Face à la marée - Le Chant de la Malombre Tome 2

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Les drames vécus dans Tueurs de Dragons sont à peine dépassés que, déjà, une nouvelle menace se lève. Face à la marée de Malombre qui se déverse sur la Viveterre, les destins se bousculent et se précipitent.

Béryl et Nywen doivent dépasser leurs différences, Gabriel surmonter ses doutes et, perdu au milieu de la Morteterre, un enfant lutte pour retrouver la lumière.

Face à la marée, combien survivront ?



"Depuis, ils combattaient de conserve pour protéger les malheureux, abandonnant derrière eux les pitoyables cadavres de ceux qu’ils n’étaient pas parvenus à sauver. Vague après vague, ils repoussaient leurs assaillants avec la sinistre certitude que la marée montante ne tarderait pas à les submerger. "
Publié le : lundi 15 septembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752610
Nombre de pages : 178
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Extrait


Installé confortablement contre un arbre, Dogmaé se découpa un petit morceau de fromage et mordit dedans à belles dents. Au-dessus de lui, un rouget chanta, il l’accompagna en sifflant. Décidément, il avait la belle vie. Libre de se rendre là où cela lui plaisait. Ou presque. On lui demandait juste de traquer les anomalies dans le Flux et d’appeler à la rescousse lorsque cela s’avérait nécessaire. Le petit oiseau termina sur un trille mélodieux, s’ébroua et battit des ailes. Puis il lissa ses plumes du bec rouge qui donnait son nom à son espèce avant de s’envoler.

Le jeune homme agita son morceau de pain en guise d’adieu. Le soleil, haut dans le ciel, dégageait une douce chaleur automnale qui invitait à la paresse mais il devait atteindre le prochain village avant la tombée de la nuit. Il sentait confusément qu’il lui fallait se rendre dans cette direction et il avait l’habitude de se fier à ses impressions. Il n’était pas mage. Pas vraiment. Il ne possédait qu’un don très limité. Juste la seconde vue qui lui permettait de repérer les variations dans le Flux et quelques talents mineurs, des intuitions, qui lui avaient évité bien des ennuis. Rien qui ne vaille la peine d’être vraiment mentionné mais qui le rendait utile, malgré tout. Sa belle voix et ses talents lui permettaient de gagner sa vie sur les chemins. Il faisait partie des rares guetteurs à ne pas dépendre de FauconRoc pour subsister lors de ses voyages. Guilleret, il termina son repas avant de reprendre la route. Le soleil de l’après-midi étirait les ombres lorsqu’il croisa la première maison. Une femme, qui repliait son linge, lui adressa un signe avec bonne humeur. Il lui répondit sans s’arrêter. On ne pouvait même pas parler de village, l’endroit était trop petit pour ça. À peine une dizaine de maisonnettes jetées au hasard, semblait-il, autour d’une petite chapelle au toit recouvert de verdure. Des enfants couraient autour du puits en criant. Ils s’éparpillèrent à l’approche de l’étranger, trahis par des rires espiègles. Un bambin s’enhardit et courut vers Dogmaé sur ses jambes potelées de tout petit. Il trébucha sur les derniers pas et se rattrapa aux pans de la cape du voyageur.

« Accrappé ! » s’écria-t-il joyeusement.?Le nouveau venu le souleva pour le jucher sur son épaule.
« Je me rends ! Ce preux chevalier est trop fort pour moi ! »
Un homme robuste sortit pour vérifier qui provoquait tout ce raffut. Épais et taillé pour manier le marteau, il croisa les bras sur son torse.
« Holà ! Tu n’serais pas colporteur, l’ami ? »
« Juste des nouvelles des villages voisins. Je ne suis qu’un humble bateleur… »
Dogmaé esquissa un geste et, tout à coup, une pomme trônait dans sa main. Il posa le bambin et la lui offrit en cadeau. Le petit piailla de joie et partit en courant vers sa mère qui venait aux nouvelles.
« Un baladin ? » Le forgeron grogna. « Ce n’est pas ici que tu récolteras de l’argent, l’ami… »
« Un repas et le gîte pour la nuit si ma prestation vous agrée », proposa le guetteur.
« Voilà qui me paraît honnête », admit son interlocuteur. « C’est qu’on n’a pas souvent l’occasion de se divertir, dans l’coin… »
La nouvelle qu’un ménestrel venait d’arriver au village se répandit aussi vite qu’une traînée de poudre et, entre chien et loup, tous s’étaient réunis sur la minuscule place. Le jeune homme se rendit compte qu’il y avait beaucoup plus de monde que les seules maisonnettes qu’il avait vues lors de son arrivée ne pouvaient contenir.

« Nous sommes assez éparpillés dans la campagne et dans les bois », lui glissa Gambert, le forgeron, amusé par sa mine étonnée.
« Parfait, j’ai toujours aimé jouer devant un grand public ! » s’exclama Dogmaé en s’avançant à la lueur du feu de joie qui avait été allumé en son honneur. « Et je ne doute pas que cette belle assemblée saura apprécier les arts du modeste troubadour que je suis ! »
Des rires approbateurs éclatèrent, tandis qu’il tirait une rose des tresses d’une beauté blonde qui rougit jusqu’à la racine de ses cheveux. Un grand gaillard fronça les sourcils et le bateleur l’invita à le rejoindre sur sa scène improvisée. Il en fit le héros d’un conte épique, peuplé de vilains grotesques, balayés par le pseudo-guerrier, lui-même riant presque autant que le public. Le paysan revint auprès de sa belle, auréolé d’une nouvelle gloire, et le guetteur sortit quelques boules. Tout en jonglant, il déambula autour de ses spectateurs et leur raconta une historiette amusante. Enfin, il sortit une petite harpe de ses bagages et passa le doigt sur les cordes pour vérifier qu’elles se trouvaient toujours accordées.
« Et maintenant, laissez-moi vous jouer quelques complaintes dignes des plus grandes cours… »
Les villageois se rapprochèrent pour être certains d’entendre. Distraitement, Dogmaé leva les yeux vers la lune gironde qui les surplombait, plus proche et plus grosse que d’habitude. La grande marée décennale n’allait plus tarder, songea-t-il avant de se mettre à chanter.

Chante et danse, le vent malicieux
Chevauche dans tes yeux
Milles couplets, milles refrains
Te donnent envie d’aller plus loin

Errent dans la plaine, les souv’nirs du passé
Entends la longue plainte des héros oubliés
Du temps où fleurissait la haine
Et les amours trahies
Le sol a pris la teinte de l’horizon rougi…
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