Etoile secrète

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296291904
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Écritures

arabes

Collection dirigée par Marc Gontard

Du même auteur
A L'HARMATTAN

CeiuJres,

Poèmes (1928-1934), mars 1983. Collection

Écritures arabes. pr~ère édition, Tunis, Éd. de Mirages, 1934.

A Paraître: Chants berbères de Kabylie, édition bilingue berbèrefrançais, 1983. Collection Écritures arabes. Éditions antérieures en français: Tunis, Monomotapa, 1939; Paris, Charlot, 1947. Journal et écrits, 1984.

Jean Amrouche

,

Etoile secrète

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechniqùe 75005 Paris

Si la collection Écritures arabes entreprend aujourd'hui de rééditer Jean Amrouche, Berbère algérien de confession chrétienne, c'est qu'on ne peut au Maghreb dissocier la culture arabe de la cultur.e berbère, à moins de reconduire l'erreur coloniale du dhair berbère qui au Maroc rassembla dans une lutte commune ceux qu'on avait voulu diviser. Ce qui fait la singularité du Maghreb par rapport au Machrek arabe c'est, précisément, la permanence d'un fond culturel arabo-berbère, synthèse originale de l'apport coranique et de divers courants préexistants (chrétien, israélite, animiste) que l'on relève encore dans maintes traditions. Si la culture berbère s'est fortement islamisée, la culture arabe au Maghreb n'existe que travaillée par cette culture originelle, d'où l'intérêt de Jean Amrouche, très « francisé », mais avant tout algérien et kabyle, comme Jugurtha, son héros préféré, qui chez Kateb Yacine apparaît également comme l'un des ancêtres éponymes de l'Algérie.
Marc Gontard

@ L'Harmattan, 1983 ISBN: 2-85802-266-6

NOTE DE PRÉSENT A TION

Après la publication, en 1934, de Cendres de Jean Amrouche, l'effet d'émulation aidant, on eût été en droit d'espérer sinon l'avènement d'un courant poétique algérien, du moins l'apparition de quelques nouveaux auteurs d'expression française. TI n'en fut rien! La tentative d'Amrouche demeura solitaire. Quand le second recueil du poète, Étoile secrète, que nous rééditons aujourd'hui, fut publié en 1937, aucun nouveau talent ne s'était révélé, et il faudra attendre l' aprèsguerre avant que d'autres ne prennent la relève... Certes la diffusion de l'œuvre d'Amrouche fut des plus confidentielles, malgré les efforts du poète et de ses amis. Toutefois Cendres avait rencontré un public de qualité, de Gide à Audisio, de Mauriac à Guibert. C'était presque inespéré: preuve était faite que. l' « indi- , gène» pouvait rivaliser de talent et de maîtrise dans le maniement de la langue de l'occupant. Voilà qui eût dû encourager des vocations. En outre, la situation du pays, avec la détérioration dramatique des conditions de vie des Algériens et la radicalisation outrancière de l'ordre colonial, était de nature à susciter des « états d'âme» particulièrement propices à l'effusion poétique. Mais le

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désespoir collectif choisit de s'exprimer clandestinement à travers les revendications indépendantistes du parti nouvellement fondé par Messali, le Parti populaire algérien (p.P.A.). Ce contexte explique peut-être l'unicité et la solitude de l'effort littéraire d' Amrouche ; mais il en souligne assurément toùt le tragique. En ce sens, Étoile secrète a valeur de témoignage et de document historique. Armand Guibert, ami et éditeur d'Amrouche, a révélé la genèse de l' œuvre: « Cette Étoile secrète derrière laquelle Henri Bosco déclarait sentir la présence de Dieu (...) prit forme sur la terre d'Afrique, à Bône, l'Hippone augustinienne, mais aussi à la faveur des vagabondages picaresques qui nous portèrent, plusieurs années durant, danS unedouzairie de contrées d'Europe» (1). A certains égards, en effet, ces poèmes se présentent comme un journal de marche, d'une marche initiatique à la recherche de l'Homme et de Dieu entreprise à ses risques et périls par un homtp.e qui se débat dans un monde apparemment sans issue. Pour sortir de ce jeu-là, pour « se sauver », le poète n'a d'autre choix que le saut dans l'inconnu. Ses seuls recours pour échapper à l'anéantissement: la foi en la miséricorde divine et la foi en l'Homme, qu'il faut exprimer avec la perfection du langage de l'innocence.
(1) Preuves, n° 137, juillet 1962.

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Aimé Césaire avait visé juste, qui recommandait naguère: « A qui veut définir Jean Amrouche, je demande que l'on retienne cette double religion, celle du langage et celle du mythe (...) ou réalité de deux faces. Et cette religion s'appelle la poésie (2)). Et c'est, en effet, en véritable sacerdoce que Jean vécut la poésie. Sacerdoce exigeant, exténuant même parce que quête d'un langage vital en même temps qu'inaccessible pourtant:
rr J'ai

cru que l'écriture portait en elle une ver'

tu d'exorcisme. Mais rien ne me délivre de mon dé-

mon... Il n'est pas de délivrance par la parole.
A moins qu'il n'existe, au-delà du verbe humain, des Maîtres Mots, un langage primordial de vie surnaturelle (3). Il

Langage primordial! Voilà où se greffe le mythe: il existerait donc une communication magique, surnaturelle grâce à quoi l' homme enfin « délivré de son démon» renaitrait à l'innocence, réintégrerait la mouvance de l' harmonie originelle! La Terre de l'enfance... Etrange mythe, en vérité, que celui-là dont se saisit le

(2) « Hommage à Jean Amrouche », Présence T. XLVI) 2e trimestre 1963. (3) Etoile secrète, « Troisième lettre de l'Absent. »

africaine,

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poète: ce n'est rien moins que le halètement, le rythme berceur et apaisant de la Mère. Rythme et sons qui délivrent de l'angoisse fondamentale l'enfant nu et déjà conscient de sa solitude. Toute la question est de savoir comment - et si cela est possible - reconstituer ce langage d'au-delà du verbe humain. Peut-être la Poésie... L'inspiration où baignent les poèmes d'Étoile secrète est assurément d'origine chrétienne, ainsi que l'a montré Jean Dejeux dans sa subtile étude sur le Sentiment religieux chez J Amrouche (4). Cependant, observe Dejeux, si son vocabulaire fut biblique et chrétien, « on pressent parfois que notre poète se situe à un carrefour de routes où rythmes ancestraux de la terre natale, réminiscences islamiques de la culture ambiante se croisent avec un drame chrétien et une foi chrétienne». A vrai dire, c'est moins l'importance respective de chacune des sources d'inspiration qui doit compter, que la volonté d'une « synthèse totale» à laquelle aspire le poète et qui est l'indice, le signe majeur d'un enracinement méditerranét:n antique. Plus encore, -une « lecture seconde », à laquelle nous ne pouvons nous livrer dans cette petite note,
(4) Dans Cahiers algériens de littérature comparée, Troisième année, n° 3, 1968. Contient une importante bibliographie.

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montrerait un enracinement beaucoup plus aisé à localiser dans l'espace. Car observons simplement que l'Étoile n'est pas que de Bethléem; elle est aussi symbole ~lgérien par excellence. A n'en pas douter, la secrète Etoile d'Amrouche eut une « sœur» un peu moins secrète, plus explicite: elle s'appela Nedjma. Toutes deux, celle de Kateb Yacine et celle de Jean El Mouhoub Amrouche, portent le même nom de famille qui, longtemps, leur fut refusé: AI-Djazairiya... Ammar HAMDAN! Paris, décembre 1982

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