Fils-père

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Florian, sa copine et leur petite de trois mois partagent un squat avec des trafiquants. Une nuit, la police fait irruption. La jeune femme, confiant l'enfant à son père, file planquer le kif. Arrêtée par la police, Florian se retrouve seul avec le bébé. En trouvant refuge chez ses parents qu'il a quittés en très mauvais termes, les violentes retrouvailles bouleversent leurs relations. Ce récit met en scène la joute perpétuelle que se livrent l'imaginaire et le réel dans un conte urbain contemporain.
Publié le : vendredi 1 mars 2013
Lecture(s) : 12
EAN13 : 9782296531550
Nombre de pages : 157
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François-Marie Pons

Fils-père




































© L’Harmattan, 2013
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ00312Ȭ2
EAN : 9782343003122

FilsȬpère


Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Carrère (Pascal), De mémoire et de gouache, 2013.
Prével (JeanȬMarie), La bête du Gévaudan, 2013.
Rode (JeanȬFrançois), L’enfant projeté, 2013.
Hermans (Anaële), Bananes sauce gombos, 2013.
Jamet (Michel), Joute assassine, 2013.
Tirvaudey (Robert), Paroles en chemin, 2013.
Mahdi (Falih), Dieu ne m’a pas vu, 2013.
Labbé (François), L’Imbécile heureux, 2012.
Le Forestier (Louis), La Vie, la Mort, l’Amour, 2012.
Dini (Yasmina), Soroma (Joseph), L’Amante religieuse,
2012.
Mandon (Bernard), L’Exil à Saigon, 2012.
Mouton de Ponthieu (Caroline), Le Cœur des filles, 2012.
Evers (Angela), L’Apnée, 2012.
Milo (Chiara), Passion 68, 2012.
Bilas (Charles), La Boîte en fer, 2012.


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**

Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

FrançoisȬMarie PONS

FilsȬpère


Roman














L’Harmattan





























En couverture :
La boutique, huile de Sylvie Pons, 2013.

DU MÊME AUTEUR

Publications pour la jeunesse
DESCLÉE DE BROUWER (collection CCDF, Un jour chez moi)
Le CerfȬVolant de Rafiulla, récits, 1985.
Le Train qui mène à la mer, récits, 1985.

EDITIONS OUVRIÈRES
Création et direction de collection
Histoires vraies, Turbulence, 1990 (20 titres parus.)

Ouvrages méthodologiques
ESF (avec Hubert Jaoui)
La Communication Pratique au service des entreprises, 1992.

EDITIONS EYROLLES (avec Marjolaine de Ramecourt)
Ces Mots qui en disent long, (illustré par Gabs) 1999.
LȇInnovation à tous les étages, 2001.
Manager par les défis, 2007.

EDITIONS LES ECHOS (collection Management Stratégique)
SȇOrganiser pour Innover, 2007.

Biographies
EDITIONS L’HARMATTAN (collection Graveurs de Mémoire)
avec René Navarre, créateur de Fantômas au cinéma en 1913,
Fantômas c’était moi, 2012.

EDITIONS ALEXANDRINES (collection Sur les pas des écrivains :
balade en région Centre)
Pierre Halet, dramaturge de la Paix et de l’Humour, 2012.

À Sylvie, Virgile et Clément.

« La mort est un phénomène biologique normal,
mais quand une ville meurt,
ce sont les fondements mêmes de la civilisation
qui sortent de la norme.
Le contribuable devient animal des forêts
et dans ses yeux myopes, derrière ses lunettes,
sȇinstalle la terreur ancestrale. »
*
Arthur KOESTLER

*
UN TESTAMENT ESPAGNOL, Arthur KOESTLER, Albin Michel,
1939, Livre de Poche, Texte Intégral, p 50.

L’aube

Voilà un mois que le fils ne donne plus aucune nouvelle.
La mère plonge son front dans la moiteur de la taie. Il a
juré qu’il ne reviendrait jamais. La scène se répète, fugiȬ
tive, indéfiniment la furie de son fils plante ses crocs en
elle, comme à perpétuité. Sa vie se consume en un fiasco.
Indéfiniment, il lui fait face sans la quitter des yeux, branȬ
dit un index imprécatoire, lui hurle au visage : « AllezȬ
vous faire foutre, vieux cons ! » L’invective déferle indéȬ
finiment et amplifie la résonance du sang, qui bat. Le fils
recule, exactement face à elle, il empoigne un vieux sac
marin qu’il balance sur une épaule. Puis il tourne le dos.
La masse énorme de toile brune s’engouffre dans le couȬ
loir. N’emporte pas ce sac… souvenir de l’unique voyage
avec ton père… Mais les mots échouent entre les lèvres de
la mère. Le fils se rue sur le palier, claque la porte, la
violence est inouïe. Sa silhouette colossale demeure un
éblouissement fiché dans lȇembrasure. La voix cogne, inȬ
définiment, les pas fracassent le bois de lȇescalier. La
pensée de la mère ressasse la scène. Depuis cet instant,
depuis l’ultime claquement lourd et feutré du porche par
où son fils a disparu, son corps tremble tout entier, aussi

rudement qu’un tympan écorché vif, à lȇaffût du moindre
signe de son enfant jeté dans la gueule de la rue.
La nuit est épaisse, chargée de pluie. Le père ne dort
pas, il fait semblant. Il nȇa rien entendu des insanités craȬ
chées de la bouche du fils, rien vu des pupilles dilatées.
Comme d’habitude il sȇest attardé dans sa petite librairie,
comme depuis longtemps il ne veut plus rien entendre
des désastres du fils. La mère ne lui a pas raconté, elle a
dissimulé son angoisse, elle lui a simplement annoncé que
le fils est allé vivre ailleurs, elle n’a rien dit de la violence,
rien de plus que le messager qui tait les mauvaises
nouvelles. Mais comment aviser que la menace est bien là
aux portes de la demeure et quȇil va falloir livrer bataille ?
Ainsi le père a laissé entendre que c’était mieux que le fils
s’en aille. Mais ce qui arrive ce matin est différent. Ce que
ressent la mère présage lȇimminence dȇun événement qui
concerne le fils et lézarde brusquement sa résignation de
devoir lutter seule et silencieuse. Rien ne la retient plus
quand elle ébranle le père dȇune voix inhabituellement
agressive : « Voilà un mois quȇon ne lȇa pas revu. QuȇestȬce
quȇon fait ? » La pénombre de la chambre semble aussi
immatérielle que si le ciel était à portée de ses mots. « Je
nȇen dors plus », poursuitȬelle allongée sur le dos, le
visage immobile, le regard noyé dans la lumière faible du
plafond. Le père se recroqueville perceptiblement. La
moindre parole que la mère prononce au sujet de leur
enfant le replonge dans lȇhumiliation endurée des années
durant sur le chemin du commissariat de police, jusquȇà la
cage peuplée dȇépaves humaines. La silhouette fine du fils
se détachait d’entre elles à sa manière frondeuse de se
tenir debout adossé au mur et de leur faire face. Ils approȬ
chaient à petits pas, bravant le remugle et les propos
désabusés du policier qui s’apprêtait réglementairement à

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