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Femmes sans avenir

De
148 pages
Voici l'histoire de Kady et Karim, couple d'intellectuels épanouis, parents de quatre enfants. Lorsque le mari décide de prendre une seconde épouse, ce choix sera vécu par sa conjointe comme une immense trahison. En nous racontant cette histoire, Kady touche du doigt le profond désespoir féminin de la trahison ressentie, de la solitude et de la descente en folie.
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Hanane KEÏTA
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À
toutes les femmes qui ont souffert À toutes celles qui souffrent.
CHAPITRE I
Un dimanche, comme tous les dimanches à Bamako. Une de mes cousines se mariait, ce qui était toujours l’occasion de retrouvailles avec toute la parenté, de joies partagées, d’informa-tions échangées mais aussi de manifestations de rivalités, de com-mérages et de règlements de compte. Je fis mon entrée dans la grande cour de notre maison familiale, habillée de mon meilleur boubou. Je me sentais belle, élégante, inégalable. Je traversai l’assemblée et vins m assoir, sans choisir, à côté d’une de mes cousines, nommée Fanta. A peine les politesses échangées, sur un ton dur, Fanta me reprocha mon absence à la récente cérémonie qu’elle a organisée. Le baptême de son sixième enfant ! - Kady, je suis étonnée par ton peu de considération pour les cérémonies de famille, je ne devrais même pas t’adresser la parole. Qu’est-ce qui t’a donc empêchée de venir au baptême ? Tu as choisi de m’envoyer un cadeau. Sache que je n’avais pas besoin de cadeau. C’est ta présence qu’il aurait fallu. - Je te présente mes excuses, Fanta. Je suis restée tard au bureau ce jour là. J’avais un travail à finir. - Si ce n’est pas la maison, c’est le bureau ! Mais, tu ne t’en-nuies pas de ce rythme de vie ? Toujours entre quatre murs ! - Comprends-moi Fanta, c’est mon choix.
Je croyais m’être débarrassée de toute justification mais elle revint à la charge : - Dis-moi Kady, que fait ton mari dans mon quartier ? Je vois souvent sa voiture garée devant la famille de Vieux Demba... ? - La famille de Vieux Demba... ? - Oui ! C’est la famille qui est au bout de la rue. - C’est sans doute pour voir son ami d’enfance Madou Kéita !
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HANANE KEITA
- La voiture est plutôt garée devant la maison de Vieux Demba... et pas devant celle de Madou Kéita. - Peut-être qu’il ne trouve pas de place pour se garer ailleurs ! - Tu as peut être raison, après tout. Fanta comprit que je n’accordais pas beaucoup d’impor-tance à ce qu’elle disait et finit par se taire. Lorsque j’arrivai à la maison, la nuit était tombée, mon mari dormait. Je pris une douche et vins me glisser contre lui, sous la couverture. Il ouvrit les yeux, je l’embrassai en lui soufflant : - Bonsoir Karim, mon chéri ! - Bonsoir, bébé ! Tu viens d’arriver ? - Oui, il y a environ dix minutes. - Tu dois être fatiguée alors ! - Je suis épuisée. Une longue journée de fête bruyante. - Viens dans mes bras, je vais te réchauffer, ça t’aidera à trouver le sommeil. Quelques instants après, Karim ronflait. Mais moi je ne parvenais pas à m’endormir, en dépit de la fatigue de la journée. Je regardais Karim avec compassion. Trop de problèmes dans la famille de ses parents, à son bureau également. Trop de charges familiales. Il faudrait que je lui demande s’il connait quelqu´un dans la famille de Vieux Demba. Fanta s’était sûrement trompée. Connaissait-elle seulement le numéro de la plaque d’immatricula-tion de la voiture de Karim ? Les véhicules se ressemblent. Et pour-tant, elle parlait avec tant d’assurance ! Fanta était connue comme une aigrie sociale, le genre de femme qui aime se mêler de la vie des autres, pour en colporter les potins. Elle était ainsi depuis le remariage de son mari. Ne dit-on pas qu’une femme qui partage son mari avec une co-épouse envie toujours celles qui sont monogames ? Elle savait que Karim et moi nous nous entendions par-faitement. En treize années de mariage, nous n’avions jamais asso-cié personne à nos problèmes. Depuis notre premier jour de noces, 8
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Karim m’avait avertie : « Il ne faut jamais permettre aux autres d’être au courant de nos problèmes. Cela ne ferait que les aggraver. Et puis nous sommes assez grands pour les gérer nous-mêmes. Si un couple n’arrive pas à résoudre ses problèmes, je ne vois pas qui d’autre pourrait le faire à sa place. Il faut que toutes les initiatives viennent de nous-mêmes. » Ce que Karim disait était logique. Je faisais tout pour protéger notre ménage. J’entretenais de bonnes relations avec mes voisines et mes camarades d’enfance, mais je n allais pas plus loin dans ces fréquentations.
Ma mère me répétait souvent : « Tu as grandi avec de nom-breuses cousines et cousins avec qui tu t’entends bien. Les amis, c’est des problèmes. Surtout par ces temps où certaines femmes sont des briseuses de foyer. Une femme mariée doit consacrer son temps à son mari, à ses enfants et à ses parents. C’est ce que la reli-gion nous recommande ». Quant à moi, je considérais Karim comme un intellectuel. Qui sait ce qu il veut. Qui sait ce qu’il fait. Je ne pouvais l’imaginer en train de faire la cour à une autre femme. Il n’avait pas le temps pour ce genre de bêtises. C’était un homme sérieux que les futilités de la vie n’intéressaient pas.
Il avait plu toute la journée. De longues pluies inter-minables étaient tombées. A six heures de l’après-midi, il faisait déjà sombre et il régnait un silence de mort. Seuls les aboiements lugubres de quelques chiens errants semblaient sourdre du néant. Le bruit sec d’une porte qu’on fermait avec éclat brisa soudain le silence de la maison. Une voisine du quartier entra en trombe dans mon salon. C’était Fatim. Elle pleurait à chaudes larmes ; ses cheveux, qu’elle avait oublié de couvrir d’un foulard, ressemblaient à un nid d’oiseau ; la vieille camisole « wax » qu’elle portait était si froissée qu’on aurait dit qu’elle l’avait tirée d’une décharge d’or-dures !
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Fatim semblait avoir subitement perdu la tête. Elle bégayait et ne réussit à dire que quelques mots, entre deux sanglots. Je compris que sa fille, âgée de quatre ans, était gravement blessée, qu’elle se vidait de tout son sang. Dis-moi comment c’est arrivé ? demandais-je Fatim m’expliqua qu’elle était sortie pour faire des emplettes et que sa belle-mère avait profité de son absence pour faire exciser sa fille. Depuis, l’enfant n’arrêtait pas de saigner. Je m’habillai en toute hâte et nous prîmes le chemin de l’hôpital. L’état de l’enfant faisait peur. Elle avait les yeux fermés et respirait avec peine. A l’hôpital, le personnel médical mit du temps pour trouver un lit et installer l enfant. Un médecin me tendit une ordonnance et je me mis à courir en direction de la pharmacie. Elle se trouvait à l’autre bout d’un long corridor qui s’ouvrait devant moi. Malgré les longues enjambées que je faisais, la remontée du corridor me parut inter-minable.
Au moment où j’atteignais la sortie, j’entendis Fatim crier d’ oix stridente. Un cri qui ébranla tout mon être. Je fus saisie une v d’un dilemme : continuer pour aller payer l’ordonnance ou retourner sur mes pas ? Je retournai... Le même corridor me parut encore plus long. J’avais l’im-pression d’avoir dépassé la chambre lorsque je vis Fatim, assise sur le lit, serrant l’enfant contre elle. Elle sanglotait, perdue dans un monologue décousu. Deux internes et une de ses tantes essayaient en vain de la calmer. La scène était pitoyable : l’enfant n’était plus de ce monde !
Je m’approchai du corps inerte que Fatim serrait toujours dans ses bras. Doucement, mes larmes coulaient, j’avais envie de crier ma colère contre cette coutume barbare qu’est l’excision. Mais aucun mot ne sortit de ma bouche.
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