Essola

De
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Dans le petit village d'Afipe, à quelques kilomètres de la ville de Lambaréné, le monde s'effondre pour Essola FANE, une jeune fille de 18 ans, lorsque sa mère décède soudainement et de manière étrange. Sur son lit de mort, cette dernière lui fait des révélations qui l'intriguent et qui bousculent ses croyances et sa conscience de fervente catholique. Livrée à elle-même, Essola est partagée entre sa foi chrétienne et le chemin obscur que lui indiquent de prendre les épreuves qu'elle traverse. L'auteur aborde le délicat problème de la double identité religieuse et spirituelle que la plupart des pays colonisés par les missionnaires chrétiens vivent aujourd'hui comme un mal.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782296685123
Nombre de pages : 285
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ssise sur un petit banc en bois que son père avait
fabriqué pour elle et qu’elle affectionnait, Essola seAdemandait bien pourquoi ses deux chiens ne cessaient
d’aboyer derrière la maison. C’était la première fois qu’ils
agissaient ainsi. Au début elle ne fit pas attention alors qu’elle
râpait en chantant les amandes grillées qui allaient, avec du
poulet fumé et des ignames, constituer le repas du soir. Puis
elle se rendit compte que sa voix n’arrivait plus à couvrir les
aboiements de plus en plus bruyants.
«Caboche et Babouche ! Taisez-vous ! », lança-t-elle dans le
vide alors qu’elle ne les voyait pas.
« Que se passe-t-il? Pourquoi aboient-ils comme ça ? »
Essola se retourna et vit Effire, sa mère, qui se tenait debout
devant la porte. Elle ne semblait pas aller mieux. Elle tenait
d’une main ferme son pagne contre sa poitrine, pagne qu’elle
n’avait certainement pas eu le temps de nouer.
« Maman, tu es réveillée ? »
«Comment veux-tu que je dorme avec tout ce bruit. Ces
chiens ont quoi ? », dit-elle doucement.
«Je ne sais pas. Ils aboient comme ça depuis tout à l’heure.
Pourtant ils ont mangé. »
«Fais les taire s’il te plaît. J’ai toujours très mal à la tête et le
bruit qu’ils font ne m’aide pas.»
Sur ces mots Effire se retira. Essola se leva, abandonnant
momentanément ses amandes. Lorsqu’elle fit le tour de la
maison, elle assista à une scène qui lui parût quelque peu
étrange. Les deux chiens étaient assis devant l’arbre qui se
trouvait au milieu de la cour arrière commune. Ils avaient les
poils du dos hérissés, manifestement irrités par quelque chose
qui s’y trouvait.
«Qu’est-ce qui se passe ici? Pourquoi vous aboyez comme
ça ? », dit-elle en s’approchant. La vue d’Essola sembla énerver
de plus belle les chiens. Ils se levèrent et aboyèrent deux fois
plus fort en contournant l’arbre. Essola lesobserva un
moment et pensa à une poule ou encore à un chat qui avait du
se loger sur unedes branches pour leur échapper.
«Mais qu’est-ce qui vous arrive ? Qu’est-ce qu’il y a dans cetarbre, hein? »
En disant cela, Essola s’approcha et se positionna sous les
branches pour voir ce qui irritait les chiens. La nuit
commençait à tomber mais il y avait encore suffisamment de
lumière pour qu’elle se rende compte qu’il n’y avait rien sur
l’arbre qui pouvait expliquer pourquoi Caboche et Babouche
étaient dans cet état.
« Mais il n’y a rien ! », dit-elle en regardant les chiens qui
s’étaient calmés. Alors qu’elle s’apprêtait à s’éloigner, une
odeur fétide agressa ses narines.Elle se pinça fortement le nez
quand tout à coup Caboche et Babouche détalèrent en
poussant des sons de détresse. Essola eut l’impression qu’ils
avaient vu le diable lui-même.
«Mais qu’est-ce qui sent mauvais comme ça? », lança-t-elle.
Aussi rapidement qu’elle était arrivée, cette odeur nauséabonde
se dissipa dans l’air.
La nuit était tombée et tout ceci avait retardé Essola dans ses
tâches.Elle n’avait pas encore mis la lumière dans la maison et
aux alentours. Elle se dirigea vers le poulailler et en verrouilla
les portes. Rapidement, elle retira le linge qui avait été déposé à
sécher sur la corde le matin même par sa mère.C’est d’ailleurs
à ce moment que cette dernière s’était sentie mal. Elle était
alors allée se coucher pour ne ressortir de la maison que
dérangée par les aboiementsdeCaboche etBabouche.
Après avoir rentré le linge et les bancs,Essola se hâta de finir
de préparer le repas pour son père qui n’allait pas tarder à
rentrer des champs où il passait la journée. Une fois le poulet
fumé et les ignames sur le feu, elle décida de prendre
rapidement son bain. Elle était contente car elle avait réussi à
rattraper le temps qu’elle avait perdu à cause de ces deux
stupides chiens. En passant devant la porte de la chambre de
sa mère qu’elle pensait endormie, Essola l’entendit gémir.
Lorsqu’elle poussa la porte, elle trouva sa mère en nage et
fébrile.Elle s’assit près d’elle et lui toucha le front.
«Maman, mais tu es brûlante? » Elle courut à la cuisine, versa
de l’eau dans une casserole et retourna au chevet de sa mère.A
l’aide d’un gant, Essola lui essuyale front, puis le cou afin
8d’essayer de la refroidir en attendant l’arrivée de son père. Lui
au moins saurait quoi faire.
«Essola…», murmura la mère.
« Maman!»
«Essola …», murmura encore la mère.
« Maman! », répondit-elle.
« Je vaispartir…ils m’ont eu... »
« Maman qu’est-ce que tu racontes, je ne comprends pas ! »
« Les chiens…les chiens les ont vus…l’odeur...c’était eux. »
« Mais eux qui maman? Les chiens ont vu qui? »
« Il faut couper cet arbre… tu m’entends ! »
Essola ne comprenait rien à ce qu’essayait de lui dire sa mère.
Elle ne sut quoi répondre.
«Ilfaut brûler cet arbre! », insista la mère en lui serrant l’avant
bras.
« Oui ! », dit-elle finalement sous la pression.
« Je vais chercher papa Mba. »
«Ce n’est pas la peine. Je ne vais pas guérir. »
« Mais qu’est-ce que tu dis Maman? Il ne faut pas parler
comme ça ! »
«Il faut être forte ma fille.Ce qui arrive était prévu.C’est ainsi
que les choses doivent se passer. »
Les yeux d’Essola se remplirent de larmes lorsqu’elle entendit
sa mère parler ainsi.
« Maman, ne parle pas comme ça ! Tu me fais peur. », dit-elle
en sanglotant. Puis soudain le regard d’Effire se figea. Elle
écarquilla brutalement les yeux.
« Maman ! Maman ! », cria Essola en la secouant aussi fort
qu’elle le pouvait pensant que cela allait changer le cours des
choses.
« Maman ! Qu’est-ce qu’il y a ? Maman ! Parle-moi ! »
Effire ne répondit pas.Elle était effrayée. On aurait dit qu’elle
voyait la mort. Tout d’un coup,Effire expira bruyamment.Elle
rendit l’âme dans les bras de sa fille.Essola tenta de la ramener
à la vie en la secouant, mais rien n’y fit.Elle poussa alors un cri
strident de désespoir qui alerta les voisins.
Tout ce qui suivit s’enchaîna rapidement. Lorsqu’elle reprit ses
9esprits, sans pourtant le souvenir d’avoir perdu connaissance,
Essola se rendit compte qu’elle était allongée sur son lit. Tout
autour d’elle tournait. Sa tête lui faisait mal, très mal et elle
essaya de se souvenir de ce qui venait de se passer. Elle se
souvint qu’elle avait tenu sa mère dans ses bras.Elle se souvint
qu’elle avait rendu l’âme. Elle crut pendant un court instant
qu’il s’agissait d’un cauchemar mais elle entendit la voix de son
père et de ses oncles assis au salon qui parlaient des funérailles.
Essola se leva et s’approcha de la porte.Elle l’entrouvrit et put
apercevoir son père, qui était visiblement peiné. Elle ne se
souvenait pas du moment où il était arrivé à la maison. C’est
alors qu’elle se rendit compte qu’elle avait réellement du
s’évanouir à un moment donné. Elle ne s’expliquait pas
comment elle était arrivée sur son lit.
Il y avait papa Mba, son grand père paternel. PapaMba était un
homme d’une grande sagesse et aussi le chef du village. Il était
très respecté de tous même si quelquefois il lui était reproché
des décisions arbitraires. Papa Mba avait beaucoup d’affection
pour Essola et elle le lui rendait bien. Il y avait également sa
grand-mère: Asong Nze. C’était une petite femme sèche et
autoritaire qui avait une ascendance incroyable sur son chef de
village de mari. Les villageois aimaient dire que c’était elle le
véritable chef de village. Cela se vérifiait de plus en plus par
certaines des décisions de papa Mba qui allaient à l’encontre de
ce qu’il prônait et de ce qu’il avait toujours été. Elle reconnut
ensuiteAtsameElang, la seconde épouse de son père, ses trois
tantes, les sœurs de son père Angone, Befole et Eyang, puis
quelques notables.
Alors qu’elle parcourait, cachée derrière la porte, le visage de
chacune des personnes présentes, les propos qu’avait tenus sa
mère juste avant de mourir lui revinrent. Jusque là, elle ne les
comprenait pas.
« Il nous faut l’enterrer rapidement.Demain sic’est possible.»,
dit l’un des notables.
« Non. Il nous faut d’abord prévenir sa famille. On ne peut pas
l’enterrer comme ça. Ses frères et sœurs doivent être avertis. »
« Mais le corps?Comment va-t-on conserver le corps ? Il n’y a
10pas de morgue au village. »
«Est-ce que c’est le premier mort que l’on va enterrer dans ce
village ? Comment faisons-nous d’habitude ? Il faut que
quelqu’un parte dès ce soir pour Lambaréné afin d’appeler son
frère. Une foisprévenu, il peut être la demain. », ditFane Mba,
le père d’Essola.
« Il faudrait également quedès demain matin nous fassions la
commande d’un cercueil afin de pouvoir l’enterrer après
demain matin au plus tard.», ajouta-t-il. Au moment où il dit
ses mots, la voix de Fane Mba se serra. Essola vit qu’il se
battait pour contenir ses larmes.C’est alors qu’elle fut prise de
maux de tête encore plus violents que ceux qu’elle avait eu
quand elle avait repris connaissance. Une douleur atroce la
traversa et elle serra de ses deux mains sa poitrine. Ne tenant
plus debout elle se recoucha et parvînt à s’endormir.Elle avait
perdu la notion du temps.
Pendant son sommeil Essola sentit une présence dans sa
chambre, puis elle entendit de manière très distincte une voix
l’appeler. C’était la voix de sa mère. Elle ne savait pas trop si
elle rêvait et pourtant tout semblait si réel. Lorsqu’elle ouvrit
les yeux, elle vit sa mère debout au milieu de la chambre dans
un halot de lumière.Elle était vêtue d’une robe blanche et était
coiffée de tressesornées de coquillages.Elle brillait et semblait
si heureuse.Essola prit peur malgré tout.
« N’aies pas peur ma fille.C’est moi, ta mère. »
« Maman! C’est toi ? », demanda-t-elle alors que ses yeux
s’embuèrent de larmes.
«OuiEssola, c’est bien moi.»
Essola s’effondra en larmes.
« Ne pleure pas. »
« Oh maman ! », sanglota-t-elle de plus belle.
« Pourquoi pleures-tu ? »
« Parce que tu es morte. »
« Oui, je suismorte, mais la mort n’est que la disparition du
corps physique Essola. C’est une renaissance. Je continue
d’exister dans un monde que les humains ne connaissent et ne
voient pas.»
11L’esprit d’Effire s’arrêta un moment et observa celle qui fut sa
fille lorsqu’elle était vivante.Elle la regarda pleurer avec toute
la tendresse dont elle était capable. Il ne pouvait plus avoir de
contacts physiques entre elles.
«Essola ? »
Essola leva la tête pour l’écouter.
«Cesse de pleurer. Je suis bien où je suis. Je suis venue ici pour
une raison bien précise. Je suis venue ici pour que ta destinée
s’accomplisse et que ton passage sur la terre des hommes soit
ce queDieu a prévu pour toi. Tu es entourée de serpents et de
maléfices. Le plan que Dieu a pour toi est grandiose et
nombreux sont ceux et celles qui ne souhaitent pas que ce plan
s’accomplisse. Ils pensent avoir réussi une bataille parce que je
suis ici mais bien au contraire, c’est ici que je suis plus forte. »
Essola sécha ses larmes et écouta religieusement sa mère.
« Maintenant écoute moi bien. Tu trouveras sous mon lit entre
le sommier et le matelasune clé.Cette clé ouvre la porte de la
caisse en bois qui se trouve dans mon armoire en dessous de
mes robes. Tu y trouveras une calebasse enveloppée dans un
tissu blanc. A l’intérieur de cette calebasse se trouvent des
choses qui t’appartiennent. Il faut que tu récupères cette
calebasse et que tu la gardesprécieusement avec toi.»
« Mais…mais qu’est-ce que je dois en faire? »
«Conserve-la comme je l’ai conservée pendant dix huit ans
Essola. Tu sauras quoi en faire le moment venu. »
«Mais commentsaurai-je que le moment est venu et qu’est-ce
que je dois faire des ces choses Maman? »
L’esprit d’Effire sourit.
« Tu le sauras. Tu auras des signes. Maintenant sois forte. Il
faut que tu pries. Tu m’entends? »
« Oui Maman. Mais…que contient cette calebasse? »
« Tu le découvriras toi-même. N’aies surtout pas peur.
Quoiqu’il arrive, prie et ne laisse rien ni personne ébranler ta
foi. J’ai de la peine à te le dire mais ce que tu es en train de
traverser n’est pas le plus dur. Il faut cesser de pleurer. »
Un lourd silence s’installa entreEssola et l’esprit de sa mère.
« Ma fille, la mort est une délivrance pour une humanité qui se
12cherche. » Sur cesmots, l’esprit d’Effire s’évanouit. Essola se
frotta les yeux se demandant si elle n’avait pas rêvé. Cette
conversation était-elle le fruit de son imagination ?
13a nuit d’Essola fût étrange, absente d’émotions et de
rêves. On aurait dit qu’elle était morte. Lorsqu’elleLouvrit les yeux ce matin là,Essola osa encore croire que
tout ce à quoi elle avait assisté la veille ne s’était pas réellement
passé; les chiens qui aboyaient, l’odeur nauséabonde, le décès
de sa mère et cette réunion où elle avait vuFane Mba, son père
dont le visage avait été émacié par une indescriptible douleur.
Couchée, elle parcourut d’un regard lent sa chambre à la
recherche d’une anomalie ou de quelque chose qui ne serait
pas à sa place. Pourquoi ? Elle ne le savait pas très bien
ellemême. Puis elle fit attention aux bruits extérieurs. Ses oreilles
cherchaient des sons différents, desparoles autres, dessignes
de détresse mais rien. Tout semblait normal, si normal.
Un peu comme pour conjurer le mauvais sort,Essola seleva et
commença sa journée avec les gestes de la vie quotidienne.Elle
fit son lit, balaya sa chambre et rassembla sa serviette de bain,
son gant de toilette et son savon. Alors qu’elle venait de finir
de placer sur le lit la brosseà dent et le dentifrice,Essola croisa
son reflet dans le miroir. Elle vit que ses yeux étaient enflés.
Elle avait beaucoup pleuré la veille. Elle comprit que tout ce
qui s’était passé était donc bien réel. Elle resta un moment
devant le miroir puis lentement se retourna vers la porte de sa
chambre. Elle ne savait pas, pour la première fois depuis
qu’elle était née, ce qui l’attendait derrière cette porte. Et
pourtant cela faisait presque dix huit années que tous les
matins, elle la franchissait sans états d’âmes. Mais ce matin là,
la peur l’envahit.Elle n’étaitpas sure de pouvoirsupporter ce
qui l’attendait de l’autre côté de cette porte. Elle se rendit
compte que depuis le décès de sa mère, elle n’avait pas
vraiment vu son père. Ils ne s’étaient pasparlé. Ils n’avaient
encore échangé aucun regard depuis que celle qui les avait
reliés toute une vie n’était plus. Essola savait que son père
l’aimait plus que tout comme il avait aimé sa mère mais elle
n’était pas aussi proche de lui qu’ellel’était de sa mère. Puis elle
se souvint que sa mère lui était apparue en songe ou peut-être
bien que c’était la réalité. Tout ce qu’elle savait c’est qu’elle
avait reçu des instructions qu’elle se devait de suivre.
15Essola expira un grand coup et sentit la tension et la torpeur
qui s’étaient saisis d’elle quelques secondes plus tôt la quitter.
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir puis
s’agenouilla au bord de son lit et se mit à prier. Dans cette
prière Essola trouva le calme et la sérénité quilui étaient
nécessaires pour affronter la journée. Elle se leva après avoir
fait un signe de croix et levé les mains vers le ciel comme le
faisait souvent sa mèrelorsqu’elle priait et confiait sa journée à
Dieu.Essola fut d’ailleurs très surprise elle-même d’avoir eu ce
geste car elle ne l’avait jamais fait avant ce jour.Elle se signait
toujours et se levait.
Lorsqu’elle ouvrit la porte de sa chambre,Essola se trouva nez
à nez avecAsong Nze, sa grand-mère, qui s’apprêtait à frapper
puisqu’elle avait encore sa main en l’air prête à cogner. Elle
sursauta.
«Oh,Essola. Je t’ai fait peur? » Le ton de la voix de sa
grandmère se voulait compatissant.
« Non…en fait c’est que je ne m’attendais pas à te voir ici. »
«Ah… je venais juste voir si tu allais bien…si tu avais pu
dormir.»
« Je vais bien. », répondit-elle. Les deux femmes se regardèrent
un court instant et la grand mère parut soudainement
décontenancée; elle qui jamais n’avait froid aux yeux et que
rien jusqu’ici n’avait jamais gêné.Essola eut le sentiment que sa
grand-mère voulait lui demander quelque chose.
« Où est papa? », demandaEssola.
«Il est encore dans sa chambre. C’est lui que nous attendons
d’ailleurs. »
« Nous ? »
«Oui nous, ta mère Atsame Elang et moi. Il faut nettoyer la
maison pour la veillée. Tes parents du côté maternel arriveront
certainement aujourd’hui. La maison doit être propre. Tu sais
qu’il faut aussi que nous rangions les effets de ta mère. Tu
n’ignores pas qu’il va falloir l’enterrer avec ses affaires, du
moins certaines de ses affaires, les effets personnels
notamment. Tes tantes vont venir nous rejoindre pour faire le
tri. »
16«Elles ne perdent pas de temps !», pensa Essola. C’est à ce
moment précis que l’image de sa mère lui indiquant l’endroit
où se trouvait la clé s’imposa à elle.
« Je vais faire la chambre de maman. Je rassemblerai ses
affaires.»
Asong Nze se mit soudain à ricaner comme si ce que sa
petitefille venait de dire était la chose la plus grotesque qui lui avait
jamais été donnée d’entendre.
« Mais ce n’est pas à toi de faire ça! », dit-elle finalement.
« Mais je… »
«Non, ce n’est pas à toi de faire ça. Si tu veux t’occuper, va
nettoyer la cour. Ranger les affaires de la défunte est une
affaire de vielles femmes. », lui dit sa grand-mère sur un ton
ferme qui ne devait souffrir d’aucune contradiction. Essola ne
sut quoi lui répondre. Il fallait à tout prix qu’elle rentre la
première dans cette chambre et qu’elle récupère ce que sa mère
lui avait indiqué. Même si sa mère ne le lui avait pas
formellement spécifié,Essola avait compris que ces choses ne
devaient absolument pas tomber entre les mains de sa
grandmère; du moins elle en prit conscience à ce moment.
«Donc…tu as bien dormi ma petite-fille ? », demanda la
grand-mère sur un ton qu’Essola trouva faussement mielleux.
« Oui. », dit-elle laconiquement.
« Tu n’as pas fait de rêves particuliers ? », demanda-t-elle en
haussant un sourcil de curiosité. La question surprit Essola
puis l’intrigua.
« Non.»
« Je te demande cela parce que tu sais, à des moments quand
les gens meurent, certainespersonnes peuvent voir des choses
qu’elles ne peuvent pas comprendre. Nous les vielles femmes
sommes les seules à savoir interpréter certaines choses.Tu me
comprends ?», lui dit sa grand-mère en posant une main sur
son épaule sans la quitter des yeux.
« Oui je comprends, mais j’ai vraiment bien dormi. Si j’ai rêvé,
j’ai alors tout oublié car je ne me souviens de rien.»
«D’accord…d’accord. », dit la grand-mère.Elle ne sembla pas
convaincue mais s’éloigna en direction de la cuisine.D’un pas
17décidé, Essola se rendit devant la porte de ses parents. Après
avoir cogné, elle entendit la voix faible de son père. Elle fut
contente qu’il ait décidé de passer la nuit dans la maison de sa
mère puisqu’il aurait très bien pu aller dormir chez Atsame
Elang. S’il n’avait pas été là, rien n’aurait retenuAtsameElang
et sa grand-mère de pénétrer dans la chambre et de disposer
des affaires de sa mère.
Essola trouva son père assis sur son lit. Il avait le visage aussi
fatigué que le sien, signe qu’il avait du passer une nuit sans
sommeil. Essola ne sut quoi lui dire en entrant dans la
chambre. Elle se positionna simplement devant la porte; les
mains jointes en attendant qu’il dise quelque chose.
« Viens t’asseoir.Raconte-moi ce qui s’est passé. », lui dit-il.
Essola commença à expliquer comment tout d’un coup sa
mère s’était sentie mal alors qu’elle mettait le linge à sécher, elle
raconta aussi la scène avec les chiens autour de l’arbre. Elle
parla de l’odeur nauséabonde et dit à son père ce que sa mère
lui avait demandé de faire à propos de cet arbre. Elle ne lui
raconta pas l’apparition de sa mère pendant qu’elle dormait.
Elle n’aurait même pas été capable de lui dire si c’était un rêve
ou bien la réalité. Lorsqu’elle eut terminé son père la remercia.
Il se leva et quitta la pièce sans dire un mot.Ce fut pourEssola
le moment propice pour soulever le matelas et y découvrir la
clé tel que sa mère le lui avait indiqué. Elle se dirigea vers
l’armoire et y trouva la caisseen bois. Elle sentit soudain une
étrange tension envahir son corps alors qu’elle ouvrait la boite.
Son corps fut brusquement traversé de petites sensations qui
ressemblaient à des décharges électriques de faibles intensités.
La calebasse entourée d’un tissu blanc se trouvaitlà.
Lorsqu’elle tendit ses mains vers la calebasse et la saisit,Essola
eut une vision étrange. Au lieu de voir ses mains saisir la
calebasse, elle vit des mains qui semblaient être les mains d’une
femme de race blanche à la place des siennes. C’étaient des
mains adultes avec du vernis à ongles rouge. Elles étaient
recouvertes de kaolin blanc et entourées aux poignets de
bracelets en raphia rouge avec des clochettes dorées. Ce fut
pourtant très rapide mais Essola eut le temps de distinguer
18clairement les détails. Elle se ressaisit et quitta la chambre de
son père pour la sienne. En traversant le salon, Essola
rencontra sa belle mère dans le couloir devant la porte de sa
chambre. Le regard d’AtsameElang se figea sur le pagne blanc.
« Qu’est-ce que tu as là ? », lui demanda-t-elle sur un ton
sévère.
« Rien.»
«Comment rien ?Et ça ?C’est quoi ça? », dit-elle en pointant
de son doigt la calebasse.
«C’est rien je te dis. »
«Ce que tu as là était dans la chambre de ta mère? »,
questionna encoreAtsameElang sur un ton inquisiteur.
« Non.», répondit Essola avant d’ouvrir d’un geste rapide la
porte de sa chambre et de s’y enfermer. Une fois derrière la
porte, elle respira un bon coup etregarda la calebasse qui était
toujours enveloppée dans le tissu blanc.Essola la déposa sur sa
commode et la contempla un moment avant de l’ouvrir. Un
doute l’envahit maisqu’avait-elle réellement à craindre. Ceci
venait de sa mère en qui elle avait toute confiance.
Lorsqu’elle retira le pagne, Essola vit trois coquillages, deux
plumes rouges de perroquet et un miroir. Essola regarda
perplexe les éléments que contenait la calebasse. Sa mère de
son vivant n’avait jamais voué culte à aucune tradition
ancestrale.Elle n’avait pas le souvenir qu’elle eut évoqué avoir
un jour eut à pratiquer un rite particulier. Essola savait que la
plume rouge de perroquet est un symbole fort de tout ce qui
touche aux rites initiatiquestraditionnels.Elle avait déjà vu des
initiés avec des plumesrouges dans les cheveux. La présence
du miroir l’intrigua encore plus.Elle aurait voulu que sa mère
soit encore là pour lui expliquer ce que ces objets
représentaient.Ces choses ne semblaient pas être vielles de dix
huit ans. Sa mère avait dû les entretenir.Elle souleva le miroir
et se regarda un moment. Les coquillages étaient d’un étrange
blanc immaculé et les plumes aussi intactes que celles juste
retirées du magnifique plumage d’un perroquet.Essola observa
un moment un à un le miroir, puis les plumes et les
coquillages.Elle ne s’expliquait pas pourquoi sa mère lui avait
19dit que ces choses lui appartenaient.
Elle s’assit sur son lit et regarda autour d’elle à la recherche
d’un endroit discret où elle pouvait placer ce legs maternel
dont elle ne savait que faire.Elle eut un moment l’impression
qu’une voix était en train de lui suggérer de placer la calebasse
sous son lit mais elle fut convaincue encore une fois qu’il
s’agissait de son imagination. Alors qu’elle venait de placer la
calebasse sous le lit, quelqu’un cogna à sa porte et l’appela.Elle
reconnut la voix de son père. La porte s’ouvrit lentement et
Fane Mba entra dans la chambre de sa fille où il ne venait
pratiquement jamais. Essola ne se souvenait même pas pour
ainsi dire de la dernière foisque son père avait franchi cette
porte. Sa mère en revanche ne passait jamais une journée sans
y venir. Fane Mba resta près de la porte, un peu comme s’il
avait peur d’aller plus loin de la même façon qu’elle-même était
restée loin de lui ce matin là en entrant dans sa chambre.
« Qu’as-tu pris dans la chambre de ta mère? », demandaFane
Mba après quelques secondes de silence.Le ton de sa voix était
calme et inspira confiance à Essola. Il était son père et il
l’aimait.Elle le savait. Il ne le lui disait jamaismais elle le savait.
« J’ai pris…»Essola s’arrêta de parler et le regarda encore une
fois dans les yeux comme si elle voulait savoir une dernière fois
si elle pouvait lui faire confiance.
« J’ai fais un songe hier…en fait, je ne suis même pas sure que
c’était réellement un songe.»Elle s’arrêta de nouveau et baissa
la tête pensive.C’est à ce moment queFane Mba prit la liberté
de venir s’asseoir auprès de sa fille sur le lit. Alors qu’elle
réfléchissait à ce qu’elle s’apprêtait à lui dire,Fane Mba ne put
s’empêcher de remarquer combienEssola pouvait ressembler à
sa mère.Elle avait la même peau claire et laiteuse, le même nez
aquilin, les mêmes yeux en amandes et lesmêmes cheveux
noirs et épais que sa mère.
« Parle ma fille. »
Essola lui raconta l’apparition et ce que sa mère lui avait
demandé de faire. Son père la regarda sans la quitter des yeux
et eut soudain l’air troublé.
« Je ne sais pas à quoi cela correspond papa. », conclut-elle
20après son récit. Fane Mba baissa la tête un moment et ferma
les yeux. De lointains souvenirs refirent surface, des choses
qu’il n’avait pas été capable d’expliquer lui-même lorsqu’elles
s’étaient produites.
«Cette vie que nous menons est pleine de mystères mon
enfant. Il y a des choses dont il faut que je te parle mais il nous
faut d’abord enterrer ta mère. »
Il se leva et se dirigea vers la porte puis s’arrêta quelques
secondes et se retourna vers sa fille.
« C’était une femme généreuse, une très bonne épouse et une
bonne mère.»
Après avoir dit ces mots,Fane Mba quitta la chambre et laissa
Essola seule etpensive.
21song Nze et sabelle fille Atsame Elang étaient assises
au salon attendant leur fils et mari. Lorsqu’il sortit de laAchambre d’Essola, elles se levèrent comme un seul
homme. Le regard de la mère balaya rapidement les mains de
son fils. Elle sembla déçue et irritée de ne pas le voir sortir
avec ce que, selon elle,Essola avait dérobé dans leur chambre.
« Tune le lui as pas repris? », demanda la mère sèchement.
«Non… », dit-il en s’asseyant dans son fauteuil en soupirant.
« Je t’avais demandé de reprendre ce que cette fille a prissans
autorisation dans votre chambre. »
«Atsame Elang donne moi de l’eau. », dit-il ignorant
volontairement le commentaire de sa mère.
« Je te parleFane ! »
« Maman, je t’ai entendue. »
«Je t’avais demandé de prendre ce que cette fille a pris sans
ton autorisation dans ta chambre. »
«Si c’est mon autorisation qu’elle n’a pas demandé qui t’irrite
tant, sache que je la lui ai donnée. »
Asong Nze fronça lessourcils.
«Tu sais très bien que la coutume veut que nous enterrions ta
femme avec certains de ses effets or je ne sais pas ce que cette
fille a pris dans la chambre. »
« Mais pourtant tu t’agites comme si tu savais ce qu’elle a pris!
Qu’est ce qui te dérange tant ?Et d’ailleurs pourquoi parles-tu
d’elle en disant : cette fille? »
« Je parle comme il me plait ! Tu as beau avoir des cheveux
blancs mais ce n’est pas toi qui va m’apprendre la vie. C’est
moi qui te l’ai apprise! J’ai donc très peu à apprendre de toi
Fane. Tu sembles oublier qui je suis. Tu sais qu’il y a des rituels
à faire, des choses dont il faut se débarrasser qui doivent
accompagner tafemme dans sa tombe. Je ne saispas ce
que… »
« Maman ! Pardonne-moi de te couper la parole mais Effire
n’était initiée à aucun rite traditionnel ! Elle était une fervente
chrétienne. Il n’y avait rien dans cette chambre qui nécessite un
rituel pour apaiser un esprit ou autre chose. La messe suffira.
Contentez vous de ranger ce que vous estimez important pour
23l’accompagner dans sa tombe. Nous nous en tiendrons à ça ! »,
dit sèchement Fane. Puis il prit le verre d’eau que lui tendait
AtsameElang.Asong Nze le regarda longuement.
«Ce n’est vraiment pas étonnant que cette fille soit aussi
impolie ! Vous l’avez trop gâtée, elle n’en fait qu’à sa tête. »
«Ce qu’elle a pris dans cette chambre est quelque chose qui lui
revient de droit, c’est à elle et à personne d’autre.» Il regarda
droit sa mère dans les yeux en lui faisant bien comprendre qu’il
ne souhaitait pas poursuivre cette conversation.
«Ah bon ?!C’est comme ça que tu me réponds?! Moi !Asong
Nze ! Ta mère ! », dit-elle en se frappant la poitrine de sa main.
Fane Mba n’ajouta plus un mot.
«Très bien ! Ce n’est pas grave. On verra ça ! », ajouta-t-elle.
Sur ces mots, Asong Nze sortit furieuse de la maison perdant
tout l’intérêt qu’elle avait eu le matin même à ranger les effets
de sa défunte belle fille.Ensortant elle bouscula sur le seuil de
la porteAda, la seule amie qu’avaitEssola.Ada la salua mais
celle-ci l’ignora tellement elle était en colère.
«Bonjour papaFane. »
«Ah !Ada ! »
«Papa, je viens d’arriver. J’étais à Lambaréné. J’ai appris la
nouvelle ce matin et je suis venue aussitôt. Papa, je suis
désolée… », dit-elle en sanglotant.
«Ça va aller ma fille.C’est ton amie qui va avoir besoin de toi.
Elle est dans sa chambre.»
Lorsqu’elle vit Ada, Essola tomba dans ses bras en larmes et
les images de la veille refirent surface. Les bras d’Ada étaient
les premiers dans lesquels Essola se réfugiait depuis que ce
terrible deuil l’avait frappée.Elle se rendit compte combien elle
avait eu besoin de déverser son chagrin dans les bras de
quelqu’un de sincère.
« OhAda…»
« Je sais. », lui dit doucementAda en la serrant dans ses bras.
«Je n’arrive pas à y croire. J’ai l’impression de rêver. Hier
matin encore elle allait bien.Elle s’est levée comme d’habitude;
on a pris le petit déjeuner et nous avons commencé les tâches
de la journée et puis elle a commencé à se plaindre de maux de
24têtes. Je ne pouvais pas penser que le soir elle allait enmourir.
Rien ne laissait présager ça! »
«Elle est morte à quelle heure? »
« Le soir….mais… »
« Mais quoi ? »
« Mais il s’est passé quelques choses d’assez bizarre…enfin je
ne sais pas si cela a quelque choseà voir avec sa mort. »
Essola raconta à Ada ce qui s’est passédepuis le moment où
les chiens s’étaient mis à aboyer jusqu’à la vision qu’elle a eu de
sa mère pendant la nuit.
«Mon Dieu ! Mais…tu as récupéré ce qu’elle t’a dit de
prendre ? »
« Oui, très tôt ce matin mais ma grand-mèrea su que j’ai pris
quelque chose dans la chambre. Je l’ai entendue se disputer
avec papa à cause de ça. »
« Mmmm…je me demande pourquoi cela ne me surprend
pas. Moi j’aime dire mes choses cash et sans détourEssola…»
Essola la fixa un moment craignant ce qu’elle s’apprêtait à lui
dire.
« Je soupçonne tagrand-mèred’y être pour quelque chose. Tu
sais que les gens disent que c’est elle qui est responsable de
beaucoup de choses bizarres qui se sont passées dans ce
village, les accidents suspects qui entraînent la mort subite des
gens ou bien des choses bizarres comme cette odeur que tu as
senti mais d’ailleurs…»
« Quoi ? »
«Ce n’est pas la première fois que j’entends cette histoire
d’odeur qui mène à une mort ensuite. Ma mère dit que ta
grand-mère a tué ses deux rivales de la même façon un peu
avant qu’elles n’accouchent. Ma mèredit aussi qu’elle a tué son
seul frère pour hériter desreliques qu’ils ont dans leur famille.
Quand toi-même tu regardes, tous ses frères et sœurs sont
morts, sauf sa sœur la dernière qui est folle.»
« Mais pourquoi elle ne tue pas sasœur si c’est elle ? »
«Si c’est elle ?Eh !Essola. Tu doutes? Mais elle ne la tue pas
parce que c’est son réservoir nocturne.C’est là où elle puise le
sang dont elle a besoin! Essola tu es ma meilleure amie, tu es
25comme une sœur pour moi. La prière, je n’ai rien contre.
D’ailleurs il faut toujoursmettreDieu devant toute chose mais
il faut de temps en temps regarder du côté traditionnel. Je sais
que ta mère a été élevée par les sœurs catholiquesmaison reste
des africains. On connaît le pouvoir de la plante. Garde bien
cette calebasse et ce qu’elle contient. C’est sure qu’à un
moment tu auras des signes et tu sauras quoi faire.»
Essola ne dit rien.Ada regarda longuement son amie.
«Ta grand-mère est une authentique sorcière. Peut-être que si
ta mère était initiée, il y a beaucoup de choses qu’elle aurait pu
éviter.»
«Comme quoi ? »
«Comme par exemple que cette sorcière d’Atsame Elang
devienne la femme de ton père. Tu ne vois pas qu’elle est en
sorcellerie avec ta grand-mère ?C’est son copilote! »
Essola la regarda presque apeurée.
«Essola il faut te réveiller! Ouvre les yeux et regarde bien tout
ce qui se passe autour de toi. Tu as assez dormi ! »
« Mais qu’est-ce que tu entends par là ? »
« Je t’ai toujours dis que je…»
Ada fut interrompue parFane Mba qui entra dans la chambre.
«Essola ? »
« Oui papa. »
«J’ai besoin que tu ailles faire le tri des vêtements de ta mère et
des choses qui doivent l’accompagner dans sa tombe. Choisis
parmi ses affaires une robe que tu aimerais qu’elle porte et
mets le reste dans des ballots. »
«Est-ce qu’il faut que je prenne les chaussures aussi ? »
« Oui, mets aussi les bracelets, les bagues et les boucles
d’oreilles que tu trouveras. Si tu veux conserver quelque chose,
tu as mon autorisation. »
« Merci papa. »
Quand il referma la porte, Ada vit un voile de tristesse se
déposer sur le visage de son amie.
«Je vais t’aider. », lui dit-elle en posant sa main sur la sienne.
26près avoir parlé à sa fille, Fane Mba et deux de ses
cousins sont allés vers ses plantations pour choisirAl’endroit où allait être enterrée son épouse.Alorsqu’ils
choisissaient ce qui allait être la dernière demeure de celle qu’il
avait tant aimé, les yeux de Fane Mba devinrent rouges. Sans
qu’il ne s’en rende compte, des larmes coulèrent lentement sur
ses joues. Il ne les essuya pas de suite, il s’autorisa, lui qui était
un homme, à afficher sa peine en présence de personnes qui
pouvaient comprendre. C’était peut-être le meilleur endroit
pour pleurer en secret celle qu’il avait aimé, sans que sa dignité
d’homme ne soit touchée mais aussi sans éveiller des
susceptibilités endormies. Ses cousins lui mirent tour à tour
une main autour de l’épaule en signe de soutien.
A son retour des champs, Fane Mba se rendit chez sa
deuxième épouseAtsameElang. Il avait épouséAtsameElang
en seconde noces sous la pression des membres de safamille
quand celle-ci, sa mère en particulier, vit qu’Effire n’enfantait
pas.Elle n’arrivait même pas à être enceinte. La mère deFane
Mba avait catégoriquement refusé que son fils épouse Effire
simplement parce qu’elle venait d’une autre province. Mais
Fane Mba avait passé outre les menaces et les colères de sa
mère. Il imposa son choix à toute sa famille. Fane Mba fut
complètement effondré de voir qu’Effire ne pouvait enfanter.
Ils pensèrent à une malédiction mais ne consultèrent ni
médecins modernes ni médecins traditionnels.Fane Mba avait
dit que si la volonté deDieu était que sa femme n’enfante pas,
il en serait ainsi. Maissa mère n’avait pas la même vision des
choses que lui. Elle lui avait fait comprendre qu’en tant que
seul garçon de la famille, il lui appartenait de faire en sorte que
la lignée se perpétue ainsi que le nom. Les aînés, oncles, tantes
et même les notables s’y étaient mis. Un soir, alors qu’il était
acculé, il vint voir safemme.
« Que se passe-t-il mon époux? Tu as l’air contrarié? », lui
avait-elle demandé en déposant un plat de porc-épic devant lui.
« Ils me forcent à prendre une deuxième épouse. »
Fane lui expliqua tout ce qu’il subissait depuis bientôt plus de
six mois et lui confessa les raisons qu’avaient invoquées sa
27mère. Effire l’écouta silencieusement et soupira quand il eut
terminé son récit.
« Mange. Ton plat va être froid.» Sur ces motsEffire seleva et
se retira dans sa chambre. Là bas, elle fit une prière où elle
demanda à Dieu de l’aider à accepter les choses qu’elle ne
pouvait pas changer. Lorsqu’elle eut terminé de prier, elle vint
s’asseoir auprès deson époux qui venait de finir son repas.
«Fane, mon époux. Ta mère a raison. Tu es le seul homme de
la famille et il te faut donc une descendance. Je ne peux pas
faire d’enfants. Toi et moi l’avons accepté. Mais cela ne veut
pas dire que tu ne dois pas avoir d’enfants. Il te faut prendre
une deuxième épouse et honorerta famille. C’est important.
Tes enfants seront les miens. Dis à ta mère que tu m’as
consultée et que je suis d’accord pour que tu prennes une
deuxième femme.»
Fane regarda longuement son épouse.
« Tu es sure de ce que tu fais? »
« Le Seigneur notre Dieu a toujours éclairé mes décisions. Il
m’indique que c’est la chose à faire. »
Fane sourit à la réponse de sa femme puis soudain son visage
redevint grave.
« MonDieu…Une deuxième épouse...je m’étais juré que jamais
je ne serai polygame. », murmura-t-il.
«Tu ne seras pas le premier à prendre une deuxième femme.
Tout se passera bien. J’y veillerai »
Fane regarda encore sa femme longuement et la remercia. En
signe de soutien elle lui mit une main sur l’épaule, un des rares
signes d’affection qu’elle s’autorisait en public. Lorsque que le
lendemain il annonça la nouvelle à sa mère, cette dernière
explosa de joie.
«Je t’ai trouvé une femme très bien mon fils ! Une femme de
chez nous, de notre province.Elle te respectera et honorera ta
famille en te donnant la descendance que tu mérites. Elle
s’appelle Atsame Elang. C’est la fille de Elang-Nkoghe du
village voisin .Il te faut l’épousertrès rapidement mon fils ! »
Ce jour là,Asong Nze ne dit pas à son fils que celle qu’il allait
épouser en deuxième noce avait déjà par deux fois connue la
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