Fin de bobine

De
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A quatre-vingts ans passés, Louis est un vieux metteur en scène de cinéma. Au lendemain de la remise d'un prix prestigieux pour l'ensemble de sa carrière, il quitte Paris pour la Suisse. Une nouvelle vie l'attend, une vie qu'il n'a pas souhaitée mais qu'il doit accepter...

Publié le : mercredi 1 juillet 2009
Lecture(s) : 47
EAN13 : 9782296679597
Nombre de pages : 149
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A la vie,
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J’avais les yeux grands ouverts et pourtant je ne voyais absolument rien. Non, rien. L’image était noire. Mon esprit était concentré sur le son assourdissant des applaudissements. Je les entendais monter en force comme les prémices d’un tremblement de terre. Ils étaient puissants, énergiques, en rythme et la tonalité du claquement de la main droite dans la main gauche me permettait de conclure qu’ils étaient sincères. Chaque paire de mains représentait un homme ou une femme, à des âges différents, aux émotions et aux goûts divers. Un carton d'invitation les avait réunis dans ce lieu, ce soir, à la même heure. Certains étaient des professionnels de la profession, d’autres les accompagnaient tout simplement : un agent, une maîtresse, un ami, un fils, une fille. Pourquoi étaient-ils présents ? Pour épater les copains dans la cour de récréation ou les collègues au bureau le lundi matin ? Peut-être juste pour dire : « J’y étais ». Souriant dans ma barbe, je me dis qu'un certain nombre de ces personnes présentes aujourd’hui seraient peut-être à ma place demain. Je les sentais m’observer des balcons, comme lorsque l'on scrute une personne médiatiquement
connue : comme une bête curieuse. J’étais un taureau dans l’arène. Prêt à être sacrifié ou starifié. Pour l'ensemble de mes confrères la situation était identique. Le spectacle n’était pas uniquement sur la scène de ce magnifique théâtre parisien, il était aussi dans la salle. Pendant que l’animateur choisi – un comique afin d’essayer d’égayer l’ambiance toujours très tendue de la compétition - faisait tant bien que mal son numéro pour présenter la soirée, les professionnels s’observaient du coin de l’œil : tout ce petit monde, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, techniciens, producteurs ou distributeurs, s’était croisé ou se croiserait bien un jour. Chacun observait son voisin comme un futur partenaire ou un futur concurrent. Cette salle rouge sang me faisait penser à l’intérieur d’un vagin, où des centaines de spermatozoïdes en compétition frétillent, attendant chaque année de voir leurs espoirs s’effondrer ou se concrétiser.Assis sur leurs postérieurs, les pieds dans les starting-blocks, l’esprit auxaguets, ils scrutaient le déchirement de l’enveloppe qui allait annoncer l’heureuxgagnant.Cet élu qui pourrait monter sur la scène, qui sortirait de l’ombre pour aller vers la lumière médiatique, artistique et financière, qui pourrait briller au sein de cette société et goûter à l’ivresse de la réussite.
Sur mon fauteuil rouge, je n’osais pas bouger de peur de faire grincer dans un moment non opportun la charnière qui permettrait au siège de se replier contre le dossier à la fin de la cérémonie. En haut à droite de ce même dossier, le numéro sept qui m’avait porté bonheur tout au long de mon existence était cousu dans un joli fil doré. Chaque fois que j’avais été en contact avec ce chiffre, une bonne nouvelle m’était arrivée.
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