Erdgen-Tome2-Un monde en guerre

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Alors qu'Erdgen s'apprête à sombrer dans un conflit armé entre tous ses peuples, Falgur Alset, un aventurier solitaire, aidé des amis qu'il a rencontré lors de son périple, doit rejoindre son royaume pour préserver la paix, mais une gigantesque armée ennemie est en marche vers les terres humaines. Erdgen est un roman de préhistoire-fiction, aux influences antiques et moyenâgeuses, et aux accents steampunk. Dans ce monde oublié, les Hommes, les Elfes et les Nains ne sont pas des légendes, mais bien des représentants disparus de lignées humaines qui côtoient les mammifères de la mégafaune du quaternaire et des créatures fantastiques. Ces peuples ont prospéré durant des millénaires et ont fondé de nombreuses civilisations, qui ont cohabité, commercé ou guerroyé. Falgur et ses compagnons arriveront-ils à temps pour avertir et défendre son royaume ? Ce monde sombrera-t-il dans un conflit total ?
Publié le : jeudi 2 juin 2016
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EAN13 : 9791022741385
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Fabien Perez

Erdgen

Tome2 : Un monde en guerre

 

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© Fabien Perez

 

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PRÉAMBULE

Un jeune étudiant français en histoire découvrit par hasard d’anciens manuscrits dans les archives d’un musée ukrainien. Leur datation au carbone quatorze les faisaient remonter à une époque de douze à quatorze mille ans avant le présent. Il entama leurs déchiffrages et découvrit avec étonnement que la langue dans laquelle ils étaient écrits était la « langue mère » de toutes les langues indo-européennes.

Après des années de travail, il termina la traduction d’un premier ouvrage. Ce dernier racontait la vie d’un homme vivant dans un monde fantastique où se croisaient des peuples issus de diverses légendes antiques. Ces derniers côtoyaient des mammifères de la mégafaune du paléolithique et des créatures mythiques sur un vaste continent disparu de nos jours qui s’appelait Erdgen, « les terres connues ».

La publication du premier ouvrage fit scandale dans les milieux des préhistoriens et des archéologues, et nombre d’entre eux crièrent à la supercherie. Ils prétendaient qu’il était impossible que des civilisations aussi avancées aient pu exister sans laisser une seule trace archéologique ou historique. Ils entreprirent des contre-expertises, mais ils ne purent remettre en question la valeur scientifique des datations des manuscrits.

Des géologues de renom étudièrent la possible existence d’un continent disparu aussi vaste. Certains conclurent, aux vues des descriptions qui en étaient faites dans l’ouvrage, qu’une telle étendue de terre aurait pu se trouver sur la dorsale médio-atlantique, une chaine de montagnes volcaniques au centre de l’océan Atlantique Nord. Cette théorie n’était pas sans rappeler une certaine légende contée par Platon. La plupart des scientifiques n’accordèrent cependant aucun crédit à cette histoire et ils n’étaient qu’une poignée à défendre cette thèse. Le jeune historien poursuivit néanmoins ses traductions et les publia.

Dans le premier livre, nous suivions un groupe hétéroclite d’Humains, de Nains, d’Elfes et de Gnomes, qui avaient quitté leurs royaumes respectifs et traversé le continent sauvage à la recherche de mystérieux ennemis. Ces derniers avaient semé la discorde entre les différents peuples d’Erdgen après une série d’attaques sanglantes et masquées. Le groupe découvrit finalement qu’un royaume encore inconnu, installé dans une zone inexplorée et inaccessible des montagnes, avait levé une gigantesque armée qui marchait vers les terres humaines de l’est.

Entre temps, ils apprirent que des conflits avaient éclaté entre leurs différents peuples et qu’une guerre totale était sur le point d’éclater. Ils devaient donc rejoindre la ville d’Abel, capitale du royaume humain de l’Arduin, pour prévenir cette attaque et pour rétablir la vérité et la paix dans leur monde. Ce second ouvrage est la suite directe du premier.

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : les unités de mesure, de puissance ou de masses sont converties en unités actuelles pour une meilleure compréhension. Il est évident qu’elles n’étaient pas utilisées à cette époque. De plus, le nom des animaux commun tel que les sangliers, les chevreuils, les chevaux… ont été traduits, tandis que ceux qui ont disparu ou qui sont endémiques en Erdgen conservent en général leurs noms originaux.

Les personnages

Falgur Alset : Humain du royaume de l’Arduin, il est originaire de la grande ville de Loria. Falgur est le narrateur de cette histoire. Cryptozoologue de profession, il est emporté au cœur de cette aventure par hasard au cours de l’une de ses missions. Il est doté d’un sens aigu de l’observation et de la déduction et possède un esprit scientifique et pragmatique, parfois au grand dam de ses compagnons.

 

Gadli : oiseau géant incapable de voler du genre Phorusrhacos, d’une espèce endémique à Erdgen. Il est l’animal de compagnie de Falgur et l’accompagne depuis cinq ans dans ses voyages. Au cours de son périple, Falgur le laissa en sécurité chez les Elfes-Lumineux, dans la ville d’Aldaronne.

 

Gamthor Igdebar : Nain du Royaume-Uni du Nidabellir, on ne sait pas exactement où il est né, mais sa famille semble être originaire des montagnes Diur. Il vivait seul dans son domaine depuis dix ans avant de rencontrer Falgur au début de cette aventure. L’homme l’engagea comme assistant puis ils devinrent amis. Il est lunatique, superstitieux et rétif face à ce qu’il ne connaît pas. Néanmoins, il surpasse ses peurs grâce à un courage et une énergie sans limites.

 

Nimriel Cindurine : Elfe-Lumineuse du Cindur, elle est la Grande Matriarche de son royaume depuis la mort de sa grand-mère et de sa mère. Elle rencontra Falgur et Gamthor alors qu’elle était en mission diplomatique à Aïlure. Elle a un fort caractère, mais peut se révélée d’une grande douceur, notamment avec les animaux. Au cours de l’aventure, elle et Falgur s’attachent l’un à l’autre.

 

Almian : cervidé géant, compagnon de Nimriel, il est à la fois animal de compagnie, ami et monture pour l’Elfe. Comme Falgur avec Gadli, la Grande Matriarche du Cindur le laissa en sécurité dans la ville d’Aldaronne.

 

Edgar Sideron : Humain du royaume de l’Arduin, son passé reste mystérieux. Il détient une chaire de zoologie à l’université de Loria et est propriétaire d’une maison d’édition d’ouvrages scientifiques. Il est l’employeur de Falgur. D’ordinaire peu aventureux, il a été mandaté par le roi de l’Arduin pour mener l’enquête sur les récents événements et a de ce fait demandé à Falgur et Gamthor de l’accompagner.

 

Treg Aksi : Humain du royaume de Thorn, il mesure deux mètres de haut pour cent vingt kilos de muscles. Falgur le surnomme « le colosse », ou encore « le géant du nord ». Il est à la fois l’ami d’Edgar et son garde personnel. D’un naturel calme et timide, il se révèle être un puissant guerrier.

 

Legweïr Gusnaulder : Elfe-Lumineux du royaume du Cindur, il est capitaine de dirigeable. Il se montre toujours sérieux et humble.

 

Le professeur Genmir : Gnome du royaume de l’Isil, il a rejoint le groupe pour apporter ses compétences scientifiques dans différents domaines. Il est, semble-t-il, une vieille connaissance d’Edgar. Selon ce dernier, le professeur est « du genre agaçant » et « parle beaucoup pour ne rien dire ». Ses compétences en médecine se révélèrent cependant très utiles.

 

Alti Waklan : Humain du royaume du Kentzolt, il sauva le groupe d’une mort certaine alors qu’il commandait une patrouille. Il les rejoindra plus tard sur les ordres de son roi pour servir de guide, de traducteur et de représentant officiel de son royaume. Il aime rire et prend toujours les choses avec beaucoup de philosophie.

 

Saïwel : Sombre-Elfe du royaume d’Eldor. Comme Alti Waklan, il a rejoint le groupe pour servir d’ambassadeur à son peuple. D’abord méfiant à son égard, les compagnons se sont vite rendu compte qu’il était l’un de leurs meilleurs atouts. L’Elfe se montre orgueilleux et narquois, mais également sensible et attentionné.

 

Le vieux nain : Nain du Royaume-Uni du Nidabellir, il est originaire du Sudri. Il a quitté son peuple depuis longtemps et vivait reclus dans la forêt. Il se montre méfiant à l’égard de tout le monde et a suivi le groupe par la force des choses. On ne sait pour l’instant pas grand-chose de lui.

 

Les soldats Elfes : Elfes-Lumineux du Cindur, ils sont au nombre de huit. Ce sont les seuls survivants de l’équipage d’un dirigeable utilisé par les compagnons et de la bataille d’Arkoum.

I Les pieds dans la boue

Plusieurs jours se sont écoulés depuis que nous sommes sortis des montagnes des Nains du Sudri. Nous avions quitté le plateau de Galdor et nous marchions vers l’est dans une large vallée forestière creusée par le fleuve Solnor. Elle descendait en pente douce jusqu’à une plaine quasiment plate de plus de cent vingt mille kilomètres carrés. Ce vaste espace était constamment irrigué et inondé par des centaines de rivières qui coulaient des montagnes, le transformant en un immense marécage : le marais des Abomis, du nom d’un peuple légendaire censé vivre dans ce lieu.

La gigantesque armée ennemie se trouvait quant à elle sur la rive gauche du fleuve à une dizaine de kilomètres de nous. Nous ne pouvions pas la voir, mais nous l’entendions tous les soirs. Les sons qu’elle produisait étaient terrifiants, métalliques, mécaniques, organiques même, comme des hurlements lointains d’une meute d’animaux affamés. Ils emplissaient l’air comme un parfum et raisonnaient à travers la vallée, à tel point qu’on ne savait parfois plus d’où ils provenaient exactement.

Je marchai à l’avant, sur les pas du Sombre-Elfe qui était parti en éclaireur. Il avait disparu depuis plusieurs minutes. Je m’arrêtai pour l’appeler.

— Saïwel, ou êtes-vous ?

— Je suis là-haut ! répondit-il.

Il s’était en effet perché à la cime d’un grand arbre pour apprécier le chemin que nous devions emprunter. Il descendit de son observatoire et regagna les rangs de notre groupe.

— Où en sommes-nous ? lui demandai-je.

— Nous atteindrons le marais des Abomis d’ici un ou deux jours.

— C’est une bonne nouvelle.

— Une bonne nouvelle ! s’emporta Gamthor qui passait au même moment à côté de nous. Nous courrons droit vers la région la plus répugnante, la plus humide et la plus peuplée en monstres en tout genre, et vous, vous dites que c’est une bonne nouvelle. Vraiment, Falgur, vous m’étonnerez toujours.

Le Nain continua d’avancer en marmonnant dans sa barbe. Avant de nous remettre en marche, Saïwel me demanda :

— Comment va Nimriel aujourd’hui ?

— Elle se repose. Treg la porte sur son dos. Sa blessure était sérieuse et elle ne retrouvera pas toutes ses forces avant quelques semaines.

— Oui. Mais elle va s’en remettre, c’est tout ce qui compte, répondit l’Elfe.

— Vous avez raison. Je ne vous remercierais jamais assez de l’avoir sauvée.

— Je n’ai fait qu’assister le professeur Genmir. C’est à lui que revient tout le mérite de sa guérison.

Nous nous sourîmes, puis Saïwel partit en courant à l’avant pour assumer son rôle. Le soir arrivant, il nous trouva un espace dégagé pour installer notre campement. Autour du feu, les discussions évoquaient les monstres que nous allions devoir affronter dans les marécages. Je connaissais bien les lieux, car avant les tragiques événements qui nous avaient menés ici, j’avais parcouru cette région à plusieurs reprises et j’en connaissais les dangers.

— Dite Falgur. Quelle est la créature la plus terrifiante que vous ayez jamais rencontrée dans ces marais ? me demanda Gamthor.

Tout le monde se tue et regarda dans ma direction, attendant avec impatience ma réponse. Je réfléchis un instant :

— Je pense que les monstres que nous avons le plus à craindre, ce sont les moustiques.

Le Nain éclata de rire.

— Je suis sérieux, Gamthor. Contrairement aux gros prédateurs, contre lesquels nous pouvons nous défendre avec nos épées et nos fusils, les moustiques sont légion et ne nous laisseront aucun répit. De plus, ils peuvent transmettre de nombreuses maladies, dont la plus grave est la fièvre des Abomis1. Sinon, le plus terrible prédateur est sans doute le melsneg, un serpent géant2. Longtemps considéré comme un mythe, c’est l’une des toutes premières créatures dont j’ai prouvé l’existence.

— À quoi ressemble-t-il ? demanda Saïwel.

— C’est un animal de plus d’une quinzaine de mètres de long, pour un poids atteignant certainement deux tonnes. C’est un redoutable prédateur, tapi à l’affût dans la boue. J’en ai vu un s’attaquer à un jeune brendwer3 et l’avaler en une seule bouchée.

Mes compagnons restèrent silencieux un moment, tentant certainement d’imaginer ces monstres en plein combat.

— Bon, je suis épuisé, déclara soudainement le capitaine Gusnaulder. Je vais me coucher.

Mes compagnons suivirent son exemple, à l’exception du Sombre-Elfe.

— N’êtes vous pas fatigué ? lui ai-je demandé.

— Non, pas du tout, m’a-t-il répondu. Je suis même tenté par une petite chasse nocturne. Pas vous ?

— Je veux bien vous accompagner, mais je n’y vois rien dans le noir.

— Pas de soucis, dit-il en émettant une lumière bleutée de la paume de sa main.

— Dans ce cas...

Nous nous éloignâmes du camp tout en discutant.

— Dites-moi Saïwel, comment est-ce la vie d’un Elfe de l’Eldor ? Je me suis toujours posé la question, mais je n’ai toujours eu que des légendes pour réponses. Et plus personnellement, qui êtes-vous réellement ? Depuis que nous sommes partis d’Arkoum, nous n’avons pas pris le temps de nous connaitre.

— En effet, acquiesça l’Elfe, les événements se sont précipités. Que voulez-vous savoir Falgur ? Ma vie n’a rien d’extraordinaire. Comme vous le savez, les autres peuples d’Erdgen nous appellent les Elfes-Noirs, car au cours de notre longue histoire, nous n’avons apporté que l’obscurité et les ténèbres à ce monde. Mais sachez que je n’ai rien à voir avec la plupart de mes compatriotes, précisa-t-il fermement.

— Je m’en suis rendu compte, rassurez-vous.

— Depuis des millénaires, mon peuple vit à l’écart dans l’immense forêt de Morgrine, à l’extrême ouest d’Erdgen. Je suis né et j’ai grandi dans la ville d’Oronor, la seconde en taille après la capitale, qui porte le même nom que notre forêt. Comme toutes les cités elfes, elle a été construite au sommet de gigantesques arbres atteignant plus d’une centaine de mètres de haut. Située dans le sud-est de l’Eldor, au climat doux, elle est composée principalement de chênes et de hêtre, tandis que Morgrine, plus au nord, est bâtie à la cime de conifères de plus de deux cents mètres.

Je ne sais pas exactement depuis combien de temps j’ai quitté ma forêt, des semaines, des mois certainement. Ce dont je suis certain, c’est qu’elle me manque. Morgrine n’est pas une simple demeure qui nous abrite et nous nourrit, elle est une partie de nous, une partie de moi. Lorsque je l’ai quittée, ce n’était pas un « au revoir », ni un « adieu », c’était un déchirement, une amputation. Nous sommes tellement liés à elle, que nous connaissons chaque arbre par son nom, que nous nous transmettons de génération en génération. Je vivais avec Keïrk’Aïra, un sublime chêne dont les feuilles prenaient la couleur du sang à l’automne4. Il n’y a rien de plus beau que la cité d’Oronor à cette saison, qui est de loin ma préférée.

— J’espère qu’un jour j’aurais la chance de la visiter.

— Ce serait un honneur pour moi de vous servir de guide.

Le Sombre-Elfe continua :

— Nous sommes un peuple de chasseurs, et cette réputation s’étant par-delà les montagnes, les forêts et les plaines d'Erdgen. Chasser, c’est tuer, mais tuer n’est pas une satisfaction, c’est un moyen de survie. Certains Elfes-Noirs prennent la vie par pur plaisir. Du gâchis à mes yeux. Jamais je n’ai tué un animal par plaisir. Nos frères lumineux ont renoncé depuis longtemps à se nourrir de chair, mais nous ne pouvons pas nous passer de cette forme de subsistance dans nos contrées froide.

— Je comprends.

L’Elfe s’arrêta un instant, me regarda amicalement et m’avoua :

— Avant de rejoindre votre groupe, je faisais partie des troupes d’élite de l’Eldor. J’étais, et je suis toujours d’ailleurs, un Weïneïk, c’est-à-dire un disciple de Wiro, Dieu de la guerre. Nous sommes, en quelque sorte, un mélange entre espion et soldat. Je suis certes loin des miens aujourd’hui, néanmoins, je considère désormais avoir trouvé une nouvelle famille. Nous voyageons ensemble depuis plusieurs semaines et notre périple a soudé d’invisibles, mais solides liens entre nous. Je ne sais pas si ce sentiment est réciproque, mais j’espère humblement que vous me faites au moins confiance.

— Vous nous avez déjà prouvé votre valeur Saïwel. En ce qui me concerne, vous avez toute ma considération et ma confiance.

Il leva la main pour me signaler de m’arrêter.

— Qui y’a-t-il ? chuchotai-je.

— Un sanglier, à soixante mètres.

Il sortit son long couteau et disparut dans la pénombre en me laissant seul dans la nuit. Cinq minutes plus tard, il était de retour, un énorme suidé sur les épaules.

— Voilà le repas de demain, dit-il en souriant.

Le Sombre-Elfe dépeça l’animal puis nous allâmes nous coucher. Deux jours plus tard, la forêt dans laquelle nous marchions s’éclaircit au fil des kilomètres et le sol devint de plus en plus humide. Nous venions d’atteindre le fameux marécage qui s’étendait à perte de vue jusqu’à l’horizon. À chaque pas, nous nous enfoncions dans le sol gorgé d’eau. Nous étions à la fin de l’été et la chaleur et l’humidité de l’air étaient telles que nous avions du mal à respirer.

Nous avancions avec peine dans ce paysage fait de tourbières, de mares boueuses et de petits lacs. Les efforts déployés pour progresser nous épuisaient et la fatigue nous gagna rapidement. De hautes herbes poussaient par endroits sur de petites buttes de terre. Quelques buissons se partageaient des ilots de solides, seuls lieux où nous pouvions nous reposer au sec. Un dédale de cours d’eau peu profond rampaient entre ces ensembles de terre et de végétation.

Alors que nous atteignîmes l’un de ces monticules, Edgar poussa un cri de douleur et s’écroula. Nous nous approchâmes de lui et constatâmes que son pied droit s’était fait prendre dans le piège d’une plante carnivore. Ces kwegues5, comme les appellent les nomades Attalans, peuvent être véritablement dangereuses. Il en pousse de petites inoffensives dans le sud des plaines d’Attala, mais celles de ces marais sont d’une taille démesurée.

Leurs feuilles se sont transformées en de grandes plaques pouvant atteindre une cinquantaine de centimètres de diamètre, articulées en leur centre, et dont le pourtour était bardé d’épines rigides et acérées. La force qu’elles développaient en se refermant sur leurs proies était considérable, au point de pouvoir transpercer les cuirs les plus épais. Quand l’animal piégé était trop gros pour être capturé en entier, à moins qu’il ne se ronge sa propre patte pour s’échapper, un sort cruel l’attendait. Si la victime ne se vidait pas de son sang, elle finissait par mourir d’une infection généralisée ou de la faim, car les kwegues sont toxiques, coriaces et immangeables. La carcasse en décomposition enrichissait ainsi le sol en nutriment qui alimentait les racines de la plante.

Edgar se tordait de douleur dans la boue, les épines des mâchoires du végétal planté dans sa cheville.

— Ne bougez pas ! lui ordonnai-je. Chacun de vos mouvements aggrave la blessure.

— La douleur est insupportable ! hurla-t-il.

Treg attrapa son marteau de guerre et frappa un grand coup sur la plante, sans résultat.

— Laissez-moi faire, dit alors Gamthor en dégainant sa hache pyrrolique.

Il l’alluma, puis d’un geste précis et puissant, il planta la lame de son arme à la base de l’épaisse feuille. La chaleur fit alors son œuvre et la trancha en quelques secondes. Le problème ne fut pas réglé pour autant, car la plante n’étant pas faite de muscle et de nerfs, couper le piège ne servit à rien. Il resta fermé et maintenait son étreinte sur le pied de notre ami. Nous le déplaçâmes en lieu sûr sur le petit monticule de terre.

Le vieux Nain sortit alors de son sac une bourse remplie d’une étrange poudre. Il en prit une pincée et l’appliqua sur la section de la feuille que Gamthor venait de couper. Quelques secondes plus tard, Edgar sentit le piège se rouvrir de lui-même et avec la force de Treg, il parvint à libérer son pied. Le professeur Genmir s’occupa immédiatement de sa blessure.

— Qu’est-ce que cette poudre ? demanda Alti Waklan, curieux.

— C’est un minéral qui se trouve uniquement dans une montagne du Sudri. Je suis le seul à connaitre l’emplacement du gisement. Je ne savais pas si cela fonctionnerait sur cette plante. Je m’en sers normalement pour annuler les effets du poison de certains végétaux toxique.

— Vous être alchimiste ? s’étonna l’Homme du Kentzolt avec son accent.

— En effet. Je maitrise cet art, répondit le vieux Nain fièrement.

— En tout cas merci, dit Edgar en s’apaisant. Voilà pourquoi je n’aime pas les voyages.

Le vieux Nain regarda un long moment dans le vide, perdu dans ses pensées. Il releva la tête et prit une voix lourde :

— Mes amis, je crois qu’il est temps que je vous révèle mon identité. Mon nom est Brohok Dungard.

— Je n’en crois pas un mot ! éclata Gamthor.

— Si, camarade nain, c’est bien moi.

Nous nous regardâmes sans comprendre. Gamthor nous expliqua :

— Brohok Dungard était un grand alchimiste, le plus grand de toute l’histoire naine. Il était au service de Senur Alnar, roi du Sudri, et l’aurait trahi en l’empoisonnant.

— Je ne l’ai pas empoisonné ! se défendit le vieux Nain. C’est lui qui nous a trahis et nous a empoisonnés avec sa cupidité. Il méprisait la vie et voulait accaparer toutes les richesses de ce monde. Il avait envahi la forêt de Noldar et décimé les Abonneurs pour quelques gisements d’or et d’argent. Nous devions l’arrêter.

— Nous ! De qui parlez-vous ? demanda Gamthor.

— Nous étions un petit groupe de scientifiques, jeunes, orgueilleux, plein d’énergie et nous lutions dans l’ombre contre les méfaits de Senur le cruel. Nous dissimulions ou falsifions les résultats de nos recherches sur de nouveaux gisements, pour que le roi n’y envoie pas de troupes. Sur le terrain, nous sauvions des familles entières d’Abonneurs en les prévenant de l’arrivée de nos armées. Nous faisions ce que nous pouvions, mais après une série de massacres sanglants, nous choisîmes d’aller plus loin. Ce n’est pas moi qui ai imaginé, ni mis en œuvre son assassinat, mais je ne regretterai jamais la mort de ce tyran.

— Soit, pourquoi avoir disparu dans ce cas ?

— Je… J’ai eu peur. Et je ne voulais plus vivre dans ce monde guerrier et violent. J’ai donc fui, lâchement peut-être, dans la forêt ou vous m’avez rencontré.

Gamthor constata alors :

— Si vous dites vrai, vous devriez avoir plus de…

— Cent trente ans, le coupa le vieux Nain. Oui, en effet.

— C’est impossible, personne ne peut vivre aussi longtemps, dit Edgar.

— D’après la légende, Brohok Dungard aurait découvert le secret des Dieux : l’immortalité, précisa Gamthor.

— Cette fable est largement exagérée, répondit le Nain en souriant. Je ne suis pas immortel, je suis juste vieux. J’ai beaucoup étudié l’effet de certaines plantes et quelques remèdes ont dû se révéler efficaces.

Pendant que nous discutions, je repérai au loin un étrange reflet.

— Qu’avez-vous vu ? me demanda Saïwel.

Immédiatement, il regarda dans la même direction que moi avec sa vue perçante.

— C’est étrange, dit-il. On dirait une sorte de bateau. Il est immobile. Il doit être à environ deux kilomètres.

— Allons voir.

— Je viens avec vous, dit Treg.

Nous nous approchâmes avec prudence du mystérieux engin embourbé dans près d’un mètre de sédiments. Il avait une forme rectangulaire d’une trentaine de mètres de longueur pour une dizaine de large. Sa coque était faite d’un bois léger et résistant, renforcer par des plaques de bronze rivetées. Le pont se trouvait à environ cinq mètres du sol. Au centre se dressait une cabine carrée et deux gros tuyaux sortaient d’un imposant dispositif mécanique à l’arrière. On devinait en dessous de larges et grandes roues métalliques.

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