//img.uscri.be/pth/c25cbe6a0608ff308a82677dcd2d6f5d7d3d0397
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Eva tranche de vie

De
123 pages
Eva donne à lire et à découvrir la vie d'une jeune fille et ses "truculentes turpitudes" : née d'une mère irresponsable et d'un père inconnu, elle tombe enceinte d'un frère dont elle ignore le lien de sang... L'auteur dévoile les contradictions d'un univers fait de tous types de passions qu'elle relate avec beaucoup d'enthousiasme et de réalisme.
Voir plus Voir moins
Merveiline Tapi
Édevviea Tranche
Lettres camerounaises
Éva
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaisesl’avantage du présente positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collectionLettres camerounaises s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Madjirébaye Hervé,Le prix du pardon, 2014. Pierre BEDEL MBELLA,Le cordon ombilical, 2014. Djhamidi BOND,Amour et préjugés, 2014. Pierre BEDEL MBELLA,La veuve blanche, 2014. Ginette MINTOOGUE,Renaître. Regard vers le passé d’une adolescente, 2014. Patricia NOUMI,Aimer sans réserve, 2014. Marcelline Nnomo ZANGA,De la parole à l’écriture en Afrique, 2014. Josiane NGUIMFACK ZEUFACK,Lueur en flamme, 2014. Charles SOH,Ici, ce n’est pas comme là-bas,2014. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Un cheveu sur la soupe, 2014. Alain ABOUNA NOAH,Au-delà des tourments, 2013. Joseph SOP,Une parodie de justice, 2013. Éric ONANA AWOMO,Et si tu étais nègre, Nicolas ?, 2013. Jean André MANGA,Naître fille est-il une condamnation ?,2013.
Merveiline Tapi
Éva Tranche de vie
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02704-3 EAN : 9782343027043
Remerciements
Ce roman a vu le jour grâce au soutien de personnes physiques et morales, qui m’ont accompagnée tout au long de cette aventure. Ma première pensée va à l’endroit de l’Alliance Française de Dschang pour la confiance qu’elle m’a accordée en me prenant en résidence d’écriture dans son enceinte, et à son directeur Abraham NANA qui n’a cessé de m’encourager quand bien même je n’y croyais plus. Un grand merci à René POUNDE, mon mentor. Faire la connaissance de cet homme si particulier m’a permis d’améliorer mon style et d’avoir confiance en ce que je fais. Une pensée àChristèle NGANI, ma sœur, amie, et aussi mon fan numéro 1, qui m’a soutenue sans faille et qui a su me redonner la force d’aller de l’avant.À Marguerite TCHIENTCHEU, une dame au cœur énorme qui, malgré les péripéties de la vie, n’a cessé de me soutenir.
L’occasion me permet également de signifier ma gratitude à Stéphane AKOA qui m’a inspiré certains passages de ce roman et qui a été à mes côtés lors de la première phase de correction. À ma grand-mère chérie, NGANI Thérèse qui m’a inspiré un des personnages de ce roman. À mes parents Gilles et Suzanne GBAGUIDI, pour leur amour et leur soutien inconditionnel. À ma mère NGANI Jeannette, pour m’avoir donné la vie.Dorothée KOUAM, pour la «maman » adorable qu’elle a toujours été.
Je ne saurais ne pas remercier mes amies et sœurs Michèle Lynda SEDIO, Corine GBAGUIDI, Charlotte TCHACHOUA et toutes celles dont les noms ne figurent pas sur cette liste, ainsi que ma famille et toutes ces merveilleuses personnes qui, de près ou de loin, ont participé à la réalisation de ce roman. Je vous aime tous !
6
Il fait beau cet après-midi! En ce début de rentrée scolaire, il est rare de voir un ciel aussi dégagé à Limbé. La météo avait pourtant annoncé la pluie pour cette journée. Le ciel a coulé quelques larmes en début de matinée, mais à présent, il est plutôt de bonne humeur. C’est le meilleur moment pour s’offrir une balade au bord de la mer. À cette heure de la journée, la plage ne grouille pas encore de monde et c’est l’idéal pour ceux qui, comme Éva, ont besoin de piquer d’une tête en toute intimité. D’un pas lent, elle déambule le long de la plage. Le vent souffle et disperse ses cheveux qui tombent en bataille sur ses épaules. Son chemisier blanc déboutonné laisse entrevoir son ventre plat et ses petits seins. Le soleil qui somnole se laisse peu à peu avaler par l’océan. Éva se débarrasse de ses lunettes de soleil qui lui couvrent presque le visage et s’en sert comme d’une couronne pour rassembler ses cheveux; comme on dit chez nous, pour « attraper ses cheveux ».
Tout comme une personne à qui la vie offre une nouvelle chance, elle avance, sourire aux lèvres et le regard plein d’espoir. C’est le dernier jour des vacances. Demain sera son premier jour de classe après deux années de galère passées à la recherche d’un emploi qui aurait pu lui permettre de payer ses études. C’est donc dans une nouvelle aventure qu’elle s’engage. Un rêve qui devient réalité. Éva attend ce jour depuis très longtemps. Ce jour où elle peut enfin entrer dans une école des Beaux-arts et en sortir nantie d’un diplôme professionnel. Elle souhaite ne plus être la petite dessinatrice dont on se moquait autrefois. Non! Elle peut vivre de sa passion, ravir la vedette à Picasso. Pourquoi pas ? Le rêve est permis. Même si elle n’a jamais cessé de dessiner, elle a quelque peu perdu l’enthousiasme pour sa passion. Mais aujourd’hui, le temps du changement est arrivé! Éva ne compte plus se limiter au dessin, non! Elle veut se mettre aussi à la peinture.
7
Sous son calme apparent, Éva bouillonne à l’intérieur. Elle s’imagine en train d’inaugurer sa propre galerie d’art à l’autre bout du monde parce que, pense-t-elle, l’art est en agonie au Cameroun et il faut être magicien pour faire le plein d’une salle à l’occasion d’un vernissage. Elle aimerait pouvoir publier des bandes dessinées dans la même veine que Kouakou, Tintin... Elle regrettel’époque où les enfants étaient des fans de ces petits trésors bourrés d’images aussi impressionnantes les unes que les autres et dont les histoires étaient gorgées d’émotions et d’imaginations. De nos jours, les jeunes sont tous passionnés de gadgets que leur offrent les nouvelles technologies de la communication. Ils sont à la mode :« PlayStation »,« Nintendo »et plein d’autres jeux vidéo qui les maintiennent «scotchés »à un écran d’ordinateur ou de téléviseur à longueur de journée.
Une vague vient échouer à ses pieds et l’arrache à ses pensées. C’est ainsi qu’elle réalise qu’elle a la plante des pieds en feu et peut-être en sang. C’est la conséquence d’une balade sur une plage mal entretenue. On trouve des débris de verre, des morceaux de bois et coquillages qui traînent le long de la plage; la mer se chargeant de temps en temps de nettoyer ce que l’homme a vomi parce qu’ici, personne ne songe à l’en débarrasser. Éva pense un moment à s’asseoir. Il est question de souffler un peu, mais déjà tombe la nuit. Le sable qui paraît noir et répugnant en cette fin de soirée la pousse à changer d’avis. «Il vaut mieux rentrer, prendre un bain chaud pour me débarrasser de ce sel qui me colle à la peau. Demain est un autre jour », se dit-elle.
La nuit a été longue et agitée pour Éva. Il est six heures du matin et le réveil sonne. Éva, qui s’est réveillée bien avant, le laisse sonner longtemps encore. Il faut pourtant qu’elle s’habitue à ce bruit parce qu’il en sera ainsi tous les matins pendant les neuf prochains mois de l’année. Après avoir dit une courte prière, elle saute du lit. Comme chaque matin, elle allume le poste de télévision pour prendre les nouvelles du 8
monde avant de rester câblée sur des chaînes comme Trace music, l’une des chaînes musicales de ce début du 21e siècle. Dans certaines conditions, elle mettait le son au niveau maximal, mais étant donné qu’elle vit désormais dans une cité universitaire, elle se doit de respecter les règles de bon voisinage. Pendant que les clips se succèdent à l’écran, Éva se précipite à la douche, attrape une brosse à dents sur laquelle elle étale la pâte dentifrice avant de se diriger vers la cuisine où elle met de l’eau sur le feu. Elle a la pêche ce matin et quand on fait passer l’une de ses chansons préférées, c’est le délire total. La bouche pleine de mousse, elle ne peut s’empêcher de répéter les paroles de cette chanson qu’elle connaît par cœur.“I know I can be what I wanna be if I work hard of it, I’ll be what I wanna be…”en bougeant au rythme de la musique. Uniquement vêtue d’une petite culotte blanche estampillée «sexy girl» à l’arrière, elle se meut dans son appartement. Entre la cuisine, la douche et la chambre, elle prend un bain, prépare du café, fait la sélection de la tenue adéquate pour son premier jour de classe, la rentrée académique ayant eu lieu il y a quelques jours.
Éva n’était pas certaine de suivre sa formation jusqu’à ce fameux soir où elle eut une proposition indécente d’un homme dont elle a fait la connaissance pendant qu’elle travaillait en tant qu’animatrice culturelle dans un centre aéré situé en pleine forêt, à des kilomètres de laville :
« Jete prends en charge pour tout ce dont tu as besoin, à condition que tu sois toujours là pour moi quand j’aurai besoin de toi», lui avait dit l’homme. Ce cou plié qui, comme bien des vieillards avides de chair fraîche, croit avoir le monde à ses pieds.
Si seulement Éva avait réellement comprisce qu’il voulait dire par «que tu sois toujours là pour moi quand j’aurai besoin de toi», elle ne se serait jamais lancée dans cette aventure.
9