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Eveil paradoxal.

De
251 pages
Poussé par son agent, un écrivain grisé par le succès et déprimé par sa récente séparation essaie de se plonger dans son troisième roman, le dernier acte de sa trilogie. On dit que le troisième livre est celui de la maturité. Mais dans sa nouvelle vie sans histoire, où trouver l'imagination ? L'alcool ne marchant plus, il se replie sur lui-même et en fait confiance à une infirmière travaillant dans un hôpital douteux pour se détruire le visage afin de changer de vie. Méthode radicale, mais efficace… Plongé dans un monde où réel et imaginaire se fondent, il essaiera de finir son livre...
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2 Titre
Éveil paradoxal

3
Titre
Maxime K. Daoler
Éveil paradoxal
Arrivés là
Troisième et dernier volume
Roman
Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-9366-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748193664 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9367-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748193671 (livre numérique)

6 Eveil Paradoxal






Merci à Élora et Julie. Merci à Oliver et Jinny.
Merci à mes parents. Merci à mes amis.
Que vous le soyez réellement ou pas ;
que vous soyez réel ou pas.
Ce n’est qu’un livre.

« L’ironie participe, souvent même, aux pires horreurs. »
H.P. Lovecraft

« Vous seriez étonnés par le temps qu’un auteur est obligé
de passer avec les gens pour créer cette voix esseulée… »
Chuck Palahniuk

« Regarde, lis, apprends et ensuite, écris. »
MKD.

« Écrire, c’est mentir avec des fautes d’orthographe. »
Marcello Angelina Ketszaquest.

« Très bonne ta quiche, Monique.
Remets-moi un kir. »
Donald Duck.
7 I. SOMMEIL

.

I. SOMMEIL
9 Fin

CHAPITRE FIN
Mon histoire commence avec une soupe chi-
noise qui se prend des micros ondes, un peu de
pain sur une table et un bout de fromage dans
une assiette creuse. Suspense insoutenable.

Laissez tomber si vous n’êtes pas attirés par
cette histoire. Je ne vous en voudrais pas : je
suis écrivain, c’est mon boulot. Si ça ne vous
intéresse pas, c’est que j’ai mal travaillé. Mais là
pour tout vous dire je m’en fous. Je lance sur
cette phrase anodine le récit le plus personnel
que je n’aurais jamais fait. Et ça, juste pour le
plaisir de l’écrire, de me dire « je l’ai fait ».

Donc si tu as lâché ce livre, si tu n’es même
plus en train de lire ce que je te dis à ce moment
précis, tant pis.

Tu passeras à côté de mon introspection et,
pire pour toi, peut-être de la tienne. Car, tout
simplement on est fait de la même matière or-
ganique qui « dure » une toute petite centaine
d’années, et parce que moi je suis toi, et vice
11 Éveil Paradoxal
versa. Pauvre fou tu te croyais unique. Tu as eu
tort, parce que tu lis l’histoire de quelqu’un qui
était comme toi, il pensait être unique. Lorsque
l’on est doué pour faire quelque chose, il se
passe une chose universelle. Les gens nous en-
couragent, ils y croient plus que nous. Au fur et
à mesure, on se laisse prendre et on se croit
unique.

Tu la trouveras incompréhensible cette his-
toire. Tu te demanderas où suis-je parti cher-
cher ça, et tu diras « non, c’est pas mon intros-
pection, ça n’a rien à voir avec moi ».

Et ça uniquement parce qu’on n’a pas la
même imagination.

J’ai beurré deux fois une plaquette de beurre,
et ai attendu quinze minutes que le steak que j’ai
mis au frigo cuise.
Inutile de le préciser.
Mon histoire est intéressante, passionnante
mais faut arriver à la suivre. Si je la commence
avec mon repas du soir, il y a bien une raison.
C’est parce que j’en suis arrivé là.

Inutile de me le faire remarquer, c’est lorsque
le papier aluminium du sachet de soupe se mit à
faire des étincelles dans le four à micro-ondes
que je me rendis compte que je faisais vraiment
12 Fin

n’importe quoi depuis ce matin. Je suis plongé
dans mes pensées, et pour une fois je me mets
un point d’honneur à ne plus tomber dedans. À
ne plus me faire avoir par ce que je crois et ce
que je comprends.
Je suis dans la cuisine, dans l’ombre. Je ne
bouge pas. C’est la fin je crois. Oui, vous avez
bien remarqué. La fin. L’idéal lorsque l’on écrit,
c’est s’autoriser à raconter tout dans le désor-
dre. J’aime bien commencer par la fin. Dans ce
cas, on pourrait croire que c’est une bonne fin.
Pas une fin dépressive, comme j’en fais dans
chacun des autres volumes de ma série. Une fin
normale, pour une fois sans que le personnage
principal soit mort.

C’est normal, aujourd’hui, le personnage
principal, c’est moi.
13 01

CHAPITRE 01
C’est l’instant du chapitre suivant, celui qui
lance le flash-back. Mon lecteur MP3 est lancé.
En aléatoire. Je peux écrire. Allez. C’est à ce
début de chapitre que la date est fixée au
er1 janvier.

Maxime est dans un état pas croyable. Jamais
il ne s’était autant bourré la gueule. Il essaie de
se rappeler de toutes ses cuites. Et non, il ne
trouve pas mieux. Celles de ses amis, de ses pa-
rents. Non plus. Personne n’en a fait autant.
Nouveau record. Jury unanime, foule en délire.
Le plus dingue, c’est qu’à ce moment précis, il
ne pense qu’à ouvrir une autre bouteille.

15 h 00. Je reçois un coup de fil de ma mère.
Deux « bonne année » plus tard, elle me dit de
ne pas m’en faire, que tout ira mieux. Je lui rap-
pelle d’une voix d’outre-tombe que si tout de-
vait aller mieux à chaque fois qu’elle me le dit,
je n’aurais sûrement jamais écrit de livres. Je
15 Éveil Paradoxal
n’aurais probablement jamais autant vendu et je
n’aurais pas reçu autant de récompenses.
Pas sûr.
Et je raccroche en fixant l’horloge et mettant
mes mains autour de mon visage.
Pause de courte durée, et c’est mon père qui
m’appelle, qui me dit la même chose, qui me
souhaite bonne année, tout le bonheur du
monde, paix et amour dans votre foyer, un or-
gasme à chaque rapport et ramène une quiche
au pâté si tu passes un jour. Même discussion,
je l’expédie tout aussi vite et me remets en posi-
tion de « tête dans les mains ». Pas le temps de
réfléchir, un coup de fil de Marshall me relance
sur le refrain qui tourne depuis ce matin minuit,
et qui me dit qu’il faudra bien que je m’y fasse
un jour, qu’elle est partie et que c’est comme ça.

15 h 10. En boucle passe Addictive de Kanye
West dans mon lecteur mp3. Chargée de sou-
venirs.

Ça me rappelle quoi au juste ? Ça me rappelle
quand on était ensemble, quand elle était là et
qu’elle était belle… Ou alors ça me rappelle les
séances d’écriture pour mettre en place le per-
sonnage qu’elle m’a inspiré pour mon deuxième
roman… Il suffit qu’un élément revienne dans
plusieurs souvenirs pour les rendre obscurs. La
musique qui ne veut plus rien dire. Arrête Ka-
16 01

nye, ça ne marche plus. Je ne sais plus de quoi
tu parles…

Tel que vous me voyez, je ne suis pas un
homme brisé. Non non, je n’ai pas à me plain-
dre. Par contre, vidé, oui. Vide comme une co-
quille.

Le jour où vous avez un ami qui réussit à
publier un livre et qui, non seulement, est
content du succès mais qui vous conseille de
faire pareil, parce que c’est une sorte de théra-
pie, envoyez-le paître dans un vert pâturage.

Une autre chorale de sonneries, comme
d’habitude je saute sur le téléphone en me di-
sant « c’est elle, elle m’aime et elle ne part plus »
et je suis déçu en entendant une voix de per-
sonne âgée, qui me souhaite une bonne année
en attendant que je fasse pareil. Sans vouloir
être méchant, je pense plutôt que cette per-
sonne âgée ne passera pas l’hiver.

C’est à ce moment du chapitre que la date est
fixée au 31 décembre. Maxime boit. Et vomit,
mais continue à boire.
Je vous arrête, il ne boit pas son vomi, en-
core un peu de dignité.
On se dit tellement de choses en prenant
conscience que l’on est bourré et qu’il n’est que
17 Éveil Paradoxal
9 heures du matin. Nous sommes le matin du
31 décembre et ce soir je fête le nouvel an seul
avec mon énervement. Elle a fait son sac hier.
Elle est partie hier. Et merde. Si j’écris des his-
toires où tout le monde meurt à la fin, c’est
parce que j’en avais assez de ne pas savoir
comment finit un personnage après avoir réglé
son gros problème. Dans plein de films, de li-
vres… « S’aimeront toujours, auront beaucoup
d’enfants… » Mais aussi des voitures, des beaux
parents, des contraventions, des accidents, des
licenciements, l’ennui du quotidien, la prostate,
les élections, les grèves de train, des engueula-
des, oh oui beaucoup, des maladies, des tendini-
tes, des matchs de basket, l’impuissance, les
nappes rangées dans la mauvaise armoire et un
chien…
Ça on ne le dit pas assez.

J’ai résolu depuis peu mon gros problème, je
suis plus zen. Plus concentré. Moins stressé.
Bref, moins dépressif, je suis même arrivé à un
stade où les problèmes, je ne sais plus trop ce
que c’est. Je suis juste, comme à l’accoutumée,
perdu, paumé, embrumé, abandonné dans mes
pensées, mes idées, mes craintes et tout le reste.
Pour l’instant je ronge mon frein parce que
« elle ». Et Maxime, qui dort sur le dos (de son
chien, un labrador couleur sable appelé Didier,
c’est dire l’originalité du mec) il se dit, et ben
18 01

tant pis, qu’elle se casse. Connasse. Et il fait des
bulles de salive en sombrant dans un sommeil
sans fond.

C’est à ce moment du chapitre que la date est
fixée à un jeudi 12.

Marshall n’est pas un agent littéraire, c’est
juste quelqu’un de borné et de débrouillard. De
con, mais de drôle. De direct et sincère. Je l’ai
donc embarqué dans cette aventure rocambo-
lesque en tant qu’agent, ou en tant qu’ami. Ou
de mec qui me sauve de mes problèmes. Atten-
tion, je parle des petits problèmes (je n’ai plus
d’encre dans mon stylo/j’ai perdu mon télé-
phone portable/ma jambe droite me gratte), pas
de vrais problèmes.

Cet air satisfait qu’il a revêtu ce matin pour la
journée, c’est parce que les ventes du dernier
livre ont explosé. C’est parce qu’un studio a
acheté les droits du premier livre pour l’adapter
au cinéma et que j’ai rencontré il y a peu le ré-
alisateur qui s’intéresse au projet, une femme
intelligente qui me propose des choses incroya-
bles pour l’adaptation.

Dur de concevoir que quelqu’un connaisse
aussi bien ce que vous avez fait. Et donc votre
vie.
19 Éveil Paradoxal
– Tu vas tenir le choc vieux ?
Yep.

Le choc d’avoir autant de thunes. De puer le
fric, de chier des pièces toutes les cinq minutes,
de gagner 17€ par heure… De se rappeler des
choses futiles qui vont disparaître à tout jamais.
De me revoir à douze ans copiant une VHS
Star Wars en branchant tant bien que mal deux
magnétoscopes en espérant avoir une belle co-
pie. Foirée, bien sûr. Le système Panavision, la
protection, a brouillé la bande. De me revoir à
seize ans découvrant le média DVD, avec un
lecteur si cher, si bas de gamme. Si inopérant.
Me revoir quelques années après avec au
moins quatre lecteurs dans toute la maison fa-
miliale, le DVD de Star Wars, mais aucun lec-
teur ne fonctionnant correctement.

Parce que Papa et Maman ne peuvent pas
acheter du bon Sony, du bon Samsung.
Même pas un mauvais Philips. Juste le mau-
vais Méga Star. Le pire Techno Vision. Ces
sous marques, aux doux noms de série
Z. Straight Fly. Maxi Picture. Numeria. Digi-
flex. Imagin’r.
Aujourd’hui, je vais acheter le meilleur des
Sony. Le meilleur des PC. Tout ça dès que je
toucherai mes droits d’auteur.
20 01

– Vieux, tu n’as besoin que du logiciel Word
pour écrire et ton vieux coucou le supporte.
Arrête, laisse-moi rêver.
– Oui, c’est cool l’argent, mais je te trouve
futile.
Yep.

Je remets les écouteurs. L’écran du lecteur
MP3 annonce Bad Habits - El Fudge. Il laisse
place à Paint it black. The Rolling Stones.
21 Confession

CHAPITRE CONFESSION
– Je reviens dans le coin dans deux jours, tu
n’y échapperas pas !

Ça c’est Anaïs.

– Sinon ça va p’tit con ?

Les coups de fil d’Anaïs, ça détend. Surtout
après un coup de fil de Marshall.

Ne t’inquiète pas, tu l’auras ta dédicace.
– Ok, ça roule. À plus bichon.

Je raccroche le portable et le son qui
m’arrive, c’est le générique de l’émission Vol de
Nuit, l’émission littéraire de PPDA. Marshall
fait des pieds et des mains pour que j’y sois
invité. Je déteste cette émission.
Je remets les écouteurs. Écran du lecteur
MP3 annonce 72 and Central - Proof ft. Obie
Trice & J Hill.

23 Éveil Paradoxal
00 h 37, 12 janvier. Dans 14 heures mon exer-
cice « préféré ». Séance de dédicace… Les pre-
mières fois, c’est sympa. Cette fois-ci, c’est
lourd. Long, sans fin. Dernière journée de pro-
mo du dernier livre paru. Mes petites histoires
fantastiques. J’ai droit à une journée complète
d’ennui. Dieu sait que l’ennui est mon pire en-
nemi. Mais pour le moment, il me reste du
temps de repos avant d’affronter cette horde de
haineux et d’admirateurs désespérés.

C’est à ce moment du chapitre que la date est
fixée au 22 décembre. Je suis chez mes parents,
doux moment avant les fêtes. Nous sommes
tous les trois faces à l’écran de la TV en train de
regarder encore et encore des DVDs. Avoir des
images plein la tête, des bouches vidées de
mots.

Sachez-le, les gens comme moi sont des
éponges.

Je note discrètement sur un petit carnet à la
couverture verte tous les détails qui me plaisent.
Le suicide de Bruce Willis dans Sin City. La nar-
ration de Roman Duris dans les Poupées Russes.
Le silence avant que le masque de Dark Vador
se referme, dans l’épisode 3.
Comment utiliser ça ? Comment tout réin-
terpréter à ma sauce ?
24 Confession

Je ne sais plus de quelle génération je fais
parti (X ou Y), mais ça doit être la génération
recyclage. On aime créer avec autre chose. On
assume notre faiblesse pour créer.

Sans Fight Club, Les lois de l’attraction, L’auberge
espagnole, pas de 2 h 24. Sans Big Fish, Lost in
Translation, pas de premier roman. Sans Ele-
phant, Les poupées russes, Irréversible, Choke, Le dé-
mon, le Créateur, pas de Copyrights.
Que ce soit pour des idées de narration. Des
références très explicites. Des influences dans
les sentiments provoqués à la lecture/vision.
Sans compter la musique. 2 h 24 a été écrit en
écoutant en boucle toute ma discographie des
trois années précédentes. Copyrights a été écrit en
écoutant des bandes originales de films. Et pour
le dernier volume, que voir… Qu’écouter… Je
n’arrive plus à m’accrocher pendant 1 h 50 de
film. Je n’arrive plus à écrire. On dirait que mon
imagination est fatiguée. On dirait aussi que je
n’aime rien, et que je me contente de faire « à la
manière de ».

– C’est un peu un condensé de tout ça
quoi… Pas original comme concept.
Ouais mais c’est ça qui est génial.
– Écoute… Je sais que tu aimes reprendre les
lieux et les personnages de roman en roman…
25