
qui m’irait le mieux. J’avais mis au point un
maquillage qui éblouirait tout le monde en général
et mon amoureux en particulier, même si je ne
savais pas, il y a quatre ans, qui serait mon
amoureux. Je n’aurais jamais imaginé que ce serait
Benjamin Côté, un gars que je côtoyais depuis la
maternelle sans jamais l’avoir vraiment regardé.
S’il y a une chose que j’ai apprise cette année,
c’est que la vie fait vraiment ce qu’elle veut. Elle se
fiche pas mal de ce qu’on a planifié, espéré, rêvé. Je
commence même à croire qu’elle s’arrange pour faire exactement le contraire de ce qu’on avait
prévu, juste pour nous montrer qui commande.
Maintenant, ma robe, ma coiffure et mon
maquillage sont les derniers de mes soucis. Les
choix que j’ai à faire sont autrement plus
importants et plus graves que je l’aurais cru. Je suis
maintenant responsable d’une autre vie. Si je
fais une erreur, si je prends une mauvaise
décision, je ne serai plus la seule à en souffrir. Ce
poids-là est lourd à porter pour mes épaules de
seize ans.
Les choses ont beaucoup changé depuis
quelques mois et elles changeront encore plus
d’ici la fin de l’été. J’ai peur. En fait, je n’ai jamais
été aussi terrifiée de ma vie. Heureusement, j’ai
Benjamin. Il m’a promis qu’il ne me lâcherait pas
et qu’on passerait au travers. Ensemble.
Je l’ai cru.Chapitre 1
J’ai trouvé ce que je veux faire de ma vie !
Je savais que ça me viendrait comme ça,
comme une illumination ou un coup de foudre.
Ou, en tout cas, je l’espérais. Je ne sais pas à quoi
j’ai rêvé cette nuit ni ce qui s’est passé
exactement dans mon cerveau, mais je me suis réveillée
avec une certitude absolue et une image très nette
de moi dans dix ans.
J’aurais envie de danser, ce matin. J’ai trouvé
ce que je veux faire de ma vie ! C’est merveilleux !
C’est fantastique !
Et ce n’est sûrement pas le genre de métier
que ma mère aurait voulu que je choisisse.J’ai passé la journée à essayer de trouver LA
phrase parfaite pour lui annoncer la nouvelle. Ma
mère. On dirait qu’elle existe juste pour me mettre
des bâtons dans les roues et m’empoisonner
l’existence. Quand je pense que j’ai déjà cru que
ça pourrait bien aller, finalement, entre elle et
moi… Que nos problèmes étaient réglés, que nos
chicanes étaient chose du passé… Ah ! que j’étais
naïve ! C’est encore pire qu’avant. Cent fois,
mille fois pire. Et ce n’est pas la bombe que je
m’apprête à lui lancer au visage qui va arranger
les choses.
Je ne suis pas plus avancée que ce matin. J’en
ai ma claque des cris, des reproches, des regards
noirs, des silences lourds. Je voudrais sauter tout
de suite à l’année prochaine. Je voudrais que le
bébé que j’attends soit né, avoir commencé mes
études, vivre déjà en appartement avec Benjamin,
loin de ma mère et de ses parents à lui. On
pourrait se construire une vie à nous, sans avoir à
toujours rendre des comptes, expliquer, justifier,
excuser. Ici, je me sens comme si j’avais toujours
six ans. Je suis enceinte, je vais avoir un bébé
bientôt, mais ma mère me traite encore comme
si elle pouvait tout contrôler et décider pour moi.
J’en ai vraiment, vraiment assez.
Je viens de trouver l’énergie dont j’avais
besoin pour agir. Je suis maintenant tellement remontée contre ma mère que je pourrais me battre
contre une armée entière.
Je me rends au salon, où elle est en train de
lire un roman. Pour une fois, elle ne passe pas son
dimanche après-midi dans la cuisine. Elle va souper
chez Michel, son amoureux, ce soir. Michel que
je ne vois plus du tout, comme si elle avait honte
de moi. Ou peut-être qu’elle a peur qu’il devine ?
Mon ventre est toujours aussi plat, à croire que
ce bébé n’existe pas pour vrai, que j’ai tout inventé
pour me rendre intéressante. Des fois, je réussis
presque à me convaincre moi-même qu’il n’est
pas vraiment là. Mais mon corps me rappelle à
l’ordre assez vite, avec ses nausées, avec ses baisses
d’énergie qui me feraient dormir dans une flaque
d’eau… Mais bon, je dérive ! Ce n’est pas le temps
de penser à mon bébé ou à mes malaises, j’ai une
mission à accomplir !
— Maman, j’ai choisi ce que je veux faire
comme études.
Elle referme son roman du coup, sans même
prendre la peine de mettre un signet.
— Ah bon ? C’est quoi ?
— Je vais faire un cours en esthétique. C’est
une formation d’un an.
J’attends. Elle va sûrement me dire qu’un an,
ce n’est pas assez, que je devrais me forcer un peu, que je suis capable de faire mieux que ça, que ça
ne doit pas être très payant comme travail et que
franchement, esthétique, c’est plutôt superficiel…
Je pourrais lui donner tous les arguments qu’elle
veut si elle n’en trouve pas, tellement j’ai tourné
et retourné la question dans ma tête toute la
journée. En fait, j’ai vraiment envie de lui en
lancer quelques-uns tout de suite, question de lui
donner un petit erre d’aller, pour qu’elle puisse se
défouler comme il faut et qu’on en finisse. Parce
que pour le moment, elle a l’air de chercher ses
mots et ses idées. Elle reste là à me regarder sans
parler. Moi qui me disais il n’y a pas cinq minutes
que j’en avais assez de me faire crier dessus, j’ai
hâte qu’elle dise quelque chose. Décidément, le
silence et moi, ça fait deux.
Au bout d’une éternité, elle sourit. Elle
SOURIT ! Du coup, je me laisse tomber sur le
divan.
— C’est une bonne idée, Alissa. Une très
bonne idée, même.
— Tu… tu trouves ?
— Absolument. Je te vois très bien là-dedans.
Et tu vas finir assez vite, c’est parfait pour toi, vu
que tu n’aimes pas l’école.
Une chance que je suis déjà assise, sinon je
me retrouverais par terre, c’est sûr. Ma mère qui approuve mon choix ? Si je m’attendais à ça ! Je
dois rêver !
— C’est vrai, tu es d’accord ?
— Oui, je suis d’accord ! Pourquoi tu as l’air
aussi surprise ?
Je ne vais quand même pas lui avouer que je
pensais qu’elle allait me faire encore son air bête
et me tomber dessus à bras raccourcis.
— C’est juste que… heu… je croyais que tu
trouverais ça trop… ou pas assez…
Elle me sourit comme si elle se moquait de
moi. C’est bien, les sourires, mais pas à mes
dépens !
— Je croyais que tu trouverais ça superficiel.
Que tu me dirais que je pourrais faire quelque
chose de plus utile de ma vie. C’est ça.
Ma mère sourit toujours, mais pas de la même
façon. Il y a quelque chose de nouveau dans son
sourire. Une douceur que je n’avais pas vue
depuis longtemps. Je me rends compte qu’elle me
manquait, cette douceur, cette tendresse. Je me
rends compte que je m’ennuyais de ma mère, et
j’ai soudain envie qu’elle me serre dans ses bras.
— Alissa, tu le sais, je te l’ai assez répété… il
n’y a pas de bons ou de mauvais métiers. Il y a
seulement des bons et des mauvais travailleurs. Si tu aimes ce que tu fais, si tu donnes chaque
jour tout ce que tu as à tes clientes, tu seras une
excellente esthéticienne. Je m’en fous, que tu
fasses de longues études ou pas. Je veux juste que
tu trouves ta place dans la vie.
Elle se lève.
— Parles-en à madame Rose, de ton idée. Tu
lui demanderas si elle trouve ça superficiel, une
esthéticienne.
Elle a piqué ma curiosité.
— Madame Rose ? Pourquoi ? Elle a déjà été
esthéticienne, ou quoi ?
Encore un sourire, un peu mystérieux, cette
fois. Je ne savais pas que ma mère avait une telle
réserve de sourires différents.
— Parle-lui, je te dis.
Je n’ai même pas attendu que l’heure du souper
soit passée. Ma mère est allée se préparer pour sa
sortie avec son amoureux, et je suis partie pour le
centre d’accueil où ma mère travaille et où habite
maintenant madame Rose.
Madame Rose est dans sa chambre, devant sa
télé. Elle l’éteint dès qu’elle me voit.
— Bonjour, Alissa ! Ça faisait longtemps que
tu étais passée par ici !— Oui, depuis Noël. Je m’excuse, j’ai été pas
mal occupée…
— Ça va, ça va. Ce n’était pas un reproche.
J’ai déjà été jeune, moi aussi, je sais ce que c’est…
Moi non plus, je n’aurais pas voulu passer tout
mon temps avec une vieille, à ton âge.
Elle me fait un clin d’œil et je souris. Ça ne
sert à rien de lui raconter des histoires. Elle a
raison, elle le sait, je le sais. La politesse voudrait
peut-être que je réplique qu’elle n’est pas si vieille
que ça, mais nous savons toutes les deux que
quatre-vingts ans, ce n’est quand même plus tout
jeune.
Elle sort une assiette de sucre à la crème. Je
soupire. Tout de suite avant le souper, comme ça,
ce n’est pas raisonnable… Mais depuis quand
estce que je suis raisonnable, moi ?
— Alors, qu’est-ce qui t’amène, ma belle ?
Je prends le temps de savourer ma bouchée
avant de répondre :
— C’est ma mère.
Madame Rose a l’air ravie.
— Ta mère ? Ça veut dire que vous avez
recommencé à vous parler ?
Ma grimace doit être assez éloquente, parce
qu’elle ajoute :— Peut-être pas tant que ça, finalement…
— Je lui ai dit que je voulais devenir
esthéticienne. Elle m’a suggéré de venir vous demander
votre avis.
Madame Rose s’assoit dans sa chaise berçante.
— Ah ! tu as décidé d’être esthéticienne !
C’est un beau métier. J’espère que tu seras heureuse
là-dedans.
Il y a sûrement autre chose, un secret
extraordinaire, une histoire juteuse… Ma mère ne m’a
sûrement pas envoyée au centre d’accueil pour
me faire dire que c’est un beau métier et que je
devrais être heureuse ! Ça, elle aurait pu me le
dire elle-même, et aussi bien que madame Rose !
La chaise grince un peu pendant que madame
Rose se berce. Il y a des jours où ça m’apaise ;
aujourd’hui, ça m’agace. Heureusement, madame
Rose continue :
— Tu dois te demander ce que j’ai à voir
làdedans, hein ? Pourquoi ta mère t’a suggéré de
venir ? Je sais exactement pourquoi, moi. Elle
voulait que je te parle d’Éveline.
Elle s’arrête là, question de mettre un peu de
suspense dans son histoire, j’imagine. Ça ne
fonctionne pas très bien. J’ai plutôt envie de
bâiller. Éveline, Éveline, est-ce que c’est censé
me dire quelque chose, ce nom-là ? Madame Rose a besoin de se rendre plus intéressante si elle veut
que je tienne jusqu’au bout…
— Je sais que tu ne me croiras pas, et même
si tu me croyais, probablement que ça te taperait
sur les nerfs que je te le dise, mais ta mère est
quelqu’un de vraiment bien, Alissa. Même si tu
trouves qu’elle est plus énervante qu’autre chose,
c’est une personne extraordinaire, une femme
comme j’en ai rarement connu. Elle ne juge pas
les autres. Probablement parce qu’elle a tellement
souffert d’être jugée elle-même… En théorie, la
plupart des gens vont dire qu’ils ne sont pas
racistes, pas sexistes, qu’ils traitent tout le monde
sur un pied d’égalité, mais dans les faits, c’est une
autre paire de manches. Pas pour ta mère.
C’est décidé : si elle fait encore un seul
compliment sur ma mère, je me lève et je m’enfuis
sans demander mon reste. Non, mais…
Madame Rose soupire.
— Quand j’étais plus jeune, je croyais que
j’étais comme elle, moi aussi. Que je n’avais pas
de préjugés. On se fait beaucoup d’illusions sur
soi-même, quand on est jeune. Après la mort de
Georges et de Marguerite, je me suis rendu
compte que je n’étais pas mieux que les autres.
C’est bien beau tout ça, mais je ne comprends
rien de ce qu’elle raconte. C’est quoi le rapport entre la mort de son mari et de sa fille et le fait
que la plupart des gens jugent les autres ? Et mon
futur métier d’esthéticienne, qu’est-ce qu’il vient
faire là-dedans ? Je ne voudrais pas avoir l’air
sans-cœur, mais si je suis venue ici ce soir, ce n’est
pas pour me faire donner une leçon de morale ou
pour philosopher autour d’une tasse de thé… ou
même d’une assiette de sucre à la crème…
Mon impatience doit commencer à se voir,
parce que madame Rose se dépêche d’enchaîner :
— Il y avait une femme ici, quand j’étais
jeune mariée, qui s’appelait Éveline. Elle n’avait
pas beaucoup d’amies. Elle ne venait pas de la
région. Juste pour cette raison, elle était déjà
suspecte. Ça n’a pas beaucoup changé depuis le
temps. Tu remarqueras ça, comment les gens sont
frileux quand il s’agit des étrangers… Comme si
ceux qui ne viennent pas d’ici étaient
automatiquement bourrés de défauts… Mais je reviens à
Éveline. Elle venait d’ailleurs et, pour ne rien
arranger, elle était plutôt… spéciale. Différente.
Elle était toujours très maquillée, avec les ongles
impeccables, vernis et beaucoup plus longs que
ceux des femmes de la place, et elle portait des
robes colorées, moulantes, avec des talons
tellement hauts que je n’aurais jamais réussi à tenir
dix secondes dessus. Bref, tu vois le genre. Et tu
imagines à quel point ça faisait jaser, une femme Sur scène comme dans la vie, Clara et Julie vivent
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