Evil E.T. - Pierre de Lune (nouvelle version)

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Nouvelle version d' "Evil E.T. - Pierre de Lune"

Publié le : mercredi 18 juillet 2012
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TEZKAL
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PIERRE DE LUNE
1
N’est pas mort ce qui à jamais dort,
Et au long des ères peut mourir même la mort  Abd al-Azrad (Necronomicon)
2
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Prologue : ---------------------------------------------------------------------------------------- Page 4
Histoire d’un anti-héros pas comme les autres : ------------------------------------- Page 11
Rencontre d’un type non identifié : ------------------------------------------------------ Page 30
To live and die in LR : ----------------------------------------------------------------------- Page 55
Mauvais road trip : -------------------------------------------------------------------------- Page 100
Métro, boulot, dodo : ----------------------------------------------------------------------- Page 146
France - Haïti : ------------------------------------------------------------------------------- Page 173
Voodoo party : ------------------------------------------------------------------------------- Page 187
Le petit village des horreurs : ------------------------------------------------------------ Page 213
Il faut savoir faire des sacrifices : ------------------------------------------------------- Page 253
La résurrection du grand chasseur : --------------------------------------------------- Page 309
Haïti - Mexique : ----------------------------------------------------------------------------- Page 320
Les jours sans nom : ----------------------------------------------------------------------- Page 334
Le dernier voyage : ------------------------------------------------------------------------- Page 370
Epilogue : ------------------------------------------------------------------------------------- Page 421
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Haïti, 4 Octobre 2011
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Le faisceau de lumière balaya rapidement la luxuriante végétation et se posa sur un buisson. L’homme qui tenait la lampe de poche était mince et barbu, âgé d’une cinquantaine d’années. Il passa un bref instant à scruter le fourré, temps durant lequel l’angoisse et la fatigue se lisaient sur son visage. Pourtant, l’ethnologue connaissait sur le bout des doigts le panthéon de la religion vaudou. Il avait déjà assisté à d’innombrables rituels et les coutumes des peuples haïtiens n’avaient plus vraiment de secrets pour lui. Il connaissait parfaitement ce folklore qu’il étudiait maintenant depuis plusieurs années, mais son expérience ne l’empêchait pas d’avoir peur. Bien au contraire. Durant les premiers mois au sein de la tribu des Nagwás installée sur l’île de la Tortue, il avait observé des comportements étranges. Et cette nuit-là, il allait très certainement obtenir un élément de réponse à une question qu’il aurait préféré ne pas se poser. Mais ce n’était pas la raison de son inquiétude immédiate. Le professeur Landrieau s’était subitement arrêté parce qu’il avait entendu un bruit suspect dans l’un des fourrés. Depuis qu’ils avaient perdu de vue le village, cette désagréable sensation d’être suivi ne l’avait pas lâché. Ne percevant rien d’anormal, il réajusta nerveusement le bob sur sa tête et poursuivit son chemin. Depuis presqu’une demi-heure déjà, son équipe et lui étaient en train de marcher dans ce labyrinthe végétal. Le chemin était vraiment chaotique et à la limite du praticable. Ils devaient continuellement faire attention où ils mettaient les pieds pour ne pas marcher dans un marigot pullulant d’insectes ou trébucher sur de malicieuses racines qui ne demandaient qu’à les faire tomber. De plus, le sentier était aussi sinueux que la végétation était dense et il était impossible de voir à plus de quelques mètres. Bien qu’il se sentait épuisé, l’ethnologue hâta le pas pour ne pas perdre de vue la lueur des flambeaux devant lui. Il ne tenait pas particulièrement à se retrouver seul dans les tunnels sombres de cette jungle, sachant que… Landrieau s’arrêta, puis il se retourna vivement. Non, il n’était pas en train de dérailler. Pas cette fois. Il entendait bien des craquements de branches. Le son parvenant de plus en plus distinctement à ses oreilles indiquait que quelqu’un ou quelque chose venait vers lui. Alors que le bruit de pas dans la végétation s’amplifiait doucement, Landrieau constata avec terreur que les feuillages des buissons sur sa droite étaient en train de bouger. Figé, il suivit avec sa lampe-torche la lente progression du mouvement qui se rapprochait. Quand le faisceau de lumière parvint sur le taillis juste à côté de lui, le bruit de pas et le déplacement dans les feuillages cessèrent simultanément.
-
Liwa… Liwanoka, est-ce que c’est toi ?
En guise de réponse, les frondaisons bougèrent subitement et le buisson tout entier fut alors pris d’une crise de spasmes pendant quelques secondes. Puis ça s’arrêta.
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Landrieau sentit des gouttes de sueur perler sur son visage. Il sortit un petit mouchoir de l’une des poches de son pantalon en toile et s’épongea le front.
-
Liwanoka, je sais que c’est toi. Sors de là !
Le professeur jeta un coup d’œil sur sa gauche. Les autres ne l’avaient pas attendu. Il ne devait pas trop tarder s’il ne voulait pas être perdu dans les méandres de cette forêt. Sans oser bouger, il promena son regard sur le sol et aperçut une longue branche morte qui sortait du buisson. Alors il se rapprocha prudemment, puis se pencha pour la prendre. Ce fut à ce moment qu’il discerna deux billes luminescentes à l’intérieur du taillis. Ses muscles se tétanisèrent. C’était tout juste s’il arrivait encore à respirer. La branche. Elle était juste à ses pieds. Demeurant figé, il n’osait pas quitter des yeux les deux billes vertes. Ces dernières étaient immobiles et semblaient épier le moindre de ses mouvements. Sans les perdre de vue un seul instant, il se pencha un peu plus. Très lentement. Sa main toucha le sol. Il tâtonna en évitant tout geste brusque, puis il sentit le morceau de bois sous ses doigts. Il s’apprêtait à le saisir lorsqu’une chose filiforme sortit subitement du buisson et attrapa son poignet. Le quinquagénaire laissa échapper un cri dans lequel était perceptible aussi bien l’étonnement que la douleur. C’était froid et brûlant à la fois. En baissant les yeux, il vit l’improbable. Non, ce n’était pas possible. Mais il n’était pas encore revenu de sa surprise que les tentacules le tirèrent brusquement et il tomba en avant. L’ethnologue hurla. Il appela à l’aide, tandis qu’une force incommensurable cherchait à l’entrainer dans les feuillages. Allongé sur le ventre, il lâcha sa lampe de poche pour tenter de se raccrocher à quelque chose. Cependant, le terrain glissait inéluctablement sous son corps. Il criait tant qu’il pouvait, mais seule la chose lui faisait écho en répondant par des grondements sourds. Le bras tendu devant lui, sa tête allait suivre dans le taillis quand son autre main rencontra la branche morte. Il s’en empara aussitôt et frappa devant lui à l’aveuglette. Grommellements hargneux contre hurlements de terreur. Le professeur continua de taper sans savoir à quoi il était confronté. Il tapa jusqu’au moment de sentir que son poignet était à nouveau libre. Alors il retira immédiatement son bras, puis reprit sa torche électrique avant de se relever et prendre la fuite. Sans cesser d’appeler à l’aide, il galopa à toute jambe en essayant tant bien que mal de suivre le sentier. La chose grondait derrière tandis qu’il fuyait dans le corridor végétal tortueux. Devant lui, la lumière pâle de sa torche révélait au dernier moment les arbres et taillis qui surgissaient de l’obscurité sans crier garde. En courant aussi vite qu’il le pouvait, Landrieau évitait de justesse les obstacles. Mais l’abomination se rapprochait et les autres étaient introuvables. Bon dieu, où étaient-ils donc passés ?! A bout de souffle, il beugla désespérément avant de se retourner. La silhouette sombre dotée de phosphorescences le talonnait. Lorsqu’il regarda à nouveau devant lui, Landrieau effectua un soudain écart pour ne pas se prendre un arbre et il fonça alors dans un épais buisson. N’ayant d’autre choix, il continua tout droit. Alors qu’il n’y voyait rien, les branches épineuses lui lacéraient le visage et déchirait ses vêtements. L’abomination mugissait d’odieux borborygmes juste derrière et il pouvait presque sentir son contact. Elle allait l’attraper quand le sol
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se déroba brusquement sous ses pieds. Alors tout son poids partit en avant. Il parvint à éviter quelques arbres, mais la descente était raide et la force cinétique finit par avoir raison de lui. Juste au moment où il aperçut des lumières en contrebas, son corps bascula devant ses jambes. La chute fut donc inévitable. Il dégringola en roulé boulé sans pouvoir s’arrêter. Ecchymoses et contusions furent ainsi le lot de cette vertigineuse descente. Lorsqu’il s’arrêta enfin en bas, le professeur était sur le point de s’évanouir tant la douleur était insupportable. Il était brisé de partout, alors il ne chercha pas à bouger quand une ombre s’approcha de lui. Landrieau eut juste la force d’émettre un grognement de protestation au moment où il reçut l’éclairage d’une pile électrique dans les yeux.
-
Professeur ! entendit-il. Professeur ! Qu’est-ce qui s’est passé ?!
C’était Maxence, son assistant.
-
Professeur Landrieau, est-ce que vous allez bien ?!
Non, pas vraiment. S’il avait pu, il aurait certainement répondu qu’il valait mieux éviter de poser cette question à une personne venant de tomber du troisième étage après avoir échappé à… Bien que souffrant, il parvint à se retourner et scruta alors la pente derrière lui. Son assistant braqua donc le faisceau de sa lampe de poche dans la même direction et s’inquiéta :
---
Professeur, qu’est-ce qui s’est passé ?! On vous a entendu crier et… Max… articula-t-il avec peine. Maxence… Les… les choses… Elles sont là… Mais… Qu’est-ce que vous racontez ?!
Maxence Amable observa attentivement, mais il ne vit rien d’autre que la luxuriante végétation perchée sur les flancs du coteau.
-
Les choses, reprit l’ethnologue en se redressant avec peine. Elles… elles sortent la nuit… dans la forêt…
Le groupe qui n’était pas loin les retrouva et le professeur raconta ce qui venait de lui arriver. L’un des autochtones examina son poignet, puis il s’ensuivit un dialogue en créole entre eux. Juste à côté, une vieille femme à l’accoutrement insolite assistait silencieusement à la conversation. Le côté gauche de son visage ridé était peint en noir tandis que le côté droit était blanc. La tête au maquillage manichéen était surmontée d’un chapeau melon dans lequel était fichée une plume de coq et de longs cheveux gris pendaient disgracieusement le long de son corps. Des colliers de gros coquillages descendaient jusqu’au niveau de son abdomen pansu. Au bout d’un certain temps, la mambo mit un terme à la discussion qui commençait à s’envenimer. Elle ordonna à ses deux assistants de passer devant et tous reprirent la marche. Ayant du mal à marcher, Landrieau bouillonnait de colère. La jeune femme qui avançait à ses côtés tourna la tête.
-
Qu’est-ce qu’il vous a dit ? voulut savoir Aurélie Longchamp.
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- Cet imbécile prétend que c’était un serpent ! Mais je sais ce que j’ai vu ! C’était des tentacules qui m’ont attrapé la main ! Et cette chose m’a… La biologiste dégagea une mèche blonde sur sa joue avant de l’interrompre : - Michel, vous savez bien que c’est impossible ! Tous les animaux qui ont des pseudopodes peuvent vivre uniquement dans des milieux aquatiques et… - Je suis au courant, merci ! Mais je vous dis que j’ai été poursuivi ! - Professeur ! interpela une voix derrière.
Landrieau se retourna vers Sébastien Paillet, alors ce dernier lança en affichant un sourire moqueur :
-
Au cas où vous l’auriez oubliez, les poulpes ne courent pas.
Même quand il avait passé presqu’une journée entière à porter son lourd attirail vidéo sur les épaules, le jeune caméraman trouvait encore le moyen d’être insolent. L’ethnologue lui montra alors son poignet endolori et explosa :
-
-
Et ça, c’est quoi ?! C’est peut être mon imagination ?! Cette saloperie m’a brûlé la peau ! Il y a vraiment des choses anormales dans cette forêt ! Très bien. Dans ce cas-là, on annule tout et on rentre.
Cette dernière réplique fit bondir le quinquagénaire :
-
-
Hors de question ! C’est moi qui dirige cette mission et on n’annulera rien tant que je ne l’aurai pas décidé ! Là, je vous reconnais. Le professeur Landrieau contre les méchantes pieuvres de la jungle haïtienne. Qu’est-ce que vous pensez de ce titre ?
L’ethnologue ne répondit rien et la discussion s’arrêta là. Ils continuèrent à marcher jusqu’au moment où la mambo annonça qu’ils étaient enfin arrivés. Non sans un certain soulagement, ils débouchèrent dans une immense clairière baignée par un blafard clair de Lune. Ce que l’ethnologue découvrit à ce moment, il n’aurait jamais pu le concevoir, pas même dans ces rêves les plus insensés. Il n’avait jamais rien vu de tel. Des monolithes sombres en forme de cônes étaient disposés aléatoirement sur la grande étendue et se dressaient vers le ciel, semblables à des stalagmites qui auraient fui la noirceur d’une grotte impie. Alors que Landrieau s’apprêtait à aller examiner l’un d’eux, la botaniste lui montra du doigt la démarcation entre la clairière et la jungle environnante. Quand il comprit ce qu’elle voulait dire, il se retourna promptement vers le caméraman :
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Sébastien, il faut que tu filmes tout ça ! Ok, c’est vous le boss. C’est… Aurélie, c’est vraiment incroyable ! Comment… comment…
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Landrieau balbutiait. Il attrapa le dictaphone qu’il conservait dans la pochette de sa chemise hawaïenne et entreprit de décrire le lieu avec beaucoup d’application. De son côté, Aurélie Longchamp examinait le terrain sur lequel ils se trouvaient. Le sol était marneux comme celui de la jungle, mais pas un seul brin d’herbe ne poussait sur toute cette surface. Et que dire de cette forme rectangulaire parfaite ? Pourtant, la clairière semblait bien être d’origine naturelle. En suivant la démarcation avec la forêt, la biologiste pensait retrouver des tronçons d’arbres coupés ou d’autres indices qui témoigneraient d’une activité humaine. Mais elle ne vit rien. Absolument rien ne permettait d’expliquer rationnellement le fait que la végétation ne se développait pas sur ce terrain blasphématoire. Suite à ses constats, elle se sentait obligée d’admettre ce qu’aurait rejeté n’importe lequel de ses confrères. Il lui semblait que la nature avait décidé de ne pas suivre ses propres règles, comme si elle avait refusé de s’étendre au-delà d’une limite qu’elle s’était elle-même fixée. La botaniste serra un instant le petit crucifix qu’elle portait en pendentif autour de son cou. Elle préleva ensuite un échantillon de terre qu’elle plaça dans une boîte en plastique à l’intérieur de son sac à dos, puis elle rejoignit le groupe qui se dirigeait vers un monticule au centre de la clairière. Tout en marchant, elle observa les monolithes autour d’elle. Les masses noires avaient subi les dégâts du temps et la plupart étaient ébréchées. Certaines étaient partiellement écroulées et d’autres avaient perdu leur flèche. La biologiste avait l’impression de profaner un lieu abandonné au temps depuis des années immémoriales. En arrivant derrière l’ethnologue et son assistant, elle écouta la fin de leur conversation :
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Es-tu sûr de ce que tu avances ? Non, je ne peux pas le confirmer. Je ne suis pas un expert, mais ils ne sont pas de style haïtien ni précolombien. Ils ont l’air d’être vraiment anciens… Comme la pierre chez Huetlyoca. C’est impossible, Maxence ! Il y a forcément une explication logique ! Nous ne faisons que des constats pour le moment et… Toi non plus tu n’as pas vu de glyphes ou des traces d’écriture ? Non, je n’ai rien vu de tel.
Arrivés au sommet du tertre, ils retrouvèrent la mambo et ses deux assistants autour d’un large autel. Celui-ci était couvert d’une épaisse plaque de bois sur laquelle reposaient de lourdes pierres. Landrieau se posa aussitôt sur un genou pour pouvoir l’examiner. A son grand désarroi, le bloc de pierre semblait également dépourvu du moindre bas-relief. Il s’apprêtait à en faire le tour lorsque la vieille femme frappa dans ses mains pour rappeler tout le monde à l’ordre, alors il se redressa. Une fois que le silence et le calme furent revenus, la mambo patienta encore quelques instants avant de se mettre à marmonner. Elle commença ainsi la cérémonie par une invocation à Legba, le maître des portes. L’ethnologue se tourna donc vers Sébastien Paillet et demanda en chuchotant :
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Tu filmes ? Plus que jamais.
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Suite à son invocation, la mambo fouilla dans sa besace et sortit un tas d’ingrédients qu’elle déposa sur le sol. Elle ouvrit un récipient et en sortit une poignée de feuilles fraichement coupées qu’elle introduisit dans sa bouche. Elle donna alors quelques directives à ses assistants en mâchonnant le végétal, puis elle ouvrit un paquet de farine et descendit du tertre. Pendant que la vieille femme faisait le tour de la petite colline en répandant de la poudre derrière elle, les deux autochtones dégagèrent les grosses pierres sur la plaque de bois. Lorsqu’ils la retirèrent, Aurélie Longchamp découvrit le cadavre qui reposait au fond de l’autel et ne put s’empêcher de pousser un cri de stupeur. Elle savait bien à quoi il fallait s’attendre, mais c’était la première fois qu’elle voyait le cadavre d’un homme et… Ce qu’ils s’apprêtaient à faire était un sacrilège. La biologiste avait envie de vomir. Elle n’avait pas voulu participer à cette cérémonie démoniaque, mais l’ethnologue avait fortement insisté en prétextant que sa présence serait probablement utile. Elle n’avait pas su maintenir son refus et elle s’en voulait terriblement à présent. Voilà donc où elle en était parce qu’elle n’avait pas eu le courage de lui résister. Les deux assistants retirèrent le corps du sépulcre, puis ils replacèrent la plaque de bois. Ensuite, ils saisirent à nouveau le macchabé par les bras et les jambes et ils le lâchèrent sur le couvercle comme s’il s’agissait d’un vulgaire tas de viande froide. En assistant à cette scène, Aurélie Longchamp leva les yeux au ciel et murmura :
-
Je vous en prie Seigneur, pardonnez-nous cette offense…
Après avoir décrit un cercle, la mambo commença à gravir le monticule pour les rejoindre et poursuivre la cérémonie. Aurélie Longchamp avait détourné son regard du cadavre et elle observait la vieille femme remonter. Le clair de lune rendait son maquillage encore plus terrifiant et donnait l’impression qu’elle ne possédait que la moitié du visage. Cette sorcière lui faisait horreur et elle se retenait difficilement pour ne pas partir en courant. Une fois près de l’autel, la mambo pencha sa tête au-dessus du mort et se mit de nouveau à marmonner. Sa chevelure tombait sur le cadavre. Au bout d’un moment, elle fut brusquement prise de violentes convulsions. Maxence Amable se précipita immédiatement vers elle. Lorsqu’il posa une main sur son bras, la vieille femme se redressa subitement. Surpris, l’assistant de l’ethnologue fit un bond en arrière et tomba à la renverse. Ce que révéla alors le visage dissimulé auparavant par les longs cheveux gris les fit hurler de terreur. La mambo se tenait droit devant eux et ses globes oculaires étaient complètements révulsés, ne laissant apparaître que le blanc des yeux. Puis elle ouvrit largement sa bouche édentée et un long râlement rauque en sortit. Peu à peu, ce râle s’atténua et se modula en une voix gutturale qui n’était pas la sienne. La voix d’outre-tombe régurgitait un magma de mots effroyables et insensés. Ce jargon abominable n’était pas du créole et il ne se rapprochait d’aucun dialecte que l’ethnologue connaissait. Complètement effaré, ce dernier s’adressa à un assistant de la mambo et ils échangèrent quelques mots. Alors Landrieau demeura bouche bée.
--
Qu’est-ce qu’il a dit ?! paniqua Maxence Amable. Les Guédés… D’après lui, elle... Elle est en train de parler aux Guédés.
9
Bien que les quatre français fussent tous aussi effrayés les uns que les autres, aucun d’eux ne pouvait détacher son regard du spectacle. Michel Landrieau avait activé son dictaphone pour enregistrer la lugubre litanie de la sorcière et Sébastien Paillet ne perdait pas une miette de la scène derrière l’objectif de sa caméra. Soudainement, la forêt s’anima. Des grognements et des bruits de tambours lointains semblaient venir de nulle part et partout à la fois. Puis quelques petites lueurs vertes apparurent ici et là dans la végétation luxuriante, à l’orée de la forêt. Tous aux aguets, chacun scrutait nerveusement le sombre paysage en tentant de voir ce qui se dissimulait dans l’obscurité. Les grognements semblaient se rapprocher de tous les côté, les bruits de tambours étaient de plus en plus forts et les lueurs fluorescentes de plus en plus nombreuses.
-
Qu’est-ce qui se passe ?! C’est quoi ces conneries ?! cria la biologiste.
La mambo continuait toujours son incantation avec la même voix d’outre-tombe tandis que ses assistants discutaient entre eux à voix basse. L’ethnologue s’immisça dans leur conversation et l’un d’eux lui donna alors une brève explication. Pâle comme un linge, il se retourna vers ses collègues et effectua la traduction :
-
Ce sont eux ! Ce sont les Guédés ! Ils viennent juste faire quelques vérifications, alors… Hum… Il ne faut pas s’inquiéter, c’est… C’est normal !
Tandis que les battements de tambours s’amplifiaient au point d’être assourdissants, les lueurs proliféraient à l’intérieur des buissons d’où parvenait un tintamarre de coassements. Au bout d’un bref moment, une silhouette frêle sortit de la forêt. Elle se déplaça maladroitement sur deux pattes pour venir se dissimuler derrière l’un des mégalithes coniques. D’autres l’imitèrent. D’où ils étaient, les visiteurs apparaissaient sous des formes ombrées. Il était impossible de déterminer leur nature, hormis le fait qu’ils étaient bipèdes et qu’ils étaient d’une taille légèrement inférieure à celle d’un homme adulte. Cependant, les phosphorescences indiquaient clairement qu’il ne s’agissait pas d’êtres humains. Dans la sinistre cacophonie ambiante, ces individus semblaient communiquer entre eux par des sons vocaux qui rappelaient à la fois des coassements et des grommellements. Les silhouettes continuaient d’affluer. Elles se déplaçaient de monolithes en monolithes en effectuant des bonds ou en claudiquant. Elles ne semblaient pas particulièrement agiles, mais elles étaient incroyablement nombreuses. Sébastien Paillet continuait de filmer tandis que Maxence Amable se tenait courbé pour ramasser des pierres. En relevant la tête, ce dernier aperçut une ombre se rapprocher furtivement par la droite. Avant qu’il ne parvienne à la voir distinctement, la silhouette se cacha derrière l’un des monuments à proximité du tertre. Impuissants, ils voyaient les formes humanoïdes avancer de plus en plus.
10
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J0 - Lundi 2 Janvier 2012 : Histoire d’un antihéros pas comme les autres
8H54. En ce jour où les salariés n’étaient pas particulièrement pressés de reprendre le travail après les congés de fin d’année, les locaux de la société Clinpharm étaient déserts. Jahmal Sanders patientait dans l’obscurité, assis sur un siège confortable. Lorsqu’une opératrice de saisie passa devant le bureau, elle ne remarqua pas sa présence. C’était mieux ainsi. Il ne souhaitait pas croiser de connaissances pour éviter d’avoir à expliquer les raisons de son retour dans les locaux. De toute façon, il n’allait pas rester là longtemps car il comptait repartir dès la fin de son entretien.
Cette fois, il n’y aura pas la tournée des bureaux pour souhaiter la bonne année avec le sourire focu qui va bien avec.
Sanders voyait l’heure se rapprocher et il avait envie de sortir fumer une cigarette. Le stress. Même s’il savait exactement ce qu’il allait dire, il était anxieux. Mais quelle personne aurait pu prétendre ne pas l’être dans une situation telle que la sienne ? Nerveusement, il tapotait des doigts sur le bord de la table devant lui. Quand il reconnut sa supérieure qui venait d’ouvrir la porte au fond du couloir, il se leva pour allumer la lumière du bureau. Dans la minute qui suivit, celle-ci vint frapper à la porte. Claude Porcher était vêtue d’une courte jupe aux motifs écossais et d’un petit pull vert pomme moulant une poitrine opulente. Toujours le même look de vieille salope BCBG, ne put il s’empêcher de penser. Elle lui adressa la parole d’une manière extrêmement froide :
- Bonjour, Jahmal. Tu veux bien me suivre dans mon bureau, s’il te plait.
Cette proposition ne lui plaisait pas particulièrement, mais il n’avait pas le choix. Les trente prochaines minutes allaient être difficiles à vivre et il essayait tant bien que mal de se réconforter en se disant qu’il avait vu pire et qu’il était préparé à affronter la situation. Sans un mot, il remit sa parka sur lui et attrapa son sac à dos ainsi que son skateboard. Une fois dans son bureau, sa supérieure lui demanda de fermer la porte et l’invita à s’asseoir dans un fauteuil.
--
Pourquoi as-tu pris tes affaires avec toi ? lui demanda-t-elle. Je suis licencié. Je partirai donc après cet entretien.
Claude Porcher cligna des yeux derrière sa fine paire de lunettes.
- Tu as mal compris. Le but de cet entretien n’est pas d’aboutir à ton licenciement. Il s’agit de prendre une décision par rapport à ton comportement qui pourrait éventuellement conduire à…
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