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Exil : l'intégrale Saison 1

De
436 pages


La société de consommation a terminé d’épuiser l’humanité. Désormais la guerre civile fait rage à travers la planète. Pendant que les gouvernements tentent de préserver les infrastructures, seuls les plus riches tirent leur épingle du jeu : des dizaines d’années plus tôt, des précurseurs s’étaient lancés dans l’édification des « éco-cités », de gigantesques villes flottantes bâties pour fuir la misère et s’isoler au large. Les plus folles rumeurs circulent à leur sujet : technologie d’avant-garde, richesse totale, soins poussés à l’extrême, le tout dans un luxe et un confort absolus. On raconte également que leurs habitants sont éternellement jeunes. Mais si ces éco-cités pharaoniques sont réellement si étrangères au malheur qui frappe la Terre, pourquoi a-t-on vu l’une d’entre elles mettre le cap sur l’Alaska ? Qui sont réellement ses habitants, et en quête de quoi se sont-ils lancés ?


Il y a dix ans, Emily « Red » Redwild avait fui Seward, une petite ville — ou plutôt un cul de sac — du fin fond de l’Alaska, pour s’enrôler à San Diego sur le chantier des éco-cités. La disparition de sa mère, des histoires d’amours compliquées, la sensation d’étouffer et l’envie de voir le monde l’avaient jetée sur cette longue route qui longe le Pacifique. Aujourd’hui, c’est une jeune femme au tempérament bien trempé qui revient chez elle. Chez elle... Curieuse sensation. Et si son retour n’était qu’une fuite supplémentaire ? Mais Emily n’est pas la seule à débarquer. Surgie des brumes qui nimbent Resurrection Bay, une éco-cité jette l’ancre face à Seward. Cette arrivée inattendue attise les passions et réveille les convoitises : certains, comme Palluk O’Phellan, ou Marvin, le chef d’un gang d’Anchorage, trouvent la proie bien trop tentante. L’occasion est unique.


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Saison 1 : l'intégrale
une série de Stéphane DESIENNE
Walrus 2015-2016 - Tous droits réservés ©
SOMMAIRE
Présentation
Ép.1 : Nouveau départ
Ép.2 : Effervescence
Ép.3 : Spring Creek
Ép.4 : Meurtre à Seward
Ép.5 : Alliances
Ép.6 : Concordia
Ép.7 : Le long chemin de l'exil
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L’auteur
Crédits
PRÉSENTATION
La société de consommaion a terminé d’épuiser l’hu manité. Désormais la guerre civile fait rage à travers la planète. Pendant que les gouvernements tentent de préserver les infrastructures, seuls les plus riches irent leur épingle du jeu : des dizaines d’années plus tôt, des précurseurs s’étaient lancés dans l’é dificaion des « éco-cités », de gigantesques villes 'lottantes bâies pour fuir la misère et s’isoler au large. Les plus folles rumeurs circulent à leur sujet : technologie d’avant-garde, richesse totale, soins poussés à l’extrême, le tout dans un luxe et un confort absolus. On raconte également que leurs habitants sont éternellement jeunes. Mais si ces éco-cités pharaoniques sont réellement si étrangères au malheur qui frappe la Terre, pourquoi a-t-on vu l’une d’entre e lles mettre le cap sur l’Alaska ? Qui sont réellement ses habitants, et en quête de quoi se sont-ils lancés ? Il y a dix ans, Emily « Red » Redwild avait fui Sew ard, une peite ville — ou plutôt un cul de sac — du fin fond de l’Alaska, pour s’enrôler à San Diego sur le chanier des éco-cités. La dispariion de sa mère, des histoires d’a mours compliquées, la sensaion d’étoufer et l’envie de voir le monde l’avaient jetée sur cette longue route qui longe le Pacifique. Aujourd’hui, c’est une jeune femme au tempérament b ien trempé qui revient chez elle. Chez elle… Curieuse sensation. Et si son retour n’était qu’une fuite supplémentaire ? Mais Emily n’est pas la seule à débarquer. Surgie d es brumes qui nimbent Resurrecion Bay, une éco-cité jette l’ancre face à Seward. Cette arrivée inattendue atise les passions et réveille les convoiises : certains, comme Palluk O’Phellan, ou Marvin, le chef d’un gang d’Anchorage, trouvent la proie bien trop tentante. L’occasion est unique.
UN NOUVEAU DÉPART
Des tempêtes homériques battaient régulièrement le Golfe d’Alaska, et la profonde entaille sur la côte portait bien son nom :Resurrecion Bay. Car après avoir frôlé la mort de si près, ce havre était comme une sorte de renaissance : les naufragés redécouvraient la lumière, le calme. Ils revenaient à la vie. James Dokes mâchonnait son bout de cigare, l’œil rivé sur la poupe duMolly Pen. Il avait connu son comptant de frayeurs, tutoyé la grande faucheuse au cours de l’une de ces colères dont l’océan avait le secret. Le chaudron glacé du Diable, racontait-il parfois, pour effrayer les recrues. Son équipage remontait les casiers en acier, avec m aîtrise et célérité. En dépit du froid mordant, les gestes demeuraient précis et par faitement coordonnés. Les prises s’accumulaient sur la plage arrière et finissaient, après triage, dans une cuve de réten/ion où elles pa/ientaient jusqu’à la vente. A vec les crises qui avaient laminé l’économie mondiale, la pêche au crabe rapportait b eaucoup moins. L’industrie périclitait faute de capitaux, de bateaux, mais également de clients, de négociants et de consommateurs devenus aussi rares que certaines espèces de poissons. Dokes parvenait
tout juste à payer le mazout – hors de prix en ces temps de pénurie généralisée – et ses hommes, en maintenant vaille que vaille son entreprise à flot. Il se battait, contre le sort, la bise hurlante, le martèlement des vagues qui frappaient la coque ; il luttait au péril de sa vie pour conserver son travail, sa dignité. Penché sur le microphone, le marin annonça le changement de cap. Il restait encore un bord à /irer face au vent, et à lever plusieurs dizaines de ces casiers de huit cents livres que ses employés négociaient sur un pont aussi glissant qu’une patinoire. Les nuages de brume rôdaient autour du navire qui g îta sur tribord pour enfiler sa dernière passe. La zone recelait des chausse-trappes, comme des rochers à 8leur d’eau. Dokes connaissait tous les pièges de la baie. Il naviguait sans radar, en panne depuis des années. La faute à des pièces détachées trop chères. Il doutait même de leur disponibilité voire de l’existence du fabricant. — Mike ! hurla-t-il par la fenêtre de la /imonerie , magne-toi le cul, bordel ! On est dans le jus ! Le maître leva un pouce pour signifier qu’il avait bien reçu le message de son patron. Ils avaient dû remplacer l’une des bobines de la ligne de pont, ce qui avait entraîné un retard. Les hommes reprirent leur travail de bagnar d, relevant les pots, libérant les crabes – certains spécimens dépassaient le mètre d’ envergure –, /irant sur les câbles, sans relâche. Malgré l’e>fort, les visages souriaie nt : ils savaient que ce soir, ils dormiraient au chaud, dans leurs foyers auprès de leurs femmes. Le mé/ier avait changé, pensa Dokes. Les modestes navires encore en exploita/ion ne
permettaient que des sor/ies de quelques jours et la pêche se pra/iquait tout au long de l’année dans des condi/ions plus di>ficiles qu’à la grande époque où un matelot pouvait empocher cinquante mille dollars pour trois mois de campagne. Un temps béni, un temps de légende. Le capitaine ralluma son cigare. Il ne perdit de vu e qu’un instant les strates fumantes, ces rideaux blancs /irés en travers de la baie, qui stagnaient au ras des 8lots, pour attraper le cendrier. Lorsqu’il se releva, ses yeux s’écarquillèrent : — Putain ! Le violent coup de barre surprit les pêcheurs. L’un d’eux tomba, déséquilibré par l’inclinaison soudaine du pont, manquant de passer par-dessus bord. Dans une eau à quelques degrés à peine au-dessus de zéro, les chan ces de survie se mesuraient en minutes. Son harnais le sauva. Le lien se tendit brutalement, le plaqua sur le sol. La forme sombre, que Dokes devina gigantesque, se présenta par le travers. Elle avait surgi entre deux bancs de brume, et il se demanda c omment il allait éviter la collision avec une montagne qui glissait sur une mer étale. E n posi/ion sur arrière toute, les moteurs rugirent à pleine puissance pour freiner la course de son frêle esquif. Il serra les dents, sectionnant presque le cigare qui pendait de ses lèvres. La coque du Léviathan défilait à quelques dizaines d e mètres, son équipage indi>férent au drame sur le point de se produire. S a masse colossale écartait le brouillard à l’image d’un chasse-neige géant en tra in de repousser la poudreuse sur le
bas-côté. Les pêcheurs réalisèrent la dangerosité d e la situa/ion et hurlèrent dans l’espoir d’avertir quelqu’un à bord de cette monstruosité. Un effort voué à l’échec. Dokes se cramponna à la barre. Il ordonna à tous de se préparer au choc, les yeux aimantés par la muraille de métal vers laquelle il fonçait. Des années de labeur, une vie en/ière sur le point de se fracasser contre un roc que rien ne semblait en mesure d’arrêter. Il se sen/it dans la peau d’un insecte en train de percuter une voiture lancée à vive allure. Une tache insignifiante éclatée sur un pare-brise géant. Le patron duMolly Penserra les poings. Le choc attendu ne survint pas. L’embarca/ion lillipu/ienne redressa soudain sa course, comme poussée, écartée par un miracle ou une force invisible. Dokes aurait pu toucher ce /itan des mers tellement il s’en trouvait proche. Durant un moment, ils voguère nt de conserve. Un silence de cathédrale s’installa à bord duMolly Pen. Pas longtemps. Le capitaine retrouva ses esprits et éloigna son navire non sans proférer une bordée de jurons à l’atten/ion de ces malotrus. Il s’empara des jumelles. Entre deux volutes blanches, il l’aperçut. La coque haute de dix étages au moins était parcour ue de passerelles et de plates-formes métalliques. Il arrêta son balayage. Sur l’une d’elles, une femme regardait dans sa direc/ion. Sa chevelure amazone ondoyait à la manière d’une ori8lamme claquant au vent ; elle lui adressa un signe de la main. Dokes cligna des yeux : lui avait-elle souri également ? L’instant d’après, elle avait disparu. Il crut à un mirage. — Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? marmonna-t-il.
Une fois en sécurité, l’équipage prit la mesure de la taille du vaisseau, qui lui, ne relevait pas de l’hallucina/ion. Il était réel, imm ense, bien plus qu’un de ces pétroliers géants du passé. Chacun réalisa alors ce qu’il devait à la chance. Sauf Dokes. Il avait le sen/iment que la bonne fortune n’avait rien à voir dans ce miracle. La femme sur la passerelle en revanche… Il revit son sourire : comment avait-elle fait pour les sauver ? #
«An all american road », une desinaion en elle-même. C’était ainsi que, naguère, l’on présentait aux touristes la route qui reliait Anchorage à Seward, un cordon ombilical fragile et tout juste praicable en hiver. Emily Redwild ne l’avait pas empruntée depuis des lustres et si les ré)lexes revenaient très vite, la prudence restait de mise. Même en été. Les animaux improvisaient leurs traversées sans crier gare, provoquant parfois des accidents mortels. Elle abaissa la vitre. Le si)lement discret de la turbine mue par la pile à combusible lui parvint comme un murmure à peine couvert par le son des pneumaiques sur le revêtement craquelé. L’asphalte soufrait du manque d’entreien. L’accum ulaion des nids de poule nécessitait une conduite alerte. Elle croisait de rares stations-service à l’abandon, quelques bourgades vidées de leurs habitants, des maisons délabrées devant lesquelles rouillaient des carcasses de véhicules, en s’enfonçant au cœur d’une région vicime de l’exode, d’une récession qui avait déprimée la planète. Heureusement, se dit-elle, le paysage demeurait à peu près fidèle à ses souvenirs, même si de nombreux sigmate s signalaient les efets du changement climaique. Les glaciers avaient reculé, les chapeaux de neige autrefois généreux avaient à présent des allures de kippa. La forêt s’étendait de part et d’autre du ruban de bitume, majestueuse et grandiose, en plein e croissance ; simulée sans doute par le radoucissement global. Il faisait presque chaud d’ailleurs. Emily mit en route la climaisaion. Un air frais emplit l’habitacle tandis que le SUV filait vers le terminus : Seward. Les boufées gliss ant entre ses boucles rousses prodiguaient l’équivalent d’une caresse coninue. Sa chevelure lui avait valu le surnom de Red, qu’elle n’aimait guère. De sa ville natale, elle gardait une dernière image brumeuse, celle que son esprit avait capturée le jour de son départ. Le climat arcique engourdissait les passions, entamait les ardeurs de ses habitants, parfois jusqu’à les éteindre. Les souvenirs froids remontèrent, ceux de la colère, des paroles glaciales prononcées un soir d’hiver, avant de tourner le dos et de s’enfuir. Loin. Son «Grand Tourpprochait, elle la» avait congelé sa rancœur et à mesure qu’elle s’a sentait qui se réchaufait dans ses tripes, comme une vieille amie qui, au fond, ne l’avait jamais quittée. Son estomac se noua lorsqu’elle sor it du dernier virage. Elle ralenit le véhicule à deux miles de l’agglomération. La cité occupait une bande littorale à l’extrémité d’un 9ord creusé par les glaciers de ja d is.Resurrecion Baysa langue bleutée entre deux murailles den  étalait telées. Elle devina les mats qui s’élevaient du port de pêche et de la marina voisine. Ils semblaient moins nombreux. La voiture dépassa une intersecion puis soudain, elle appuya sur le frein, passa la marche arrière. Elle remonta sur une cinquantaine de mètres. Ce chemin de terre, elle se rappela pour quelle raison elle l’avait emprunté, plus d’une fois. Emily sourit : «Red est de retour.»
Elle se laissa tenter par un crochet. Nash road lon geait la rivière qui se dispersait en un réseau de veines courant à travers le tapis végé tal. Plus loin, l’aéroport paraissait désafecté, comme un nid trop longtemps délaissé pa r les oiseaux de métal. Les deux pistes étaient envahies par les hautes herbes. Elle poursuivit jusqu’au pied du mont Alice où elle se gara sur une aire de repos. Le panorama ofrait une vue superbe sur la chaîne de montagnes et la trouée dans le paysage, une luca rne en direcion de la ville qu’on aurait dit posée sur l’eau. Le vieux tronc sur lequel elle s’asseyait, adolescente, existait toujours. Sa main glissa sur l’écorce, suivit les crevasses chargées de souvenirs, de )lirts… Son premier baiser. Elle se demanda ce qu’il était devenu, s’il avait quitté Seward à son tour. Elle retourna à son véhicule après quelques minutes. Il était désormais temps d’affronter les retrouvailles avec son père.
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