Et si l'amour l'emportait ?

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L'imam, le curé, le rabbin et le franc-maçon, tels que les appelait le directeur du foyer, ces futurs médecins ne manquaient pas une occasion de s'affronter sur les préceptes, les us et coutumes de leur religion respective. Au demeurant, ils étaient bon copains et les études de médecine sont longues. On finit par connaître les familles des uns et des autres, et nonobstant les différences de culture, des sentiments peuvent voir le jour. Et alors, faut-il sacrifier à la raison ou dire oui à l'amour ?
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296253193
Nombre de pages : 194
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Le jeune Mansour, sourcils froncés, arpentait les quais de la Seine d’un pas rapide, dans la fraîcheur de ce matin de novembre. En son for intérieur, il argumentait face à son condisciple et ami Olivier, qui prétendait lui faire admettre que le Salut venait du Christ. « Le Christ, lui avait-il répondu, c’est un prophète. Nous l’appelons «Sidna Issa », et nous l’honorons comme il convient. Et nous savons qu’il est né d’une vierge. Et vous chrétiens, que dites-vous de celui que vous appelez Jésus ? » Pour nous, avait répondu Olivier, Jésus est le Fils de Dieu. les: « Oui, comme toi et moi, quand vous dites hommes sont les enfants de Dieu » c’est le Fils uniqueJésus Christ, de Dieu, le Sauveur, la seconde personne de la sainte Trinité. Voilà, ce que nous disons du Christ ! Vous blasphémez sans vergogne. Quelle seconde personne? Dieu est unique, il n’y a qu’un seul Dieu! «Et Mohamed est son prophète », acheva Olivier. Tu vois, je ne suis pas ignare sur l’Islam. De toute façon, nous aussi nous affirmons que Dieu est unique. Dans notre CREDO nous disons : « Je crois en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre. » Quand vous dites : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », vous invoquez bien trois Dieux, non ? Sais-tu ce qu’est un mystère? 7
Un mystère ? bien sûr ! Un mystère, c’est ce qui dépasse l’entendement humain. Où veux-tu en venir ? Quand nous confessons un seul Dieu en trois personnes, nous parlons du mystère de la sainte Trinité.
C’est cette dMansour, leiscussion que ressassait musulman,en avançant d’un pas décidé sur les quais de la Seine. Pourquoi les religions, pensait-il, pourquoi, sinon pour s’entretuer? Et,lui revenaient à l’esprit, les tours de Manhattan, un matin de 11 septembre, les images de Palestine, et les pages enluminéesd’un livre d’art qu’il avait eu récemment l’occasion de feuilleter et qui représentait les « Croisés » mêlant leurs cadavres tout chauds à ceux des musulmans qu’ils étaient venus combattre au nom de la foi.
Le vent fraîchissait, Mansour entendait les feuilles de platane craquer sous ses pas. Il s’amusait à les fouler, comme il foulait, chez lui, l’écume des vagues au rivage de la mer. Ah ! La laïcité! Quelle merveilleuse invention, pensait-il. Pourquoi l’Algérie ne serait-elle pas un pays laïc, après tout ? On s’entendrait mieux avec les imams qu’avec le «bras séculier » du gouvernement !
Il prit le métro à la station Maubert-Mutualité et changea à la gare d’Austerlitzpour prendre la ligne 5,jusqu’à Bastille, puis la ligne 8,jusqu’à Créteil où demeuraient son oncle Rachid, sa tante Zoulikha et leur fille Zineb. La sensation de la faim le ramena à des pensées bien prosaïques et il se réjouit à l’idée qu’on se mettrait bientôt à table, et que sa bonne tante ne manquerait pas de le gâter, selon son habitude. 8
ième Quand il pénétra dans l’appartement de son oncle, au 4 étage de l’immeuble, la bonne chaleur et l’odeur des beignets tout chauds lui rendirent sa bonne humeur. Zoulikha l’entoura de ses bras. «Alors, comment ça va mon fils? C’est pas trop dur les études ? »
Zoulikha s’efforçait de parler en français, mais ayant vécu à Tlemcen jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, elle était plus à l’aise dans le dialecte de sa région natale. Mon fils, tu vas te régaler, dit-elle en lui tendant un gros beignet tout chaud dans une petite assiette. Je sais que tu aimes ça. Hum ! dit Mansour, ma tante, tu es géniale ! Un grand courant d’airentra dans la pièce en même temps que sa cousine Zineb qui revenait de sa leçon de karaté. Ouais ! Mansour ! Ouais ! Zineb !
Ils se donnèrent l’accolade, et Zineb embrassa sa mère qui lui tendit un beignet tandis qu’elle en plaçait un autre dans l’assiette de son neveu. «Je meurs de faim ! » dit Zineb en entraînant son cousin dans la salle de séjour attenante. Alors, comment ça va ? dit-elle. Et toi ? Oh ! moi, la routine. Je termine mon stage en juillet, et puis, on verra.La patronne m’a dit qu’elle souhaiterait que je reste dans la boîte, mais ce qui m’intéresse dans un premier temps, c’est de passer une licence de karaté. Avec ce diplôme, je serai à même de donner des cours dans les écoles, les clubs… Et toi?
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Eh bien !pour moi, faut bosser dur. Un examen, c’est un examen, mais un concours c’est autre chose.
Ils parlèrent de leur vie présente, des difficultés de vivre enétrangers dans un pays qu’ils jugeaient raciste, puis la conversation roula sur la famille restée là-bas et enfin sur les vacances qui se profilaient au bout de l’année, un peu comme un mirage. Mansour appréciait ces soirées en famille qui le confortaient dans son identité. Dans le foyer où il logeait et faisait ses études, parmi tous ces étudiants en médecine, il n’était pas le seul étranger, mais il était le seul Algérien et le seul Musulman.
Le lendemain matin, il prit congé des siens, ne voulant pas prolonger son séjour,car des grèves s’annonçaient dans les transports. Il s’agissait de prendre ses précautions. Comme par un fait exprès, en arrivant, il tomba sur Olivier. Alors, vieux, tout va bien chez toi ? La belle Zineb, toujours dynamique ? Egale à ellemême ! Bon ! Va y avoir des grèves, ça risque de nous toucher. La barbe ! Oulah! je n’ai pas envie de faire lemariol. La démocratie, mon vieux ! Oui la démocratie… Ça a son bon et son moins bon!
Sur ces paroles, chacun regagna sa chambre. Olivier demeurait dans les environs d’Orléans.Ses parents possédaient une ferme et cultivaient des céréales et en particulier le maïs. Si la grève se déclenchait, il devrait passer un week-end à Paris, et peut-être deux, sinon plus. « A ce petit jeu, murmura-t-il, nous ne sommes pas près de devenir savants »! C’était un jour gris et froid, mais lui, l’Orléanais n’en était pas plus affecté que cela. Tandis que pour
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