//img.uscri.be/pth/e2f0e6a8ce0696b17996f0cb78f62a7827c42686
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Eternel oubli

De
146 pages
Nos souvenirs nous aident-ils à rester en vie et à garder espoir, ou au contraire sont-ils des gardiens intraitables et impitoyables de nos faux pas, nous rappelant sans cesse ce qui a été, ne s'effaçant qu'avec notre propre fin ? C'est autour de cette question que s'organise le récit, dans une sorte de huis clos hebdomadaire qui met face à face un animateur et dix participants.
Voir plus Voir moins
    
 
 
 
 
 
 
 
 
ÉTERNEL OUBLI
  
 
 
 
 
 
Louis Schalck           
ÉTERNEL OUBLI
  Roman                                                                                                  
 
                                                          
 
Du même auteur  Le prénom , Do Bentzinger Éditeur, 2007 Les Passerelles , Éditions Goutte DO, 2008 Territoires amoureux , Éditions LHarmattan, 2010  
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-99671-7 EAN : 9782296996717
   Q ’est-ce qu’une âme perdue ? C’en est une qui s’est u écartée de son vrai chemin et tâtonne dans l’obscurité des routes du souvenir. Malcolm Lowry   Les souvenirs eux-mêmes ont leur jeunesse. Ils tour-nent dès qu’on les laisse moisir en dégoûtants fantô-mes tout suintants d’égoïsme, de vanités et de men-songes. Céline.                  
 
 
                                
    Photo de classe 1971, récupérée sur un site style Copains d’Avant, d’avant quoi d’ailleurs ? Elle était là, trônant au milieu de ses 35 élèves, fière et sûre de détenir le destin de ces sales petits garnements qu’il fallait abso-lument mettre dans le moule social, fabrique des futures élites du pays, et ceux qui ne voulaient pas y entrer, il fallait les éliminer, oh, pas au sens propre du terme, mais bien plus subtilement en les humiliant, oui les écarter pour qu’ils disparaissent en fin de liste et qu’on ne les voie plus sur la grande scène de la vie mon-daine, bourgeoise et bienveillante.                  
 
 
 
 
 
           
  
                                
L’administration chargée de la répartition des salles nous avait placés au sous-sol du Palais Universitaire, à côté des salles d’arts plastiques, ce gros bâtiment cons-truit à l’époque allemande, en 1884, comme on le pré-cise ici à Strasbourg, comme pour excuser son aspect massif, puisque, faut-il le rappeler, Strasbourg a été une ville allemande mais ne l’est plus à ce jour. C’est aussi, dans ce même Palais Universitaire, que se tint la première session du conseil de l’Europe, le 10 août 1949. Mais qui aujourd’hui s’en souvenait ? Plus grand monde. Cette si belle ville, agréable, bien placée géographi-quement, n’arrivait toujours pas à se hisser au rang des grandes villes françaises et européennes, même si elle était qualifiée de capitale européenne. Peut-être cette adjonction bourg  laissait-elle une impression qu’il s’agissait d’un gros bourg. Il y avait pourtant aussi Strass  dans Strasbourg. Un paradoxe, qui associait la ruralité à la futilité. Comme dans beaucoup d’autres villes de l’Est de la France, Strasbourg comptait énormément de monu-ments aux morts, mémoriaux et autres édifices rappe-lant des événements tragiques. La maison du tourisme proposait d’ailleurs Un parcours  voyages dans le temps , l’équivalent du Freedom trail de Boston, itinéraire fléché en vert sur le sol et qui faisait le tour de tous ces lieux liés à l’histoire. La ville avait réussi néanmoins à s’imposer comme Capitale de Noël, attirant en fin d’année les touristes des quatre coins du monde. Et je commençais mon atelier durant cette période particulière, fin novembre.
 9
Il fallait descendre un escalier métallique  très étroit, en colimaçon, suivre un long couloir au plafond arrondi comme dans les casemates de l’armée, le tout peint à la chaux blanche pour donner plus de clarté à cet espace souterrain, et puis, tout au fond, une porte en bois ouvrait sur la salle de cours, avec ses bancs d’écoliers d’un autre âge. Pas de fenêtres, pas de lumière natu-relle, une pièce aveugle qui donnait le sentiment d’être ailleurs, c'est-à-dire nulle part. Bref, exactement ce qu’il me fallait, comme dans le film La chute , avec Bruno Ganz, dans le bunker, dernier lieu de vie d’A.Hitler, univers refermé sur lui-même, à la fois à l’abri de tout et en même temps étouffant pour ses occupants. Des souvenirs aussi d’enfants que nous étions, à ramper dans les derniers abris anti-aériens du quartier, pour avoir les mêmes sensations que nos parents qui nous racontaient y avoir passé des nuits entières.  A peine entré dans la salle, je disposai les tables en U afin d’avoir  une vision complète du groupe que j’allais accueillir. Quinze années que j’animais cet atelier mémoire, une réputation qui n’était plus à faire, les gens se bouscu-laient pour s’inscrire, peur de perdre la mémoire, peur de laisser échapper une partie de leur vie, angoisse de voir s’effacer ces souvenirs auxquels ils tenaient tant. Il y avait tellement de demandes que j’avais pu organi-ser 10 groupes d’une quinzaine de personnes chacun.  Et puis, cette année, j’avais demandé à constituer un groupe spécial, avec mes propres critères, officielle-ment pour expérimenter de nouvelles techniques.
10