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Entre les mondes

De
213 pages

Embarquée dans une chasse au traître inédite pour aider la communauté des vampires, Néva va rencontrer par accident Adrian. Il est chevalier dans un royaume en guerre dans un monde où la magie est partout. Des mondes différents... Mais le sont-ils vraiment ? Malgré ce qui les sépare, ils vont découvrir un lien inexplicable, qui les aidera pour mener à bout leurs missions respectives. Une plongée dans deux vies éloignées l’une de l’autre. Pourquoi se rencontrent-ils ? Quel est le lien entre eux ? Que seront-ils prêts à sacrifier pour atteindre leurs objectifs ?

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ENTRE LES MONDES

Tome 1 

Le Passage

 

Maëlle Andals

 


 

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Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite. « Le code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faites sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. » Droits d’auteurs © 2016 Editions Dreamcatcher


 

 

PROLOGUE

Il fixa la photo des membres de l’équipe d’Hunterssur la page d’accueil de leur site internet. Ils se présentaient comme des gardes du corps de l’extrême : discrets, efficaces et surentrainés. Une personne qui n’avait jamais entendu parler d’eux ne verrait rien de plus queça. Des tueurs à gages, voilà ce qu’ils étaient en réalité. De quoi se mêlaient-ils, ces humains ? Il dut se contrôler pour ne pas envoyer le portable contre un mur.

Il voulait les éliminer un à un, qu’ils souffrent mille morts avant de leur accorder celle qui les délivrerait. Il avait toujours vécu hors du temps, sans se soucier des changements, avec le clan qu’il avait formé au fil du temps et sa merveilleuse épouse Sarah. Des siècles de prospérité… Elle, si parfaite, le complétant si harmonieusement quand ils chassaient ensemble, traquant leur proie sur des jours et des semaines, semant les cadavres mutilés tout au long de leurs jeux. Maisça, c’était avant qu’ils ne la lui prennent.

 Maintenant, il ne restait qu’un de ses fils et il se trouvait contraint de s’associer à un autre pour assouvir sa vengeance. Il aurait pu les traquer un à un, mais ils étaient nombreux et pleins de ressources, c’était trop risqué.

 La souris de son ordinateur ne résista pas, elle s’effrita doucement dans sa main serrée. Il ferma la machine et se leva brusquement, faisant basculer sa chaise, le bruit se répercuta à l’infini dans le hangar presque vide qu’il occupait. Le jour était proche. Il avait un programme précis pour chacun d’entre eux, même pour leur patron qui n’avait pas daigné se salir les mains, non, lui s’était contenté de toucher la somme absolument scandaleuse qu’avaient payée les héritiers du château pour les éliminer.

 Sanglant, sale et douloureux, voilà le message qu’il laisserait quand il en aurait terminé. Il sourit en se souvenant des grands yeux dorés de celle qui donnait les ordres. Il finirait par elle bien sûr, et il ferait en sorte qu’elle soit aux premières loges… peut-être pourra-t-il la faire participer ?

 Des sanglots vinrent interrompre son rêve. Il tourna la tête et regarda le corps tremblant de l’humain non loin de lui, des larmes sillonnaient son visage noirci par le sang séché. Il savait qu’il devait s’en tenir au travail qu’on lui avait confié, il était assez vieux pour contrôler sa faim, mais pas ses pulsions… et l’odeur de la peur de sa jeune proie sanglotant sur sa table finit de lui enlever les quelques scrupules qu’il lui restait. Tout en détachant les sangles qui retenaient son prisonnier, il se passa la langue sur les lèvres savourant par anticipation le festin qu’il allait s’offrir. Rien de tel pour oublier ses frustrations, pensa-t-il alors qu’il lui demandait de s’enfuir. Il ferma les yeux se concentrant sur le rythme cardiaque de son diner qui s’enfuyait à toutes jambes. Il resta commeça immobile trois longues minutes. Sa dernière pensée cohérente avant qu’il ne se lance à sa poursuite fut qu’il allait devoir trouver un autre cobaye…

 

 

 


 

CHAPITRE 1

Autour d’eux, les éléments se déchainaient avec violence. Néva prit une profonde inspiration afin de calmer les battements de son cœur. La pluie était si dense qu’elle devait plisser les yeux pour apercevoir les alentours, elle n’arrivait plus à voir la façade lugubre de l’immense manoir. Les bras solidement accrochés à un tronc d’arbre, elle essaya de visualiser la distance qui lui restait à parcourir avant d’arriver aux tombes. Les bois qui entouraient le petit cimetière paraissaient onduler comme un océan déchainé.

Les fantômes qu’ils affrontaient, cette fois-ci, étaient terriblement puissants. De vraies harpies… Elles seules étaient à l’origine du mauvais temps qu’ils subissaient. Visiblement, les trois revenantes ne souhaitaient pas leur intervention.

En effet, si Néva et ses compagnons étaient là, en Russie, c’était pour réaliser le contrat pour lequel on les avait embauchés : les femmes enterrées là, et contre qui ils se battaient, avaient toutes été mariées au même richissime homme plus d’un siècle auparavant : fortuné, charismatique et surtout pervers et violent. Un homme influent qui après les avoir torturées et violées, les avaient emmurées vivantes dans la garde-robe attenante à sa chambre. Elles avaient vécu une longue agonie et étaient finalement mortes de faim et de soif. Une mort horrible durant laquelle elles avaient eu le temps de maudire celui qui les avait placées là… Le nouveau propriétaire souhaitait se débarrasser au plus vite de leur présence oppressante et dangereuse. Un hôtel ultra moderne allait remplacer la vieille demeure. Les hurlements, le sang sur les murs, les sanglots, les grincements sinistres n’étaient pas vendeur…Trop d’argent était déjà engagé.

La pluie était tellement dense que Néva ne voyait plus grand-chose. Elle chercha des yeux ses compagnons, mais ils étaient invisibles. Ils étaient cinq en tout, un médium, une louve-garou, une sorcière, un érudit et une sensitive. William, Cala, Solène, Adam et elle-même exécutaient pour Richard Hunter ce type de contrat. Aujourd’hui, l’objectif était d’apaiser ces femmes et surtout les délivrer.

Pour honorer leur contrat, et après une nuit d’insomnie au manoir, ils s’étaient installés dans un hôtel à Saratov sur le plateau de la Volga, à deux heures de route des trois harpies. De là, ils entamèrent les recherches pour retrouver les descendants du vieux sadique. Ils devaient arriver au bout de leur mission.

Mission. Ce mot la fit sourire. Elle, l’orpheline, ballotée de famille en famille, qui avait fini par atterrir dans un couvent aussi strict qu’un camp militaire, personne n’aurait pu imaginer qu’elle s’en sortirait aussi bien. Des responsabilités, un boulot stable, une nouvelle famille. Et elle était payée pour utiliser ses talents si particuliers… Ceux-là mêmes qui lui avaient empoisonné son enfance et son adolescence.

Néva reporta son attention sur les trois petites tombes surmontées de croix en bois anonymes. Ils devaient exhumer les corps pour mettre fin à leur errance et apaiser leur colère. Délivrer des esprits en colère était souvent simple, il fallait les exhumer, les asperger d’un mélange de belladone, camomille, valériane et datura, et enfin prononcer les incantations ou prières appropriées. Tout dépendait de la croyance de celui qui menait la cérémonie. Mais ils avaient besoin des corps. Les héritiers participèrent facilement à la reconstitution de l’histoire de leur aïeul. Le nouveau propriétaire menaçait de récupérer son argent si la situation n’évoluait pas… Ils fournirent même des portraits des épouses assassinées, dans un état de conservation étonnant.

En découvrant les corps lors de travaux de rénovation et pour ne pas discréditer leur ancêtre, un notable de la région, ils avaient décidé de les enterrer sans plus de cérémonie au fond de la propriété familiale. Dès que ce fut fait, la violence à l’intérieur de la maison était montée d’un cran et après quelques années sans occuper la demeure, la famille se débarrassa du bien maudit, le cédant à un investisseur peu regardant et fortuné.

L’équipe devait, avant de commencer le rituel, identifier les corps. Les portraits ne furent d’aucune aide, les corps étant ensevelis depuis une centaine d’années, il ne restait plus que des os. Il ne servirait donc à rien d’ouvrir les tombes. L’incroyable qualité des toiles et le sens de l’observation acéré d’Adam permirent de remarquer les bagues qu’elles portaient à l’annulaire. Chacune travaillée de façon unique. La solution était là.

Néva prit une autre profonde inspiration et ferma les yeux. Elle fit le vide dans son esprit. Cette technique l’aidait à visualiser un dénouement et à se diriger dans la bonne direction. Elle n’entendait plus le vent et la pluie qui faisaient rage. Elle ne ressentait plus la présence de ses compagnons. Juste ce silence et cette quiétude. Elle inspira encore et ouvrit les yeux. Elle avait une idée. Elle activa son oreillette, ils en étaient tous munis.

— Adam, elles croient que nous allons profaner leurs corps. Je vais leur parler. Entrez dans le cimetière et commencez la cérémonie.

Elle devait hurler pour être certaine qu’ils l’entendent.

— Tu cherches à détourner leur attention ?

Dans son oreillette, l’accent espagnol de son ami lui parut plus prononcé.

— Oui, juste assez pour que vous passiez, dès qu’elles comprendront que je peux communiquer avec elles, tu sais ce qui va arriver.

Le silence qui accueillit ses paroles en dit long sur sa désapprobation et celle du reste de l’équipe qui entendait leur conversation. L’avantage quand on dirige une équipe, c’est qu’on n’a pas besoin d’obtenir leur entière approbation…

— Solène, reprit-elle, as-tu encore assez de forces pour faire un mur compact autour des tombes, je ne suis pas sûre qu’elles aient été bénies, c’est bon pour toi ?

— Oui, dit-elle,simplement.

— William, c’est OK ?

— Je pense qu’on doit tenter quelque chose, alors on suit ton idée.

Il se tut un instant et rajouta :

— Dans le cimetière, nous ne craindrons plus rien, affirma-t-il.

Les visions de William étaient d’une grande qualité et cela rassura la jeune femme, sa décision était la meilleure. Néva prit une profonde inspiration, elle lâcha le tronc d’arbre et s’avança péniblement vers la barrière. Elle savait exactement comment attirer leur attention, voir et parler aux morts avait longtemps été son pire cauchemar, mais en grandissant elle avait appris comment contrôler ce « talent ». En général, les fantômes avaient tellement besoin de communiquer avec les vivants que les appeler suffisait à les attirer. Ils étaient souvent déçus, car très peu de personnes avaient vraiment cette capacité. En levant les bras, elle hurla :

— J’appelle les épouses assassinées.

Le vent redoubla autour d’elle, plaquant ses longs cheveux sur ses joues, le bruit fait par ce dernier était assourdissant. Entendait-elle vraiment des hurlements ? Elle essaya de se concentrer. Les fantômes allaient-ils simplement apparaitre autour d’elle ou essaieraient-ils de la blesser ? Certains acceptaient de discuter, ceux qui étaient consumés par la colère étaient les pires…

— Irina, la première épouse…

Une forme aux cheveux rouges et au sourire mauvais se matérialisa près d’elle. Néva ressentit une vive douleur lui emprisonner la cage thoracique. Apparitions et douleurs rythmeraient donc cet entretien, elles étaient puissantes. Essayant de dominer son appréhension, à bout de souffle, elle continua :

— Catania, la deuxième épouse…

Brune, le visage déformé par la haine, elle hurlait sa rage. Son cri sembla exploser dans sa tête, Néva essaya de ne pas se déconcentrer. Au bord de l’évanouissement, la jeune femme continua.

— Karina, la dernière femme…

Une violente douleur au niveau des genoux, la fit basculer. Les mains agrippées à l’herbe, elle releva la tête. Une autre apparition, châtain la regardait.

— Nous savons ce qu’il vous a fait et nous comprenons votre douleur.

« Alors, pourquoi tenter de nous arrêter ? » dit une voix âcre dans sa tête.

— Nous…, souffla Néva la douleur devenant insupportable … souhaitons… vous délivrer.

Un rire froid accueillit sa réponse. « Nous ne voulons pas le repos, notre mort est notre délivrance… Pourquoi insister ? »

Sa réponse ne fut plus qu’un murmure.

— Parce que nous nous engageons dans une mission que si nous savons la mener à son terme…

Néva attendit la réaction violente des fantômes. Rien ne vint. Le vent hurlait toujours et la pluie redoublait et elle ne voyait plus les formes éthérées près d’elle. Elle se releva péniblement et essaya d’atteindre la barrière. Elle eut à peine le temps d’apercevoir ses amis en train de creuser, qu’elle entendit un « NON !» tonitruant dans sa tête. Elle eut l’impression que son cerveau implosait, la douleur lui ôta la vue et la fit basculer dans un silence de mort. Elle s’agrippa aux planches de bois et récita machinalement les formules de protections apprises par Solène.

Elle était dans le noir et le silence le plus complet. Son souffle accusa un raté, elle sentit naître immédiatement une panique irrationnelle. Elle eut l’impression d’être ramenée vingt ans en arrière et eut peur pour la première fois de la journée. Malgré l’eau froide qui ruisselait sur son corps, elle sentit distinctement tous ses poils se hérisser, un goût de sang remonta dans sa bouche. Elle savait que certains esprits, très forts, avaient la capacité de faire remonter vos peurs les plus profondes, mais depuis des années qu’elle faisait ce métier, elle n’y avait jamais été confrontée. Être seule dans le noir, était la pire de ses angoisses, cela remontait à son enfance… Elle tenta de se calmer en se souvenant que toutça ne pouvait être vrai, mais une odeur humide et étouffante de moisissure lui enserra la gorge. Elle n’était plus mouillée, elle n’était plus en Russie, elle était retournée dans son enfer personnel, une cave sombre au sud de Londres. Elle sentait sa présence cruelle à travers le plafond de la pièce sombre. Un sanglot angoissé secoua son corps glacé. Une main brûlante enserra la sienne, Emily lui murmura des paroles apaisantes. Un bruit de pas retentit, faisant craquer les lattes du plafond. La clé tourna dans la serrure, la porte s’ouvrit doucement. Une lumière violente s’infiltra dans la cave et Néva et Emily se serrèrent l’une contre l’autre. Cette fois-ci, il ne venait pas pour elle. « Rappelle-toi ta promesse Néva, ne trahis pas ta parole », souffla Emily. La porte se referma violemment et elle fut seule dans ce silence assourdissant. Elle entonna une comptine que lui avait apprise son amie, le menton posé sur ses genoux serrés, se balançant d’avant en arrière. Un cri retentit, déchirant son cœur, c’était bien plus que son cerveau de petite fille de huit ans ne put supporter, elle sombra dans l’inconscience.

 

Un bruit d’explosion la ramena, puis des murmures inquiets lui prouvèrent que ce qu’elle avait vu n’était qu’une illusion. Une illusion réaliste et angoissante. Elle avait peur d’ouvrir les yeux et de se retrouver dans le noir le plus total.

— Néva ?Ça va ?souffla Cala en passant sa main douce sur son front.

La jeune femme ouvrit les yeux, étonnée de ne plus sentir la pluie ou entendre le vent rugir. Elle vit les visages inquiets de ses compagnons. Son malaise se dissipa en partie, le soleil éclairait un ciel bleu sans nuages.

Ça va, ne faites pas ces têtes d’enterrement, vous êtes loin d’être débarrassés de moi…

Elle essaya de se relever, mais tout se mit à tourner autour d’elle.

— Non, reste couchée querida, lui intima Adam avec son accent ronronnant, nos trois harpies se sont acharnées sur toi quand elles ont vu qu’elles ne pouvaient pas nous atteindre, une personne a dû penser qu’en faisant bénir les tombes elles ne feraient plus de mal, c’est le contraire qui s’est produit, elles ne pouvaient plus y accéder. Etça, c’était vraiment une chance, elles étaient vraiment puissantes.

Il fit une pause et sourit.

— Elles ont dû croire que si tu étais en danger nous cesserions nos activités pour venir te sauver.

Néva sourit à son tour, détaillant son ami. Ses boucles blondes étaient aplaties sur son crâne, un mètre soixante-quinze, les yeux noirs, son teint mat trahissait ses origines méditerranéennes. Sa chemise était déchirée par endroits.

— Là, c’est mal nous connaître. Aide-moi à m’assoir au moins, lui ordonna-t-elle en lui tendant la main.

Il s’exécuta souriant toujours.

— C’est surtout mal connaître notre Cala qui a lâché sa pelle sans la moindre hésitation pour aller grogner sur nos gentils fantômes dès qu’ils étaient trop près de ton corps de rêve. Tu sais que les revenants ne supportent pas les loups-garous. Et ne me demande pas pourquoi, je n’ai toujours pas compris…

Néva regarda Cala. Habillée uniquement d’un imperméable rouge, mettant en valeur ses formes pleines, ses longs cheveux noirs dégoulinants. De la même taille qu’Adam, ses yeux gris pétillaient de malice, elle avait une musculature à la fois puissante et discrète.

— Ne me regarde pas commeça, tu connais mes priorités. Tes ordres étaient clairs, mais à partir du moment où tu es inconsciente, c’est moi qui prends le commandement non ? Alors je leur ai donné l’ordre de continuer à creuser pour les identifier rapidement et je suis arrivée à ton secours. La mission est réussie !

Néva hocha la tête, elle n’aurait jamais raison avec Cala, heureusement que le reste de l’équipe obéissait sans discuter. Une odeur de brûlé lui fit soudain froncer le nez.

— Qu’est-ce qui a explosé, au fait ?

Ils se regardèrent l’air penaud. La réponse risquait de ne pas lui plaire... Prise d’une intuition, elle se leva d’un bond.

— La voiture ! Richard va me tuer

Solène se rapprocha, son visage avait repris des couleurs, sa coiffure et ses vêtements habituellement impeccables pendaient lamentablement. Avec son carré plongeant sur la nuque, ses yeux verts, sa moue étudiée sur ses lèvres sensuelles, elle eut l’air presque triste pour elle quand elle lui mit une main sur l’épaule.

— Tu as laissé les tableaux des épouses dans le coffre ?

— Ils étaient ensorcelés, comprit soudain Néva, c’est pour cette raison qu’ils étaient si bien conservés... Et en délivrant leurs âmes, le sort a été annulé… Il faudra un jour que tu m’expliques tous les tenants et aboutissants de la magie, grogna-t-elle.

Visiblement amusé, William intervint :

— Que t’as dit Richard la dernière fois que tu as détruit une voiture durant une mission ?

— Que « Huntersn’avait pas à supporter le coût de mon irresponsabilité », récita-t-elle. Mais cette fois-ci, j’ai fait attention ! J’avoue ne pas avoir pensé aux tableaux.

William éclata de rire. Son mètre quatre-vingt-quinze et ses larges épaules, secoués par un fou rire qu’il tentait tant bien que mal de retenir, châtain, bâti comme un lutteur, entre deux hoquets, il parvint à articuler :

— Si quand on le voit, tu le dis avec cet air de chatte mouillée, je suis sûr qu’il te pardonnera cette énième destruction, croassa-t-il en passant ses mains dans ses cheveux châtains, coupés pourtant assez courts.

Bien sûr, la solution auprès de son boss aurait été de jouer de ses charmes, en profitant de l’attirance qu’il avait pour elle, mais elle se refusait à lui donner de faux espoirs. Avec ses longs cheveux châtains collés contre son visage, son débardeur blanc et son jean bleu délavé qui la moulaient comme une seconde peau, elle devait être à la limite de la décence. Elle resserra rapidement les pans de sa veste, évitant de penser à l’explication qu’elle aurait avec son patron.

— Ravie queça te fasse rire, William. Quand tu arriveras à respirer, ramasse le matériel et prépare-toi à une longue marche pour rentrer à l’hôtel.

Devant son air étonné, elle rajouta pour tout le monde :

— Est-ce que l’un d’entre vous a pris son portable ou vous avez tous fait comme moi… et vous l’avez laissé au sec dans la voiture ?