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Et si la mer n'était pas bleue

De
104 pages
Joseph Zobel est le plus populaire des écrivains antillais. Cette popularité, il la doit à son talent de conteur, mais aussi à sa remarquable faculté de faire revivre les Antilles d'antan. Dans ce recueil, on croise un campagnard qui entreprend une longue marche pour découvrir la mer, on participe à la vie d'un bourg qui s'anime autour de la boutique du coiffeur puis Zobel parle, sans émotion, d'une famille qui illustrait "la négritude en action"; les Nardal. Ce recueil (c'est un peu La Rue Cases-Nègres sous des angles nouveaux), procure un plaisir de lecture aussi grand que le célèbre roman.
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Et si la mer n'était pas bleue...

"

Couverture et illustrations intérieures: Maquette: Myline

S. Mondésir

Joseph

ZOBEL

Et si la mer n'était pas bleue...
Nouvelles

Editions CARIBEENNES 5, rue Lallier 75009 Paris Tél. 285-32-34

Du même

auteur,

chez d'autres

éditeurs:

Diab'là Laghia de la Mort. Les mains pleines d'oiseaux. La rue Cases-Nègres. Le soleil partagé. Chez le même éditeur: Quand la neige aura fondu.

i@ Editions

Caribéennes,

1982

Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays !.S.B.N. 2-903033-35-8

Et si la mer n'était pas bleue...

- Elle voudrait que tu l'accompagnes, me dit ma mère. Je ne me souvenais pas que tante Oberline eût mis les pieds chez nous, avant ce jour où elle était venue demander à ma mère que je parte en voyage avec elle. Je n'avais pas assisté à l'entrevue, ayant à peine attendu que ma mère m'ait dit, par égard pour sa visiteuse: - Va jouer. Lorsque je suis revenu, tante Oberline était déjà partie; c'est alors que ma mère m'a dit: - Elle va à l'Anse Mitan la semaine prochaine, et voudrait que tu... Et tu vas te baigner à la mer...
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ET SI LA MER N'ÉTAIT

PAS BLEUE...

Pour aller à Grand-Bourg, à Saint-Esprit, à Rivière-Pilote - et même jusqu'au François pour le pèlerinage de la Saint-Michel-, on faisait la route à pied. Il y avait un réseau de sentiers et de chemins de traverse que tout le monde ne connaissait pas, et sur lesquels il était bon de se renseigner avant de partir. Si c'était loin, on se levait très tôt - au deuxième chant du coq, par exemple - et on partait de façon à avoir parcouru une bonne partie du trajet avant que le jour ne soit ouvert. Quand il ne s'agissait que d'une course que l'on pouvait faire dans la journée même, il suffisait de se mettre en route à l'Angélus du matin. Ainsi, les distances à parcourir étaient longues ou courtes, selon qu'elles commandaient de partir peu ou prou après minuit, bien avant ou longtemps après le lever du soleil. En tout cas, pour un déplacement de quelque importance, il y avait toujours obligation de se mettre en route, avant que personne dans le voisinage ne fût levé, car la prudence exigeait que l'on ne vît pas tel ou tel de ses voisins avec qui on n'avait pas de chance et qui, ne l'eût-on aperçu que furtivement, pourrait contrarier le déroulement ou l'aboutissement du voyage. Tout le monde, aussi bien les grandes personnes que nous, les enfants, estimait qu'un lieu qui se trouvait hors des limites de la plantation était loin; et il 10